lundi 22 février 2016

Ennahdha ou la stratégie du caméléon

Qui peut croire un seul instant, que les Frères musulmans puissent changer ? S'ils prétendent séparer la politique de la religion, ce n'est qu'un mensonge pour duper les tunisiens et rassurer les EU & l'UE qui les soutiennent !
La doctrine qui fonde leur action politique, a été et sera toujours "la religion", ainsi que l'a voulue Hassan el Banna le fondateur des Frères musulmans !! Soutenir le contraire, c'est se renier.
Prétendre copier le parti de social démocrate chrétien allemand, n'est qu'une supercherie de plus de la part de Ghannouchi : car ce parti contrairement au sien n'a pas vocation a régenter la vie des hommes en appliquant à la lettre la bible et les lois que des théologiens ont édictées durant les premiers siècles du christianisme ... ce que leur parti planifie de faire s'il prenait le pouvoir par l'application de la chariaa .... vieille de 14 siècles !!!
Or en 2011, ce même Ghannouchi répétait à l'envie, que son modèle c'est Erdogan, le Frère musulman turc.
Qui peut croire un tel individu aussi versatile ?
R.B
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Depuis sa défaite aux législatives de 2014, le parti islamiste procède par petites touches successives à un repositionnement que devrait confirmer son prochain congrès, prévu en mars. Réel aggiornamento ou poudre aux yeux électoraliste ?
« Nous quittons le gouvernement mais pas le pouvoir », avait lancé Rached Ghannouchi, président d’Ennahdha, en janvier 2014, au moment où la troïka gouvernementale, sous la pression de la rue et de l’initiative du Dialogue national, cédait les rênes à un exécutif de technocrates. Il ne s’agissait ni d’une prophétie ni d’une fanfaronnade, encore moins d’une menace, mais d’un message destiné à rassurer ses troupes en réaffirmant le rôle central d’Ennahdha dans le jeu politique.
La reconquête du pouvoir en ligne de mire
Épinglé pour sa mauvaise gestion, coupable d’avoir conduit le pays au bord de l’implosion en 2013, le parti n’en menait alors pas large. Mais c’était compter sans la faculté d’adaptation des islamistes tunisiens et leur capacité à faire collectivement le dos rond face aux tempêtes. Pour mieux rebondir, Ennahdha adopte un profil bas, d’autant qu’elle sait que ses successeurs ne feront pas beaucoup mieux vu leur faible marge de manœuvre, et se recentre sur ses priorités : les législatives d’octobre 2014 et la révision de sa stratégie en vue de la reconquête du pouvoir. Une révision d’autant plus nécessaire que la donne a changé.
Sur le plan international, le jihadisme, les conflits syrien et libyen, les dérives puis la chute des Frères musulmans égyptiens ont conduit l’Occident à revoir sa position à l’égard de l’islam politique, qu’il a un temps courtisé. Au plan national, Ennahdha a désormais en face d’elle un adversaire de poids : Nidaa Tounes. Lequel la supplantera aux législatives. Sentant le danger, le parti de Rached Ghannouchi a entamé alors par petites touches un repositionnement que devrait confirmer son 10e congrès, prévu pour mars prochain.
Première étape de la mue : le changement d’image. Ennahdha s’attache à cet effet, pour 18 millions de dollars, les services de Burson-Marsteller, une agence internationale de relations publiques spécialisée dans la communication de crise. Sa mission : convaincre les partenaires internationaux qu’Ennahdha n’est pas la confrérie des Frères musulmans et qu’elle demeure un interlocuteur de premier plan en Tunisie. Ce sera chose faite. Reste à convaincre les Tunisiens, échaudés par ses échecs, son double discours et ses tergiversations face au salafisme jihadiste.
Les alliances du parti
Critiquée pour avoir fait cavalier seul en feignant de gouverner avec d’autres partis – Ettakatol et le Congrès pour la République (CPR) – et pour avoir « confié les manettes du pays à des hommes qui ont pour unique expérience des années de prison », comme le souligne Imed Derouiche, expert en économie, Ennahdha se résout à faire taire ses propres extrémistes, comme Sadok Chourou et Habib Ellouze, appelle à la formation d’un gouvernement d’union nationale et fait sienne la stratégie du consensus. Ghannouchi donne le ton en opérant un rapprochement avec Béji Caïd Essebsi, mais également avec les autres formations politiques dites destouriennes.
De fait, la conjoncture et le rapport des forces à l’Assemblée des représentants du peuple (ARP) sont tels qu’aucun parti ne peut gouverner seul. Ennahdha s’engouffre dans la brèche, noue une alliance avec Nidaa et obtient deux ministères et deux secrétariats d’État. C’est suffisant pour exister et rassurer ses militants. Avec une confortable position de numéro deux à l’ARP, ce qui lui permet d’exercer des pressions sans assumer les responsabilités de l’exécutif, le parti reste incontournable.
En affichant son entente avec les modernistes, Ennahdha sait qu’elle va semer le doute, sinon la zizanie, au sein du parti de Béji Caïd Essebsi et de son électorat. Le délitement de Nidaa Tounes fera le reste, d’autant que les nouveaux dirigeants du parti présidentiel se prévalent désormais d’un référent commun avec les islamistes : Abdelaziz Thaalbi, tenant d’une vision réformiste de l’islam. Cette fois, Ennahdha en a fini avec les débats identitaires et réussit à amener ses adversaires sur son propre terrain. Mais il lui faut maintenant convaincre sa base.
Comme Nidaa Tounes, le parti de Rached Ghannouchi a aussi vécu une crise interne, mais il n’en a pas fait étalage sur la place publique. Sa direction doit en effet s’expliquer sur son choix de ne pas avoir présenté de candidat à la présidentielle de 2014 et sur la recherche permanente du consensus, laquelle pourrait, sinon contrecarrer le projet islamiste, du moins le diluer. Ces questions, évoquées lors des travaux préparatifs du 10e congrès, sont essentielles pour les militants, ce qui fait dire à Badreddine Abdelkefi, membre du Conseil de la Choura, que l’aggiornamento annoncé par Ennahdha « figure parmi les thèmes traités mais n’est pas prioritaire ».
C’est pourtant de la réussite de cet aggiornamento que dépendra la capacité d’Ennahdha à élargir son champ d’influence et, partant, sa base électorale. Mohamed Fourati, rédacteur en chef d’Al-Fajr, organe officiel du parti, affirme « la nécessité de s’inscrire dans une dynamique de construction de l’avenir sur la base d’une pensée de planification politique et de prospection ». Ennahdha s’apprêterait à opérer un virage à 180 degrés en se donnant le statut de parti civil par la séparation du volet politique d’avec l’activité de prédication et de promotion des valeurs religieuses, lesquelles deviendraient le fait de la société civile. « La Constitution est telle qu’aucun parti ne peut prétendre avoir le monopole de la religion », affirme un sympathisant favorable à cette évolution.
Une révolution identitaire
D’autres acceptent difficilement de renoncer au principe – référentiel idéologique s’il en est – de « la globalité de l’islam » (choumouliyya) en vertu duquel l’islam est une réponse à tout. Ennahdha s’éloigne ainsi de la pensée matricielle de Hassan al-Banna, fondateur des Frères musulmans, et tente de s’inspirer de l’expérience de la démocratie chrétienne en Allemagne. Mais Ajmi Lourimi, chargé de la communication d’Ennahdha, soutient, lui, qu’elle « restera un grand parti national à référent islamique ».
Concrètement, cette nouvelle approche devrait aboutir à un changement de nom et au remplacement du tout-puissant Conseil de la Choura par un bureau national centré sur l’action politique, avec un glissement vers le centre droit et un discours axé davantage sur les valeurs universelles et démocratiques que sur la religion. Ennahdha espère ainsi élargir son électorat. De fait, les islamistes ont changé de ton. Lotfi Zitoun, cadre dirigeant, a ainsi fait publiquement acte de contrition : « Je demande pardon et j’assure que j’ai décidé de modifier mon approche. L’étape a changé et nous sommes désormais en démocratie avec des institutions stables, d’où l’impératif de changer d’attitude. »
Derrière cette « révolution » identitaire se trouve bien sûr Rached Ghannouchi, 74 ans, fondateur d’Ennahdha et figure de proue de la pensée islamiste. Leader incontesté du parti, la question de sa succession n’en est pas moins posée par certains au nom de la pratique démocratique. Ali Larayedh, secrétaire général du parti, assure que « l’alternance au niveau de la présidence du mouvement est l’un des sujets prioritaires autour duquel tournera le débat à l’occasion du congrès », tandis qu’Abdelfattah Mourou, autre figure du mouvement et vice-président de l’ARP, appelle « au renouvellement du tiers de la hiérarchie du parti ».
« Il ne serait pas étonnant que ce soit Ghannouchi lui-même qui suscite la question de sa succession pour s’affirmer face à ses détracteurs », observe notre sympathisant. La nouvelle garde saura se montrer patiente car aucun de ses membres ne peut prétendre être un guide, une référence, celui dont on cherche l’approbation et qui cumule trente et une années à la tête du mouvement. Rached Ghannouchi peut agacer les siens, mais il sera difficile à ces derniers de s’affranchir de sa tutelle, d’autant que la question de la succession dans les mouvements d’obédience religieuse ne se pose guère du vivant du père fondateur, surtout lorsque celui-ci a pris une dimension de chef charismatique.
Il n’empêche que les jeunes militants d’Ennahdha, eux, voyant s’éloigner les objectifs initiaux, comme l’instauration de la charia, se sentent en droit de demander des comptes à leurs chefs. « Nous avons grandi et avons été formés dans cet objectif. Il va falloir que nos dirigeants justifient leurs revirements », martèle l’un deux, qui remarque que dans son quartier certains sont tentés de rejoindre Hizb Ettahrir, un parti salafiste interdit.
Pour les garder dans son giron, Ennahdha va devoir s’expliquer sur la stratégie du consensus et préciser les étapes de la reconquête du pouvoir. Entre autres arguments, le 10e congrès va présenter une évaluation de la période de la troïka, puis de celle où Ennahdha a été écartée, et enfin de l’expérience de l’alliance gouvernementale actuelle. Surtout, il va confirmer que le parti présentera un candidat à la présidentielle de 2019. Une manière de ressouder les troupes à l’approche des municipales de fin 2016, lesquelles auront valeur de test.
Ennahdha dans des habits neufs ? La perspective est séduisante mais ne va pas de soi. Les prises de position du parti sur des questions de société, comme le statut des minorités, contredisent la Constitution, qu’il a pourtant votée. Et la pression qu’il exerce sur la gestion des affaires religieuses, dont la nomination des imams, sème le doute sur sa volonté réelle de changement. L’islamologue et universitaire Olfa Youssef est plus que sceptique : « Quand on sait que les islamistes se sont emparés du concept de la taqiyya – le fait de dissimuler sa foi en cas de danger – pour justifier la duplicité, on est en droit de nourrir quelques doutes sur leur sincérité. »
MUNICIPALES : FAVORI PAR DÉFAUT…
Lors de la campagne pour les législatives de 2014, Ennahdha avait fait d’une pierre deux coups en entamant la préparation des municipales par un travail de terrain et d’identification de ses interlocuteurs. L’idée était de référencer d’abord les problématiques locales, de se rallier les sympathies, puis de former des personnes à même de s’exprimer dans les conseils municipaux à partir d’un travail de proximité. Mais par sa participation au gouvernement, Ennahdha sera fatalement confrontée à la déception et à l’exaspération des Tunisiens face à l’inefficacité de leurs gouvernants. Si le désenchantement ambiant et le délitement de son rival Nidaa Tounes font désormais du parti islamiste le favori du scrutin, ce ne sera que par défaut.
Mais vu l’ampleur de la crise et le degré de dépolitisation, qui peuvent préparer le terrain à une percée d’indépendants et de notables locaux, Ennahdha n’a peut-être pas intérêt à jeter toutes ses forces dans la bataille. Si elle essuie des revers, ce sera humiliant, vu que tout le monde la place en favori par défaut. Si elle gagne, elle devra gérer les municipalités, ce qui ne sera pas une sinécure. Contrairement à l’AKP turc, qui avait d’abord fait ses preuves au niveau local avant de gagner nationalement, Ennahdha a remporté l’élection de la Constituante, mais part de zéro au niveau local.

Aussi, au nom de sa nouvelle doctrine du « consensus », pourrait-elle constituer des listes communes avec Nidaa, ce qui aurait pour double avantage, dans la perspective des législatives de 2019, de semer la zizanie chez l’adversaire et de se soustraire à ses responsabilités à peu de frais.

Un français qui refuse d'être stigmatisé pour sa culture "arabo-musulmane"

Les Français semblent s'être résignés de voir leurs responsables politiques de droite comme de gauche malmener la laïcité en multipliant les brèches pour satisfaire les communautaristes de tous poils. Faudrait-il que ce soit les Français de fraîche date pour rappeler les valeurs de la République et les règles du vivre ensemble aux pourfendeurs de la laïcité ? Ce que fait Ahmed Meghini dans une lettre ouverte aux Français.
R.B
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Va, vis et deviens Français
Le témoignage d'un athée.

 Je m’appelle Ahmed et je ne suis pas Musulman. Habituellement, comme tous les athées, je le tais. D’abord parce que c’est intime, cela ne regarde que moi, et parceque l’athéisme est une solitude et la solitude ça ne se partage pas. Il y a une autre raison : j’ai souvent eu peur de froisser mes ex- coreligionnaires. Pour un grand nombre de Musulmans, je suis ce qu’il y a de pire : un apostat. Dans la plupart des pays musulmans, je risquerais la mort pour cela.

Je suis un citoyen français et je n’ai pas d’autre identité à défendre que celle qui a permis mon émancipation. Je suis libre de croire ou de ne pas croire et pourtant, pour ma sécurité, jusqu’à aujourd’hui, j’ai cru bon de ne pas exposer ma non-foi.
Cette lâcheté, que j’assume comme telle, n’est plus permise aujourd’hui. En nous attaquant et en nous tuant, les assassins on révélé une terrible faille sismique. Elle n’était pas nouvelle mais, comme vous, je me mentais à moi-même.
Je n’ai pas pu avoir la même rapidité d’analyse que ceux qui ne souhaitent « ni rire ni pleurer » et qui, en un temps record, ont mis sur pied un débat sur la place des jeunes Musulmans en France. Non je n’ai pas pu, et n’en déplaise à Spinoza, j’étais occupé à pleurer.

Dieu assigné à résidence 
Je réponds à leur question « l’Islam est-il compatible avec la République ? » en disant simplement que c’est la République qui ne sera jamais compatible avec l’Islam, comme avec n’importe quelle autre religion. C’est pourquoi il y a plus d’un siècle, nous avons assigné Dieu à résidence. Parce que c’est le concept même de Dieu qui n’a pas sa place dans la République.

Je ne vois pas, je ne fréquente pas et je ne parle pas à des Musulmans, à des Catholiques et à des Juifs, et ça n’arrivera jamais. Je ne reconnais que mes concitoyens, et qu’ils croient aux extra-terrestres ou à un homme qui change l’eau en vin, cela ne m’intéresse absolument pas.

À ceux qui en réponse aux actes de terrorisme souhaitent débattre de l’Islam, je les invites à entamer au plus vite un cursus en théologie islamique, mais laissez-moi ma France ! Celle où je dois pourvoir vivre sans Dieu et sans me faire insulter dans ma non-foi. Frappez la République à coups de tête pour y enter en tant que Musulman, Catholique, Protestant, Bouddhiste ou Juif. Frappez encore, frappez plus fort et nous verrons bien qui de votre tête ou de la République cédera en premier. Même si nous, Républicains laïcs, étions demain pris de panique, terrorisés par nos ennemis et prêts à tout céder, nous ne le pourrions même pas. Cette idée de liberté et de justice qui s’est affûtée à travers le temps ne nous appartient pas, elle nous dépasse, un peu comme votre Dieu.
La laïcité, c’est ce que nous avons trouvé de mieux pour vous permettre de vivre vos croyances tout en admettant la primauté des lois de la République sur vos lois divines. D’autres pays n’ont pas laissé ce choix à leur population. Les uns interdisent la religion, d’autres la rendent obligatoire.

Si vous ne comprenez pas en quoi la laïcité vous protège, je ne vous l’expliquerai pas, je vous opposerai la loi, parce qu’elle me protège moi aussi. Si vous voulez comprendre, je vous invite à vous rendre dans une bibliothèque.

Une barque et des rames
Je n’ai pas d’autre choix que d’engager un combat, que je promets féroce, contre ceux qui préfèrent s’adresser aux Musulmans plutôt qu’à leurs concitoyens. Comme d’autres, j’ai consacré toute ma vie d’adulte à devenir et à être admis en tant que Français. Je suis de la première génération à être né en France. Sur mon acte de naissance, il est écrit « père soudeur » et « mère femme de ménage », comprenez : « T’es plutôt mal barré dans la vie ». Aujourd’hui je suis père, chef d’entreprise et j’ai une vie relativement confortable. 
À l’école, j’ai fait le minimum, j’ai terminé mon parcours scolaire crashé dans une voie de garage au milieu d’un BEP grotesque. Cet enseignement minimum obligatoire m’a offert une barque et une paire de rames. Alors j’ai ramé, j’ai ramé la nuit et j’ai ramé le jour, scrutant inlassablement l’horizon à la recherche d’une terre, la France.

Mes parents parlaient mal le Français, avec des erreurs de syntaxe et un fort accent maghrébin. Ils étaient pauvres en France ; ils l’étaient d’avantage dans leur pays d’origine. Je me souviens qu’il arrivait que l’on me dise que j’avais de la chance d’avoir une double culture. Je ne comprenais pas ce que ça voulait dire, je me disais simplement que « deux » c’est mieux que « un ». Il a fallu que je découvre un peu de la culture française pour appréhender l’étendue de ma pauvreté, de ma faim aussi.
Cependant j’ai profité d’une intuition de ma mère qui m’a dit « Tu sais, nous, on ne comprend pas très bien comment ça marche en France, imite-les, toi tu finiras bien par comprendre. » Elle ne m’a pas dit ce que d’autres, dans le même cas que moi, pouvaient entendre de leur parent : « Nous ne sommes pas chez nous, nous sommes venus travailler et nous rentrerons au pays ». Le pensaient-ils vraiment ? Se mentaient-ils à eux-mêmes ? Je ne sais pas, en revanche ce que j’ai vu, c’est qu’ils sont restés et qu’ils ont condamné leurs enfants à une vie de pérégrination, d’éternels étrangers, pas vraiment d’ici, et encore moins de là-bas.

Être Français
J’ai eu la chance de faire ce chemin tortueux vers la France. Je voulais devenir Français, parce que dans mon esprit, j’étais d’ici ; parce que contrairement à beaucoup de Français qui ont les mêmes origines que moi, mon père est enterré ici et c’est ici que je finirai ma vie. Mais je ne savais pas ce que ça voulait dire, être Français. J’ai dû inventer, me jeter loin de moi, de ce que je croyais savoir. J’ai par exemple porté l’uniforme, je me disais qu’ainsi on ne pouvait pas penser que j’étais autre chose qu’un Français. Si je ne savais toujours pas ce que ça voulait dire au moins j’en avais l’air. Adolescent, j’étais jeune sapeur pompier, je m’exerçais à des manœuvres incendie, au secourisme. À peine majeur, je suis devenu sapeur pompier volontaire. Et puis il y a eu l’armée, je voulais absolument partir en opération à Sarajevo. Je pensais qu’en servant la France dans un pays en guerre, j’aurais alors un argument de poids à opposer à ceux qui pouvaient douter de mon attachement à mon pays. Le seul moyen de partir en opération extérieure dans mon régiment était de s’engager, je me suis donc engagé. Un mois plus tard, j’étais en territoire bosniaque et je regardais fièrement l’écusson tricolore sur mon épaule. Je m’appliquais sans le savoir ce mot de Kennedy : « Ne demande pas ce que ton pays peut faire pour toi, demande-toi ce que tu peux faire pour ton pays ».

Lâcheté et paresse
Oui, il a été sinueux ce chemin vers la France qui me fit faire un détour par la case prison. Arrêté dans une manifestation et condamné à tort pour violence sur agent des forces publiques, j’ai été incarcéré trois mois dans une maison d’arrêt alsacienne. Ce que j’y ai vu m’a profondément bouleversé. La première fois que j’ai vu une promenade, j’ai été choqué de n’y voir que « des Arabes et des Noirs ». Je les regardais tourner en rond, ils étaient là, rassemblés, les pérégrins pérégrinaient. J’ai été très en colère, j’aurais pu sortir de là fou de haine si je n’avais pas eu le soutien de milliers de militants, de Français qui avaient pris fait et cause pour moi. Ils m’ont aidé à comprendre que la France c’est aussi une ambition qui appartient à ceux qui la défendent et comme dans les mariages, il n’y a pas que des jours heureux. Eh oui, bien souvent j’ai eu l’impression d’aimer la France comme un mari cocu.

Souvent je repense à cette promenade de prison comme la manifestation la plus évidente de notre échec. L’échec d’un pays tout entier, où chacun a sa part de responsabilité. L’État, bien sûr, mais aussi certains employeurs qui quand ils ne pratiquent pas ouvertement la discrimination à l’embauche, font preuve de peu de créativité. De nos préjugés, à chacun de nous, d’avoir cru que la police et la prison étaient la réponse à tout, faisant semblant d’oublier que les détenus ont vocation à sortir, et souvent, plus en colère encore que quand ils y sont entrés. C’est aussi l’échec des familles de ces prisonniers, et des prisonniers eux-mêmes, qui doivent assumer leur part de responsabilité.

Ni victimes, ni bourreaux
Nous ne sortirons pas de cette impasse si chacun ne fait son autocritique. Si nous retombons dans ce débat stérile de la xénophobie à géométrie communautaire variable, l’auto-flagellation d’un coté et les revendications victimaires de l’autre. Nous serons condamnés à la guerre de tous contre tous. Alors je prends ma part en dénonçant ici une forme de duplicité chez beaucoup de Français qui ont les mêmes origines que moi.

Je dénonce ceux qui n’ont jamais fait le choix de la France et qui réclament tous les droits ; bien que nés Français sur notre territoire, quand ils disent « le pays » ils ne parlent pas de la France. Ils ne souhaitent pas vivre dans les États totalitaires d’où sont venus leurs parents mais souhaitent bâillonner la liberté d’expression ici. Oui, la France a construit les conditions d’une ghettoïsation sociale et ethnique mais, avant cela, elle a construit des logements. Mais qui dénonce la complicité active de ces communautés qui se donnent tant de mal pour se ghettoïser elles-mêmes, en cultivant cet entre-soi ethnique ? Si nous ne sommes pas allés vers eux, beaucoup ne sont pas venu vers nous non plus.

J’ai été accusé sur un réseau social d’être un « faux arabe » alors même que je m’affirme en tant que Français. On est accusé de « faux arabe » dès que l’on fait preuve d’un peu de sens critique publiquement. La règle, c’est la solidarité confessionnelle, on peut critiquer en privé, « entre nous », mais jamais en public. Accusation plus étrange encore : j’ai été dénoncé comme « Juif », « Sioniste », parce que je dénonce l’antisémitisme. Un schéma d’une incroyable absurdité et très largement répandu. En postulat, il faudrait imaginer que les Juifs et Israël c’est pareil. Donc si vous défendez un Juif c’est comme si vous attaquiez la Palestine. Si tous les Français issus de l’immigration ne pensent pas de cette manière, ils ne dénoncent quasiment jamais les prêcheurs de ces absurdités, par lâcheté, par paresse.

Le xénophobe bienveillant
Il faut encourager la prise de parole par ceux qui adhèrent pleinement aux valeurs de la République et qui se taisent aujourd’hui. Il faut réduire la capacité de nuisance de ceux qui ont le génie de la division, qui nous accablent en nous faisant éternellement le coup de la victime.

Pour cela nous devons savoir être nous-mêmes, apprendre à être sereins et implacables avec nos valeurs. Cessons cet auto-dénigrement permanent. À être trop vigilant quant à notre propre xénophobie, on en devient un xénophobe bienveillant. Je rencontre parfois des gens qui ne m’aiment pas parce qu’ils n’aiment pas les Arabes et je ne peux rien y faire. Mais le pire pour moi, c’est de rencontrer des gens qui m’aiment bien parce qu’ils aiment bien les Arabes. La xénophobie bienveillante, qui au nom de la tolérance me voit, comme les autres, comme un Arabe.
Alors pour me faire plaisir, pour être gentil avec moi, ils veulent discuter de la place que l’Arabe, maintenant le Musulman, mérite.

Je vous le dis ici : je n’ai pas besoin de vous, par pitié arrêtez de vouloir m’aider. Je me suis fait une belle place de Français dans mon pays, grâce à mon pays et grâce à ma brave mère qui m’a élevé du mieux qu’elle a pu avant de me laisser partir avec pour seule consigne : « Va, vis et deviens Français. »


                                                 

dimanche 21 février 2016

La corruption se démocratise depuis la "révolution" du jasmin

Benoit Delmas

Corruption - Tunisie : voyage au cœur d'une gangrène

Capitalisme de copinage, économie informelle, bakchich : la situation est suffisamment grave pour que la crainte de la menace d'un Etat mafieux soit clairement formulée.

« J'ai essayé de gagner ma vie légalement » confie Zied. « J'ai essayé depuis quatre ans, et c'est impossible ». Soutien de famille, ce trentenaire envisage pour la première fois de sa vie une « petite » carrière dans « la contrebande ». Les salaires qu'on propose à ce diplômé ne dépassent pas les six cent dinars. Sans CNSS (la sécurité sociale), sans contrat. A Tunis, un maigre loyer pour une famille frôle aisément les quatre cent. Alors Zied se dit qu'il est « trop con d'être honnête dans un pays qui ne sanctionne pas les corrompus ». Un sentiment prédominant parmi la jeunesse. Un phénomène qui a précipité la chute de la dictature le 14 janvier 2011.

Le régime Ben Ali, l'architecte de la voracité

La corruption a explosé sous Ben Ali. L'appareil d'Etat a été sommé de couvrir les multiples exactions du clan présidentiel ainsi que celles du clan Trabelsi, la belle famille du dictateur. Marchés truqués, terrains achetés pour le dinar symbolique, mise sous tutelle de pans entiers de l'économie : la Tunisie a été pillée méthodiquement. Servir le pouvoir ou se servir du pouvoir : la question a été vite tranchée de 1987 à 2010. Bob Rijkers, chercheur à la Banque Mondiale a démontré dans une étude publiée en mars 2014 que « l'action interventionniste de l'État dans le secteur industriel profitait à la famille du président et servait en fait à camoufler un système de rentes ». « Il est en effet prouvé que l'État a permis aux membres du régime à la recherche de rentes d'accaparer une partie importante du secteur privé en mettant les entreprises proches de la famille à l'abri de la réglementation en vigueur ou en leur octroyant des avantages particuliers » poursuit l'analysteLe total des sommes détournées représente « 21% des bénéfices du secteur privé ». Le montant dépasse, hypothèse basse, les cinq milliards de dollars.

Après la révolution, de nombreuses entreprises ont été confisquées par l'Etat et placé dans une holding, « El Karama » (« dignité »). Les biens les plus tape-à-l'œil, une armada de voitures de luxe, ont été cédés. Cinq années après la fuite de Ben Ali, le long des routes, le spectacle est le même. Des petits commerces d'essence de contrebandes s'alignent, proposant le litre à cinq cent millimes contre un dinar deux dans les stations. Le carburant vient d'Algérie par pick-up. Il n'est pas rare de voir un véhicule de l'Etat stoppé sur le bas-côté, faisant le plein chez un commerçant du secteur informel. Aux péages, à quelques mètres des policiers, on propose des iPhone de pacotille, stockés dans un couffin, pour 300 dinars après une pénible négociation. L'un de ces VRP assume : « c'est mon seul moyen de survivre ».

Taxi blues

Aéroport de Tunis-Carthage, un soir comme les autres. Les taxis jaunes sont alignés devant le terminal 1. Sous l'œil éteint d'un policier, les chauffeurs se disputent les rares clients avec forces voix, gestes. Le premier véhicule propose « 30 dinars pour aller à Tunis ». Le second « 25 », trois fois le prix usuel. Aucun ne fonctionne au compteur, pourtant obligatoire en Tunisie. Excédé, le voyageur accepte. Le policier, alerté par un grognon, feint de méconnaître cette situation. Un sketch digne des « Monstres » de Dino Risi. Plusieurs ministres ont fait le déplacement. La situation commence à peine à s'améliorer. Un numéro vert a été instauré pour que les usagers puissent signifier leurs doléances.

La disparition soudaine des Marlboro

Durant l'automne, la même rengaine. « Plus de Marlboro rouge », annoncent les buralistes, les épiciers. Rupture. Et de proposer les mêmes, étiquetées South Asia Duty Free. « Kif kif ». Sauf le prix, plus élevé. Les « algériennes », les clopes de contrebande qui inondent le Maghreb et le Sahel, sont pour leurs parts diffusées dans tout le pays. Avec la raréfaction de l'offre légale, estampillée « ticket bleu », le paquet contrefait subit un coup de pouce à la vente. A la régie du tabac, on se dit surpris par la question. « La production n'a pas baissé », dit un chargé de communication. Au ministère des Finances, qui délivre les quotas de paquets par possesseur de patentes, mutisme et téléphone fermé. Pas de réponse aux questions délivrées par voix de mails. Alors, la vox populi se rabat sur les rumeurs. L'Etat n'aurait pas payé Philip Morris, ce que ce dernier dément. Certains contrebandiers auraient fait main basse sur les stocks afin d'alimenter la Libye voisine. Pendant le week-end, les plaques rouges sillonnent le pays. Celles des voitures des ministères. Du Berlingo aux quatre portes, on les croise sur les autoroutes, les parkings de supermarché. Plusieurs pages Facebook recensent les photos des véhicules incriminés. L'usage des bons d'essence et du parc automobile à des fins personnelles coûte cher à l'Etat et aux contribuables.

Le sang coule à cause de la corruption

A Kasserine, mi-janvier, la situation explose lorsqu'un jeune chômeur se voit refuser une place lors d'un concours lancé par la mairie. Il se dit victime de la corruption. Son nom aurait été barré par un employé au profit d'un autre, plus généreux ou mieux parrainé. Le jeune homme a mis fin à ses jours. Sur place, on explique « l'absence de transparence, le népotisme, la culture du backchich ». En 2008, le bassin minier de Gafsa s'était embrasé suite à un concours aux résultats douteux. Mêmes causes, mêmes conséquences. Le sang coule à cause de la corruption. La caricaturiste Willis from Tunis a dessiné son personnage, un chat, expliquant qu'il a besoin de trouver de travail afin de pouvoir payer le bakchich au fonctionnaire qui lui fournira un travail. Ce phénomène, que la dictature avait encouragé, perdure depuis la révolution. La peur a disparu. La corruption s'est démocratisée. A Fernana, petite ville du nord-ouest, on explique que le prix du mètre carré a augmenté car « les contrebandiers se font construire des maisons ».

Les contre-pouvoirs sans grands moyens 

Les plus hautes autorités de l'Etat, du Président au Premier ministre, ont stipendié la corruption, ont dit que l'administration ne travaillait pas et qu'il « fallait la remettre au travail ». Mehdi Jomâa, chef du gouvernement de technocrates en 2014, était allé dans ce sens, BCE aussi pendant la campagne électorale. Récemment, le ministre de l'Éducation nationale expliquait que cinq mille enseignants étaient manquants à l'année. Une corruption passive couverte par des certificats médicaux fournis moyennant cinq dinars par les médecins. Il suffit de téléphoner puis de passer récupérer le papier. Du dinar demandé pour obtenir plus rapidement un coup de tampon aux dossiers soudainement traités parce qu'excédé, le dépositaire a versé au black deux cent dinars, les Tunisiens sont fatigués de leur administration tout en rêvant, pour une partie, que ses enfants en soient titulaires.

Un climat hostile aux investisseurs

C'est un homme d'affaires tunisien basé à Paris. De très nombreuses activités sont soumises à plusieurs autorisations. Pour lui, « la corruption se détecte dès la descente d'avion ». Attitude des douaniers, respect des règles internationales. Puis le test suprême : « la visite dans un ministère ». « Si la moitié des bureaux est vide, hormis des vestes sur le dos des chaises, si les toilettes sont sales, je sais qu'en cas de conflit avec un partenaire, je serai perdant », dit-il. « Car la loi ne peut être respectée si l'ordre ne règne pas chez les ministres ! ». Si la Tunisie veut attirer les investisseurs étrangers, « l'Etat doit montrer l'exemple ». Et « ça ne se concrétise pas seulement par des textes de lois, des codes, mais par une mentalité ».
« Créer un statut de la haute fonction publique »
Une récente initiative mise en ligne sur Facebook a fait se gondoler le pays. On y voit, dans une courte vidéo, une fonctionnaire de la SONEDE (la société étatique de l'eau) lire son journal au travail et envoyer paître des usagers : « je lis mon journal quand je veux » dit cette charmante agent de l'Etat. La vidéo a fait le tour des réseaux sociaux. La femme a menacé de porter plainte pour diffamation. La corruption n'est pas une spécialité tunisienne. Mais le défaut de blâmes suggère un sentiment d'impunité quasi absolu. « Tous se tiennent : du chef au petit sous-chef, du chargé d'accueil au PDG » explique un homme d'affaires pour qui « le changement se fera via la création d'un statut de la haute fonction publique ». « Il faut nettoyer par le haut management » tranche-t-il. « Et instaurer des nominations sur compétences ». Ce que Martin Schulz, président du parlement européen, a préconisé lors de sa visite de trois jours en Tunisie. Ce corps social rétif, par nature, au changement, cristallise des ressentiments égaux à ceux subis par les politiques. Kasserine, Sidi Bouzid, Kairouan, Beja, Jendouba… Du nord au sud, d'est en ouest, les mots sont les mêmes. L'iniquité face à la machine administrative ne surprend plus mais « dégoûte » confiait un chômeur Kasserinois.

Risque d'un « Etat mafieux »

Face aux protestations, le gouvernement dégaine l'arme internet. Et réactive un site sur lequel le citoyen pourra dénoncer les actes de corruption dont il a été témoin ou victime. Le tout nouveau président de l'Instance nationale de lutte contre la corruption, Chawki Tabib, a déclaré lors d'un colloque que « la corruption est désormais un fléau national qui risque de nous mener vers un Etat mafieux ». L'homme n'a cessé d'expliquer qu'il avait besoin de moyens financiers pour travailler. Avec un budget de 390.000 dinars, la somme allouée par l'Etat, l'Instance était mal partie. Suite à sa rencontre avec Schulz, des promesses ont été faîtes par le gouvernement. Et la garde présidentielle assurera la sécurité des locaux. Avant, malgré la menace terroriste, les dossiers que doit traiter cet organisme ne bénéficiaient d'aucune protection. Et le papier est, faut-il le rappeler, hautement inflammable. Selon Mohsen Hassen, ministre du Commerce, le trafic illicite et le commerce parallèle représente un manque à gagner de 1,2 milliard de dinars pour l'Etat tunisien.




Le réfugié est-il "sauvage" ?

Les réfugiés fuyant le chaos du "printemps arabe", différent des immigrants qui quittaient leur pays pour fuir la misère ou le carcan social. Si les seconds aspirent à une intégration dans le pays d’accueil, s’accommodent des règles du vivre ensemble pratiquant leur religion dans la discrétion; les réfugiés, eux y importent souvent avec eux ce qui fut l'instrument du chaos chez eux : l'islamisme et le wahhabisme qui le fonde, pour le vivre de façon ostentatoire pour les uns, sinon vindicative et agressive pour les autres ! 
Les responsables politiques occidentaux ayant instrumentalisé le wahhabisme pour semer le chaos dans le monde "arabe", sont en train de récolter le fruit de leur politique "arabe", avec en prime l'importation du wahhabisme en Occident. 
Leurs peuples apprécieront. 
R.B 
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Kamel Daoud

Cologne, lieu de fantasmes

Que s’est-il passé à Cologne la nuit de la Saint-Sylvestre ? On peine à le savoir avec exactitude en lisant les comptes rendus, mais on sait – au moins – ce qui s’est passé dans les têtes. Celle des agresseurs, peut-être ; celle des Occidentaux, sûrement.
Fascinant résumé des jeux de fantasmes. Le « fait » en lui-même correspond on ne peut mieux au jeu d’images que l’Occidental se fait de l’« autre », le réfugié-immigré : angélisme, terreur, réactivation des peurs d’invasions barbares anciennes et base du binôme barbare-civilisé. Des immigrés accueillis s’attaquent à « nos » femmes, les agressent et les violent.
Cela correspond à l’idée que la droite et l’extrême droite ont toujours construite dans les discours contre l’accueil des réfugiés. Ces derniers sont assimilés aux agresseurs, même si l’on ne le sait pas encore avec certitude. Les coupables sont-ils des immigrés installés depuis longtemps ? Des réfugiés récents ? Des organisations criminelles ou de simples hooligans ? On n’attendra pas la réponse pour, déjà, délirer avec cohérence. Le « fait » a déjà réactivé le discours sur « doit-on accueillir ou s’enfermer ? » face à la misère du monde. Le fantasme n’a pas attendu les faits.

Le rapport à la femme

Angélisme aussi ? Oui. L’accueil du réfugié, du demandeur d’asile qui fuit l’organisation Etat islamique ou les guerres récentes pèche en Occident par une surdose de naïveté : on voit, dans le réfugié, son statut, pas sa culture ; il est la victime qui recueille la projection de l’Occidental ou son sentiment de devoir humaniste ou de culpabilité. On voit le survivant et on oublie que le réfugié vient d’un piège culturel que résume surtout son rapport à Dieu et à la femme.

En Occident, le réfugié ou l’immigré sauvera son corps mais ne va pas négocier sa culture avec autant de facilité, et cela, on l’oublie avec dédain. Sa culture est ce qui lui reste face au déracinement et au choc des nouvelles terres. Le rapport à la femme, fondamental pour la modernité de l’Occident, lui restera parfois incompréhensible pendant longtemps lorsqu’on parle de l’homme lambda.
Il va donc en négocier les termes par peur, par compromis ou par volonté de garder « sa culture », mais cela changera très, très lentement. Il suffit de rien, du retour du grégaire ou d’un échec affectif pour que cela revienne avec la douleur. Les adoptions collectives ont ceci de naïf qu’elles se limitent à la bureaucratie et se dédouanent par la charité.
Le réfugié est-il donc « sauvage » ? Non. Juste différent, et il ne suffit pas d’accueillir en donnant des papiers et un foyer collectif pour s’acquitter. Il faut offrir l’asile au corps mais aussi convaincre l’âme de changer. L’Autre vient de ce vaste univers douloureux et affreux que sont la misère sexuelle dans le monde arabo-musulman, le rapport malade à la femme, au corps et au désir. L’accueillir n’est pas le guérir.

Le rapport à la femme est le nœud gordien, le second dans le monde d’Allah. La femme est niée, refusée, tuée, voilée, enfermée ou possédée. Cela dénote un rapport trouble à l’imaginaire, au désir de vivre, à la création et à la liberté. La femme est le reflet de la vie que l’on ne veut pas admettre. Elle est l’incarnation du désir nécessaire et est donc coupable d’un crime affreux : la vie.
C’est une conviction partagée qui devient très visible chez l’islamiste par exemple. L’islamiste n’aime pas la vie. Pour lui, il s’agit d’une perte de temps avant l’éternité, d’une tentation, d’une fécondation inutile, d’un éloignement de Dieu et du ciel et d’un retard sur le rendez-vous de l’éternité. La vie est le produit d’une désobéissance et cette désobéissance est le produit d’une femme.
L’islamiste en veut à celle qui donne la vie, perpétue l’épreuve et qui l’a éloigné du paradis par un murmure malsain et qui incarne la distance entre lui et Dieu. La femme étant donneuse de vie et la vie étant perte de temps, la femme devient la perte de l’âme. L’islamiste est tout aussi angoissé par la femme parce qu’elle lui rappelle son corps à elle et son corps à lui. 

La liberté que le réfugié désire mais n’assume pas

Le corps de la femme est le lieu public de la culture : il appartient à tous, pas à elle. Ecrit il y a quelques années à propos de la femme dans le monde dit arabe : « A qui appartient le corps d’une femme ? A sa nation, sa famille, son mari, son frère aîné, son quartier, les enfants de son quartier, son père et à l’Etat, la rue, ses ancêtres, sa culture nationale, ses interdits. A tous et à tout le monde, sauf à elle-même. Le corps de la femme est le lieu où elle perd sa possession et son identité. Dans son corps, la femme erre en invitée, soumise à la loi qui la possède et la dépossède d’elle-même, gardienne des valeurs des autres que les autres ne veulent pas endosser par [pour] leurs corps à eux. Le corps de la femme est son fardeau qu’elle porte sur son dos. Elle doit y défendre les frontières de tous, sauf les siennes. Elle joue l’honneur de tous, sauf le sien qui n’est pas à elle. Elle l’emporte donc comme un vêtement de tous, qui lui interdit d’être nue parce que cela suppose la mise à nu de l’autre et de son regard. »

Une femme est femme pour tous, sauf pour elle-même. Son corps est un bien vacant pour tous et sa « malvie » à elle seule. Elle erre comme dans un bien d’autrui, un mal à elle seule. Elle ne peut pas y toucher sans se dévoiler, ni l’aimer sans passer par tous les autres de son monde, ni le partager sans l’émietter entre dix mille lois. Quand elle le dénude, elle expose le reste du monde et se retrouve attaquée parce qu’elle a mis à nu le monde et pas sa poitrine. Elle est enjeu, mais sans elle ; sacralité, mais sans respect de sa personne ; honneur pour tous, sauf le sien ; désir de tous, mais sans désir à elle. Le lieu où tous se rencontrent, mais en l’excluant elle. Passage de la vie qui lui interdit sa vie à elle.

C’est cette liberté que le réfugié, l’immigré, veut, désire mais n’assume pas. L’Occident est vu à travers le corps de la femme : la liberté de la femme est vue à travers la catégorie religieuse de la licence ou de la « vertu ». Le corps de la femme est vu non comme le lieu même de la liberté essentielle comme valeur en Occident, mais comme une décadence : on veut alors le réduire à la possession, ou au crime à « voiler ».

La liberté de la femme en Occident n’est pas vue comme la raison de sa suprématie mais comme un caprice de son culte de la liberté. A Cologne, l’Occident (celui de bonne foi) réagit parce qu’on a touché à « l’essence » de sa modernité, là où l’agresseur n’a vu qu’un divertissement, un excès d’une nuit de fête et d’alcool peut-être.

Cologne, lieu des fantasmes donc. Ceux travaillés des extrêmes droites qui crient à l’invasion barbare et ceux des agresseurs qui veulent le corps nu car c’est un corps « public » qui n’est propriété de personne. On n’a pas attendu d’identifier les coupables, parce que cela est à peine important dans les jeux d’images et de clichés. De l’autre côté, on ne comprend pas encore que l’asile n’est pas seulement avoir des « papiers » mais accepter le contrat social d’une modernité.

Le problème des « valeurs »

Le sexe est la plus grande misère dans le « monde d’Allah ». A tel point qu’il a donné naissance à ce porno-islamisme dont font discours les prêcheurs islamistes pour recruter leurs « fidèles » : descriptions d’un paradis plus proche du bordel que de la récompense pour gens pieux, fantasme des vierges pour les kamikazes, chasse aux corps dans les espaces publics, puritanisme des dictatures, voile et burqa.
L’islamisme est un attentat contre le désir. Et ce désir ira, parfois, exploser en terre d’Occident, là où la liberté est si insolente. Car « chez nous », il n’a d’issue qu’après la mort et le jugement dernier. Un sursis qui fabrique du vivant un zombie, ou un kamikaze qui rêve de confondre la mort et l’orgasme, ou un frustré qui rêve d’aller en Europe pour échapper, dans l’errance, au piège social de sa lâcheté : je veux connaître une femme mais je refuse que ma sœur connaisse l’amour avec un homme.
Retour à la question de fond : Cologne est-il le signe qu’il faut fermer les portes ou fermer les yeux ? Ni l’une ni l’autre solution. Fermer les portes conduira, un jour ou l’autre, à tirer par les fenêtres, et cela est un crime contre l’humanité.
Mais fermer les yeux sur le long travail d’accueil et d’aide, et ce que cela signifie comme travail sur soi et sur les autres, est aussi un angélisme qui va tuer. Les réfugiés et les immigrés ne sont pas réductibles à la minorité d’une délinquance, mais cela pose le problème des « valeurs » à partager, à imposer, à défendre et à faire comprendre. Cela pose le problème de la responsabilité après l’accueil et qu’il faut assumer.