vendredi 8 septembre 2017

PEUT-ON CROIRE ENCORE Béji Caïd ESSEBSI ?

Article paru dans : Kapitalis

Quand Béji Caïd Essebsi dit au journaliste d'Essahafa : « On a fait une fausse évaluation et que l’alliance n’a pas permis de ramener Ennahdha au club des partis civils », de tels propos laisseraient entendre qu’il regrette son alliance avec les Frères musulmans et qu’il n’écarte pas l’idée d’y mettre un terme. Ce qui a permis à un membre du bureau politique de Nidaa Tounes d'avouer à Myriam Belkadhi à Tounsia-TV, qu'il n'a jamais cru aux déclarations de Ghannouchi que son parti ne fait pas parti des Frères musulmans, qu'il sait qu'Ennahdha est au service d'un agenda étranger et qu'il est toujours financé par le Qatar, laissant entendre que Nidaa Tounes fait semblant de croire les dénégations de Ghannouchi !

Que peut-on en penser ? Le fil est un peu gros ! Voilà qu’inévitablement des élections s’approchent (municipales et autres) et le vieux renard politique se dit que l’alliance qu’il a formée à l’époque, risque de lui coûter cher, à lui et à son parti. Il a de toute évidence entendu le procès en trahison qui lui a été fait par beaucoup de ses électeurs et notamment les femmes ; et il veut reprendre la main.

Il nous dit d’abord, et c’est sa justification depuis toujours, qu’il n’avait pas eu d’autres choix à l’époque ; puisque tout en étant en tête des suffrages, il avait dû composer et que d’autres partis « civils » comme il dit, n’avaient pas accepté. Les Tunisiens sont, en effet, bien conscients de l’incapacité de beaucoup de partis, incapables de voir autre chose que leurs petits intérêts immédiats, d’accepter des compromis dans l’intérêt général mais la thèse de Béji Caïd Essebsi n’en est pas moins contestable.

Face à ce refus d’alliance des partis « civils », la faute a été d’accepter l’alliance avec Ennahdha, une alliance contre nature, on ne le dira jamais assez ; puisque tout oppose ces deux formations en dehors, peut-être, du libéralisme échevelé ! Cette opposition est au-delà de la politique et de la gestion du pays. Elle est une opposition de civilisation et les tunisiens s’en rendent compte tous les jours.
Dans ces conditions, il se devait de refuser cet accord, de revenir devant les électeurs, d’être ferme sur les principes de son camp et, nul doute que les électeurs se seraient ressaisis. En tous cas la question fondamentale de l’avenir de ce pays aurait été posée clairement. 
Au lieu de quoi rien n’a été tranché, on s’est contenté de demi-mesures et l’on voit où l’on en est arrivé sur le plan sociétal avec une islamisation rampante de la société, des mosquées devenues tribunes politiques, les assassinats politiques de Chokri Belaïd  et de Mohamed Brahmi ne sont toujours pas élucidés (pourtant "vérité" qu'il doit aux tunisiens, affirmait le candidat Béji Caïd Essebsi), l’instrumentalisation de la religion toujours prégnante au niveau politique et rien n'est fait contre les financements étrangers et contre l’envoi de jihadiste sur les terrains de guerre. Un échec complet !

Alors peut-on vraiment croire que Béji Caïd Essebsi ait cru que Ennahdha allait s’améliorer, et devenir un parti comme les autres ? Il faudrait qu’il ait été bien naïf. Or c’est tout le contraire qu’a montré sa longue carrière politique. 
Non. Ce qu’il a cru, c’est qu’il pourrait dominer Ennahdha, et peut-être rééditer le "coup" de François Mitterrand qui a dominé, en son temps, le parti communiste français. 
Mais c’était oublier la force des partis islamistes qui usent de la tromperie, de la "taqiya" mais qui ne cèdent jamais et qui, ont le temps pour eux. Béji Caïd Essebsi ne peut ignorer cela, lui qui les a bien connus pour les avoir combattus sous Bourguiba.

Quoiqu’il en soit, il est maintenant impossible de lui faire confiance. Qui a trompé peut encore tromper ; et cela les tunisiens ne le supporteront plus.
D'ailleurs sa duplicité apparaît encore au grand jour lorsqu'aprés avoir dit qu'il s'était trompé sur Ennahdha, il approuve un gouvernement où non seulement ce parti reste mais gagne du pouvoir ! Certains l'ont interpellé sur cette contradiction : elle est le signe d'un nouveau mensonge.

Il faut absolument que d’autres politiques prennent la relève et décident clairement de ne plus accepter ces partis religieux qui, partout où ils ont été, n’ont fait que du mal aux pays. 
Il faut donc que de nouvelles alliances se fassent avec les progressistes et une Tunisie gouvernée clairement au centre gauche, ouverte sur l’Europe, tournant délibérément le dos à l’islamisme politique et au wahhabisme qui le fonde, est la seule solution pour sauver ce pays de la régression qui a déjà si fortement commencé.

Certains diront que cela est risqué et que ne pas voter pour Nidaa Tounes, risque de donner la majorité aux islamistes. Je n’y crois pas. Et à l’extrême, mieux vaut que les choses soient nettes plutôt que cet entre-deux qui ne mène à rien.

Rachid Barnat

6 commentaires:

  1. FAUT-IL REJETER DES COMPÉTENCES SOUS PRÉTEXTE QU'ELLES ONT SERVI ZABA ?

    Les tunisiens retiennent la leçon de l'Iraq où les américains ont cru bon de renvoyer chez eux tous les cadres qui ont servi Saddam Hussein, avec le résultat qu'on sait :
    - la plus part sont allés rejoindre Daech, et
    - le chaos s'est installé partout avec les nouveaux dirigeants manquant d'expérience essentiellement !

    Or les Tunisiens ont découvert à leurs dépens l'amateurisme des Frères musulmans et leur violence faisant partie de leur "formation" politique !!
    Seraient-ils plus sages que les irakiens ? Ils ont intérêt à l'être pour se débarrasser des Frères musulmans qui sont en train de ruiner la Tunisie et faire régresser son peuple par l'obscurantisme qu'ils diffusent !!!

    «Le retour d’ex-bénalistes, ça se banalise, cela ne choque plus personne»,

    «Tout le monde se les arrache, car ils ont une présence historique sur le terrain qui peut aider à remporter de futures élections»,

    «En Tunisie, on aime les processus par étapes. Même la contre-révolution se fait par étapes.»

    http://www.lemonde.fr/afrique/article/2017/09/08/en-tunisie-le-retour-feutre-d-anciens-de-ben-ali_5182768_3212.html

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  2. UNE DES PROPOSITIONS DE BCE LE JOUR DE LA FÊTE DE LA FEMME SE CONCRÉTISE : Rien de plus simple, une circulaire annulant une autre !

    Mais il reste le plus important pour les femmes : l'égalité avec les hommes devant l'héritage !

    Ce sera le bras de fer entre BCE et Ghannouchi, car les Frères musulmans tiennent beaucoup à ce privilège !!

    http://www.businessnews.com.tn/ghazi-jeribi-fait-annuler-la-circulaire-relative-au-mariage-des-tunisiennes-a-des-non-musulmans,520,74825,3

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  3. QUI PEUT CROIRE ENCORE A LA LUTTE CONTRE LA CORRUPTION EN TUNISIE ?

    Après l’amnistie généralisée proposée par BCE pour enterrer un "passé" qui ne passait pas pour les tunisiens;

    Une nouvelle loi vient d'être votée pour amnistier les fonctionnaires qui ont magouillé, aussi bien sous ZABA que sous la Troïka que dominaient les Frères musulmans !

    On se demande alors à quoi serviront encore :

    - L'Instance vérité et dignité, présidée par Sihem Ben Sedrine
    - L'Instance Nationale de Lutte Contre la Corruption (INLUCC)

    De la poudre aux yeux ?

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  4. BCE SE RÉVEILLERAIT-IL ENFIN ?

    Après avoir dit regretter son alliance avec Ghannouchi, voilà qu'il pense écarter son fils de Nidaa Tounes pour tout le mal que son rejeton a fait au sein de ce parti ...

    Est-ce une nouvelle posture ?
    On sait qu'il poursuit son idylle avec Ghannouchi
    Il est probable qu'il ne fera rien contre son fils, non plus !
    Et dieu sait combien l'un et l'autre sont impopulaire auprès d'une grosse majorité de tunisiens !!

    Car quand on a trahi les tunisiens une fois, on peut s'attendre à toutes les trahisons : il n'est plus crédible !!

    https://www.espacemanager.com/beji-caid-essebsi-aurait-lintention-de-retirer-la-direction-de-nidaa-tounes-son-fils.html

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  5. Neji Jelloul : NAÏF ? OU IL JOUE LES NAÏFS ?

    Voilà qu'il monte aux créneaux pour défendre l'alliance de Nidaa avec les Frères musulmans ! Pour cela il va jusqu'à défendre l'indéfendable et justifier l'injustifiable quand il prétend que le bourguibisme peut s’accommoder des islamistes qu'il croit (naïvement ?) modérés ( ! ) et dont la politique aurait changé !!

    " Neji Jalloul estime que le conflit qui avait opposé les islamistes d'Ennahdha et les progressistes au lendemain de la révolution, est désormais "révolu", et qu'il s'est aujourd'hui transformé en une entente, soulignant que les "islamistes d'Ennahdha" ont fini par "accepter" la nouvelle constitution et le mode de gouvernance qu'elle implique.

    " Néji Jalloul considère que ceux qui se proclament progressistes aujourd'hui doivent perpétuer le projet Bourguibiste, certes, mais ne doivent plus exclure les islamistes, car ces derniers ont changé depuis, selon lui.

    Jean-Pierre Ryf :

    Ce monsieur, hélas comme beaucoup, se trompe quand il pense que le projet bourguibiste peut se faire et se poursuivre avec les islamistes qui auraient changé !

    Comment peut-on seulement envisager une politique progressiste avec des islamistes ? Ils font certes mine d'accepter quelques évolutions mais leur réel projet croyez vous vraiment qu'ils l'ont abandonné ? C'est une illusion très grave que le pays paiera très cher.

    Quelqu'un peut-il me dire sérieusement ce que les islamistes peuvent apporter au projet progressiste ?
    Une telle position, c'est vraiment se foutre du monde !

    http://www.huffpostmaghreb.com/2017/11/14/neji-jalloul-analyse-politique_n_18550400.html

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  6. POUR SAUVER NIDAA TOUNES, IL SUFFISAIT A BCE FONDATEUR DE CE PARTI D'EN ÉCARTER SON FILS QUE BEAUCOUP EXÈCRENT !

    Fallait-il l'intervention de l'étranger pour comprendre cela ?

    Décidément, BCE se discrédite de plus en plus !!

    https://directinfo.webmanagercenter.com/2015/12/04/beji-caid-essebsi-les-etats-unis-mont-demande-dintervenir-dans-la-crise-de-nidaa-tounes/

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