mardi 30 juillet 2019

L'hommage de Hélé Béji au président disparu Béji Caïd Essebsi


Tant d'intellectuels, de journalistes et d'hommes politiques croient en la rédemption des " Frères " ; devenus par la magie du consensus, démocrates et patriotes !
Si dans son éloge pour Béji Caïd Essebsi, notre amie Hélé Béji a réussi le portrait de l'homme; pour ce qui est de son action politique, elle se berce encore d'illusion en pensant que l'islamisme des Frères musulmans est soluble dans la démocratie, pour saluer le " consensus " et de " dialogue ", pratiqués par le président disparu, avec les ennemis de la République !
Ce n'est pas parceque Ghannouchi s'est mis en costume-cravate, qu'il a rompu pour autant avec le pan-islamisme nourri du wahhabisme qui fonde son parti Ennahdha ! Et ce n'est pas d'avoir martelé dans ses discours que la Tunisie ne peut être gouvernée que par le consensus, que Béji Caïd Essebsi avait raison de le pratiquer avec Ghannouchi.
R.B

Sans Béji Caïd Essebsi

Il nous faudra vivre sans la malice de son regard bleu, sans l’éclair tranchant de sa conversation qui ordonne le fatras où nous nous débattons pour démêler le jeu embrouillé des passions post-révolutionnaires, sans son élégance intellectuelle qui nous fait aimer la politique dans sa compagnie enjouée, sans son charme auguste; sans son esprit perçant, sans le tact délicat de son écoute, sans son impertinence, sans le style délié de ses entretiens; sans l’intensité de sa présence, sans le souffle raffiné de ses discours, sans l’éclat qui émane de son autorité, sans la profondeur de sa mémoire, sans la curiosité amusée qui lui fait accepter les gens avec leurs travers, sans la justesse de ses anticipations, sans la limpidité de ses formules, sans son art de pardonner aux offenses avec une moue délicieusement narquoise, sans la pudeur de ses blessures.

La Révolution du 14 janvier avait été sauvée du chaos par la tradition d’un État qui l’a enchâssée dans la continuité de son histoire, se gardant de l’autodestruction par un enchaînement de forces intrinsèques où la concorde l’a emporté sur la discorde. Béji Caïd Essebsi en a été le principal artisan. Parce que l’Etat portait un passé de réformes qu’il connaissait par cœur, il a su consentir à la désobéissance civile sans la réprimer. Dirigé par lui, l’État a accueilli la part de désordre révolutionnaire comme un ferment inévitable. Mais toutes les surenchères qui ont voulu faire table rase de l’État national ont échoué. L’esprit réformiste de Béji Caïd Essebsi s’est mis au service de la passion révolutionnaire en la tempérant et en la canalisant. Il nous a épargné la guerre civile. Le vieux parti constitutionnel a subverti le parti révolutionnaire.

Contrairement à l’opinion ignare qui accuse Béji Caïd Essebsi de trahison, il a eu l’intelligence de ne pas dédaigner le suffrage populaire qui donnait un grand nombre de voix au parti Ennahdha, et de leur accorder une place dans les charges de l’Exécutif. Lors d’une interview, le 24 octobre 2014, Béji Caïd Essebsi avait refusé d’exclure la minorité élue de la participation politique. C’était un acte de courage et de vision, un acte de sécularisation de la religion, où le sacré était condamné à adopter toutes les réformes profanes de l’État républicain. L’Etat national a résisté à l’ambition islamiste de suborner le peuple. L’idéologie de l’islam radical était de ce fait neutralisée sous le poids de la fonction et la sanction de l’opinion. Béji Caïd Essebsi savait qu’on ne pouvait appeler à l’unité de la Nation tout en divisant le pays en deux peuples éternellement ennemis. Il a libéré la politique des rapports de domination. Il a eu l’intelligence d’imposer aux islamistes les contraintes de l’Etat bourguibien, tout en l’ouvrant à toutes les facettes des libertés individuelles, y compris religieuses.

Non seulement il n’a pas trahi ses électeurs, mais il a donné aux modernistes une mission démocratique par excellence, traité la liberté des conservateurs à égalité avec la leur. Il a aidé les citoyens à résoudre la crise morale qui les déchirait entre leurs valeurs anciennes et leurs libertés nouvelles. La paix civile trouvait dans cette élévation un dépassement de soi au-dessous de laquelle on ne pouvait plus descendre. Il a imposé à l’idéologie religieuse son humanisme, grâce à l’étendue de sa double culture traditionnelle et occidentale. Il savait trouver le secret de l’accord même entre les voix les plus désaccordées. Il a rajeuni la doctrine d’État en la pliant aux libertés de conscience. Il a créé les conditions d’une réconciliation historique entre le sentiment national et l’esprit libéral.

Mais Béji Caïd Essebsi n’a pas encore d’héritiers dignes de sa pensée et de son œuvre. Ils existent peut-être, mais ils ne se sont pas exprimés. Ses propres lieutenants lui ont fait défaut, ils ont cédé à l’aveuglement de la jeunesse qui a la vanité de croire que le jeune âge est un mérite en soi. Qu’ils se rappellent le mythe d’Icare, qui n’a pas écouté les conseils de ses aînés, et a vu fondre ses ailes de cire en voulant se rapprocher trop vite du soleil, pour être précipité dans l’océan.

Oui, avec la disparition de cet être dont le patriotisme s’animait de tendresse plébéienne, de sympathie gracieuse, de douceur familiale, une transmission s’achève. Les disciples de Béji Caïd Essebsi ont-ils été à la hauteur de ce qu’il fut pour Bourguiba, dont il apprit en élève surdoué l’art de négocier et de convaincre, le discernement du réel, la raison qui protège des extrêmes ? Ses disciples ont-ils été aussi appliqués, ou au contraire agités et paresseux, sourds aux leçons du savoir, détestant l’apprentissage, s’ennuyant dans les cours magistraux auxquels ils préfèrent la distraction des SMS ? Sauront-ils s’inspirer de ses méthodes, de sa philosophie non conflictuelle, de son mépris des attaques, de son refus d’écraser ses détracteurs, quitte à paraître faible aux yeux de l’opinion vulgaire, alors que la force du compromis est bien supérieure à l’obtuse radicalité des démagogues de droite ou de gauche? Sauront-ils comme lui servir la liberté en ne censurant personne, en ne persécutant pas les opposants, en ne les jetant pas en prison, en ne les excluant pas du jeu électoral ?

Il nous a protégés des petites hordes sauvages qui se sont crues malignes en se séparant de lui pour jouer aux petits maîtres. L’inculture politique leur fait croire qu’il suffit de s’affirmer démocrate pour le devenir. Un malentendu s’est creusé entre la hauteur de sa pensée et leur impatience de piétiner son modèle. Certes, les éloges pleuvent maintenant. Mais que ne les ai-je entendus de son vivant ! Pourquoi ces mêmes laudateurs n’ont-ils jamais exprimé aussi fort leur admiration, leur vénération ? Malgré les soupirs à fendre l’âme qu’on entend sur les ondes dans les oraisons funèbres, Béji Caïd Essebsi a été méconnu, incompris, insulté durant toute sa présidence par les élites de son camp. Mais il n’a pourchassé personne de sa vindicte. Hier encore, il récoltait toutes les plantes vénéneuses de l’hostilité et de la diffamation. Aujourd’hui tombent sur son cortège des bouquets de louanges. Que n’en ai-je humé le parfum plus tôt !

Par sa stature morale, il a compensé les traditions démocratiques que nous n’avions pas encore, il les a incarnées comme s’il en était la genèse, il a reconstruit la cohésion nationale par-delà le parti unique, pourtant conscient des dissensions dangereuses qui nous guettent ; il a supporté avec une patience stoïque les délires des uns et des autres, subissant leurs caprices, leurs trahisons, leur immaturité. Il a observé avec un sens aigu de l’analyse toutes les déviances que la démocratie porte en elle comme potentiel de délinquance, d’autodestruction, d’appétits personnels, quand la présence avisée d’un sage ne parvient pas à arracher le bon sens aux plus récalcitrants.

Il a neutralisé les fauteurs de guerre civile avec une promptitude qui les a désarmés, car il ne baissait jamais la garde. Il était dans le frémissement du qui-vive, vigile infatigable, résistant à tout et à tous. Grâce à lui, durant cinq ans, l’Etat ne s’est pas disloqué, la population ne s’est pas déchirée, la société ne s’est pas brisée en morceaux irréparables. Seuls, les partis politiques ont joué à la guerre en saccageant leurs propres rangs, par une surenchère théâtrale où chaque protagoniste a cru se grandir dans la négation de l’autre, sans pour autant trouver le langage de sa vérité et de son identité. 

C’est le jour de ses obsèques, l’ardeur de la foule populaire me serre la gorge dans un sanglot. Mais l’affliction des politiciens à la nouvelle de sa mort ne peut masquer que la jeune génération qu’il a tirée avec lui au sommet de l’Etat s’est écartée de sa filiation intellectuelle et morale. Le deuil que la classe politique exprime aujourd’hui n’efface pas son ingratitude d’hier. Qu’elle retienne un peu ce qui lui a été dispensé chaque jour à foison durant cinq ans, leçon d’empire sur soi, considération d’autrui, magnanimité face à l’outrage, accueil de toutes les revendications sans exclusive. Le sourire las de Béji Caïd Essebsi se penche tristement sur les dégâts d’une classe politique sans inspiration, qui abandonne le sentiment populaire à la détresse où ne parvient plus à s’incarner l’avenir au moment où s’éloigne son visage rassurant. Les traits de sa personnalité exceptionnelle restent inimitables, sans disciple, sans relève, sans copie. La cargaison d’un trésor immatériel se perd avec lui. Il a été le premier grand démocrate tunisien à conduire l’Etat vers la règle de la discussion qui nous a préservés de la violence.

Une sorte d’errance démocratique a commencé, plus inquiétante qu’au lendemain de la Révolution, qui avait trouvé dans la transition la main habile qui la retenait de chavirer dans la guerre de tous contre tous. La démocratie n’est pas une obsession partisane mais une manière d’être au monde. Qui saura reprendre ce travail de tolérance, d’autocritique, d’abnégation, de conscience de ses devoirs et de ses limites, de clémence, de considération de l’adversaire ?

Je n’ai jamais beaucoup prisé le jeunisme, c’est un orgueil d’immaturité et de suffisance. Mon sang se glace à la lecture de certains post imbéciles rédigés à sa mort par des écervelées qui agitent leurs têtes de linottes remplies de babioles politiciennes, servent des ONG étrangères où elles font carrière en sortant les petites griffes rouges de leurs ongles vernis, comme si leur cynisme leur avait été mandaté par le peuple. Eh ! le seul vrai sentiment du peuple est la compassion, dont leur œil sec est totalement privé. En les écoutant, je préférerais changer de sexe, tant j’ai honte d’appartenir au leur ! Notre jeune démocratie s’est mise à ressembler à un jeu malveillant, un passe-temps vulgaire où il s’avère plus rentable de rabaisser l’autre que de l’admirer ; de le trahir en ayant l’air de servir ses intérêts, de flatter son orgueil en brisant sa fierté, de faire son malheur en lui jurant le bonheur, de fomenter la discorde en jouant la fraternité, d’exciter les passions en simulant la raison, d’attiser la violence en invoquant la paix, d’énoncer le mensonge avec l’accent de la vérité, de commettre l’injustice en brandissant le glaive de justicier.

Au contraire, Béji Caïd Essebsi a humanisé la politique avec un raffinement qui n’existe probablement dans aucune démocratie moderne. Il a créé au sommet de l’Etat ce qui ne s’y était jamais vu, un climat d’urbanité qui fait de la société une famille agrandie de soi, la sensibilité de l’ancien, la transmission de quelque mémoire de civilité. Il est inutile de chercher dans la classe politique un émule de Béji Caïd Essebsi, il n’y en a pas. Ses successeurs sont dans le défi non de l’imiter mais d’inventer leur style, leur conviction, leur langage. Quelle gageure !

Il n’est pas donné à tout le monde d’atteindre le savoir-faire où la passion infatigable d’agir se confond avec l’art de dire, ni de posséder cet humour subtil dont il pare sa gravité, sa maîtrise dans l’adversité, sa haute courtoisie, sa puissance d’argumenter, ses digressions ludiques, ses traits cinglants contre la bêtise, sa bienveillance espiègle, la souveraineté de sa pensée, son génie de l’union, sa dignité contre la calomnie, l’ironie de sa superbe.


Mais au moins, il aura donné à la froideur fastidieuse de la politique, la saveur populaire d’une vérité accessible à tous, et dans le corps immatériel de nos souvenirs, dans l’ombre raffinée de nos ancêtres qui n’auront pas dérogé à leur antique allure, je vois passer sa silhouette ténue de gentilhomme du peuple qui traverse le siècle, qui nous a procuré la certitude de posséder une chose à soi, un pécule intérieur, et au milieu de toutes les déceptions, du gâchis, du désordre, des disparitions, des destructions, il nous aura remplis, malgré nos manques et nos échecs, de la douce sensation d’être malgré tout un peuple civilisé. 


dimanche 28 juillet 2019

L'EXCEPTION TUNISIENNE ...

Article paru dans : Kapitalis

A l'occasion du décès du président Béji Caïd Essebsi, et contrairement à ce que nous avons l'habitude de voir dans les pays dits "arabo-musulmans", une fois de plus les tunisiens se distinguent par des pratiques plus civilisées, apanage des pays démocratiques.

Béji Caïd Essebsi est le premier président à avoir été élu au suffrage universel de façon démocratique et transparente, alors que dans la plupart des pays de la région, c'est encore le règne des coups d'Etat ou des élections "démocratiques" truquées, avec bourrage des urnes !

Béji Caïd Essebsi en véritable démocrate, dit qu' "une main ne peut applaudir toute seule", pour dire que la démocratie ne peut se construire au dépens des femmes. Il est pour l'égalité des hommes avec les femmes. Et pour cela, il a souhaité compléter le Code du statut personnel (CSP), en accordant aux femmes encore plus de droits, dont celui de l'égalité en matière d'héritage. Un pas qu'en son temps Habib Bourguiba n'a pas osé franchir et que Béji Caïd Essebsi a voulu franchir. Mais le temps lui a manqué. Alors que la condition de la femme est encore déplorable dans bon nombre de pays "arabes" !

Béji Caïd Essebsi fait confiance aux médecins de son pays, alors que les autres chefs d'Etats partent généralement se faire soigner en Occident, trahissant leur manque de confiance en leurs hôpitaux et en leurs médecins.

Dès que le médecin traitant du regretté président a constaté son décès, une demi-heure après il a été annoncé officiellement aux tunisiens et au monde. Alors qu'il est de coutume dans les autres pays de différer cette annonce de plusieurs jours, voire de plusieurs semaines, temps de palabres, de tractations des forces en présences prétendant toutes au pouvoir, pour "organiser" la succession du président décédé.

Quatre heures après l'annonce officielle du décès du président Béji Caïd Essebsi, le président du parlement Mohamed Ennaceur s'est investi président par intérim comme prévu par la Constitution. Ce qui s'est fait tout naturellement sans contestation ni drame. Alors que dans d'autres pays de la région, la vacation du pouvoir aiguise les appétits, ce qui se traduit souvent par un coup d'Etat militaire, ou un coup d'Etat civil ourdi par un opposant rentrant de son exil, soutenu par des puissances étrangères.
Une passation de pouvoir civilisée qui étonne le monde trop habitué aux révolutions de palais chez les "arabes" régicides, voire parricides quand un prince ambitieux et impatient veut dégager son père !

Des obsèques nationales ont été vite et bien organisées pour le défunt président, premières en leur genre ; puisque les tunisiens ont été privés de celles du président Bourguiba. A l'occasion des funérailles de Béji Caïd Essebsi, les tunisiens l'ont accompagné tout le long du parcours du convoi funéraire et sous un soleil de plomb, pour lui rendre un dernier hommage dans le calme et la dignité. Alors qu'ailleurs, souvent c'est le règne de l'anarchie et de l'hystérie collective.

Ce qui fait du peuple tunisien une exception dans ce monde dit "arabo-musulman" !

Faut-il s'en féliciter ? Oui, tout en restant vigilant car des forces obscurantistes sont toujours là pour ramener les tunisiens des siècles en arrière ; d'autant qu'elles sont soutenues par des pétromonarques qui aspirent à faire avorter la "révolution tunisienne" et le processus démocratique qui pourraient donner des idées à leurs peuples !

Or durant le deuil que vit la Tunisie après le décès de son premier président mort en exercice, certains commentateurs et intellectuels s'emballent pour dire "embrassons-nous, Folleville" et semblent tomber dans un angélisme inquiétant; ils ont l'air de dire que " Tout le monde il est beau, tout le monde il est gentil" et de crier au miracle du consensus !

L'émotion et le respect dû au Président Béji Caïd Essebsi ne doivent pas faire oublier les erreurs de son parcours, son alliance néfaste avec les islamistes et la mauvaise image qu'il a laissée donner en ne refrénant pas son fils. Les Tunisiens ne doivent pas oublier la malfaisance des Frères musulmans et leur propension au mensonge, à l'hypocrisie et à l'entrisme dans les administrations et partout autour du pouvoir, ni leur réel projet de régression, d'inégalités et d'atteinte aux libertés. Tout cela n'a pas, hélas, disparu avec le Président Caïd Essebsi ; bien au contraire.

Faut-il leur rappeler que les Frères musulmans jouent le temps et travaillent pour la durée ?
En Algérie, le FLN & les militaires au pouvoir ont cru bon de leur lâcher du lest en leur abandonnant le "social". Résultat : la wahhabisation de l'Algérie s'est généralisée dans tout le pays et le terrorisme, son pendant, est toujours latent et dormant dans certaines zones sensibles.
Si Erdogan a rusé pour durer au pouvoir en donnant le change aux turcs et aux occidentaux d'un prétendu islamiste modéré ... depuis 2016 il tombe le masque et passe à la vitesse supérieure pour retirer la laïcité de la constitution et remplacer celle-ci par la chariâa, pour museler les journalistes et les artistes, pour limoger les hauts cadres de l'armée et de l'Administration (magistrats, universitaires ...) et pour rétablir la peine de mort pour pouvoir éliminer physiquement ses opposants ... en toute "légalité" !

Le pouvoir de nuisance des Frères musulmans ne cessera pas car ils ont un projet précis. Et la constitution de 2014 telle qu'ils l'ont voulue, est faite pour le concrétiser : paralyser le pays et ses institutions pour mieux le soumettre à leurs amis qatari & turcs ! 

Pourtant le président Béji Caïd Essebsi a cru pouvoir s'en accommoder et faire de son alliance avec Ghannouchi ce que fit François Mitterrand de celle qu'il avait eue avec Georges Marché en le marginalisant. Mais il ne pouvait pas grand-chose, les islamistes ayant tout prévu pour réduire son pouvoir constitutionnellement.

Il faut que les démocrates se ressaisissent et cessent de croire au miracle du consensus qui n'est qu'un piège pour les éliminer un à un; comme l'a fait Ghannouchi avec bien d'autres, le temps pour lui d'islamiser le pays et assurer aux Frères musulmans une meilleure assise populaire en Tunisie.

Il leur faut amender la loi électorale, voire changer de régime politique pour mettre un terme au régime bâtard actuel dont tout le monde s'accorde à dire qu'il paralyse le pays, empêche tout projet politique sérieux ; et instaurer un régime présidentiel démocratique avec des institutions démocratiques chapeautées par une Cour Constitutionnelle !

Dans le choix du futur Président, ce sont ces préoccupations et ces objectifs qui doivent guider les citoyens du pays.

Le décès et les obsèques du Président Béji Caïd Essebsi ont entraîné, a juste titre, une grande émotion et une grande fierté pour la passation des pouvoirs chez le peuple Tunisien mais se profile très rapidement l'élection Présidentielle et, quelque soient les pouvoirs donnés au Président par cette Constitution, ce sera un acte capital pour l'avenir du pays.

Il faut donc que, cette fois, cette élection pose vraiment les enjeux qui se dressent devant nous et rien ne serait pire qu'une élection sur des non-dits, sur des ambiguïtés, sur un flou générateur d'insécurité et de désordre. 

Les Tunisiens ont montré leur maturité et ils ont droit à l’honnêteté et à la clarté des positions. La politique n'est pas l'art de la tromperie et du mensonge.

Alors s'il est vrai que l'orientation politique résultera avant tout du résultat des législatives que le nouveau Président devra respecter, il n'en demeure pas moins que les candidats doivent à la fois être clairs et sincères dans l'exposé de leur conception de l'avenir du pays. 

Et cet avenir passe, chacun le sait, par une vision claire de ce que devrait être l'avenir de ce pays.

Les candidats doivent donc nous dire clairement s'ils sont toujours pour ce fameux consensus avec les islamistes et s'ils veulent leur faire une place et les laisser développer leur idéologie régressive. Le peuple qui vote, a le droit de le savoir; et d’ailleurs, il veut le savoir !

Les candidats doivent aussi se prononcer clairement sur la Constitution et le régime actuel et nous dire s'ils le trouvent satisfaisant et efficace ou s'ils veulent en changer pour donner au pays plus de force et comment et dans quel sens.

Enfin, il faut que les candidats disent aussi clairement qu'elle attitude ils auront face aux propositions et à la personne d'Abir Moussi dont on sait qu'elle fait l'objet d'une campagne diffamatoire et caricaturale, en règle.

En tous cas les Tunisiens veulent de la clarté d'une part et de l’honnêteté intellectuelle d'autre part. Ils en ont assez des politiques qui ne disent rien avec leur langue de bois et qui trahissent ce qu'ils ont dit.

Rachid Barnat




vendredi 26 juillet 2019

Le Géant de Carthage.

Un bel hommage au président disparu de la part d'un " françaoui * ". 
Béji Caïd Essebsi est le premier président élu au suffrage universel en Tunisie de façon démocratique et transparente. Des funérailles nationales auront lieu ce matin pour ce président très proche des tunisiens par sa faconde populaire, son esprit totalement tunisien et son sens de l'humour genre pince sans rire, qui séduit ses auditeurs. Il sera inhumé au cimetière du Jellaz, dans le carré de la famille Essebsi dans l'enceinte du mausolée Sidi Hassan al-Chadhili.
R.B
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Si la Tunisie est l’image d’Habib Bourguiba, le père de la nation, Béji Caïd Essebsi incarne la démocratie, la sagesse de la nation, dont il est le digne successeur de son ancien compagnon de route qu’il a été rejoindre hier. Le Président Essebsi laisse un grand vide dans la société tunisienne, dans le monde arabe et dans le monde entier.

Routier de la Tunisie de Bourguiba, à la Révolution de 2011, l’appel du pays est venu naturellement à lui. Je me rappelle lors mon unique rencontre avec lui, en octobre 2011 alors qu’il était assis dans le profond canapé du hall du Sheraton à Tunis. Ne le connaissant pas, il dégageait déjà le leadership visionnaire du futur président et a été d’une cordialité exceptionnelle avec moi, les yeux vifs et d’une grande curiosité.

Un petit homme simple, humble, d’un physique à l’allure fragile mais d’une aura d’acier, quand il parlait de son pays. L’homme qui recevait à Carthage les grands de ce monde affalé dans son fauteuil présidentiel était captivant et passionnant. Un président d’une grande élégance, toujours dressé d’un costume impeccable, un brin trop grand, mais qui avait l’allure d’un géant face à tous ces interlocuteurs.

Béji depuis son élection en 2014, a porté haut son rêve d’une grande Tunisie, interrompu par le renversement de Bourguiba. Seul détenteur de ce rêve, il a affronté avec sagesse jusqu’à sa mort les démons de la classe politique tunisienne qui ont créés un système pour accaparer les pouvoirs.

Lui l’homme intègre, honnête, qui a été obligé de sceller un pacte diabolique avec les islamistes d’Ennahdha, pour s’installer à Carthage ; n’a cessé d’essayer de se défaire de cette alliance ténébreuse. Avec ses valeurs démocratiques, de vision modernisme, laïque et ouverte de la Tunisie, il a rapidement été perçus par ses pairs chefs d’Etats à l’étranger comme un sage. De Merkel, au Roi Abdullah, de Hollande à Macron, de Obama à Ban Ki Moon ou Guterres, Béji le plus vieux chef d’Etat au monde en exercice, était prisé lors de tous ces déplacements et sommets à l’étranger.

La complicité avec Merkel, Abdullah II ou Macron, était touchante tant il incarnait une certaine sagesse politique en perte de vitesse que même les leaders des grandes puissances recherchaient dans la proximité et les échanges avec l’homme de Sidi Bou Saïd.

L’homme était respecté dans le monde arabe en ébullition, où il était le rempart contre la propagation du printemps arabe. De Ryad, à Amman, du Caire à Rabat ou Alger, de Mogadishio à Beyrouth, en passant par Kaboul, et Ankara, il était l’homme qui murmurait aux oreilles des grandes puissances.

Oui la petite Tunisie était consultée, et écoutée grâce à ce petit homme, comme un autre petit homme avant lui un certain Habib Bourguiba, écouté par Kennedy, De Gaulle, Churchill ou Nasser.

Comme Bourguiba il a emporté avec lui cette sagesse, cette vision démocratique tunisienne et politique. Malheureusement il était le dernier, le seul restant.
Béji l’homme intègre, honnête qui ne s’est jamais enrichi au pouvoir contrairement à tout le reste de la classe politique. L’intérêt de la nation son credo.

Aujourd’hui en Tunisie il ne reste qu'un monde politique de chacals, de vautours qui n’attendent que la fin du deuil pour se dévorer entre eux et prendre tous les pouvoirs dans le pays.

Le 7 novembre 1987 la Tunisie avait subi une première catastrophe, hier le 25 juillet 2019 la seconde catastrophe.

Mais Béji a choisi son jour pour partir le « jour de la fête de la République », maintenant quoiqu’il arrive, à chaque fête on se souviendra de lui, qu’il est parti ce jour national, le seul pour contrer tous les démons qui menacent le magnifique pays du Jasmin.

Rusé et intelligent car maintenant il sera pour l’éternité le Président Béji Caïd Essebsi et non pas l’ex-Président.  Le pays de Béji, mon pays aussi, moi le françaoui *, mon Président aussi que j’ai perdu. Son portrait va trôner dorénavant dans le couloir des Grands Leaders dans notre siège ici à Strasbourg. Le Président ami de la France. 

Salam, cher Président, adieu Bajbouj, veillez sur la Tunisie. 

Al Hamdoulillah.

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* Tunisien à la double nationalité franco-tunisienne, que certains esprits chagrins douteraient de leur amour pour la Tunisie.

Béji Caïd Essebsi, mort d'un équilibriste

BCE, bourguibiste ... à sa façon.
" Celui qui se rêvait en héritier de Bourguiba ne laissera derrière lui ni un mouvement politique puissant, ni même des réalisations spectaculaires ou des réformes marquantes, comme son mentor. Il aura en revanche permis à son pays d’entrer dans la démocratie tout en restant uni, à coups de ruses, d’accords secrets, d’équilibres instables et de compromis. A sa manière. A la tunisienne " ; comme conclue Célian Macé.
R.B
Le premier président élu de la Tunisie démocratique est mort à l'âge de 92 ans, après une longue carrière politique commencée dès l'indépendance.

Il incarnait à lui tout seul «l’exception tunisienne». Le président Béji Caïd Essebsi est mort ce jeudi à 92 ans, le jour de la fête de la République. Le plus vieux chef d’Etat en exercice de la planète – après la reine d’Angleterre – a traversé toute l’histoire de la Tunisie indépendante, en épousant ses sinuosités, ses avancées progressistes, ses dérives brutales, ses doutes, et jusqu’à sa révolution démocratique, en 2011, qui font du plus petit pays du Maghreb un Etat à part dans le monde arabe.

«BCE» est né au cœur géographique du pouvoir tunisien. Il est le fils d’une famille de notables du village côtier de Sidi Bou Saïd, aujourd’hui englobé dans la grande banlieue de Tunis, à proximité des ruines de la Carthage antique. Il rejoint dès son adolescence le parti nationaliste Néo-Destour, puis étudie le droit à Paris, où il milite contre le protectorat français avant de s’inscrire au barreau de Tunis, en 1952, pour plaider la cause de militants anticolonialistes.

Essebsi a 30 ans au moment de l’indépendance. Il est immédiatement appelé auprès du père de la nation Habib Bourguiba, d’abord comme conseiller puis comme directeur de la sûreté nationale, un poste de confiance, avant d’être nommé ministre de l’Intérieur en 1965 puis ministre de la Défense en 1969. Le jeune homme admire alors l’intelligence, la décision et la modernité du «Combattant suprême». Il lui consacrera un livre, Habib Bourguiba, le bon grain et l’ivraie, paru en 2009. L’ivraie, car Béji Caïd Essebsi, nommé ambassadeur à Paris en 1970, prend peu à peu conscience de l’autoritarisme croissant du Président. A l’intérieur du Parti socialiste destourien, il prône, avec d’autres, une ouverture du régime, raconte-t-il dans ses mémoires. Sans obtenir gain de cause. BCE claque la porte du parti unique, s’éloigne de la politique pendant une décennie, avant de faire son retour dans la formation présidentielle et au gouvernement comme ministre des Affaires étrangères entre 1981 et 1986.

Infatigable négociateur

Après le «coup d’Etat médical» de Zine el-Abidine Ben Ali, Essebsi occupera brièvement le perchoir de l’Assemblée nationale avant de se retirer une seconde fois de la vie politique, en 1994. Cette prise de distance à l’égard du nouveau pouvoir lui conférera une crédibilité inattendue quand, en 2011, une révolution déclenchée par l’immolation d’un vendeur de légumes du nom de Mohamed Bouazizi balayera le président-dictateur avant de faire trembler l’ensemble du monde arabe. Le vieil avocat – il a déjà 84 ans – est alors appelé pour diriger le gouvernement de transition jusqu’à l’élection d’une Assemblée constituante. Son CV de grand commis de l’Etat sécurise les uns, son passé de libéral rassure les autres, tandis que ses talents de diplomates sont unanimement reconnus.

«Béji» a applaudi la révolution, mais il est tout sauf un révolutionnaire. «Préférer les petits pas aux sauts dans le vide, privilégier le pragmatisme à l’aventurisme, la négociation à l’affrontement, la modération aux surenchères, la raison au fanatisme, tels sont les principes qui ont guidé notre long processus de libération nationale, écrit-il dans une tribune publiée dans l’Obs, en 2015. C’est dans cet apprentissage collectif de la rationalité qu’il convient de comprendre ce que l’on nomme communément le "modèle tunisien".» Essebsi est en fait le modèle du modèle : bourgeois moderniste, «réfractaire à l’excès», démocrate et politicien, infatigable négociateur, il guide la Tunisie dans cette période chaotique et permet la tenue des premières élections libres et transparentes de l’histoire du pays.

Mais il n’est plus question de retraite pour «Bajbouj», comme le surnomment les Tunisiens. En réaction à la victoire électorale écrasante de la formation islamiste Ennahdha, Essebsi, musulman pratiquant mais adversaire acharné de l’islam politique, fonde son propre parti, Nidaa Tounès («l’Appel de la Tunisie») en 2012. Son pari est de rassembler toutes les forces hostiles à Ennahdha. Anciens membres du RCD de Ben Ali, bourgeois laïcs inquiets, personnalités de gauche… BCE prend tout. La cohérence idéologique de l’ensemble est douteuse, et l’oblige à taper toujours plus fort sur les islamistes – le seul point commun des sympathisants de Nidaa Tounès. De son côté, Ennahdha le caricature en revenant de l’ancien régime. Cette opposition frontale, instrumentalisée par les deux camps pour des raisons électoralistes, manque de faire déraper le processus démocratique en 2013, après l’assassinat des militants de gauche Chokri Belaïd et Mohamed Brahmi.

Pacte avec Ghannouchi

Un an après, Nidaa Tounès arrive en tête des élections législatives avec 37% des voix, sans majorité absolue mais devançant Ennahdha de 10 points. Béji Caïd Essebsi a réussi son pari. Un mois plus tard, il remporte l’élection présidentielle en battant au second tour Moncef Marzougui, le président de la transition qu’il accuse d’être soutenu par les islamistes. Cette fois, Ennahdha n’a pas présenté de candidat – pour apaiser un pays surchauffé autant que pour éviter une défaite électorale de son leader, Rached Ghannouchi. Le 29 décembre 2014, Essebsi entre au palais de Carthage. Son premier geste, contre toute attente, va être de tendre la main à ses ennemis d’hier pour former une majorité au Parlement. Dans cette alliance contre-nature entre modernistes et islamistes, baptisée «politique du consensus», réside à la fois tout le brio et l’ambiguïté du premier président de la Tunisie démocratique.

Ce pacte entre Essebsi et Ghannouchi permettra aux tensions politiques de retomber mais sucitera une désillusion croissante dans les rangs des partisans les plus engagés des deux blocs, déçus par cet arrangement passé dans leur dos. Il a pourtant permis au pays de rester uni lors de la terrible année 2015, marquée par les attentats du musée du Bardo (22 morts) et de l’hôtel Imperial Marhaba à Sousse (38 morts), puis au moment de l’insurrection jihadiste de la ville de Ben Gardane (69 morts, dont 7 civils), en mars 2016.

Nidaa Tounès, depuis sa double victoire électorale de 2014, décline inexorablement. Sa rhétorique anti-islamiste est réactivée en période de campagne, mais fait désormais difficilement recette. Presque chaque année, des émeutes éclatent dans les villes de l’intérieur du pays, historiquement délaissées par le pouvoir central. Si la Tunisie a réussi, tant bien que mal, sa transition démocratique, sa transition économique – l’autre exigence des révolutionnaires de 2011 – est un échec. Déçus, les jeunes ont repris la route de l’exil à travers la Méditerranée. Depuis plusieurs années, le parti présidentiel s’effrite.

En imposant son fils, Hafedh Caïd Essebsi, à la tête de Nidaa Tounès, le «Vieux» a braqué une bonne partie de ses membres, méfiants envers cette succession dynastique. Son propre Premier ministre, Youssef Chahed, nommé à l’été 2016, devient un concurrent de plus en plus gênant au sein du courant moderniste : le chef de gouvernement de 43 ans, populaire pour avoir lancé une vaste campagne de lutte anticorruption, a quitté Nidaa Tounès pour créer son parti, qui grossit mois après mois.

Mais qu’importe si la formation de Béji Caïd Essebsi, qui avait annoncé le 8 avril qu’il ne se présenterait pas à la présidentielle de novembre, s’étiole, voire même disparaît un jour. Celui qui se rêvait en héritier de Bourguiba ne laissera derrière lui ni un mouvement politique puissant, ni même des réalisations spectaculaires ou des réformes marquantes, comme son mentor. Il aura en revanche permis à son pays d’entrer dans la démocratie tout en restant uni, à coups de ruses, d’accords secrets, d’équilibres instables et de compromis. A sa manière. A la tunisienne.

jeudi 25 juillet 2019

LE PRÉSIDENT DE LA RÉPUBLIQUE, TIRE SA RÉVÉRENCE EN CE JOUR DE FÊTE DE LA RÉPUBLIQUE !



Le président Béji Caïd Essebsi, Bajbouj comme l'appellent affectueusement ses sympathisants, restera dans l'histoire de la Tunisie, le premier président à avoir été élu au suffrage universel par les tunisiens.
Élu le 21 décembre 2014 à la présidence de la République, cet homme d'Etat fut plusieurs fois ministre sous Bourguiba qui occupa le poste de président de la République de 1957 à 1987; il fut président de l’assemblée nationale sous Ben Ali durant la législature de 1990-1991; à la suite de la "révolution du jasmin", il a été désigné pour être premier ministres par le président provisoire Fouad Mbazza en 2011, il avait alors la difficile charge d'assurer la transition démocratique ! 
Il sera investi Président de la République, le 31 décembre 2014.
Pour rappel, il a été élu par une immense majorité de femmes (plus de 60 % de son électorat !) terrorisées par l'islamisme de Ghannouchi, car il leur avait promis qu'il sera leur rempart contre les Frères musulmans !!
La suite tout le monde la connait. On regrette qu'il n'ait rien fait pour que son parti Nidaa Tounes lui survive.
R.B
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Béji Caïd Essebsi (باجي قائد السبسي), souvent désigné par l'acronyme BCE, né le 29 novembre 1926 à Sidi Bou Saïd et mort le 25 juillet 2019 à Tunis, est un homme d'État tunisien. Il est président de la République du 31 décembre 2014 à sa mort.

Fils d'un agriculteur descendant d'un captif d'origine sarde, il effectue ses études secondaires au Collège Sadiki. Marqué par les événements du 9 avril 1938, qui déclenchent le début de son militantisme et son intégration dans la jeunesse du Néo-Destour, il étudie le droit à Paris, où il devient vice-président de l'Association des étudiants musulmans nord-africains et membre actif de la résistance contre le protectorat français. Grâce au soutien de Habib Bourguiba Jr., il obtient sa licence, avant de regagner Tunis pour exercer son métier d'avocat.

Après l'indépendance, il intègre les sphères du pouvoir, devenant directeur de la sûreté nationale à la suite d'un complot contre Habib Bourguiba. Secrétaire d'État adjoint à l'Intérieur auprès du ministre Taïeb Mehiri, il le remplace à sa mort en 1965. Faisant face aux troubles liés à la guerre des Six Jours et à l'affaire Belkhodja, il est reconduit dans le gouvernement de Bahi Ladgham en tant que ministre de la Défense.

Élu député en 1969 pour la circonscription de Tunis, il quitte le gouvernement en 1970 pour devenir ambassadeur en France mais démissionne en raison d'un conflit au sein du parti au pouvoir concernant la gestion de l'État.
Exclu du parti, il subit une traversée du désert avant de réintégrer le gouvernement de Mohamed Mzali, à la condition d'instaurer une démocratie et de mettre fin au pouvoir personnel de Bourguiba.

En 1981, il est nommé ministre des Affaires étrangères, où il est confronté à plusieurs crises diplomatiques, notamment la guerre du Liban et l'opération « Jambe de bois ». Il quitte ses fonctions en 1986 pour devenir ambassadeur en Allemagne de l'Ouest.

Après le coup d'État du 7 novembre 1987, il intègre le Rassemblement constitutionnel démocratique (RCD) du nouveau président Zine el-Abidine Ben Ali, redevient député puis est élu président de la Chambre des députés, à la suite de quoi il se retire de la scène politique.

Il y revient après la révolution de 2011 qui renverse Ben Ali, prenant la tête du gouvernement et organisant l'élection de l'Assemblée constituante chargée de rédiger une nouvelle Constitution, à la suite de quoi il est remplacé par Hamadi Jebali, candidat de la coalition victorieuse de l'élection.

Il fonde en 2012 son propre parti, Nidaa Tounes, dans le but de rassembler l'opposition. Malgré les tentatives de l'exclure de la vie politique en raison de son appartenance au RCD, il mène son parti à la victoire aux élections législatives de 2014 puis remporte dans la foulée l'élection présidentielle face au président sortant, Moncef Marzougui.

Entre novembre 2017 et mai 2018, il est le plus âgé des chefs d'État en exercice après Élisabeth II.

Il renonce ensuite à briguer un second mandat à l’élection présidentielle de 2019 et meurt cinq mois avant la fin de sa présidence, le 25 juillet 2019.

Situation personnelle

Descendant d'une lignée agnatique très anciennement issue d'un captif d'origine italienne, Mohamed Béji Caïd Essebsi (محمد باجي قائد السبسي), appartient à une famille de l'ancienne bourgeoisie tunisoise, composée d'agriculteurs issus de l'ancienne administration beylicale. Il est l'arrière-petit-fils d'Ismaïl Caïd Essebsimamelouk d'origine sarde, capturé par des corsaires tunisiens puis introduit dans le palais de Mahmoud Bey en 1810, à l'âge d'à peu près dix ans. Les éducateurs du palais le chargent du cérémonial lié à la consommation de tabac où il acquiert le titre de Caïd Essebsi. Il finit par être adopté par le prince héritier, Hussein Bey, et gravit ainsi les échelons de la cour, jusqu'à acquérir plusieurs caïdats et fermes fiscales lucratives. Devenu un haut fonctionnaire et conseiller du bey, il épouse Fatma Beya, fille ou nièce de ce dernier, avec laquelle il a sept enfants, l'aîné étant Mohamed El Bey Caïd Essebsi (1850-1910), grand-père de Béji Caïd Essbsi. Il meurt le 31 mai 1870 dans la résidence familiale, le Dar Caïd Essebsi, qu'il a construit à Bab Souika, dans le quartier de Bab Laqwas.

Mohamed El Bey Caïd Essebsi, devenu caïd-gouverneur et amir liwa (général de division), épouse Mahbouba Agha, fille ou petite-fille d'un général de la cour beylicale, probablement Moustapha Agha, devenu par la suite ministre de la Guerre. Ensemble, ils ont sept enfants qui deviennent tous agriculteurs, le plus jeune étant Hassouna, le père de Béji, né avant 1899 dans la résidence familiale de Bab Souika. Mahbouba meurt en 1930, quatre ans après la naissance de Béji.

Hassouna Caïd Essebsi effectue ensuite des études au Collège Sadiki avant d'épouser Habiba Ben Jaafar, née avant 1899 à Bab Souika, plus précisément à Halfaouine. Elle est la fille de Mohamed Ben Jaafar, amine (chef de la corporation) des chaouachis et notable des souks de Tunis, et de Beya Ben Jaafar, fille d'un maître-artisan chaouachi. Sa famille, les Ben Jaafar, milite au sein du Néo-Destour, notamment son frère et ses cousins dont Nacer Ben Jaafar, dirigeant de la fédération néo-destourienne de Tunis et de sa banlieue, mais aussi Slaheddine Ben Jaafar, haut magistrat qui conduit les manifestations du 18 août 1961 à Bizerte. Son grand-père maternel, Mohamed Ben Jaafar, habite une maison à Bab Souika, à proximité de celle des Materi.

En 1897, Khadija Ferah meurt en couches, donnant naissance à Mahmoud El Materi. Le père de ce dernier, Mokthar El Materi, chaouachi et imam à la mosquée El Ksar, meurt dix mois plus tard. En résulte alors un désordre familial et la grand-mère maternelle de Béji, Beya, qui vient en même temps d'accoucher d'une fille prénommée Fatma, se résout à le recueillir et lui donner le sein, en même temps qu'à sa fille, faisant de lui le frère de lait de Habiba, la mère de Béji, et de ce fait, l'oncle de lait de ce dernier. Mahmoud est récupéré par sa famille quand tout rentre dans l'ordre et deviendra le médecin de la famille. Le couple Caïd Essebsi-Ben Jaafar vit modestement à Mateur, en exploitant une propriété agricole et un verger planté d'arbres fruitiers à Jedeida sur les rives de la Mejerda.
Mohamed Ben Jaafar accueille sa fille dans la maison de vacances familiale de Sidi Bou Saïd, village où les Tunisois s'installent en été et jusqu'au début de l'hiver. Alors que Habiba est enceinte, Hassouna est retenu à Mateur pour les besoins de son exploitation agricole. Lorsqu'elle éprouve ses premières douleurs, elle est transportée au mausolée du saint patron de la villeSidi Bou Saïd El Béji, sur instructions de Mohamed, pour accoucher sous la bénédiction de ce dernier, loin de la famille qui est à Tunis. Mohamed décide d'appeler le nourrisson Béji si c'est un garçon et Saïda si c'est une fille. C'est ainsi que Béji Caïd Essebsi est nommé en l'honneur du saint, le 29 novembre 1926.

Sa mère donne ensuite naissance à Ismaïl, Fatma, Kamel Slaheddine en 1933 et Jémila en 1934. La famille quitte Mateur sur les conseils de Mahmoud El Materi et déménage à Hammam Lif, pour que Hassouna, malade, puisse bénéficier de cures thermales. Il y meurt quand Béji n'est âgé que de dix ans et c'est donc sa mère qui élève ses enfants. Son épouse Saïda Farhat appartient à une famille de l'ancienne bourgeoisie tunisoise composée originellement de hauts dignitaires et de propriétaires terriens et fondée par le mamelouk Farhat Gaied Jbira.

Vie privée

Béji Caïd Essebsi est marié avec Chadlia Saïda Farhat depuis le 8 février 1958. Ils ont quatre enfants, deux filles (Amel et Salwa) et deux garçons (Mohamed Hafedh et Khélil).

Jeunesse et militantisme 

Béji Caïd Essebsi étudie à l'annexe du Collège Sadiki, hébergé pendant l'année scolaire avec son frère cadet par un parent habitant une maison au numéro 3 de la rue Ben Dhrif. Le 9 avril 1938, il assiste aux affrontements qui ont lieu ce jour-là.

Au collège, les cours sont interrompus et Caïd Essebsi se rend à Hammam Lif, où sa mère et le reste de sa famille l'attendent. Il est alors témoin de la destruction du siège de la cellule locale du Néo-Destour, qui le marque également. Ces événements constituent le début de son activité de militant. En 1941, âgé de quinze ans, il intègre la jeunesse destourienne du parti, en même temps qu'il entre en première année secondaire. Il est initié aux bases de l'action militante et au sentiment national, tout en apprenant les chants patriotiques et l'hymne national. C'est ainsi qu'il entend parler pour la première fois de Habib Bourguiba. Il rencontre par ailleurs le docteur Slimane Ben Slimane, haut dirigeant du Néo-Destour qui habite la même rue que lui et qui l'initie au militantisme et à la lutte pour la libération nationale.

Caïd Essebsi s'embarque alors dans une opération clandestine qui vise à déposer une bombe sur la voie du train traversant la ville de Tunis et menant vers le Sahel. La bombe fabriquée, Béji Caïd Essebsi en parle à Ben Slimane, en compagnie d'Ali Zlitni, tous deux expriment leur désaccord et le mettent en garde contre cette tentative de transgression des règles du parti, tout en lui demandant d'effacer toute trace de cette opération. Il rencontre Bourguiba pour la première fois à Hammam Lif, lorsque ce dernier est attendu à Tunis juste après sa libération du Fort de Vancia (Lyon). Celui-ci rend visite à Moncef Bey puis revient un peu plus tard pour voir son ami Sadok Boussofara. Caïd Essebsi l'observe sans pour autant l'approcher ou lui parler.

Caïd Essebsi se rend à Paris où il étudie en 1950 à la faculté de droit. Là-bas, il est membre de la cellule destourienne ainsi que du comité de l'Association des étudiants musulmans nord-africains (AEMNA), sans avoir un contact particulier avec les hauts dirigeants du Néo-Destour. Camarade avec le fils du président du Néo-Destour, Habib Bourguiba Jr., qui n'habite pas dans le même quartier que lui, leur relation l'aide à plaider en faveur de militants du parti contre les autorités du protectorat français. Sa mère connaît également Mathilde Lorrain, épouse de Bourguiba. Par ailleurs, Caïd Essebsi a un autre ami en France, Taïeb Mehiri, qu'il qualifie de mentor. En effet, ce dernier est son aîné au collège, habite dans la même rue que lui, et se rend quelques fois à la cellule destourienne où il s'adresse aux militants. Caïd Essebsi devient bientôt vice-président de l'AEMNA et doit s'absenter pendant trois jours pour se rendre aux Pays-Bas, en vue de représenter l'association lors du Congrès international des étudiants arabes tenu à Leyde. En rentrant à Paris, il retrouve à la gare Bourguiba Jr. qui le convie à rencontrer son père, à l'invitation de ce dernier.

La rencontre entre les deux hommes a lieu à l'hôtel Lutetia, lors d'un entretien accordé par Bourguiba au rédacteur en chefr du journal Le Monde, en présence de membres du Néo-Destour. Caïd Essebsi est impressionné par l'autorité et l'assurance de Bourguiba et déclare que cette rencontre le marque, dans son livre Habib Bourguiba : le bon grain et l'ivraie. En dernière année, Caïd Essebsi occupe son temps en participant dans des activités militantes, tout en décidant de sauter la session de juin et de reporter son examen à la session de septembre. En mai 1952, Bourguiba Jr. le force à travailler quelques semaines avant l'examen. Le 13juillet, il termine sa dernière épreuve orale et obtient sa licence en droit. Le même jour, en rentrant chez lui, deux agents de la sécurité se présentent et lui demandent de quitter le sol français, en raison de sa position de vice-président de l'AEMNA. Son passeport périmé est confisqué par la police et, le 15 juillet, il rentre officiellement à Tunis, prenant le train pour Marseille puis le bateau qui le conduit en Tunisie.

De retour au pays, il décide de faire un stage auprès d'une banque dirigée par le père d'un camarade universitaire. Mais il est accueilli par Fathi Zouhir, dirigeant d'un cabinet d'avocats important, qui lui propose de venir travailler auprès de lui, en tant que chargé des affaires des militants traduits devant le tribunal militaire. Le 3 octobre, il prête serment et commence à plaider. Mais, à la suite de l'assassinat de Farhat Hached, Zouhir est arrêté alors que la Tunisie connaît des jours tragiques, durant lesquels Caïd Essebsi fait la connaissance d'Ahmed Tlili.

Béji Caïd Essebsi continue de militer en faveur de l'indépendance et œuvre pour défendre les militants tunisiens arrêtés. Durant ces deux années, il déclare avoir passé la majorité de son temps au tribunal militaire de Tunis, à Bab Menara, le matin et à la prison militaire de la kasbah de Tunis l'après-midi, où il rencontre plusieurs militants comme Tlili, qui lui demande d'assurer sa défense. Caïd Essebsi refuse, son affaire étant trop grave pour l'expérience du jeune avocat, Tlili étant accusé de complicité dans l'assassinat d'un gendarme français. Il en parle à ses confrères qui lui annoncent qu'un avocat français peut assurer la défense de Tlili. Mais ce dernier refuse, voulant être défendu par un Destourien tunisien. Lors du procès, il encoure la peine de mort mais, grâce à la défense de Caïd Essebsi, il est finalement acquitté.