mercredi 9 mars 2016

Quand les tunisiens découvrent le pouvoir de nuisance d'Aljazeera, voix de son maître !

Aljazeera surfant sur le mécontentement des peuples dits arabo-musulmans de leur médias nationaux, a cru pouvoir les manipuler au point de déclencher des "révolutions" pour chasser leurs tyrans; mais très vite le pot aux roses est découvert par ces peuples en "révolte" : que la chaîne n'est au fait que la voix de son maître l'émir du Qatar, au service de sa politique "arabe", qui n'a pour but que de chasser les présidents des Républiques qui ne lui conviennent pas pour les remplacer par ses protégés les Frères musulmans !
R.B
Résultat de recherche d'images pour "mezri haddad"
Mezri Haddad

Qu’avez-vous donc contre Al-Jazeera ?

A l’exception de Borhane Bsaïes qui, pour avoir autrefois ferraillé contre Al-Jazeera, a toute la légitimité de la dénoncer aujourd’hui, et de quelques rares autres Tunisiens qui ont affronté la propagande de cette entité intégriste, j’entends des voix s’élever contre la chaîne qatarie et je lis des déclarations exigeant des autorités la fermeture de ses bureaux et l’expulsion de ses correspondants. Voilà une bien curieuse façon de remercier son libérateur, un drôle de renversement dans les relations de maître à esclave, pour rappeler la dialectique hégélienne.

Le journaliste Zied el-Héni, qui fut, comme beaucoup d’autres, l’un des acteurs vedettes de cette chaîne au moment du grand film de la révolution bouazizienne, que mes compatriotes appellent désormais la « révolution de la brouette », a écrit hier sur sa page facebook que « la fermeture de la chaîne Al-Jazeera est devenue une question de sécurité nationale, et le pire est à craindre ». Tiens donc !

Même le secrétaire général adjoint de la vénérable UGTT, Belgacem Ayari, s’est interrogé « Que fait Al-Jazeera à Ben Guerdane ? » Et de répondre : « Elle communique des informations sécuritaires aux terroristes et aux cellules dormantes. Il faut renvoyer Al-Jazeera immédiatement, car notre sécurité nationale et la vie de notre peuple sont plus précieuses que toutes les libertés ». Ah bon !

Que fait Al-Jazeera à Ben Guerdane ? Allons Monsieur le syndicaliste-révolutionnaire, vous savez très bien qu’elle fait son travail avec la même « objectivité » et le même « professionnalisme » qu’en décembre 2010-janvier 2011, lorsqu’elle ne savait plus compter le nombre de ses « analystes » prolixes, notamment les mercenaires de l’UGTT, et de ses « correspondants » volontaires, dont certains bloggeurs que j’ai appelé les cyber-collabos.

En janvier 2011, « analystes », « correspondants volontaires », « journalistes citoyens », « témoins oculaires », « facebookers engagés »  se relayaient entre Al-Jazeera et France 24 pour galvaniser les hordes et appeler au secours les pays ennemis. Objectif affiché et reconnu : la déstabilisation de la Tunisie.

Que fait Al-Jazeera à Ben Guerdane, s’interroge le nobélisé par procuration ? Elle fait, avec la même « conscience » déontologique ce qu’elle faisait le 17 décembre 2010, lorsque, « informée » par un syndicaliste de Sidi Bouzid et par une cyber-collabos « témoin oculaire », elle a transformé un nervi alcoolique en Bac+4, giflé par une policière parce qu’il voulait gagner sa vie à la sueur de son front. Pour les besoins de la cause islamo-atlantiste, le nervi en question ne s’appelait plus Tarek mais Mohamed Bouazizi ! De là à le sanctifier, le pas a été vite franchi par Hélé Béji, dans son article du Monde intitulé « Saint Bouazizi » !
  
Al-Jazeera fait, avec la même « objectivité » ce qu’elle faisait le 2 janvier 2011, lorsqu’elle a diffusé un « document » sur le sort des mosquées sous le régime de Ben Ali. Située entre Hammamet et Bouficha, la mosquée filmée par un « correspondant volontaire » était en fait un chantier inachevé. Parce que le message des profanations des mosquées devait marquer les esprits bigots, Al-Jazeera a passé un autre film de propagande islamiste sur une autre mosquée, celle du campus universitaire de Tunis. Fermée en juillet 2002 par le ministère de l’Enseignement supérieur, parce qu’elle était devenue un repère pour les étudiants intégristes, cette mosquée s’est transformée en lieu de beuverie pour les étudiants alcolo-gauchistes !

Al-Jazeera fait à Ben Guerdane ce qu’elle a fait le 14 janvier 2011 pour couvrir la manifestation « historique » d’une UGTT réactivée par l’ambassade des Etats-Unis à Tunis, après une hibernation de 23 ans. C’était quelques minutes avant le départ forcé de Ben Ali vers l’Arabie Saoudite, et quelques heures avant le message très émouvant et passé en boucle par Al-Jazeera, d’un certain Nasser Laouini, l’avocassier hyper-révolutionnaire et l’auteur du script américano-qatari, « Ben Ali Hrab » (بن علي هرب ). Ce soir là, le 14 janvier 2011, Al-Jazeera diffusait son premier direct à partir de l'hôtel L'Africa, à quelques mètres du ministère de l'Intérieur ! Un symbole naissait, un autre, celui de l'honneur et de la Souveraineté, disparaissait.

Al-Jazeera fait à Ben Guerdane ce qu’elle a fait à Alger dès 1998 pour déstabiliser l’Algérie, alors en butte à la barbarie du FIS et du GIA, et dès 2003 à Baghdâd pour anéantir Saddam Hussein ; elle fait ce qu’elle a fait dès 2009 pour la partition du Soudan,  ce qu’elle a fait en 2011 à Benghazi, à Tripoli, au Caire, à Deraa, à Homs, à Sanaa…Et des exemples de manipulations et d’intoxications, je pourrai vous en citer des centaines.

Al-Jazeera fait ce que son propriétaire, l’émir bédouin du Qatar, lui demande de faire et que ses maîtres américains et britanniques lui ordonnent d’exécuter selon un agenda conforme aux intérêts géopolitiques et économiques des Etats-Unis, et compatible avec les « valeurs » de l’islam, c’est-à-dire les ambitions « très nobles » des Frères musulmans.

Qu’avez-vous donc, mes chers compatriotes, à vous soulever contre vos libérateurs ? Ou bien vous avez la mémoire courte, ou bien vous êtes d’une ingratitude incommensurable et qui n’a d’égale que votre patriotisme oscillant. Qu’est-ce qui vous irrite chez Al-Jazeera ? Sa couverture des événements de Ben Guerdane hier, qualifiant, comme elle l’a toujours fait, les jihadistes de « ceux qu’on appelle terroristes » ( ما يسمى بالإرهاب ) ou des « individus armés » (  عناصر مسلحة) ? Ou le post sur sa page facebook d’une journaleuse « liftée » au Botox et gavée aux dollars, une certaine Fatima Triki, qui n’a pas supporté de voir les cadavres de ses frères en secte aux pieds de nos braves soldats ?

Les Mohamed Krichene, Habib Ghribi, Leila Chaïbi…, qu’ont-ils donc de si différent avec cette Fatima Triki ? Ont-ils été plus honnêtes, plus « patriotes » ou plus cléments à l’égard de leur pays ? Ont-ils suivi l’exemple courageux de leurs ex-collègues, Ghassan Ben Jeddou et Sami Kleib, qui ont quitté Al-Jazeera pour Al-Mayadine, sans parler de Louna al-Chabi, Eman Ayad…, tous ces journalistes qui ont préféré la vérité au mensonge et l’honneur à l’avilissement ?

Les sbires du Qatar qui s’accrochent plus à leur salaire qu’à leur honneur, et encore moins à leur patrie, ignorent-ils toujours qu’Al-Jazeera n‘est plus islamiste « modéré » comme elle l'a toujours été depuis sa naissance incestueuse en 1996, mais carrément daéchienne, et c’est une ex-collègue à eux qui l’affirme ? Virée comme une malpropre après vingt ans de bons et loyaux services, l’égyptienne Howaida Taha a publié le 14 septembre 2015 une longue lettre dans laquelle elle se disait « fière d’avoir travaillé pour cette première Al-Jazeera dans laquelle l’esprit daéchien était discret », ce qui n’est plus le cas - selon elle - depuis l’arrivée de son nouveau directeur !

Chers compatriotes, votre patriotisme de circonstance vous va si mal que la plupart d’entre vous sont abonnés chez « Ooredoo », l’opérateur téléphonique qatari dont certains sites d’information font la promotion. Commencez donc par vous désabonner, et « indignez-vous » par la suite, comme disait Stéphane Hessel. Vous êtes, il est vrai, de moins en moins à regarder Al-Jazeera, qui n’avait pas une influence médiatique sur vous mais un pouvoir hypnotique ; c’était votre seconde Kibla après la Mecque. Mais vous êtes encore suffisamment nombreux, comparés aux Égyptiens et aux Algériens qui ne regardent plus la chaîne de Hamad et Mozza.
   
Commencer par cet acte symbolique et citoyen, c’est ce que j’attends des patriotes sincères. Quant à mes attentes du gouvernement actuel, ce serait trop lui demander d’expulser l’ambassadeur du Qatar au pays du jasmin et de rappeler l’ambassadeur de Syrie en Tunisie. Pour ce faire, on attendra encore l’inexorable résurrection du nationalisme bourguibien, à l’instar du réveil nassérien en Egypte.

Tôt ou tard, cela arrivera car c’est écrit, pas par la main d’Allah qui ne s’occupe pas de politique, mais par le sang d’un peuple qui se souviendra un jour qu’il fut libre, digne et souverain. 


Paix et miséricorde pour tous les civils, Tunisiens et touristes étrangers qui ont été tué par les islamo-fascistes ; gloire à nos soldats et à nos policiers tombés au champ d’honneur… de janvier 2011 à ce jour.





mardi 8 mars 2016

L'islamophobie, cheval de Troie de l'islamo-gauchisme !

Description de cette image, également commentée ci-après

Mezri Haddad

L'affaire Kamel Daoud me rappelle le scandale Robert Redeker, cet agrégé de philosophie qui, pour avoir subi l'anathème ensuite l'excommunication, n'a plus jamais évoqué l'islamisme et ses déviances. Elle me rappelle aussi l'autre scandale provoqué par la conférence du Pape Benoît XVI à Ratisbonne. "Malheur à l'homme par qui le scandale arrive", enseignent les Evangiles ! Elle me renvoie encore plus loin dans l'histoire récente de l'obscurantisme contre les Lumières, à la polémique universelle autour de Salman Rushdie qui, pour vivre heureux vit caché depuis bientôt vingt sept ans.
Dans chacune de ces polémiques qui ont ponctué l'histoire de la défaite de la République face à l'intégrisme, j'avais plaidé la fermeté contre le laxisme, essayé la raison contre les passions, tenté le dialogue contre le radicalisme. Dans le cas de Redeker, j'avais fait un "Plaidoyer pour une éthique de la responsabilité" (Le Figaro du 15/10/2007). Dans le cas de la conférence de Benoît XVI sur la foi et la raison, si j'avais rappelé qu'il fut un temps où la Raison parlait arabe et l'Inquisition parlait latin, c'était pour tout de suite préciser que "l'ennemi mortel de l'islam, c'est le fanatisme, et le mal qui le ronge depuis des années, c'est l'intolérance." (Libération du 26/09/2006).
Dans mon soutien critique à Robert Redeker, j'avais averti qu'"Il n'y a pas que les fatwas à menacer la liberté d'expression. Il y a également cette autre épée de Damoclès que certains apôtres du droit-de-l'hommisme manient à tort et à raison, à savoir l'islamophobie". Dans le cas de Kamel Daoud, je dirai exactement la même chose, et davantage encore, à savoir qu'il y a des auteurs de fatwa "scientifiques" comme il y a des jihadistes républicains, ces enfants de la diversité sanctifiée et de l'altérité sacralisée, qui ont quitté les cités autarciques à la périphérie de la République pour aller conquérir des pays à la civilisation millénaire.
Si nos jeunes anthropologues, sociologues et historiens emploient des arguties qui relèvent plus de la casuistique que de la neutralité axiologique chère à Max Weber, les seconds utilisent des arguments frappants et explosifs au vrai sens du terme. Si, pour faire taire les libres penseurs, les premiers agitent l'islamophobie comme le tyran de Syracuse suspendait son épée sur la tête de Damoclès, les seconds n'hésitent pas à trancher de leur glaive criminel les têtes des innocents pour faire triompher leur idéologie mortifère et barbare.
L'islamophobie, car c'est essentiellement de cela qu'il s'agit en réalité dans l'affaire Kamel Daoud, est l'arme redoutable et redoutée de la nouvelle police de la pensée. C'est le soft power de l'islamisme "modéré" en France et plus généralement en Europe. C'est aussi le parangon de vertu de l'islamo-gauchisme, qui n'est pas qu'un concept mais aussi un esprit, une moraline, une pratique politique dénoncée, mieux vaut tard que jamais, par Elisabeth Badinter selon laquelle "La laïcité, devenue synonyme d'islamophobie, a été abandonnée à Marine Le Pen. Cela, je ne le pardonne pas à la gauche". Et d'ajouter : "À partir du moment où les gens auront compris que c'est une arme contre la laïcité, peut-être qu'ils pourront laisser leur peur de côté pour dire les choses." (Marianne, 6 janvier 2016).
Comme l'avait déjà si bien décrit Pascal Bruckner, ce néologisme d'islamophobie est un terme multifonctionnel : "nier pour mieux la légitimer la réalité d'une offensive intégriste en Europe, attaquer la laïcité en l'assimilant à un nouveau fondamentalisme. Mais surtout faire taire les musulmans qui osent remettre le Coran en cause, en appellent à l'égalité entre les sexes, au droit à l'apostasie et aspirent à pratiquer paisiblement leur foi sans subir le diktat de doctrinaires ou de barbus" (Libération du 23 novembre 2010). L'islamophobie "a pour but de faire de l'islam un objet intouchable sous peine d'être accusé de racisme".
Cette fonction normative et dissuasive du néologisme d'islamophobie, c'était déjà ce que redoutait l'un des plus grands érudits de l'islam, l'égyptien Georges Chehata Anawati. Dès 1976, il redoutait l'infâme accusation que l'on jetterait sur un exégète musulman coraniquement incorrect, à plus forte raison sur un islamologue juif, chrétien ou athée, qui serait "obligé, sous peine d'être accusé d'islamophobie, d'admirer le Coran en totalité et de se garder de sous-entendre la moindre critique sur la valeur du texte".
Reprenant une légende journalistique attribuée à Caroline Fourest, Pascal Bruckner s'est donc trompé sur l'ontologie du néologisme d'islamophobie en imputant son premier usage aux Iraniens en 1979. Dans sa recherche en paternité, Caroline Fourest s'est égarée sur l'origine du mot mais pas sur sa finalité subversive : "c'est Tariq Ramadan qui a apporté au Mouvement contre le racisme et pour l'amitié entre les peuples (MRAP) le concept de lutte contre l'islamophobie pour faire condamner le blasphème et les critiques de l'islam en France". Elle n'avait pas tort. Mieux encore, l'esprit saint du prédicateur genevois plane sur cette fatwa enrobée dans la cire de l'humanisme et de l'académisme.
Amis ou en empathie intellectuelle avec ce prédicateur, les anthropologues, sociologues, historiens et "politistes", pétitionnaires et je ne dis pas auteurs de la fatwa contre Kamel Daoud, connaissaient sans doute l'utilité idéologique et politique du mot islamophobie, mais insuffisamment son origine historique. Car cette notion remonte en réalité à l'aube du XXème siècle, avec les travaux des anthropologues ( !) et des ethnologues "humanistes" de l'ère coloniale, à l'instar de Paul Marty, éminent spécialiste de l'islam subsaharien, ou de l'africaniste et ethnologue Maurice Delafosse. Dans sa thèse de doctorat éditée en 1910, ce dernier définissait déjà l'islamophobie comme étant "un préjugé contre l'Islam répandu chez les peuples de civilisation occidentale et chrétienne. Pour d'aucuns, le musulman est l'ennemi naturel et irréconciliable du chrétien et de l'Européen..."
De facto, le sens premier de l'islamophobie d'aujourd'hui se nourrit de ce terreau culpabilisateur de l'occidental et renvoie aux colonialistes qui abhorraient l'islam et méprisaient les indigènes musulmans. A moins d'admettre implicitement que le colonialisme a changé d'histoire, de généalogie et de géographie, passant d'Alger à Calais, ou de Damas à Cologne, en quoi l'algérien Kamel Daoud serait-il un islamophobe ? A ma connaissance, il n'est ni un occidental, comme la moitié des pétitionnaires, ni un franco-maghrébin comme l'autre moitié.
Je relève ce paradoxe parce que dans leur diatribe, les pétitionnaires ont cru bon d'ajouter à la batterie des adjectifs qui interpellent la rationalité occidentale (culturalisme, essentialisme, racisme, humanisme, altérité...), l'attribut qui galvanise la passion arabo-musulmane : ce qu'ils appellent le paternalisme occidental. Nous savons, nous autres, intellectuels Arabes affranchis des dogmes de l'islamisme comme des gnoses de l'eurocentrisme, ce que devient cette épistèmê pasteurisée dans la doxa épicée arabe. Intrinsèquement stigmatisante et culpabilisante, elle devient "suppôt de l'Occident" ! L'on sait l'effet qu'une telle accusation peut avoir sur les neurones atrophiée d'un apprenti djihadiste ou d'un candidat au martyr !
Si paternalisme occidental il y a, il n'est pas du côté d'une tribune libre et objective, rédigée par un écrivain solitaire et "indigène", comme diraient les précurseurs de l'ethnologie, mais d'une pétition cosmopolite, au fond relativiste et au ton assertorique. Un ton péremptoire et inquisitorial, qui flique les arrière-pensées faute d'analyser, et au besoin, critiquer les pensées. C'est à se demander si la pensée libre ne s'est pas recluse à Alger, à Tunis, à Damas et au Caire, et si le soleil d'Allah ne brille pas vraiment sur l'Occident, pour paraphraser l'historienne des religions, Sigrid Hunke, en 1963.
La pétition socio-anthropo-historico-politiste à laquelle Manuel Valls a eu l'audace de répondre, ne mesure point le degré d'islamophobie atteint en France, mais l'état intellectuel de certaines universités françaises. Ces universités desquelles, nous autres "suppôts de l'Occident" parce qu'ennemis de l'islamo-fascisme comme M.Valls (!), sommes exclues aussi bien sous le règne de Nicolas 2 que celui de François 1er.

lundi 7 mars 2016

Islamophobie, le nouveau délit d'opinion !

L'islamophobie au secours des islamistes, comme l'antisémitisme vient au secours des sionistes; pour empêcher toute critique de ceux qui instrumentalisent la religion pour faire de la politique !
R.B
Résultat de recherche d'images pour "pascal bruckner photo"
Pascal Bruckner 


L’invention de l’«islamophobie»
Forgé par les intégristes iraniens à la fin des années 70 pour contrer les féministes américaines, le terme d’«islamophobie», calqué sur celui de xénophobie, a pour but de faire de l’islam un objet intouchable sous peine d’être accusé de racisme. Cette création, digne des propagandes totalitaires, entretient une confusion délibérée entre une religion, système de piété spécifique, et les fidèles de toutes origines qui y adhèrent. Or une confession n’est pas une race, pas plus que ne l’est une idéologie séculière : l’islam, comme le christianisme, est révéré par des Arabes, des Africains, des Asiatiques, des Européens, de même que des hommes de tous pays sont ou ont été marxistes, libéraux, anarchistes. Jusqu’à preuve du contraire, on a le droit, dans un régime démocratique, de juger les religions mensongères et rétrogrades et de ne pas les aimer. Se méfier de l’islam comme on a pu en d’autres temps se méfier du catholicisme, juger inquiétant son prosélytisme agressif, sa prétention à la vérité unique, son penchant sacrificiel, c’est manifester un sentiment qu’on estimera légitime ou absurde, ce n’est pas faire preuve de racisme. Faut-il parler de «libéralophobie» ou de «socialistophobie» parce qu’on est contre le règne du marché ou la redistribution des richesses ? Ou faut-il rétablir le délit de blasphème, aboli en 1791 par la Révolution, comme le réclame chaque année l’Organisation de la conférence islamique ainsi qu’en France, en 2006, un député UMP, Jean-Marc Roubaud, soucieux de punir tout ce qui bafoue ou calomnie «les sentiments religieux d’une communauté ou d’un Etat quel qu’il soit». Le pari des sociétés ouvertes, c’est de concilier la coexistence pacifique des grandes croyances avec le droit à la libre expression. La liberté de culte est garantie et la liberté de critiquer les cultes également. Les Français, échaudés par des siècles de domination cléricale, souhaitent un affichage discret des croyances. Réclamer des droits séparés pour telle ou telle communauté, imposer de strictes limites à l’examen des dogmes nous ramènerait directement à l’Ancien Régime.

Le terme d’islamophobie remplit plusieurs fonctions : nier pour mieux la légitimer la réalité d’une offensive intégriste en Europe, attaquer la laïcité en l’assimilant à un nouveau fondamentalisme. Mais surtout faire taire les musulmans qui osent remettre le Coran en cause, en appellent à l’égalité entre les sexes, au droit à l’apostasie et aspirent à pratiquer paisiblement leur foi sans subir le diktat de doctrinaires ou de barbus. Il faut donc stigmatiser ces jeunes filles qui refusent le voile, souhaitent marcher sans honte, tête nue, dans la rue, foudroyer ces Français, ces Allemands, ces Anglais d’origine maghrébine, turque, africaine, algérienne qui réclament le droit à l’indifférence religieuse, le droit de ne pas croire en Dieu, de ne pas jeûner pendant le ramadan. Il faut les désigner, ces renégats, à la vindicte de leurs coreligionnaires, les faire taire pour bloquer tout espoir d’une mutation chez les fidèles du Prophète (en France et de façon révélatrice, c’est un «Collectif contre l’islamophobie» qui soutient juridiquement les femmes verbalisées pour port du voile intégral). Nous assistons à la fabrication planétaire d’un nouveau délit d’opinion, analogue à ce qui se faisait jadis dans l’Union soviétique contre les ennemis du peuple. Et ce avec l’onction des médias et des pouvoirs publics. Notre président lui-même (Sarkozy), jamais en retard d’une bourde, n’a-t-il pas comparé l’islamophobie à l’antisémitisme ? L’erreur est tragique : le racisme s’attaque aux personnes en tant qu’elles sont coupables d’être ce qu’elles sont, le Noir, l’Arabe, le Juif, le Blanc. L’esprit critique, à l’inverse, porte sur les vérités révélées, les écritures toujours susceptibles d’exégèses, de transformations. Cette confusion a pour objet de déplacer la question religieuse du plan intellectuel au plan pénal, toute objection ou moquerie étant passible de poursuites.

Quant aux profanations de tombes, de lieux de culte, si elles relèvent évidemment des tribunaux, elles touchent dans leur immense majorité en France les cimetières ou églises chrétiennes. On s’en veut de le rappeler : de tous les monothéismes, c’est le christianisme qui est aujourd’hui le plus persécuté dans le monde, surtout dans les pays musulmans, Algérie, Irak, Egypte entre autres. Il est plus facile d’être musulman à Londres, New York ou Paris que protestant, catholique au Moyen-Orient ou en Afrique du Nord. Mais le vocable de «christianophobie» ne prend pas et c’est heureux. Imagine-t-on la Saint-Barthélemy condamnée par nos ancêtres sous l’angle de la discrimination plutôt que du fanatisme religieux ?

Il est des mots qui contribuent à infecter la langue, à en obscurcir le sens. «Islamophobie» fait partie de ces termes à bannir d’urgence du vocabulaire.

jeudi 3 mars 2016

La misère sexuelle du monde "arabe"

Voilà le constat que fait Kamel Daoud sur un monde qu'il connaît bien et que toute "arabe" peut reconnaître s'il est un tant soit peu honnête intellectuellement ... mais que des intellectuels d'Occident condamnent pour islamophobie et racisme. Rien que çà ! Les hypocrites !!
R.B
Afficher l'image d'origine
Kamel Daoud

Après Tahrir, Cologne. Après le square, le sexe. Les révolutions arabes de 2011 avaient enthousiasmé les opinions, mais depuis la passion est retombée. On a fini par découvrir à ces mouvements des imperfections, des laideurs. Par exemple, ils auront à peine touché aux idées, à la culture, à la religion ou aux codes sociaux, surtout ceux se rapportant au sexe. Révolution ne veut pas dire modernité. 

Les attaques contre des femmes occidentales par des migrants arabes à Cologne, en Allemagne, la veille du jour de l’an ont remis en mémoire le harcèlement que d’autres femmes avaient subi à Tahrir durant les beaux jours de la révolution. Un rappel qui a poussé l’Occident à comprendre que l’une des grandes misères d’une bonne partie du monde dit “arabe”, et du monde musulman en général, est son rapport maladif à la femme. Dans certains endroits, on la voile, on la lapide, on la tue ; au minimum, on lui reproche de semer le désordre dans la société idéale. En réponse, certains pays européens en sont venus à produire des guides de bonne conduite pour réfugiés et migrants. 

Le sexe est un tabou complexe. Dans des pays comme l’Algérie, la Tunisie, la Syrie ou le Yémen, il est le produit de la culture patriarcale, du conservatisme ambiant, des nouveaux codes rigoristes des islamistes et des puritanismes discrets des divers socialismes de la région. Un bon mélange pour bloquer le désir, le culpabiliser et le pousser aux marges et à la clandestinité. On est très loin de la délicieuse licence des écrits de l’âge d’or musulman, comme “Le Jardin Parfumé” de Cheikh Nefzaouiqui traitaient sans complexe d’érotisme et du Kamasutra. 

Aujourd’hui le sexe est un énorme paradoxe dans de nombreux pays arabes : On fait comme s’il n’existait pas, mais il conditionne tous les non-dits. Nié, il pèse par son occultation. La femme a beau être voilée, elle est au centre de tous nos liens, tous nos échanges, toutes nos préoccupations. 

La femme revient dans les discours quotidiens comme enjeu de virilité, d’honneur et de valeurs familiales. Dans certains pays, elle n’a accès à l’espace public que quand elle abdique son corps. La dévoiler serait dévoiler l’envie que l’islamiste, le conservateur et le jeune désœuvré ressentent et veulent nier. Perçue comme source de déséquilibre — jupe courte, risque de séisme — elle n’est respectée que lorsque définie dans un rapport de propriété, comme épouse de X ou fille de Y. 

Ces contradictions créent des tensions insupportables : le désir n’a pas d’issue ; le couple n’est plus un espace d’intimité, mais une préoccupation du groupe. Il en résulte une misère sexuelle qui mène à l’absurde ou l’hystérique. Ici aussi on espère vivre une histoire d’amour, mais on empêche la mécanique de la rencontre, de la séduction et du flirt en surveillant les femmes, en surinvestissant la question de leur virginité et en donnant des pouvoirs à la police des mœurs. On va même payer des chirurgiens pour réparer les hymens

Dans certaines terres d’Allah, la guerre à la femme et au couple prend des airs d’inquisition. L’été, en Algérie, des brigades de salafistes et de jeunes de quartier, enrôlés grâce au discours d’imams radicaux et de télé-islamistes, surveillent les corps, surtout ceux des baigneuses en maillot. Dans les espaces publics, la police harcèle les couples, y compris les mariés. Les jardins sont interdits aux promenades d’amoureux. Les bancs sont coupés en deux afin d’empêcher qu’on ne s’y assoit côte à côte. 

Résultat : on fantasme ailleurs, soit sur l’impudeur et la luxure de l’Occident, soit sur le paradis musulman et ses vierges. 

Ce choix est d’ailleurs parfaitement incarné par l’offre des médias dans le monde musulman. A la télévision, alors que les théologiens font fureur, les chanteuses et danseuses libanaises de la “Silicone Valley” entretiennent le rêve d’un corps inaccessible et de sexe impossible. Sur le plan vestimentaire, cela donne d’autres extrêmes : d’un côté, la burqa, le voile intégral orthodoxe ; de l’autre, le voile moutabaraj (“le voile qui dévoile”), qui assortit un foulard sur la tête d’un jean slim ou d’un pantalon moulant. Sur les plages, le burquini s’oppose au bikini. 

Les sexologues sont rares en terres musulmanes, et leurs conseils peu écoutés. Du coup, ce sont les islamistes qui de fait ont le monopole du discours sur le corps, le sexe et l’amour. Avec Internet et les théo-télévisions, ces propos ont pris des formes monstrueuses — un air de porno-islamisme. Certains religieux lancent des fatwas grotesques : il est interdit de faire l’amour nu, les femmes n’ont pas le droit de toucher aux bananes, un homme ne peut rester seul avec une femme collègue que si elle est sa mère de lait et qu’il l’ait tétée

Le sexe est partout. Et surtout après la mort. 

L’orgasme n’est accepté qu’après le mariage — mais soumis à des codes religieux qui le vident de désir — ou après la mort. Le paradis et ses vierges est un thème fétiche des prêcheurs, qui présentent ces délices d’outre-tombe comme une récompense aux habitants des terres de la misère sexuelle. Le kamikaze en rêve et se soumet à un raisonnement terrible et surréaliste : l’orgasme passe par la mort, pas par l’amour. 

L’Occident s’est longtemps conforté dans l’exotisme ; celui-ci disculpe les différences. L’Orientalisme rend un peu normales les variations culturelles et excuse les dérives : Shéhérazade, le harem et la danse du voile ont dispensé certains de s’interroger sur les droits de la femme musulmane. Mais aujourd’hui, avec les derniers flux d’immigrés du Moyen-Orient et d’Afrique, le rapport pathologique que certains pays du monde arabe entretiennent avec la femme fait irruption en Europe. 

Ce qui avait été le spectacle dépaysant de terres lointaines prend les allures d’une confrontation culturelle sur le sol même de l’Occident. Une différence autrefois désamorcée par la distance et une impression de supériorité est devenue une menace immédiate. Le grand public en Occident découvre, dans la peur et l’agitation, que dans le monde musulman le sexe est malade et que cette maladie est en train de gagner ses propres terres.

L’émancipation des femmes n’est pas un enjeu identitaire

« L’égalité, la liberté ne sont ni des marques identitaires, 
ni des enjeux de mœurs, ou de modes de vie. 
Ils sont des principes politiques. 
Et comme tels, leur valeur, leur portée sont universelles. »
 Martine Storti

« La liberté, c'est de pouvoir choisir celui dont on veut être l'esclave. » 
Jeanne Moreau

Afficher l'image d'origine


Martine Storti

Un processus d’occidentalisation de l’émancipation des femmes est à l’œuvre, conduit par des courants politiques, religieux, idéologiques en apparences opposées mais qui concourent à la construction d’une impasse. L’actuel débat autour des articles de Kamel Daoud en est un exemple de plus, il n’est pas le premier et sans doute pas le dernier.

S’énonce en effet de manière tonitruante l’affirmation que la liberté des femmes, leur égalité avec les hommes sont une composante de l’identité française et plus largement occidentale. Depuis le lancement en 2009, sous présidence Sarkozy, du débat sur l’identité nationale, le processus d’identitarisation de l’émancipation des femmes n’a pas cessé.

Et après les agressions commises, en particulier à Cologne, la nuit de la Saint-Sylvestre, par des centaines d’hommes, pour la plupart d’origine maghrébine, contre des centaines de femmes, nous avons pu constater à quel point la liberté des femmes a été présentée comme la marque de l’Occident, y compris par ceux qui, quelques mois plus tôt, avaient porté au pinacle « Le suicide français » d’Éric Zemmour, pourtant chantre agressivement nostalgique de la soumission des femmes à l’ordre patriarcal, ordre hélas mis à mal à partir des années 1970 par les horribles militantes du MLF, à la fois féministes, gauchistes et soixante-huitarde, autant dire le nec plus ultra de l’infamie !

Cette transformation de l’émancipation des femmes en marque identitaire est une aubaine pour celles et ceux qui, en apparence opposés aux précédents, font du féminisme l’autre nom de l’impérialisme, du néocolonialisme et le rendent synonyme de la « mission civilisatrice » jadis brandie par le colonialisme pour se légitimer. Cette autre manière d’occidentaliser le féminisme est une vieille histoire, qui s’écrivait par exemple à Téhéran, en mars 1979, il y a donc 37 ans, lorsque par milliers des Iraniennes manifestaient contre le port du tchador prôné par l’ayatollah Khomeiny tout juste rentré de son exil en France. Et là encore, le processus se perpétue, jusqu’à instruire le procès du féminisme au nom de l’anti-impérialisme, de l’antiracisme, de l’anti-islamophobie, de la défense du camp des « dominés ».

Il faut dire non aux deux. En même temps. Dans un seul mouvement. L’émancipation des femmes n’est ni une donnée de l’Occident, ni l’autre nom du néo-colonialisme.

Rabattre l’émancipation des femmes sur l’identité occidentale revient à faire fi des siècles de luttes sur de multiples fronts qu’il a fallu mener pour la réaliser. Ces libertés, cette émancipation, ont été conquises contre. Contre des traditions, des préjugés, des religions, des grilles, des enfermements. Contre la morale établie, contre le contrôle du corps des femmes.

Faire face aux opprobres

Les « occidentales » ont dû affronter leurs églises, leurs partis politiques, leurs pères, leurs frères, leurs camarades. Elles ont dû faire face aux opprobres, aux injures, aux stigmatisations, aux refus déguisés en « plus tard », en « ce n’est pas le moment », en « ce n’est pas l’enjeu principal ». Elles ont dû dénoncer les pactes démocratique et républicain qui pendant des siècles les ont exclues. Et contrairement à ce qu’on entend ou lit ici ou là, les salons littéraires des siècles passés, aussi brillantes qu’y furent quelques femmes, la galanterie et la conversation, aussi grand que soit leur charme, ne valent pas émancipation !

Celle-ci est le produit de combats constants, et elle exige une vigilance permanente, tant la tentation n’est jamais loin de rogner les droits acquis, les libertés conquises, en particulier d’ailleurs celles qui renvoient à la maîtrise par les femmes de leur corps et de leur sexualité, ainsi que l’atteste l’opposition, jamais éteinte en Europe, à l’avortement, pour ne prendre que cet exemple.

Au lieu de figer l’émancipation dans une identité, il faut lui rendre son historicité. Car l’historiciser, c’est la rendre possible pour d’autres. D’autres qui ont aussi à se battre contre leurs religions, leurs traditions, leurs préjugés, leur enfermement dans une communauté ou une culture. D’autres qui, depuis des décennies, se battent pour le droit à la subjectivité, à la singularité, à l’individualité. Et qui continuent. Et qui ainsi prennent souvent le risque de leur vie.

Les combats sont les mêmes, parce que l’égalité, la liberté ne sont ni des marques identitaires, ni des enjeux de mœurs, de modes de vie. Ils sont des principes politiques. Et comme tels, leur valeur, leur portée sont universelles. Et c’est ainsi que de surcroît, ils font ressemblance et assemblage. Et qu’ils permettent d’avancer ensemble contre l’essentialisation des différences que tant de voix, en apparence opposées mais en réalité convergentes, s’emploient à construire.



mercredi 2 mars 2016

L’Histoire se souvient de ceux qui la font

« Lorsque le temps fera son œuvre, que le bon grain se sera débarrassé de l’ivraie, Habib Bourguiba sortira du purgatoire et la statue équestre du plus illustre des Tunisiens, reprendra sa place à Tunis. L’avenue Bourguiba sans Bourguiba, ça n’a pas de sens » - Béji Caïd Essebsi.
Afficher l'image d'origine
Moncef Kamoun *
La Tunisie et l’éternel retour de Bourguiba
Afficher l'image d'origine
Le retour de la statue équestre de la statue équestre de Bourguiba sur l’avenue qui porte son nom, au centre-ville de Tunis, est la moindre des reconnaissances au père de la Tunisie moderne.
«Lorsque le temps fera son œuvre, que le bon grain se sera débarrassé de l’ivraie, Habib Bourguiba sortira du purgatoire et la statue équestre du plus illustre des Tunisiens reprendra sa place à Tunis», écrivait Béji Caïd Essebsi dans son livre de mémoire ‘‘Le bon grain de l’ivraie’’. Il ajoute : «L’avenue Bourguiba sans Bourguiba, ça n’a pas de sens».
Aujourd’hui, 29 ans depuis qu’il a été écarté du pouvoir et 16 ans après sa disparition, Bourguiba est plus présent et plus vivant que jamais et cela malgré les 27 ans de calomnie, il a survécu et son image en est sortie indemne. Il a même grandi aux yeux de ses partisans et certains de ses adversaires d’hier.
Pour faire oublier Bourguiba, l’ex-président Ben Ali avait fait déboulonner et déplacer de l’avenue Bourguiba, durant la nuit, la statue du père de la nation et il l’a remplacée par une horloge de son goût vulgaire et lugubre.
Quant à la Troïka, l’ancienne coalition gouvernementale dominée par le parti Ennahdha, elle a voulu prendre la revanche sur le père et fondateur de la République Tunisienne et renouer  avec les vieilles croyances, à savoir le panarabisme pour Marzougui et le panislamisme pour Ghannouchi, deux doctrines que Bourguiba avait combattues et à juste raison jugées utopistes.
Alors pour appliquer leur politique, les dirigeants de la Troïka ont tout fait pour effacer tous les symboles qui ont caractérisé la République et façonné la nation tunisienne depuis l’indépendance (dates mémorielles, hymne national et jusqu'au drapeau), qui ne sont pas du goût de ces messieurs. Il voulait effacer la Nation Tunisienne ainsi que la République Tunisienne pour les noyer dans des entités panarabe pour l’un et panislamique pour l’autre.
L’Histoire se souvient de ceux qui la font
Depuis l’indépendance, Bourguiba avait débarrassé le pays de toutes les séquelles de la période coloniale. Les réformes se succédèrent pour mettre en place un Etat moderne, parachever la souveraineté nationale et moderniser la société, à travers la propagation de l’enseignement et la promulgation du Code du statut personnel (CSP). Le pays fut divisé alors en 14 gouvernorats, dotés d’une administration moderne.
L’une des toutes premières réformes décidées par le gouvernement né de l’indépendance porte sur le CSP, c’est-à-dire les droits de la femme.
Bien que l’islam reste la religion d’Etat, les femmes accèdent à un statut inédit dans le monde arabe, dépassant même, en son temps, celui des Françaises dans certains domaines. C’est ainsi que Bourguiba avait milité contre le port du voile mais surtout la polygamie a été interdite, le divorce autorisé et l’avortement légalisé.
Cette réforme du Code du statut personnel a soulevé la plus grandes résistances de toutes ses réformes; d’ailleurs  si elle avait été soumise à un référendum, elle n’aurait sans doute pas recueilli la majorité. Nous la devons véritablement au volontarisme et à la clairvoyance de Bourguiba qui croyait à juste titre que s’il ne faisait pas lui cette réforme, personne d’autre ne la ferait, et s’il ne la faisait pas immédiatement, il n’était pas certain de pouvoir la faire plus tard.
Il n’y avait pas que la question du statut de la femme. Bourguiba a réformé aussi l’enseignement, qu’il a généralisé en maintenant à tous les niveaux la langue arabe et le français.
En fait, Bourguiba est arrivé au pouvoir avec un projet. Il voulait faire de la Tunisie un pays moderne. Il était convaincu qu’aucune évolution de la société ne serait possible s’il n’était pas mis fin aux archaïsmes qui caractérisaient particulièrement la condition de la femme. Il a combattu et il a réussi à faire de la Tunisie un Etat moderne, à travers un ensemble de réformes législatives.
Le combat de Bourguiba dépasse les frontières de son petit pays. Aujourd’hui, 57 ans après la naissance de la République, Bourguiba demeure l’une des rares références modernistes véritables dans un monde arabe tourné vers le passé et hanté par les forces de mort. Son sens de la stratégie a mis l’histoire de son côté et plus particulièrement le conflit israélo-arabe.
Défenseur passionné d’une modernité arabe, Bourguiba s’est également distingué de ses homologues en politique étrangère. Vingt ans avant le président égyptien Anouar Sadate, il préconise la normalisation des rapports avec Israël et ce, lors d’une tournée au Proche Orient. Défiant Jamal Abdel Nasser, il rappelle dans un discours prononcé à Jéricho, le 3 mars 1965, que la politique «du tout ou rien» n’avait mené en Palestine qu’à la défaite. Il propose par la même à l’ONU la création d’une Fédération entre les États arabes de la région et Israël.
Un visionnaire qui a édifié l’Etat tunisien moderne
À contre-courant de ses voisins et homologues arabes, la priorité est donnée à l’éducation et à la santé au détriment de l’armement. Il met en place un enseignement moderne et l’école devient publique et gratuite.
Bourguiba abolit également le double circuit de la justice, met fin à l’influence des religieux sur la magistrature et instaure des cours civiles.
Comment ne pas être en accord avec ce tribun hors pair, cet orateur immense et inspiré, le regard flamboyant, ardent, passionné, martelant la table de son poing, tantôt pathétique, tantôt révolté, conteur, captivant, pédagogue, talentueux, toujours persuasif.
La politique des étapes en constitue la dimension principale. Bourguiba croyait en cette politique contrairement au «tout ou rien» prôné et encouragé par certains de l’action en fonction des possibilités réelles et non des aspirations
Les Tunisiens doivent reconnaître à un homme ses mérites quand il en a, et ce, en accomplissant un acte de respect envers lui.
Le retour de la statue équestre de Bourguiba, transférée en 1988 dans la petite ville côtière de La Goulette, à sa place, sur l’avenue qui porte son nom, au centre-ville de Tunis, est donc la moindre des reconnaissances à cet homme qui a façonné si profondément la Tunisie moderne.
* Architecte

L’image contient peut-être : 5 personnes, personnes assises, table et intérieur
Banquet offert par les Algériens de Paris à Habib Bourguiba en 1950-51

L'étudiante tunisienne à la gauche de Bourguiba, est Mme Esma Ben Hamida, fille du Cheikh Ben Hamida d'Akouda. Près d'elle feu Taëb Mehiri.
L'hôtesse algérienne est à la droite de Bourguiba. A son côté, Mohamed Masmoudi.  
Le reste de la tablée, ce sont des étudiants Algériens. 
L'on était encore loin de l'Indépendance mais l'on s'activait pour y arriver ...


Manuel Valls monte au créneau pour Kamel Daoud

Après la journaliste tunisienne Fawzia Zouari, voilà un autre coup de gueule de la part de Manuel Valls premier ministre de François Hollande, contre la connerie de certains intellectuels aussi aveugles sur les islamistes et le wahhabisme qu'ils diffusent en France, que l'était en son temps Jean Paul Sartre qui avait eu tout faux aussi bien sur les communistes que sur le FLN en Algérie !
R.B
Afficher l'image d'origine
Manuel Valls


Soutenons Kamel Daoud !

Les attaques, la hargne inouïe dont Kamel Daoud fait l’objet depuis quelques jours ne peuvent que nous interpeller, nous indigner. Et pour tout dire : nous consterner.
Certains universitaires, sociologues, historiens, l’accusent, dans une tribune – plutôt un réquisitoire – d’alimenter, au sein de notre société, de prétendus fantasmes contre les musulmans. Au lieu d’éclairer, de nuancer, de critiquer – avec cette juste distance que réclame pourtant le travail du chercheur –, ils condamnent de manière péremptoire, refusent le débat et ferment la porte à toute discussion.

Le résultat est connu : un romancier de talent – et sur qui pèse déjà une « fatwa » dans son pays – décide, face à la violence et la puissance de la vindicte, de renoncer à son métier de journaliste. C’est tout simplement inconcevable.

Cette manière de mener le débat public est le signe d’un profond malaise de l’intelligence, d’une grande difficulté, dans notre pays, à penser sereinement le monde d’aujourd’hui, ses dangers. Et d’une trop grande facilité à repousser tous ceux qui s’y essayent.

Pourtant, dans une époque de plus en plus indéchiffrable, gagnée par la montée des extrémismes, des fanatismes, les analyses de Kamel Daoud – et d’autres avec lui – peuvent nous être d’un grand secours. Car derrière les caricatures qui en ont été faites, l’écrivain algérien nous livre un point de vue éclairant et utile, celui d’un intellectuel, d’un romancier. Une réflexion à la fois personnelle, exigeante, et précieuse.

Personnelle, parce que Kamel Daoud n’avance pas sans preuves. Il nous parle du réel, de ce qu’il voit, de ce qu’il ressent, de ce qu’il vit aussi. Ce sont des réalités longuement étudiées, des rapports de force méticuleusement examinés qu’il nous décrit. Et si son propos a tant de profondeur, c’est qu’il nous parle, non pas de théorie, mais d’expérience.

Exigeante, car Kamel Daoud va loin. Il refuse le simplisme, le convenu, l’évident. Il nous dit au contraire que le monde est plus confus, moins lisible qu’on ne le pense. Il ne prétend pas, par exemple, que les sociétés occidentales sont parfaites, pas plus qu’il ne renvoie les sociétés musulmanes à un « Moyen Âge ». Il ne conteste ni les violences de l’« Occident », ni la richesse et le dynamisme de l’« Orient ».

Il montre simplement, comme l’a fait Deniz Gamze Ergüven dans son très beau Mustang, qu’il y a dans le monde musulman – mais aussi ici, en France – un fondamentalisme qui veut enfermer les consciences, imposer son ordre archaïque, entraver les libertés, soumettre les femmes. Par quelle injustice, par quelle absurdité – et alors qu’ils dénoncent les mêmes réalités avec chacun leur écriture – la réalisatrice franco-turque est-elle encensée, tandis que l’intellectuel algérien est cloué au pilori ?

Ce que demande Kamel Daoud, c’est qu’on ne nie pas la pesanteur des réalités politiques et religieuses ; que l’on ait les yeux ouverts sur ces forces qui retiennent l’émancipation des individus, sur les violences faites aux femmes, sur la radicalisation croissante des quartiers, sur l’embrigadement sournois de nos jeunes.

Réflexion précieuse, enfin, parce que Kamel Daoud se risque à tracer la voie à suivre. Entre l’angélisme béat et le repli compulsif, entre la dangereuse naïveté des uns – dont une partie à gauche – et la vraie intolérance des autres – de l’extrême droite aux anti-musulmans de toutes sortes –, il nous montre ce chemin qu’il faut emprunter.

Un chemin que la France emprunte, en faisant savoir, à tous ceux qui ont abandonné la pensée, qu’un musulman ne sera jamais par essence un terroriste, pas plus qu’un réfugié ne sera par essence un violeur.

Un chemin que la France emprunte, aussi, en défendant les valeurs auxquelles elle croit, et sur lesquelles elle ne transigera jamais : la liberté – celle d’écrire, de penser –, l’égalité – notamment entre les femmes et les hommes –, la fraternité et la laïcité – qui font notre cohésion.

C’est en ces valeurs que croit Kamel Daoud. Parce qu’elles fondent notre démocratie, notre modernité, notre espace public – un espace où le débat est possible et où l’on respecte ceux qui prennent la parole –, ce sont ces valeurs qu’avec détermination nous devons défendre.

Abandonner cet écrivain à son sort, ce serait nous abandonner nous-mêmes. 

C’est pourquoi il est nécessaire, impérieux, et urgent, comme beaucoup l’ont fait ces derniers jours, de soutenir Kamel Daoud. Sans aucune hésitation. Sans faillir.