mercredi 2 mars 2016

Qui est Tariq Ramadan ?

Tarik Ramadan, tête de pont des Frères musulmans en France. C'est pourquoi il demande la nationalité française ... pour pouvoir agir politiquement en toute légalité, pour combattre la laïcité en France, berceau de la laïcité.
R.B
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Six choses que l’on ignore au sujet de Tariq Ramadan


Tariq Ramadan est de retour… Après une période de relative absence dans les médias français, et après ses déboires aux Etats-Unis et aux Pays-Bas, il fait à nouveau la pluie et le beau temps sur le petit écran, où on lui donne généreusement la parole, en le laissant présenter de lui une image avantageuse et trompeuse. Le présent article vise à donner quelques éléments d’information et de réflexion pour ceux qui ne savent pas (encore) qui est vraiment Tariq Ramadan.

1. Sa famille

Il est bien connu que Ramadan est le petit-fils du fondateur de l’organisation des Frères musulmans, Hassan al-Banna. Mais on ignore généralement que la famille Ramadan joue un rôle essentiel dans l’histoire du mouvement islamiste, depuis trois générations. Al-Banna, le grand-père, a créé le mouvement des Frères musulmans, qui est la matrice de l’islamisme contemporain, à laquelle se rattachent à la fois le Hamas palestinien et aussi (de manière moins directe) la nébuleuse Al-Qaida. Said Ramadan, le père, beaucoup moins connu, a joué un rôle essentiel dans l’implantation des Frères musulmans en Europe. C’est lui qui a créé l’Internationale islamiste, au cours de ses périples incessants (Pakistan, Israël, Arabie saoudite, Allemagne, Suisse…). Tariq Ramadan est un acteur important de la réislamisation des populations musulmanes et de l’islamisation de l’Occident.

2. Sa jeunesse

Né en 1962 à Genève, Tariq Ramadan a connu une enfance dorée en Suisse. Son itinéraire est – comme pour de nombreux autres militants islamistes – celui d’un born again muslim, c’est-à-dire d’un musulman revenu sur le tard à sa religion. Contrairement à son père et à son grand-père, en effet, il n’a pas été élevé dans le strict respect de la tradition et son cursus scolaire a été presque totalement profane. Comme il le reconnaît lui-même dans un livre d’entretiens, la religion ne tenait pas une place importante dans sa jeunesse. Jusqu’à l’âge de 30 ans, il était un citoyen suisse de confession musulmane, beaucoup plus intéressé par le football que par l’islam ou la politique… Il a même envisagé un temps de devenir footballeur professionnel.

3. Sa rencontre avec Hassan Tourabi

Une des rencontres décisives, qui a décidé de son avenir, fut celle du leader islamiste soudanais, Hassan Tourabi. Francophone, Tourabi accueille le jeune Ramadan, auquel il promet un brillant avenir. Il aura une influence durable sur celui-ci, notamment concernant l’idée de « l’islamisation par le haut » (c’est-à-dire par le biais des élites) et aussi par son recours au double langage. Quelques années plus tard, en 1991, le leader islamiste soudanais accueillera un autre dirigeant islamiste, encore inconnu du grand public : Oussama Ben Laden.

4. Ses amis et réseaux d’influence

Tariq Ramadan est passé maître dans l’art de se créer des réseaux d’influence (qu’il appelle des « partenariats »). Parmi ces réseaux, figurent notamment celui des chrétiens de gauche (dont plusieurs ont avoué leur erreur après avoir compris qui était vraiment Ramadan, comme Christian Delorme), certains altermondialistes et plusieurs islamologues ou journalistes, comme François Burgat ou Alain Gresh, rédacteur en chef du Monde diplomatique, qui est resté jusqu’à aujourd’hui un des plus fidèles soutiens de Ramadan dans les médias français.

5. Son mentor, le cheikh Qaradawi

Parmi les théoriciens de l’islamisme qui ont le plus influencé Tariq Ramadan – outre son père, Said Ramadan, et Hassan Tourabi – figure le cheikh Qaradawi. Animateur d’une émission très suivie sur Al-Jazira, ce décisionnaire de l’islam proche des Frères musulmans s’est exilé au Qatar, après avoir été expulsé d’Egypte. Il a été interdit de séjour aux Etats-Unis (tout comme Ramadan) en raison de ses liens avec la banque Al-Taqwa, affiliée à Al-Qaida. Il est surtout célèbre pour avoir autorisé les attentats-suicides contre des civils israéliens, y compris ceux commis par des femmes (précisant que la femme kamikaze « peut même retirer son voile pour mener l’opération [suicide], car elle s’apprête à mourir pour la cause d’Allah et non pas à exhiber sa beauté »… Ramadan ne s’est jamais démarqué des positions extrémistes de Qaradawi, qui est en fait son véritable mentor politique.

6. Ramadan et les convertis

La femme de Tariq Ramadan, Isabelle, est une convertie. Ce point pourrait sembler anecdotique, mais il ne l’est pas du tout. Les convertis jouent en effet un rôle essentiel dans la stratégie islamiste de conquête de l’Occident, comme je l’ai montré dans mon dernier livre. Tariq Ramadan, comme son mentor Qaradawi et comme d’autres dirigeants islamistes, consacre une grande partie de sa propagande (da’wa) à destination des convertis potentiels, et plus généralement du public occidental non musulman. Un fait récent en témoigne : pendant de nombreuses années, Tariq Ramadan a publié ses livres chez des éditeurs musulmans spécialisés (comme l’éditeur Taw’hid de Lyon), touchant essentiellement un public musulman. Depuis quelques années, il publie des ouvrages s’adressant à un public beaucoup plus large, chez un éditeur qui a pignon sur rue à Paris, les Presses du Châtelet. Cela traduit sans aucun doute un changement qui n’est pas purement commercial, mais stratégique.
L’analyse du parcours de Tariq Ramadan et de son discours montre qu’il n’est pas un « réformiste » ou un réformateur de l’islam, mais qu’il poursuit la stratégie de conquête entamée par Hassan Al-Banna et par Said Ramadan, dont il est l’héritier et le continuateur. Le premier avait fondé, à travers l’organisation des Frères musulmans, une « avant-garde » de l’islam politique conquérant, aspirant à prendre le pouvoir en Egypte et dans les pays musulmans. Le second avait déplacé le combat islamiste vers l’Europe, anticipant avec beaucoup de lucidité l’importance grandissante des populations musulmanes installées en Occident. Tariq Ramadan, quant à lui, poursuit le même combat, en l’habillant d’un discours trompeur, et en prenant pour cible de sa propagande tant les musulmans d’Occident que les non-musulmans, convertis potentiels ou compagnons de route de l’islamisme militant.


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Les Ramadan 

Maryam Ramadan fille de Tariq Ramadan, vit au Qatar et dit que son père influe dans les débats sur l’islam dit de France !
Au début les Frères musulmans avaient pour soutien les Ibn Saoud jusqu'à ce qu'ils leur fassent la guerre pour se réfugier chez leur frère ennemi, l'émir du Qatar. Et s'ils ont pu bénéficier du soutien des pétromonarques c'est parcequ'ils partagent avec eux le wahhabisme !


L’histoire commence à la fin des années 20, en Egypte. L’instituteur Hassan el-Banna y crée la confrérie des Frères musulmans, un des supports de l’islam politique qui va infuser dans le monde arabo-musulman. Son secrétaire personnel, Saïd Ramadan, épouse sa fille aînée, Wafa. Au cours des années 50, le régime nassérien pourchasse la confrérie et, en 1958, Saïd Ramadan et sa famille s’installent en Suisse, sur les bords du lac Léman. C’est là que naît Tariq, en 1962, le cadet d’une fratrie de six enfants.

Dans ces années-là, Saïd Ramadan ouvre, avec l’appui des Saoudiens, le Centre islamique de Genève, premier point d’attache des Frères musulmans en Europe. Très investi dans la cause palestinienne, le gendre de Hassan el-Banna traîne aussi derrière lui une réputation sulfureuse, due à une vie privée mouvementée. Mort en 1995, il finit ses jours seul dans un petit studio à Genève. En pleine guerre froide, il a été proche, selon plusieurs enquêtes journalistiques, de services occidentaux de renseignement, notamment américains.

Dans la fratrie Ramadan, ce sont Tariq et Hani, né en 1959, d’abord professeurs de français dans des établissements scolaires genevois, qui ont repris le flambeau du père en diffusant à leur tour la pensée frériste en Europe occidentale. Leur frère aîné, Aymen, est quant à lui un neurochirurgien à la renommée internationale. «Les Ramadan, c’est une véritable entreprise familiale», estime le politologue Haoues Seniguer, spécialiste de l’islam. La famille est ainsi propriétaire du Centre islamique de Genève, où les frères Ramadan sont connus.

Ils vont par la suite beaucoup œuvrer en France, pays qui compte l’une des plus importantes populations musulmanes en Europe. Plus fondamentaliste que Tariq, Hani est le premier à se faire connaître dans le pays, au cours des années 90, notamment dans la région lyonnaise à travers les réseaux de l’Union des jeunes musulmans (UJM). Tariq, plus charismatique, va finalement supplanter son aîné et s’affirmer comme le vrai leader, en parvenant à rassembler autour de lui des franges importantes de jeunes musulmans français issus de l’immigration. Depuis le milieu des années 2000, Tariq Ramadan et sa famille partagent leur vie entre le Royaume-Uni (le théologien ayant un poste à Oxford), la Suisse et le Qatar. Marié à une Franco-Suisse convertie à l’islam, le prédicateur est le père de quatre enfants, dont l’un est chirurgien au Royaume-Uni.

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Tariq Ramadan aurait usurpé ses titres universitaires 


Avant Oxford, Ramadan se présentait comme « professeur de philosophie et d'islamologie à l'université de Fribourg ». Alors qu'il n'était même pas assistant.

En novembre 2003, lors de l'émission 100 minutes pour convaincre, c'est le clash entre Nicolas Sarkozy, alors ministre de l'Intérieur, et Tariq Ramadan. Pour paraître plus modéré que son frère Hani, favorable à la charia, le prédicateur propose un « moratoire sur la lapidation », provoquant la consternation dans le public comme chez les téléspectateurs. Au début de l'émission, pour le présenter, Olivier Mazerolle déclare : « Vous enseignez l'islam à Genève et la philosophie à Fribourg. » Or, ce n'est pas le cas, il enseigne le français dans le collège de Saussure à Genève.
Malgré la controverse, Tariq Ramadan tient à son moratoire. Dans la page « Débats » du Monde, il publie le 31 mars 2005 un long texte intitulé « Pour un moratoire sur l'application de la charia dans le monde musulman », et signe : professeur de philosophie et d'islamologie à l'université de Fribourg (Suisse). Face à d'autres prédicateurs parfois peu cultivés, cette carte de visite lui permet de se faire passer, en particulier dans les banlieues françaises, pour un éminent universitaire. Or, à cette époque, il ne l'est pas. Le 26 février 2018, le député Xavier Ganioz, vice-président du Parti socialiste fribourgeois, a demandé à l'université de Fribourg de s'expliquer sur les conditions d'arrivée de l'islamologue dans l'institution.

Une heure de cours bénévolement

Reprenant des informations parues dans les médias, l'élu écrit dans son interpellation : « L'accusation de “faux professeur“ est lourde de sens. Elle impliquerait que notre université ait pu se faire berner sur le statut académique de Tariq Ramadan. Elle impliquerait aussi et surtout que les étudiant-e-s qui ont été élèves dudit islamologue aient été trompé-e-s ». Le rectorat de Fribourg a déjà répondu qu'effectivement Tariq Ramadan n'était ni professeur ni même assistant à l'université. Il se serait contenté de proposer bénévolement, une heure par semaine, un exposé sur l'islam. « L'université de Fribourg n'est pas responsable des titres académiques qui ont été attribués à M. Ramadan après son départ en 2004 », ajoute le rectorat.
En 2005, alors qu'il a quitté l'université, Tariq Ramadan continue pourtant dans Le Monde de se présenter comme professeur. « Fribourg n'est qu'une ville de 38 000 habitants. L'université est une véritable institution. Il est important de savoir pourquoi Ramadan a pu exercer son enseignement sans poste officiel de professorat ou d'assistanat. Le contenu de son enseignement était-il connu de la direction de notre université ? » s'interroge Xavier Ganioz. Un recrutement pour le moins contestable.
Charles Genequand, ancien doyen de la Faculté de lettres de Genève et spécialiste du monde arabe, avait refusé la thèse universitaire de Tariq Ramadan, consacrée à Hassan al-Banna, le fondateur des Frères musulmans égyptiens. Très remonté contre son ancien élève, Charles Genequand avait traité Tariq Ramadan dans la presse de « pseudo intellectuel », d'« opportuniste vaniteux ». « Ses idées ? poursuivait le professeur : une vision étriquée et assez rétrograde de l'islam. »
En France, le politologue et sociologue Gilles Kepel, spécialiste de l'islam et du monde arabe contemporain, n'était guère plus charitable : « Tariq Ramadan est un produit de consommation jetable (…) Ce n'est pas un universitaire, je ne le considère absolument pas comme un collègue », m'avait-il confié alors que j'écrivais La Vérité sur Tariq Ramadan. Sa famille, ses réseaux, sa stratégie (1).

Des réserves sur les cours de biologie

Le petit-fils d'Hassan al-Banna n'avait pas non plus que des amis parmi ses collègues de collège. En 1994, dans Les Musulmans dans la laïcité (2), Il écrivait que « les cours de biologie peuvent contenir des enseignements qui ne sont pas en accord avec les principes de l'islam. Il en est d'ailleurs de même des cours d'histoire et de philosophie ». Il ajoutait : « La gymnastique n'est pas "interdite en soi" aux jeunes musulmanes. Il faut, dans ce dernier cas, discuter des aménagements possibles qui permettraient que soient respectées les convictions des jeunes filles. »
Les professeurs de biologie du collège de Saussure à Genève s'étaient alors demandé dans Le Journal de Genève s'il était moralement possible, d'un point de vue déontologique, « d'enseigner dans une école tout en dénigrant l'enseignement d'une branche dispensée par une partie de ses collègues ».
(1) 2007, éditions Favre.
(2) 1994, Tawhid.


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Quand Tariq Ramadan dénonçait les relations extraconjugales

Dans un enregistrement de 1999, le prédicateur, qui a reconnu une relation hors mariage, s'en prend violemment aux musulmans qui trompent leur femme.


"Les Grands Péchés" est l'une des cassettes les plus marquantes de Tariq Ramadan. Abandonnant sa voix suave, il y dénonce, apparemment très en colère, le comportement qu'il juge inadmissible de certains musulmans. En l'occurrence ceux de l'île de La Réunion. En 1999, le prédicateur revient dans ce département français de l'océan Indien après deux ans d'absence. « J'entends des choses gravissimes à La Réunion. Des frères se permettent des choses interdites », dénonce-t-il, dans cette cassette enregistrée lors d'une de ses conférences. Encore peu connu du public français, Tariq Ramadan est à cette époque enseignant dans un collège à Genève.

Écroué depuis sa mise en examen le 2 février 2018 pour deux viols et actuellement détenu à Fresnes, Tariq Ramadan nie toujours les faits. Pendant de longues semaines, il affirmait n'avoir jamais eu de relations sexuelles hors de son mariage, célébré en 1986 à l'âge de 24 ans.
Aucun texte alternatif disponible.
L’adultère est puni de lapidation jusqu'à mort s'en suive, 
dixit la chariaa, chère au Frère musulman T. Ramadan !
Mais mardi dernier, devant les juges d'instruction, le prédicateur suisse a reconnu avoir eu des relations sexuelles consenties avec une de ses accusatrices, Mounia R.. Cette ancienne escort-girl, citée dans l'affaire du Carlton de Lille, accuse Tariq Ramadan de l'avoir violée à plusieurs reprises entre février 2013 et juin 2014. En reconnaissant cette relation adultère, éloignée des enseignements qui ont fait sa célébrité, Tariq Ramadan a terni un peu plus son image auprès de ses soutiens.
« Il faut demander pardon à Dieu »

Dans la cassette des « grands péchés », le prédicateur se montre particulièrement impitoyable avec les musulmans qui commettraient l'adultère. « Protège ton corps ! C'est une énormité de vivre quelque chose en dehors du cadre du mariage. De vivre des choses qui ne sont pas islamiques. » 
À plusieurs reprises, Tariq Ramadan revient sur les relations extraconjugales. « Des maris font des choses totalement illicites. Ils vont voir d'autres femmes ! (…) Il faut arrêter tout de suite de tromper sa femme. Il faut demander pardon à Dieu et reprendre une vie de famille saine. »
Par « grands péchés », il faut comprendre « les péchés les plus profonds, les péchés que tu es le seul à connaître ». Tariq Ramadan considère que regarder la femme d'un autre est déjà l'un de ces grands péchés. Surtout si cette femme est en maillot de bain ! « Les piscines ne sont pas islamiques. Qu'est-ce que tu regardes à la piscine ? Ton regard est posé sur des choses que tu ne dois pas voir ! » 
Pour le prédicateur, les musulmans réunionnais sont également coupables de ne pas élever correctement leurs enfants. « Avant le mariage, des jeunes de 15, 16, 17 ans font n'importe quoi. On laisse sortir les garçons et ils font des choses qui ne sont pas islamiques », s'indigne-t-il, de manière répétitive.
« Le faux témoignage amène à l'enfer »

Dans cette cassette, Tariq Ramadan traque tous les vices qui éloignent de Dieu, comme celui d'emprunter de l'argent, car les intérêts sont interdits dans l'Islam. « Il faut trouver une autre façon de gérer ton argent, pour éviter l'usure et les intérêts. Si tu es négligeant avec ton argent, tu n'es pas exigeant avec ton cœur », lâche-t-il. 
Peut-être peut-on se demander comment, sans avoir recours à l'emprunt, Tariq Ramadan a réussi à acquérir plusieurs biens immobiliers, notamment à Londres, à Paris et en région parisienne. Quant au faux témoignage, « c'est une chose qui amène en enfer », prévient-il.
Dans "Les Grands Péchés", Tariq Ramadan n'explique pas comment un musulman coupable d'adultère doit se repentir pour échapper aux flammes de l'enfer. En 2003, face à Nicolas Sarkozy, il s'était prononcé pour un moratoire sur la lapidation. 
En revanche, son frère Hani Ramadan, directeur du Centre islamique de Genève, prône toujours la mort à coups de pierres pour les musulmans coupables de relations extraconjugales.

Un ex Frère musulman dénonce les Frères musulmans de France

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UOIF, Frères musulmans, salafisme : le dessous des cartes

A l'occasion de la 9ème Rencontre Annuelle des Musulmans du Nord, Mohamed Louizi, ancien frère musulman, décrypte les liens entre l'UOIF et la confrérie qualifiée dans certains pays d'organisation terroriste.

Alexandre Devecchio (FigaroVox) : La 9ème Rencontre Annuelle des Musulmans du Nord organisée par l'UOIF (Union des Organisations Islamiques de France) a lieu ce dimanche. Trois orateurs étrangers prêchant ouvertement la haine ont été déprogrammés. Cependant beaucoup dénonce la proximité de l'UOIF avec les Frères musulmans … Comment définir l'idéologie de ces derniers ?

Mohamed Louizi : Hassan Al-Banna, le fondateur des Frères Musulmans avait défini son islam globalisant, son idéologie politique, comme étant, je cite : « une organisation complète qui englobe tous les aspects de la vie. C'est à la fois un état et une nation, ou encore un gouvernement et une communauté. C'est également une morale et une force, ou encore le pardon et la justice. C'est également une culture et une juridiction, ou encore une science et une magistrature. C'est également une matière et une ressource, ou encore un gain et une richesse. C'est également une lutte dans la voie d'Allah et un appel, ou encore une armée et une pensée. C'est enfin une croyance sincère et une saine adoration. L'islam, c'est tout cela de la même façon ».
En 1924, le califat Ottoman, « l'homme malade », avait fini par chuter. Dans l'esprit d'Hassan Al-Banna, ce dernier représentait le symbole politique de l'unité des musulmans face aux occidentaux. En 1928, il décida de créer sa mouvance islamiste, premièrement, pour libérer l'Egypte de la colonisation britannique et lutter par tous moyens contre la présence juive et l'établissement d'Israël en terre sainte des trois monothéistes, et deuxièmement, pour établir un nouveau califat/état islamique mondial et atteindre le «Tamkine» global, qui signifie la suprématie de l'islam frériste sur tous les autres islams et sur toutes les autres religions, et l'application de ses règles juridiques et lois pénales pour gérer les rapports à l'intérieur de la société et avec l'extérieur de ce califat.

Théoriquement, dans ses écrits, se rêve est inscrit dans un processus stratégique partant d'abord et essentiellement de l'éducation de l'individu - d'où la priorité accordée aux « jeunes musulmans » par les frères lors de ce 9ème RAMN à Lille, entre autres. Ensuite de l'individu, il faut former le foyer musulman, puis le peuple musulman, puis atteindre le gouvernement islamiste, puis établir le califat, puis reconquérir l'Occident puis atteindre le Tamkine planétaire. Ça paraît fou comme idéologie et projet politique, mais force est de constater que depuis 1928, cette vision globalisante demeure opérante et présente, non seulement en Egypte, mais partout ailleurs, y compris en France.

La définition que j'ai donnée ci-dessus, est extraite du livre : 20 principes pour comprendre l'islam, formalisés par Hassan Al-Banna, développés par Youssef Al-Qaradawi et traduit en français par Moncef Zenati. Celui-ci est membre du bureau national de l'UOIF, chargé de l'enseignement et de la présentation de l'islam. Pis, ce livre idéologique est enseigné à des jeunes adultes, depuis au moins deux ans à « l'Institut Al-Qods » (Jérusalem), créé par des frères cadres de l'UOIF au CIV (Centre Islamique de Villeneuve d'Ascq) et à la mosquée de Lille-Sud où professe Amar Lasfar. La personne qui s'est chargée de délivrer toutes les semaines ses 20 principes idéologiques à la jeunesse est un professeur, payé par les deniers de l'Etat, au Lycée Averroès.

Alexandre Devecchio : Les Frères musulmans sont considérés comme une organisation terroriste dans certains pays. Pourtant lorsqu'il était ministre de l'Intérieur, Nicolas Sarkozy a fait de l'UOIF l'un de ses principaux interlocuteurs et a qualifié ce mouvement d' «orthodoxe». Qu'en est-il réellement ?

Mohamed Louizi : Effectivement, les Frères musulmans sont désormais classés comme organisation terroriste par plusieurs pays. Par exemple, l'Arabie Saoudite l'a fait en mars 2014. En novembre de la même année, c'est au tour des Emirats Arabes Unies de classer la mouvance et ses ramifications internationales, y compris l'UOIF, sur sa liste. L'UOIF avait déclaré dans un communiqué publié le 17 novembre 2014 qu'elle « étudie toutes les voies et se réserve le droit d'agir afin d'obtenir réparation », chose qu'elle n'a jamais faite !
De l'autre côté de la Manche, le Premier ministre britannique David Cameron avait prévenu, suite à une enquête très fouillée, dans une lettre adressée le 17 décembre dernier aux députés, que tout lien avec les Frères musulmans pourrait être considéré comme « un éventuel signe d'extrémisme ». Il avait écrit : « Certaines sections des Frères musulmans ont une relation ambiguë à l'extrémisme violent ». Il est parti encore plus loin en affirmant qu' « être membre, associé ou influencé par les Frères musulmans devrait être considéré comme un signe d'extrémisme ». Depuis, il semblerait que les Frères en Grande-Bretagne sont mis sous surveillance.
Le communiqué du ministre de l'intérieur, Bernard Cazeneuve, publié le 2 février, avertissant l'UOIF au sujet de son 9ème RAMN, utilise une terminologie nouvelle et inhabituelle dans le rapport avec l'UOIF, je cite : « totale vigilance », « poursuites immédiates » et « sanctions appropriées ». Il me semble que c'est la première fois depuis la création de cette mouvance en 1983 que l'Etat puise ses mots d'un champ lexical très particulier. Quelque chose commence sérieusement à changer dans le rapport entre l'Etat et l'UOIF. Quant au qualificatif « orthodoxe », utilisé par Nicolas Sarkozy avant la création du CFCM, je crois qu'il n'y a que lui qui pourrait, peut-être, le définir. Pour ma part, je comprends cette orthodoxie comme une fidélité absolue à l'idéologie d'Hassan Al-Banna dans sa dimension politique comme dans sa dimension jihadiste.

Alexandre Devecchio : Les Frères musulmans se disent légalistes et non violent…

Mohamed Louizi :  Ce n'est pas vrai. Il n'y a qu'à lire l'intégralité de « du jihad », écrite par Hassan Al-Banna que j'ai traduite dans mon essai autobiographique : Pourquoi j'ai quitté les Frères musulman, et qui circule toujours dans des cercles fermés des frères de l'UOIF en France. Son contenu n'a aucune différence avec la matrice idéologique jihadiste de toutes les organisations terroristes : Al-Qaïda, Al-Nosra, Daesh, etc. L'on y trouve, les mêmes textes violents, la même rhétorique jihadiste et les mêmes préconisations à recourir, par obligation religieuse, à l'usage des armes. La différence entre les Frères et les autres, c'est une différence de degré et non de nature. Il y a ceux, comme les groupes qui usent de la violence maintenant et ici. Les Frères les soutiennent, directement ou indirectement, et peuvent y recourir le moment venu. Je rappelle que l'appel au jihad en Syrie a été lancé, depuis le Caire, le 13 juin 2013, par une coalition composée de Frères musulmans et de salafistes. Le président de l'Egypte à cette époque s'appelait Mohamed Morsi. Les frères actuellement à la tête de la confrérie à l'internationale comme ici en France font parti du courant de Sayyid Qotb, la référence de tous les jihadistes contemporains, qu'il soit frères ou pas.

Alexandre Devecchio : Certains évoquent un double discours. Est-ce établi ?

Mohamed Louizi :  Lors de l'éclatement de l'affaire qui avait opposé le lycée Averroès à un professeur de philosophie, en février 2015, Amar Lasfar, le président de l'UOIF avait déclaré face à la caméra de France Télévision que l'UOIF n'a aucun lien avec les Frères musulmans. Un an plus tard, presque jour pour jour, Mohamed Karrat, l'un des lieutenants fidèles d'Amar Lasfar et qui est aussi recteur de la mosquée de Villeneuve d'Ascq, cadre responsable de la Ligue Islamique du Nord et professeur au lycée Averroès, a déclaré lors d'un court discours, en français, devant des fidèles, ce vendredi 5 février, que derrière l'attaque qu'a subi le 9ème RAMN prévu à Lille, « c'est l'UOIF qui est visé ». Il a dit : « L'UOIF est accusée d'être des Frères musulmans, et ça, personne ne s'en cache. Nous ne cachons pas notre identité. Nous en sommes fiers …» Ainsi, l'un dit qu'il n'y a pas de lien entre l'UOIF et les Frères musulmans et se permet d'attaquer en justice ses contradicteurs pour diffamation. Un an plus tard, l'UOIF affirme son identité frériste publiquement. Voici un exemple éclatant de ce double-discours presque banal. Je considère qu'au-delà du double discours, il y a un discours « en arabe » et un autre « en français ».

Alexandre Devecchio : Peut-on parler de stratégie globale d'islamisation en France et Europe ?

Mohamed Louizi :  Dans tous les pays où se trouvent des Frères musulmans, en Orient comme en Occident, le projet islamiste est le même depuis la création de la mouvance par Hassan Al-Banna en 1928. Il s'agit de rétablir le califat islamique aux frontières historiques, y compris là où l'islam avait une présence en Europe. Ce projet a un nom : le projet Tamkine. Dans le monde arabo-musulman, les expériences de cette mouvance passent par des hauts et des bas. Ils arrivent à percer un temps. Ensuite, ils sont mis en difficulté. Mais ils ne disparaissent pas. Eux-mêmes décrivent leur influence comment étant une succession de phases et de cycles : naissance, puis ascension, puis apogée, puis déclin, puis latence, puis ascension à nouveau et ainsi de suite.

Ici, en Europe et en Occident, les choses se présentent autrement. Car si le monde arabo-musulman est considéré déjà comme un « territoire » acquis, en Occident, cela n'est pas le cas. Les Frères musulmans s'emploient depuis le début des années 1980, sur le vieux contient à acquérir divers « territoires » privés pour inscrire, dans la durée, leur récit islamiste comme élément du récit national de chaque pays de l'Europe. Cette opération s'appelle le « Tawtine ». Elle est exécutée par la construction de mosquées-cathédrales, d'acquisitions immobilières diverses et variées, de construction d'établissements scolaires privés, etc. Car sans le « Tawtine », le projet Tamkine ne peut être mené efficacement. Si le Tawtine est l'objectif territorialiste d'une étape, le Tamkine est le but ultime pour que la loi d'Allah, telle qu'elle est comprise par les idéologues et oulémas des frères, domine l'Europe et l'annexe à l'Etat Islamique tant rêvé par les Frères.

Chakib Benmakhlouf, ex-président de la FOIE (Fédération des Organisations Islamiques en Europe), avait déclaré, dans une interview au journal londonien arabe Asharq Al-Awsat (Moyen Orient), le 20 mai 2008, je traduis : « Au sein de la FOIE, nous avons un plan d'action, nous avons un plan d'action sur 20 ans; sur le court terme, le moyen et le long terme. Certains événements, malheureusement, se déroulant de temps en temps, influent négativement sur l'avancement de notre action. Certains musulmans se sont vite sentis attirés vers des combats marginaux et cela perturbe notre plan d'action global. »

Alexandre Devecchio : Vous accusez l'UOIF d'être «une base de réserviste»…

Mohamed Louizi :  Lorsqu'on lit et analyse l'«Épître du jihad» d'Hassan Al-Banna et les écrits de Sayyid Qotb, notamment son interprétation de la Sourate 8 et 9, entre autres, ainsi que son livre : Jalons sur la route, on déduit une constance idéologique chez les Frères : Le frère musulman, par définition, ne peut être que jihadiste, en opération, ou réserviste caressant le rêve de faire le jihad armé un jour. Lorsqu'il est au stade de réserviste, il doit soutenir par tous les moyens ceux qui partent faire le jihad : soutien financier, soutien médiatique, soutien par les prêches, par les invocations, etc. Hassan Al-Banna avait construit cette idée fondamentale sur des textes religieux attribués au Prophète Mohammad : « Quiconque meurt sans avoir combattu et sans en avoir jamais eu le désir, meurt sur une branche d'hypocrisie »! C'est plutôt Hassan Al-Banna qui considère les Frères, en général, et l'UOIF en particulier, comme étant une base de réservistes.

Alexandre Devecchio : Quelle est la différence entre frères musulmans et salafistes ? Un frère musulman est-il forcément un salafiste ? Un salafiste forcément un terroriste ?

Mohamed Louizi :  Ce que je peux confirmer, c'est que la matrice idéologique salafiste et jihadiste est la même pour les trois cités. Et ce, nonobstant les quelques disparités et variances de langages constatées, par-ci ou par-là. Ceci étant, un frère ne peut être que jihadiste ou réserviste. Le réserviste peut ne jamais porter des armes. Il peut se rendre compte de la supercherie et quitter. Il n'y a pas d'automaticité de passage d'un stade à l'autre. L'humain est imprévisible. Il peut être quiétiste et basculer ensuite dans le jihadisme le plus abjecte. Il peut être jihadiste et se repentir. Mais une chose est sûre : pour rompre avec tout ceci, il faut un traitement des racines de la violence, religieuse ou pas, à la source. L'idéologie des Frères Musulmans ne doit être exclue de cette lutte contre la radicalisation et les facteurs idéologiques qui la sous-tendent.

Alexandre Devecchio : Vous avez vous-même été un «frère» actif parmi les Frères musulmans. Quelles sont leurs méthodes de recrutement et d'embrigadement ?

Mohamed Louizi :  Le couple prédateur/proie permet d'assurer l'équilibre des pyramides alimentaires d'un écosystème. Le prédateur choisit sa proie selon des critères dictée par la nature. La pyramide des Frères musulmans, celle décrivant les étapes du Tamkine, a aussi ses « prédateurs » qui sélectionnent leurs proies selon des critères dictés par l'idéologie et par les besoins en ressources humaines du projet Tamkine global. Chez les Frères musulmans, l'adhérent ne choisit pas l'association. C'est elle, telle une secte obscure, qui le choisit, et ce sont ses anciens membres qui le cooptent au terme d'un parcours initiatique très particulier.
Le projet Tamkine a besoin, en plus d'un territoire, d'une « base » humaine solide. Je fais remarquer le mot « base » se traduit en arabe par « Qaïda ». Il s'agit d'un concept idéologique souvent utilisé dans les écrits de Sayyid Qotb, surtout dans son exégèse des sourates 8 et 9. Le même terme est utilisé par Al-Qaïda pour désigner son organisation terroriste internationale. Selon Sayyid Qotb, la création d'un état islamique sur un quelconque territoire a un préalable éducatif, idéologique et organique majeur. Celui de se constituer, avant toute autre chose, une base humaine solide composée de personnes, frères et sœurs, hautement éduqués et convaincus par l'idée et la nécessité de cette création en étant prêts, à tout moment, à tout sacrifier, y compris leurs vies, pour la concrétiser et la défendre contre vents et marées. Sayyid Qotb cite l'exemple du prophète Mohammed et sa réussite à se constituer à la Mecque une « base » humaine, de compagnons convaincus, avant d'immigrer et de s'établir à Médine, son nouveau territoire pour y instituer le premier état islamique conquérant selon l'interprétation politique de cet idéologue frériste.

Les frères-prédateurs s'emploient à cibler des recrues pour constituer cette « base » solide et ce noyau dur dans chaque pays. Au terme d'une initiation idéologique, durant laquelle les 10 piliers de l'allégeance sont expliqués, à savoir : « la compréhension, la sincérité, l'action, le jihad (armé), le sacrifice, l'obéissance totale, la persistance, la fidélité à l'engagement, la fraternité et la confiance totale placée à l'endroit de la direction et du commandement », le/la candidat(e), répondant au standard idéologique passent à l'étape du serment d'allégeance où il/elle s'engage expressément en répétant l'attestation suivante : « Je m'engage devant Allah, le Tout-Puissant, à observer rigoureusement les dispositions et préceptes de l'islam et de mener le jihad pour défendre sa cause. Je m'engage devant Lui à respecter les conditions de mon allégeance aux Frères musulmans et accomplir mes devoirs envers notre confrérie. Je m'engage devant Lui à obéir à ses dirigeants dans l'aisance comme dans l'épreuve, autant que je le pourrai, tant que les ordres qui me sont donnés ne m'obligent pas à commettre un péché. J'en atteste allégeance et Allah en est témoin. ». Dès lors la nouvelle recrue est missionnée pour œuvrer pour le projet Tamkine, éclairé par la devise mythique de la mouvance : « Allah est notre ultime but, le Messager est notre exemple et guide, le Coran est notre constitution, le jihad est notre voie, mourir dans le sentier d'Allah est notre plus grand espoir » !

Alexandre Devecchio : Qu'est-ce qui vous a poussé à rompre ?

Mohamed Louizi :  Lorsque j'ai compris que la voie des frères est la voie de deux sabres pour imposer un Coran, j'ai tiré ma révérence et j'ai choisi le chemin apolitique et non-violent de mon grand-père maternelle et de mon père spirituel : Jawdat Saïd, le Ghandi du monde arabe.

Ex-président des Étudiants musulmans de France (Lille), Mohamed Louizi est ingénieur. 

Son livre : Pourquoi j'ai quitté les frères musulmans  aux éditions Michalon

Pourquoi le désamour des nord africains pour l'Occident ?


Les responsables politiques nord africains après l'indépendance de leurs pays respectifs, ont eu une relation mitigée avec la France :
- Bourguiba a voulu rattacher la Tunisie à l'Occident du fait de sa position géographique et de son histoire commune avec l'Europe, et plus particulièrement avec la France. Il a eu l'intelligence de ne pas confondre la France et sa culture avec la politique colonialiste de ses responsables politiques. Amoureux de la culture française, il a décidé de l'inculquer aux tunisiens faisant d'eux des bi-lingues si ce n'est des bi-culturels, y voyant un avantage et un enrichissement pour le tunisien moderne qu'il voulait façonner. Il a veillé à ce que les tunisiens ne conçoivent pas de complexe vis à vis de l'Occident et encore moins vis à vis de la France. Ainsi l'enseignement a été bilingue et obligatoire dans les écoles publiques.
La politique d'ouverture de Bourguiba sera cependant combattue par les pan arabistes et les pan islamistes, toujours attachés à leur lubie de "monde arabe" pour les premiers et de "califat" pour les second, nostalgiques des califes. Le premier à avoir ouvert la brèche dans le nationalisme de Bourguiba, était Mohamed Mzali.
- Il faut attendre l’avènement d'Hassan II en 1961 pour voir le Maroc renouer avec la France et sa culture ... sauf que l'enseignement du français sera réservé aux écoles privées, donc à une élite restreinte.
- Quant à l'Algérie, le FLN au pouvoir a cherché à restaurer l'identité arabo-musulmane mise à mal du fait du colonialisme français,  en se rapprochant de leurs frères "arabes" pour arabiser les algériens plutôt de culture berbère ! Gamel Abdel Naceur leader du pan arabisme, leur fournira les enseignants pour apprendre l'arabe aux petits algériens, dont certains s'avèrent être des Frères musulmans qui introduiront le wahhabisme dans une société ancestralement malékite. C'est ainsi que l'Algérie va basculer dans l'islamisme et ses horreurs des années 90.

Si Bourguiba a encouragé les échanges entre la Tunisie et la France et que celle-ci a accordé bourses et visas pour les ressortissants tunisiens, dés les années 80 sa politique migratoire sera revue à la baisse et les bourses d'étude et les visas seront délivrés au compte goutte. Ce qui incitera les jeunes désireux d'étudier et de travailler à l'étranger de se diriger vers les pétromonarchies du Golfe demandeuses de main d'œuvre qualifiée ... où ils s'imprégneront de la culture wahhabite dont beaucoup contribueront à sa diffusion en Tunisie, préparant ainsi le terrain pour les Frères musulmans d'Ennahdha qui ne font pas de mystère de leur rejet de l'Occident et de l'occidentalisation des "arabes", comme pour marquer leur rejet du colonialisme et de tout ce qui lui est rattaché : le savoir et la culture ! Ce que regrette Kateb Yacine pour qui la langue et la culture française constituent un butin de guerre comme le fut en son temps la langue arabe introduite en Afrique du Nord lors de sa colonisation par les Beni Hilal, venus d'Arabie !

Avec l'émergence des pétromonarchies et plus particulièrement du Qatar indépendant seulement depuis 1971; et grâce à la manne que leur procurent les hydrocarbures, les pétromonarques, dont les  frères ennemis que sont les Ibn Saoud et les Ben Khalifa Al Thani du Qatar, pensent pouvoir dominer le monde dit "arabo musulman", en y diffusant le wahhabisme, en finançant les mosquées, les centre culturels, en fournissant les imams pour les animer, en développant les chaînes TV satellitaires ignorant les frontières, en multipliant les émissions "religieuses" pour endoctriner les peuples "arabes" ... ce qui va les pousser insidieusement mais sûrement au rejet de l'Occident pour adopter le mode sociétal wahhabi .... et ce qui s'y apparente : à savoir le model conservateur américain, son capitalisme sauvage et son puritanisme !

Si les responsables politiques "arabes" ont contribué au désamour d'avec la France, il faut dire que les responsables politiques français ont leur part de responsabilité dans ce désamour par la restriction des visas d'entrée en France !

R.B
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L'américanisation et la salafisation du Maghreb

La Tunisie, l'Algérie et le Maroc sont aujourd'hui en pleine mutation. Ces deux dernières décennies, la culture maghrébine a été très largement influencée par le Moyen-Orient, mais aussi par les Etats-Unis. 
Pierre Vermeren est professeur d'histoire du Maghreb contemporain. Il explique.

Pour qui a connu le Maghreb des années 1980, et a fortiori des décennies antérieures, de rapides mutations culturelles s'y sont déroulées depuis lors. La défrancisation et la déberbérisation, plus culturelles que linguistiques, s'accélèrent, au prix d'un double mouvement d'américanisation et de moyen-orientalisation. Même si, de Tunis à Casablanca, le français n'a jamais été autant parlé dans les grandes villes et par les dominants, le Maghreb a perdu en vingt-cinq ans ses librairies, ses bistrots et ses cinémas, tandis que fleurissent mosquées à l'orientale, grandes chaînes de junk-food sans alcool, et malls commerciaux débordant des sous-produits de la mondialisation. Les hommes ont quitté à la fois le costume-cravate-casquette et le burnous/djellaba-turban, au profit du survêtement ou de la chemisette, tandis que les femmes ont laissé le tailleur-tête nue pour la djellaba et le voile, fussent-ils agrémentés de bottes et de breloques.  
Un air de France jusqu'aux années 1990
Plus que toute région au monde, le Maghreb avait adopté l'habitus des Français. Dès l'époque coloniale, il s'était saisi des terrasses de cafés, des lieux culturels publics et des places, des pâtisseries et salons de thé. Il avait en partie adopté le mode de vie du nord de la Méditerranée: croissant, café, vin rouge et cigarettes compris. Quand les Français sont chassés de la région au début des années soixante, les Maghrébins des villes adoptent en une génération les mœurs et la langue de l'ancien colonisateur, le "butin de guerre" cher à Kateb Yacine.  
La francisation du Maghreb date des années 1960-1970, quand les réformes nationales et la coopération éducative ont francisé toute une génération. Les femmes des villes ont troqué la djellaba pour une tenue à l'européenne, robe, jupe ou tailleur, ainsi qu'en témoignent films et photos des années soixante-dix. Le dévoilement rapide des femmes a accompagné leur sortie dans l'espace public, d'un coup devenu mixte. 
Si les cafés sont restés masculins, en revanche, restaurants, salons de thé, clubs, plages et cinémas sont devenus des espaces de mixité. De cette époque date aussi la multiplication des lieux culturels sécularisés (librairies, lycées, universités, bibliothèques...) promouvant une culture intellectuelle exigeante, parfaitement connectée aux courants mondiaux (films français, égyptiens et américains, y compris d'auteur, chanson française, égyptienne et britannique, littérature française, classique et contemporaine, productions culturelles multilingues du Maghreb, marxisme universitaire, dialogue inter-religieux, productions d'Europe de l'Est...). 
Tout circulait et instruisait une élite intellectuelle avide, grandissante et mixte. En un sens, le projet colonial de "civilisation" des Pères de la IIIe République, et celui de leurs contempteurs nationalistes maghrébins du XXe siècle, qui accusaient le colonialisme d'avoir privé les peuples du Maghreb de citoyenneté, de culture et de sciences, avaient abouti ! Cette belle histoire a perduré jusqu'aux années 1990. Ce Maghreb avait encore un petit air de la France des années cinquante, quand les grandes villes de la région comptaient parmi les plus modernes de la Méditerranée. 
Wahhabisation et moyen-orientalisation
La "réislamisation" culturelle brutale des années quatre-vingts, au sens de la wahhabisation et de la moyen-orientalisation, puis la guerre civile algérienne des années 1990, imposée par les islamistes du FIS, ont brisé cet héritage. Même au Maroc et en Tunisie, à l'abri des violences politiques et du terrorisme aveugle, et au contact d'un tourisme croissant, la reconquête islamiste saute aux yeux. Tandis que le Maghreb se couvrait de paraboles au cours des années 1990, puis de la téléphonie mobile et de l'Internet au cours des années 2000, espaces de mixité et lieux culturels ont fondu comme peau de chagrin. La mondialisation a ici séparé les classes sociales, les sexes et les générations.  
80 à 90% des salles de cinéma, des librairies et des bibliothèques, des bars et restaurants à alcool ont fermé, comme si ces acquis hérités de la France étaient liés. Des plages ont été privatisées, certaines sont devenues non-mixtes; les mosquées financées par l'Etat ou les pétrodollars wahhabites se sont multipliées, même dans les moindres villages où elles étaient inconnues (les Berbères priaient dans la nature ou chez eux); les femmes se sont envoilées, y compris dans les facultés des lettres où circulent quelques ombres en gants noirs et niqabs, à rebours de la culture libérale des Arabos-Berbères du Maghreb.  
L'alcool du marché noir est désormais consommé au domicile, à moins de couler dans les hôtels pour touristes ou prostituées ou les tripots enfumés des capitales. Au fur et à mesure que les femmes quittent l'espace public -à 19h à Alger, et presque partout, le soir, hors mois de Ramadan, sauf à Tunis, Rabat ou Casablanca - la sexualité se consomme davantage à domicile, ou sur l'Internet. L'Amérique "puritaine" offre en effet au monde des millions de vidéos de blondes porno-starisées, très prisées au Maghreb comme ailleurs selon les opérateurs, non sans graves conséquences sur la vision projetée des Européennes dans le monde... 
Vision américaine et islamic way-of-life des Frères musulmans
L'autre enseignement du grand virage, c'est que la vision américaine du monde est bien plus compatible avec l'islamic way-of-life des Frères musulmans que la culture exigeante naguère proposée par la France. La "modernité" à la française, qu'il s'agisse de sécularisation, de laïcisation, d'égalité entre les sexes, d'accès à la citoyenneté, à la culture savante et aux droits politiques, est repoussée tant par des régimes conservateurs que par les islamistes, quand le modernisme est plébiscité.  
A la culture du livre, qui permet à chacun de se frotter aux grands esprits du monde, on préfère le "modernisme" technologique, et l'organisation de l'ignorance, ainsi qu'en attestent les politiques d'éducation. L'enseignement idéologique de disciplines islamiquement et nationalement compatibles est préféré à la spéculation intellectuelle, et le "par cœur" a remplacé la dissertation.  
Le management est préféré à la philosophie, et les écoles techniques spécialisées aux universités générales démunies. Au dialogue culturel et à l'échange spirituel, on préfère le conformisme ritualisé, le communautarisme simpliste et le rite mondialisé. Au cinéma d'auteur et à la littérature qui bousculent, on préfère les réseaux sociaux, les feuilletons et films indiens ou américains mainstream
Aux risques du dévoilement des femmes et de la mixité, qui parient sur l'éducation morale, la retenue et l'intelligence, d'aucuns préfèrent les barrières entre les sexes... comme le "politiquement correct" plébiscite l'ordre moral au détriment de la liberté des contacts.  
Face au bonheur de la séduction, qu'ont tant aimée les étudiants du Maghreb sur les campus français, les tenants de l'ordre moral optent pour l'enfermement. A la liberté des mœurs alimentaires et relationnelles, les mêmes adoptent la prohibition et les dérèglements induits, pourvu que les désordres ne s'affichent pas dans l'espace public. Il n'est pas certain que les élites libérales du Maghreb, qui oscillent entre ces deux tendances, aient la force d'inverser les dynamiques à l'œuvre, surtout si celles-ci devaient davantage contaminer la France. 
Pierre Vermeren est professeur d'histoire du Maghreb contemporain à Paris I. Il a récemment publié Le choc des décolonisations, de la guerre d'Algérie aux printemps arabes (aux éditions Odile Jacob, 2015). 
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