dimanche 12 décembre 2021

L'Algérien, mal dans sa peau, mal dans son pays ...

Pauvres Algériens, toujours otages d'un FLN prisonnier d'un passé qui ne passe pas !
R.B


Kamel Daoud 

Le pays de nos yeux fermés

Fascinante expression : “L’ennemi de derrière les mers.” Leitmotiv de la théorie du complot, rappel de l’histoire, mais aussi topographie de nos imaginaires mauvais marins. Car chez nous (comme chez d’autres), la géographie est un produit dérivé de l’histoire et l’imaginaire collectif y projette ses peurs et ses préjugés. La mer est donc la porte mal fermée de notre histoire, le lieu par lequel sont venus les Ottomans, les Français, les Vandales, les Espagnols et tous ceux qui manquaient de terres ou d’argent.
La mer reste associée à la peur, l’invasion, la nudité des vaincus, l’exposition, le malaise et la mort, la perte de l’identité et des valeurs. La mer, c’est le lieu de bataille des islamistes contre le corps, l’endroit où on perd le corps par la mort, mais aussi le seul moyen de vaincre la mort quand on n’a pas de visa. Lieu de chaloupes, frontière, mur horizontal.
On a été pirates vainqueurs, on n’en garde que le souvenir d’une défaite. La baie d’Alger d’ailleurs n’existe que vue de face, par l’arrivant. Mais la baie d’Alger est un lieu “pied-noir” pour les Algériens, le point de vue de l’immigré, un visage que l’on ne peut voir de face. Ceux qui habitent Alger ne la voient jamais, cette baie, que dans le langage ébloui des étrangers.
Autre lieu de notre géographie mentale, la montagne. Lieu du fantasme de l’authenticité, du “vrai”, point de départ de la généalogie. Quand la mer nous a envahis, il ne nous restait du pays que ses montagnes : lieu de refuge, mais aussi lieu de l’identité. La montagne, c’est la révolte, le maquis, la guerre, la résistance. Une casbah d’arbres, de grottes et de broussailles. On n’y va presque jamais pour escalader, mais pour se défendre. Pas pour respirer, mais parce qu’on est en colère ou attaqué. La montagne, c’est le manteau de la colère.
Et d’autres lieux ? La plaine. C’est la terre des trahisons lentes. Y vivent les vaincus, les déracinés, ceux qui n’ont plus d’armes ni de racines. La plaine, c’est un peu la ville, l’histoire de nos défaites, le lieu où on ne fait plus la guerre, mais les morts. La plaine, c’est un peu le village mais déjà la ville et ses perditions. La plaine, c’est la terre du pouvoir du moment. Toute la plaine va d’ailleurs vers la ville.

Et la ville ? C’est là où personne n’a une véritable adresse. La ville, c’est le lieu des vainqueurs ou du butin. On veut y aller, mais on ne l’aime pas. On s’en réclame, mais pour se réclamer d’un village des origines. On y habite, mais elle n’est jamais à nous. Les villes algériennes, au Nord, sont l’œuvre du vainqueur, sa trace sur nos peaux tannées. Le mauvais tatouage de notre histoire. Alors, on rêvera toujours de construire une nouvelle capitale, on se réclamera des quartiers mais pas de la totalité, et on attend que les centres villes tombent en ruine pour déplacer la ville. La ville est désirée, mais insultée. C’est là que l’on apprend à lire et écrire, c’est-à-dire à trahir. La ville est la liberté et la liberté, c’est la perte de la tribu, des femmes et des terres. La ville, un puits. Une impasse et une angoisse.
Le Sahara est aussi une topographie de nos imaginaires. Du fantasme de celui qui croit retrouver une origine plus vaste que la sienne. Un lieu où l’on respire, dans un pays qui n’a qu’un seul poumon. Mais le Sud est un pays vu de dos, une immobilité saluée comme une authenticité, un folklore que l’on veut figer, le plus grand selfie de l’Algérien du Nord. La réalité et différente car le Sud est invisible.
Même Abdelkader le Malien est un Tlemcénien blanc. Et être Noir algérien, c’est être une dune avec un sourire, un dromadaire avec un imzad, un Mali sans Malien, une route pour le lait en poudre et l’âme en cendres.
La liste peut être longue. On peut citer la route, par exemple : quand elle n’arrive pas chez soi, on la réclame, mais dès qu’elle est là, on la coupe.
C’est une histoire d’amour/haine avec le pouvoir, romain ou autre. La frontière aussi : lieu où les martyrs filtrent le passage des vivants, le plus grand bijou en or de l'Algérie fantasmée, seconde épouse du militaire et du contrebandier.
On peut citer la “villa” : lieu du véritable pouvoir, contraire du palais, lieu des complots des deys d’autrefois et d’aujourd’hui. On peut continuer. C’est comme une archéologie d’amateur, la coupe verticale dans le corps d’un Algérien assis, une enquête sur nos imaginaires. Avis aux amateurs, comme l’auteur de ces lignes.
La villa Abd-el-Tif, par Albert Brado (1894-1964)

2 commentaires:

  1. BOURGUIBA, L'HOMME POLITIQUE VISIONNAIRE !

    Pour sortir de la colonisation anglaise ou française, certains leaders "arabo-musulmans" ont choisi de rallier les forces de l'Axe, persuadés que l'ennemi de leur ennemi, sera leur ami.

    Ainsi le palestinien Mohammed Amin al-Husseini, Grand Mufti d'al Qods; tout comme comme Reza Shah d’Iran, se sont rapprochés de Hitler pour se débarrasser du colonisateur anglais !

    Beaucoup de tunisiens lors de la 2éme guerre mondiale, ont cru le moment venu pour se débarrasser de la colonisation française, et appelaient à rejoindre Hitler !

    Bourguiba s'est opposé à cet appel en expliquant que le régime nazi sera pire encore pour la Tunisie !

    Il a choisi de poursuivre son combat pour la libération de la Tunisie, en luttant contre une France qu'il connaît bien et dont il s'est nourri de sa culture et appréciait ses Lumières.

    Et l’Histoire a donné raison à Bourguiba et tort aux autres !!

    C'est là qu'on voit les grands hommes cultivés et férus d'Histoire, qui n'ont pas de complexe avec leur histoire et savent la dépasser pour faire progresser le peuple Tunisien !

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  2. JE VIVAIS DANS UN PAYS ...

    Nassim Messaoudi :

    Je vivais dans un pays où il est plus grave de perdre sa virginité que de perdre la vie.

    Je vivais dans un pays où l'achat d'un test de grossesse est plus scandaleux que l'achat de voix durant les élections.

    Je vivais dans un pays où il est plus facile de regarder une gamine de trois ans fouiller dans les poubelles que de regarder un couple s'embrasser.

    Je vivais dans un pays où il est plus choquant de voir quelqu'un siroter un verre de vin que de voir quelqu'un qui se fait lyncher en plein place publique.

    Je vivais dans un pays où il est plus facile de changer de peuple que de changer de président.

    Je vivais dans un pays où il est plus facile de parler une langue étrangère que de parler la langue authentique du pays.

    Je vivais dans un pays où il est plus grave de quitter une religion que de quitter l'école ...

    Je vivais dans un pays d'hypocrites et de pervers.

    Je vivais dans un pays où la culture s'arrête à la première syllabe du mot.

    Je vivais dans un pays qui n'est pas le mien.

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