vendredi 26 juin 2015

Lettre ouverte aux familles des victimes de l'attentat de Sousse

Un attentat de plus ! Cela doit rappeler leur jeunesse à Ghannouchi et Jebali qui ont commis les attentats de Sousse, Monastir, Tunis ... quand ils terrorisaient les tunisiens dans les années 70 !
Ghannouchi peut être fiers et émus que ses "enfants" porteurs d'une nouvelle culture, comme il dit, pour narguer les tunisiens ... aient réussi leur coup !!
R.B

Ce soir, je ne dors pas. 
Je ne crois pas qu'il existe un tunisien qui dort au moment où je vous écris.

Tout d'abord, je tiens à vous adresser en tant que citoyenne tunisienne mes condoléances. Jamais je n'aurais pensé écrire une lettre de condoléances à des gens que je n'ai jamais connus. Même si on ne s'est jamais croisés, je sens que je vous ai toujours connus. 

Vos parents ont répondu à notre appel et sont revenus malgré tout chez nous, alors qu'on n'y croyait plus depuis l'attentat du Bardo. Ils étaient là, ils sont venus au rendez-vous. Mais on n'a pas su les protéger.

Je vous écris avec les larmes aux yeux. Je n'arrête pas de penser à ce que vos parents courageux ont pu vivre. Je n'ose pas imaginer qu'il y avait des enfants qui ont vu leurs parents mourir sous leurs yeux, alors qu'ils sont venus en vacances ensembles, et qu'ils soient devenus orphelins. 

Ils ont voulu soutenir notre économie en choisissant notre pays comme destination pour leurs vacances, mais les terroristes ont le bras long. 
Ils ont donné leur vie. Je ne sais pas si on la mérite, car on n'a pas su les protéger ni assurer leur sécurité. 

Je ne sais pas s'il y aura des mesures sécuritaires sérieuses dorénavant, mais pour le moment votre vie coûte plus que toute autre chose.
Je ne sais pas si je dois appeler encore en tant que tunisienne à ce que les touristes nous soutiennent encore. J'aurai honte maintenant de le faire. 
Je n'y pense pas et je ne le ferai pas. Peut être d'autres tunisiens le feront, mais pas moi. 

Chères familles des touristes qu'on n'a pas sus protéger,
Ne croyez pas qu'on est tous des terroristes potentiels. 
On se bat tous les jours pour la Tunisie, pour la liberté et pour la laïcité.
Vos parents étaient des soldats venus nous soutenir dans notre combat. 
Ils sont morts pour notre liberté. 
Ils sont des martyrs de notre liberté aux côtés des martyrs de notre révolution. 

Chères familles des touristes tués chez nous et qu'on n'a pas su protéger, 
n'associez pas la Tunisie aux terroristes qui ont pris la vie des êtres qui vous sont chers. 
Tous les morts chez nous depuis le 17 décembre 2010, ne l'auront pas été pour rien si on arrive à rester debout en Tunisie et que notre pays ne tombe pas, car la Tunisie résiste encore grâce à la solidarité et aux soutiens de ceux qui l'aiment comme l'ont aimés vos parents morts chez nous. 

Excusez le peuple tunisien : ses dirigeants n'ont pas su protéger vos parents.

Signé : 
Une Tunisienne qui dit aux terroristes : 
" Vous ne parviendrez jamais à nous isoler du reste du monde " 
" No Pasaran " !


mardi 23 juin 2015

L'islamisme "modéré" : un élu de la République dénonce son parti

Les langues se délient ! 
Un élu socialiste confirme ce que tout le monde sait : La connivence des socialistes avec les Frères musulmans !
D'où leur discours "rassurant" à propos de l'islamisme "modéré" des "Frères", protégés de leur ami l'émir du Qatar, investisseur et gros client de la France !!
R.B  
En octobre 2013, le sénateur Philippe Esnol quitte le Parti socialiste avec fracas. L'ancien maire de Conflans-Sainte-Honorine, désormais inscrit chez les radicaux de gauche, rejoint les propos alarmants de Malek Boutih sur la montée du fondamentalisme religieux et la complicité de certains élus. Philippe Esnol a fait partie du groupe de parlementaires consultés lundi par Bernard Cazeneuve afin de renforcer les moyens de la sécurité face aux nouvelles menaces terroristes. Il livre son expérience sur le terrain. 
Le Point : Malek Boutih a dénoncé ici la connivence entre certains élus locaux et le communautarisme religieux pour des raisons électoralistes. Partagez-vous son constat ?
Philippe Esnol : Malek Boutih a tout à fait raison. J'ai pu le constater notamment à propos du port de la burka. Il y a huit mois, alors que j'étais encore maire de Conflans-Sainte-Honorine (la ville a basculé à droite en mars 2014, NDLR), j'ai reçu la visite du procureur de la République qui m'a confié que des ordres avaient été donnés pour qu'on ferme les yeux sur le port de la burka afin de ne pas reproduire les émeutes qui, à la suite d'un contrôle de police, avaient mis le feu à Trappes à l'été 2013. J'ai interpellé Najat Vallaud-Belkacem au groupe PS sur cette question à l'époque où elle était ministre du Droit des femmes, au moment où l'on examinait la loi sur l'égalité femmes-hommes. L'égalité salariale, très bien, mais la condition des femmes dans les banlieues, quand en parle-t-on ? Ma question ne lui a pas plu. Elle a botté en touche. Avez-vous déjà fait un tour sur un marché à Mantes-la-Jolie ? C'est l'Arabie saoudite ! Une femme non voilée s'y sent mal à l'aise. J'ai été l'un des premiers au PS à défendre, avec Manuel Valls, l'interdiction de la burka. À l'époque, nos camarades socialistes nous traitaient d'"intégristes laïques"...
Le Point : En tant que maire, avez-vous eu à traiter avec les communautés ?
Philippe Esnol : J'ai dû faire face à une pression incessante des communautés religieuses. Quand ce n'est pas sur l'alimentation, on m'a demandé des horaires aménagés à la piscine. Je n'ai jamais voulu céder. Je suis un laïc et d'autant plus à l'aise pour en parler que je me suis battu pour offrir aux musulmans de ma ville un lieu de culte. Les musulmans ont parfaitement le droit d'exercer leur foi en toute quiétude. Mais pas dans la sphère publique ! Or, certains membres de cette communauté débordent constamment de la sphère privée. Et il faut le dire : cette religion n'a aucun recul sur elle-même et aucune capacité à l'autodérision. Ils ne comprennent pas la laïcité. J'en sais quelque chose, l'affaire de la crèche Baby Loup, c'est chez moi !
Le Point : Avez-vous tenté d'alerter les autorités ?
Philippe Esnol : J'ai demandé à voir Jean-Louis Bianco, le président de l'Observatoire de la laïcité. J'ai demandé par de nombreux canaux un rendez-vous. Jean-Louis Bianco (*) n'a jamais voulu me recevoir, et pourtant Françoise Laborde et David Kessler ont intercédé. Rien n'y a fait. Bianco a finalement pondu un rapport qui minimise tous les problèmes. Autre exemple vécu : quand une association salafiste ouvre une école coranique, un maire ne peut pas s'y opposer et le procureur de la République non plus dès lors que l'association a reçu l'accord du rectorat. Donc, nous savons que l'enseignement qui y est proposé tourne le dos aux valeurs de la République, mais nous sommes impuissants. J'ai par ailleurs également dû affronter les foudres des protestants évangéliques.
Le Point : À quel moment ?
Philippe Esnol : Dans ma mairie, une fonctionnaire de cette confession faisait du prosélytisme qui devenait gênant pour ses collègues. Elle était proche de la retraite, je me suis donc contenté de la déplacer, sans conséquence sur son traitement. Vous ne pouvez pas imaginer le nombre d'insultes que j'ai reçues de la part des protestants évangéliques avec des mails qui venaient même du Canada où l'on me traitait d'"éradicateur du protestantisme". Accusation inepte ! J'ai moi-même deux enfants baptisés protestants...
Le Point : François Hollande a tenté, ces jours-ci, d'apaiser les tensions communautaires. Que pensez-vous de son attitude ?
Philippe Esnol : Il a eu raison de rappeler que toutes les religions avaient les mêmes droits et les mêmes devoirs. Et je le redis : il est légitime que les musulmans disposent de lieux de culte décents. Mais quand il ajoute que les musulmans sont les premières victimes du fanatisme, je considère que c'est une faute politique. C'est un aveuglement qui profitera au Front national.
Propos recueillis par 

dimanche 21 juin 2015

L'arabisation : une concession aux islamistes ?

L'arabisation de l'enseignement général en Tunisie comme l'apprentissage de la langue arabe en France déchaînent les débats ... et pour cause !

Ce genre de projet émane souvent des Frères musulmans et de leurs proches !!
Ce fut le cas en Tunisie où chaqu'une des poussée "d'arabisation", était une concession faite par le pouvoir en place aux islamistes, avec souvent la complicité d'un ministre sympathisant ou proche d'eux. 

Le premier à avoir "arabiser" l'enseignement en Tunisie, fut Mohamed Mzali un pan arabiste proche des pan islamistes, les Frères musulmans. Ce qui s'est traduit par des changements de programmes : tel qu'en philosophie où l'on enseignait plutôt "la vision arabo-musulmane de l'homme et du monde" à partir d'auteurs de la "pensée islamique" ... qui ne sont pas philosophes ! 

Alors dés qu'on parle d'arabisation de l'enseignement, ou d'enseigner simplement la langue arabe ... cela devient suspect ! 
Quand on sait l'activisme des Frères musulmans, aussi bien en Tunisie qu'en France ... il y a de quoi s'inquiéter !!
R.B

Florence Aubenas


L’arabe au ban de l’école

Jörn Cambreleng raconte très bien comment il a pris sa première leçon d’arabe, benoîtement, sans le faire exprès. Ça remonte à 2009, sa nomination à Arles comme directeur du ­Collège international des traducteurs littéraires. Là s’organise notamment un concours pour les lycéens de la région en anglais, espagnol, italien, allemand et provençal. Traducteur lui-même, Cambreleng demande : Et l’arabe ? La deuxième langue du pays, parlée par plus de 3 millions de personnes ? Il se renseigne, ne trouve pas beaucoup plus de cours d’arabe dans les écoles alentour que de traducteurs de cette langue en sa maison. Rien d’étonnant : en France, l’éducation nationale en recense 7 600 élèves pour le secondaire, bien moins qu’en chinois (21 000) ou en russe (15 000).
Parler arabe, c’est avant tout parler politique. A l’Assemblée, la place de cette langue dans les programmes scolaires suscite chaque année une pelletée de questions écrites, toujours les mêmes, sur un ton éternellement courroucé : son apprentissage serait un danger pour l’intégrité nationale, un frein à l’intégration, voire un facteur de délinquance ou de communautarisme, débat encore éperonné par l’élection de deux députés FN. «  Une langue suspecte », résume Richard Jacquemond, professeur de littérature arabe moderne à l’université Aix-Marseille. Lui se souvient de cet écrivain libanais invité à Aix en 2002 et qui avait reçu à l’hôtel un fax de son fils en arabe. La police avait débarqué à 6 heures.
Dans l’éducation nationale, « on a vu des scènes terribles, même s’il ne faut pas généraliser », se souvient Bruno Levallois. Des cours d’arabe sont supprimés dans les quartiers populaires. Des chefs d’établissement se saluent d’un joyeux  : « Bonne nouvelle, je ferme l’option arabe. » Dans le Nord, un proviseur décide pourtant d’en ouvrir une. Le prof arrive, un Marocain, agrégé. Ses collègues l’ont chassé, syndicalistes en tête, répétant avec un naturel effrayant  : « S’ils veulent rester chez nous, qu’ils deviennent comme nous. En France, on parle français. » Vers Dijon, un cours est supprimé parce que des « élèves discutent dans leur langue à la récré  ». L’arabe s’est remis à faire peur.
Récemment, l’inspection académique s’est inquiétée qu’aucun enseignement d’arabe n’existe dans le sud de Paris. Sept collèges sont choisis. Sept lettres envoyées. Sept refus en réponse. « Vous voulez m’attirer la racaille  ?, commente un proviseur. Sans compter que j’ai des élèves juifs… Je ne tiens pas à importer l’Intifada. » Il réfléchit.« Au fait, ne me citez pas. »
En fait, « ce n’est pas tant l’arabe qui est méprisé que ceux qui le parlent  », estime Dominique Caubet. Professeure à l’Inalco, elle s’est peu à peu transformée en « militante  », dit-elle. Elle partait d’un constat simple  : parler l’arabe maghrébin chez soi n’aide pas à l’école, où le littéraire est enseigné. « Les profs passent leur temps à corriger les élèves, les plongeant dans une insécurité linguistique. Donc ils prennent la fuite. » Son combat va consister à faire reconnaître l’arabe maghrébin dans l’éducation nationale, au bac d’abord, en épreuve facultative. Elle triomphe en 1999  : 10 111 candidats, quatre fois plus qu’en littéraire. L’option est supprimée l’année suivante. « Première baffe  », enregistre Caubet. Quand le master en arabe maghrébin capote aussi, elle s’investit dans la « société civile  », où le couscous est devenu le plat préféré des Français. Tomber la chemise, de Zebda, rivalise désormais avec La Danse des canards, et « kiffer  » peuple les conversations courantes.
A l’éducation nationale, les rapports s’empilent, le plus fameux restant celui de Jacques Berque, orientaliste au Collège de France, qui voyait en ces enfants de l’immigration « une loupe sur les faiblesses de notre coutume scolaire  : pas un problème technique, mais mental, social. (…) Les traiter en contribuants à notre identité culturelle n’est ni les fondre ni les dissocier en les bloquant sur leurs traits distinctifs. Les assumer n’est pas faire éclater l’école ou notre culture, mais une invitation à remettre en route un imaginaire politique. » 
Le texte a été remis en 1985. Le ministre a changé l’année suivante, son successeur a lui-même commandé un autre rapport, avant d’être…

jeudi 18 juin 2015

Arabisation en Tunisie : la guerre des langues aura-t-elle lieu ?

L'arabisation, c'est l'arbre qui cache la forêt ... 

C'est un faux problème, car c'est tout le système éducatif qui doit être réformé !
Neji Djelloul, ministre de l'éducation nationale,​ serait bien inspiré de ne pas céder au populisme des Frères musulmans et à celui de leurs amis pan-arabistes en mal d’existence depuis le dernier scrutin national !
R.B

Pas encore actée, la réforme de l'enseignement prônée par le ministre tunisien de l'Éducation déchaîne les passions. Mais le débat sur l'arabisation risque de masquer les carences d'un système éducatif à bout de souffle qui fabrique en masse des diplômés-chômeurs.

«Les élèves tunisiens ne sont plus capables de s’exprimer correctement, ni en arabe ni dans les langues étrangères. Je veux renforcer l’apprentissage de l’arabe au cours des trois premières années du cycle primaire et différer l’enseignement des langues étrangères [le français et l’anglais] en quatrième année. Et cela afin de renforcer et de consolider l’enracinement de l'identité arabo-musulmane. Je soumettrai cette proposition au dialogue national sur l’éducation. » 

Ces quelques phrases bien senties, prononcées au détour d’une interview télévisée par Néji Jelloul, le ministre de l’Éducation (Nidaa Tounes), ont suffi à réveiller les feux mal éteints de la querelle linguistique. Bronca dans les milieux intellectuels francophones, qui crient au populisme et à la compromission avec les islamo-conservateurs. Étonnement dans les milieux économiques, où le français est resté la langue des affaires, qui considèrent le multilinguisme comme un atout dans la compétition internationale. La question est sensible. Ennahdha, du temps où elle était au pouvoir, s’était abstenue de la soulever tant elle savait les résistances que cela pourrait susciter.
Mohamed Mzali, Premier ministre au début des années 1980, et Mohamed Charfi, ministre de l’Éducation de Ben Ali au début des années 1990, avaient l’un et l’autre, et pour des raisons différentes, renforcé la place de la langue arabe dans l’enseignement, à l’école et dans le supérieur. Mais leurs gouvernements s’étaient bien gardés de déconstruire entièrement l’édifice scolaire façonné au lendemain de l’indépendance par Mahmoud Messadi, avec l’assentiment de Habib Bourguiba. Inspiré du modèle sadikien (du nom du collège Sadiki, créé en 1875 par le réformateur Kheireddine), il reposait sur un cursus bilingue dès la troisième année, accordant une large place aux sciences et à la technologie. L’usage du français devait donner aux élèves l’opportunité d’accéder à un corpus de connaissances moderne dont il n’existait pas l’équivalent en arabe. 
Les données du problème n’ont pas radicalement changé. « Il s’édite plus de livres en Grèce que dans l’ensemble du monde arabe, note Hassen Zargouni, directeur de l’institut de sondages Sigma Conseil. La production scientifique en langue arabe reste très faible, et peu de livres sont traduits en arabe. Sur la Toile, l’arabe, malgré ses 300 millions de locuteurs, pèse peu, avec 1,68 % des pages rédigées, au 12e rang, juste après le néerlandais [1,75 %, mais parlé par seulement 24 millions de personnes]. »
Confusion des langues
Néji Jelloul fait-il donc fausse route ? La Tunisie, qui avait su tant bien que mal y résister, va-t-elle succomber aux sirènes de l’idéologie pour imiter, avec trente ans de retard, l'exemple algérien, unanimement jugé désastreux ? « Ce n’est certainement pas un pyromane, tempère Oussema Abbes, juriste et étudiant en relations internationales au Royal Holloway College de l’université de Londres, qui l’a côtoyé quand il militait encore au Parti démocrate progressiste (PDP). Il met le doigt sur un vrai problème : la dégradation du niveau linguistique des élèves et la déconsidération de la langue arabe. Son objectif légitime est de la renforcer, il n’a jamais parlé de supprimer les langues étrangères. » Le ministre ne compte pas que des détracteurs. La Constitution est de son côté. L’article 39, relatif à l’enseignement, exhorte l’État à « consolider l’identité arabo-musulmane et l’appartenance nationale, renforcer la langue arabe, la promouvoir et généraliser son usage ». Les termes du débat sont fréquemment faussés par l’hypocrisie des uns (les francophones, inquiets pour leurs privilèges) et les ressentiments des autres.
La question se pose néanmoins de savoir si la confusion des langues, et la diglossie qu’elle engendre, est ou non à l’origine des difficultés d’apprentissage des élèves, notamment dans les matières scientifiques, enseignées en arabe jusqu’à la fin du collège, et en français au lycée et à l’université. La Tunisie a régressé de trois places au classement international Pisa de l’OCDE, entre 2009 et 2013, passant de la 56e à la 59e position (sur 65). L’enquête, réputée pour son sérieux, a mis en évidence des faiblesses criantes dans les domaines des langues et des mathématiques. « Objectivement, le français apparaît comme un accélérateur des inégalités sociales et les conforte au lieu de les réduire, observe Oussema Abbes. Il accroît les difficultés de compréhension des élèves des milieux populaires, qui ne sont plus familiarisés avec cette langue, contrairement à ceux de l’élite. » Mais est-ce la faute de la langue ou celle de l’enseignement ?

« Tout est à revoir »
Pour le mathématicien Mohamed Jaoua, 63 ans, créateur et ancien directeur de l’École polytechnique de Tunis, la faute incombe d’abord au système éducatif, qui a pris l’eau de toutes parts, à l’école comme à l’université. « Le débat sur la langue est une diversion. Les Tunisiens ont été bilingues quand l’école était de qualité et quand les enseignants prenaient leur métier à cœur. Leur niveau, en arabe comme en français, s’est effondré avec l’effondrement de l’école. Tout est à revoir. » 

La « massification » de l’enseignement, qui s’est opérée dans les années 1990 et qui permet aujourd’hui à la Tunisie de compter près de 400 000 étudiants sur une population de 11 millions d’habitants, est-elle en cause ? « Le retour au malthusianisme scolaire n’est pas une option, prévient Jaoua. On ne peut pas faire comme si l’immense effort de scolarisation consenti par le pays depuis l’indépendance n’avait pas produit une hausse significative du niveau moyen d’éducation, même si celle-ci s’est accompagnée de la baisse du niveau individuel. On ne peut pas revenir à l’école élitiste que j’ai moi-même connue, qui était accessible à une minorité tandis que la majorité était confinée à l’apprentissage manuel. »
Une chose est sûre : en dépit d’un effort budgétaire soutenu – 7 % du PIB consacré à l’éducation -, les performances du système d’enseignement ne cessent de se dégrader. Les indicateurs, alarmants, montrent que le système est gangrené à la base et au sommet. À la base de la pyramide : 120 000 élèves « décrochent » chaque année et quittent l’école sans aucun diplôme. Au sommet : l’université s’est transformée en une gigantesque machine à produire des diplômés-chômeurs. Le taux de chômage de ces derniers atteignait, en 2013, 31,4 % (40,8 % des diplômées et 21,2 % des diplômés). Aucune université tunisienne ne figure dans le « top 500 » des universités mondiales, même si quelques pôles d’excellence subsistent (facultés de médecine, certains instituts technologiques et écoles d’ingénieur).
Plus inquiétant : à en croire une enquête de l’Organisation internationale du travail (OIT) parue en 2013, le nombre d’enseignants titulaires a doublé et le nombre d’élèves par classe a diminué de 25 % entre 2002 et 2012. Ce qui laisse à penser que le problème se situe peut-être non pas au niveau de l’exigence linguistique, mais de l’excellence pédagogique. Une vérité pas forcément bonne à dire pour un ministre mis en difficulté, d’entrée, par une grève dure des enseignants, et qui a été obligé de capituler sur le front des revendications salariales. Pas sûr que l’arabisation renforcée du primaire soit la panacée. Au contraire, disent certains de ses détracteurs : elle pourrait stimuler l’exode des élèves issus des familles les plus aisées vers l’enseignement privé, au bilinguisme décomplexé, ou vers les écoles de la mission française, et consacrer définitivement un enseignement à deux vitesses. Les acteurs du dialogue national sur l’éducation ont du pain sur la planche s’ils veulent rectifier le tir.

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NIDAA TOUNES : TROIS ANS APRES ... DOIT MIEUX FAIRE !

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Article paru dans :

Au moment où Nidaa Tounes fête ses trois ans d'existence on peut, hélas, se livrer à quelques réflexion amères. Ce parti à son lancement, fut une bouée de sauvetage pour des millions de tunisiens inquiets de la régression de la Tunisie par une troïka à l'amateurisme affligeant, revancharde qui ne pensait qu'à déconstruire ce que les tunisiens ont bâti patiemment depuis l'indépendance; et déboussolés dans la masse de partis qu'on leur propose (115 partis légalisés!), la plus part antinationalistes, mus par des idéologies aussi farfelues que dangereuses, visant souvent la remise en question des acquis de la Tunisie moderne. 

Ce parti à été une machine très efficace pour la conquête du pouvoir mais il a, ensuite, plus que déçu. La déception des sympathisants est à la hauteur de l'espoir que Béji Caïd Essesi a suscité chez eux et que nous étions des milliers à avoir vécu lors du baptême de Nidaa Tounes au grand meeting historique de Monastir ! 

D'abord pour avoir admis "une démocratie au rabais" voulue par les EU & l'UE; et confirmée par Mohsen Marzouk qui demande aux tunisiens un "moratoire" pour accéder à la réelle démocratie, comme il leur demande d'admettre un régime consensuelle avec les Frères musulmans ... d'au moins 10 ans ! Vidant le vote démocratique de tout son sens, puis-qu’élections ou pas, le pouvoir sera partagé par les deux partis aux projets diamétralement opposé !
Pourtant l'impuissance politique et la régression étaient prévisibles suite à l'union contre nature de Nidaa Tounes avec les Frères musulmans d'Ennahdha !

A-t-on voté et donné une majorité, certes relative, à Nidaa Tounes pour assister à ce que nous voyons aujourd'hui; et qui est, pour la plupart de ceux qui ont voté Nidaa, totalement inacceptable ? 

Depuis l'installation du gouvernement Habib Essid, les tunisiens peinent à voir certaines de leurs aspirations se concrétiser; et dont beaucoup ne comprennent pas sa ligne de conduite par manque de clarté, n'ayant aucun grand projet structurant pour favoriser l'adhésion des Tunisiens.

Par ailleurs, des lignes rouges viennent d'être franchies et les réactions du gouvernement ne sont absolument pas à la hauteur.

Comment peut-on laisser Hezb Ettahrir (parti de la libération) tenir un congrès dans lequel il appelle clairement à lutter contre la constitution, reniant en vrac tout : la démocratie, l'Etat, ses institutions, la République et ses symboles, son drapeau, son hymne national, la Nation tunisienne et tous ses acquis ... et réclamant la restauration du Califat et de la chariaa ? 
Or la réaction du gouvernement consiste, semble-t-il, en un simple rappel à l'ordre !
De qui se moque-t-on ? 

Ce parti dont on sait clairement qu'il n'accepte la démocratie que provisoirement, le temps pour lui de se faire une place sur l'échiquier politique, affirme que cette notion "occidentale", sera balayée s'il accédait au pouvoir. 
Ce parti n'aurait jamais du être autorisé. S'il l'a été, c'est suite à un tour de passe passe entre Tartour alias Mocef Marzougui ex président provisoire et Hammadi Jebali ex premier ministre provisoire, ce dernier espérant s'en faire un allié.  
Maintenant la seule solution, si l'on veut éviter que le poison ne se propage, c'est de l'interdire purement et simplement comme une pétition y appelle.

Deuxième ligne rouge franchie et qui conduit à une situation intolérable, c'est l'interdiction ou plus exactement la censure des causeries religieuses de Youssef Seddik à la radio nationale, qui dans les circonstances tumultueuses ou tout est remis en cause par ceux qui prônent "l'obscurantisme sacré"et prétendent tout connaître, donnent une  lecture de la "sunna" et du Coran à la lumière des faits historiques, privant les tunisiens de la grande érudition de cet homme !
Pourtant aussi bien la radio nationale que les chaînes de TV nationales n'hésitent pas à propager l'obscurantisme et leurs pendants que sont le charlatanisme et la sorcellerie !

Quand on ajoute la volonté d'arabiser un peu plus l'enseignement; ne voit-on pas que bien qu'ayant voté pour un certain type de société et de progrès, le gouvernement met en place tout ce qui va vers une société rétrograde conforme aux vœux des islamistes qu'il a associé au pouvoir.

Pas étonnant que des intellectuels à l'esprit libre et non partisan, comme Olfa Youssef, se désolidarise de Nidaa Tounes et que d'autres tirent la sonnette d'alarme !

Il faut que la société se réveille et dise clairement à Nidaa Tounes qu'en prêtant la main à cette évolution néfaste, ce parti viole ses promesses; et que quelques soient les circonstances ou les pressions d'où qu'elles viennent, ses électeurs sont en droit de lui demander des comptes.

Rachid Barnat

mardi 16 juin 2015

Quand Charles André Julien dénonçait l'hypocrisie des pan-islamistes !

" On prône la culture arabe, mais on se bat aux portes de la Mission pour obtenir des places dans des établissements français " ! Dénonçait déjà Charles André Julien l'hypocrisie des dirigeants marocains qui réservent pour leurs rejetons le système scolaire français... délaissant les écoles marocaines arabisantes au petit peuple !

L'attitude du ministre de l'Education nationale marocain à l'égard de Charles André Julien est choquante et traduit son malaise (ou son complexe ?) vis à vis de la culture française, dont il est le produit mais qu'il veut neutraliser par l'arabisation du système scolaire qu'il réserve au petit peuple !  

Cela ne vous rappelle-t-il pas une démarche similaire des décideurs tunisiens et plus particulièrement celle des pan islamistes et leur pendants pan-arabistes, adeptes de l'arabisation de l'Education Nationale qui projettent de remettre en question la double culture voulue par Bourguiba... mais qui préfèrent envoyer leurs rejetons dans les écoles privées fonctionnant sur le model français; pour leur permettre d'intégrer les grandes écoles occidentales aussi bien en France que dans les pays anglo-saxons !

Quel populisme et quelle hypocrisie !!

R.B


Et si l’état actuel de l’éducation au Maroc était tout à fait prévisible depuis 50 ans ? 
Et si l’état catastrophique était prémédité par une élite bien établie qui souhaitait continuer à avoir la mainmise sur le Maroc ? 
C’est que laisse entendre cette lettre envoyée par Charles-André Julien, éminent historien français spécialiste du Maghreb. 
Au lendemain de l’indépendance, il fut invité par Mohammed V à fonder l’Université marocaine, et fut à cet effet nommé premier doyen de la Faculté des Lettres à Rabat.
Cette lettre a été adressée à M. Bennani, Directeur du Protocole de Mohammed V.

Paris 1 Novembre 1960

Cher ami,
Depuis hier 31 Octobre, j’ai cessé d’être officiellement doyen de la Faculté des Lettres de Rabat. Je puis désormais m’exprimer en toute liberté.

J’ai été appelé par Sa Majesté à contribuer à resserrer les liens culturels entre l’Occident et l’Orient. Je l’ai fait de mon mieux. J’ai créé de toutes pièces une Faculté qui a acquis un solide renom, et qui eut pu devenir le centre culturel le plus important de l’Afrique musulmane et un centre d’attraction pour les Africains francophones. J’ai toujours été partisan de l’arabisation, mais de l’arabisation par le haut. Je crains que celle que l’on pratique dans la conjoncture présente ne fasse du Maroc en peu d’années un pays intellectuellement sous développé. Si les responsables ne s’en rendaient pas compte, on n’assisterait pas à ce fait paradoxal que pas un fonctionnaire, sans parler des hauts dignitaires et même des Oulémas, n’envoie ses enfants dans des écoles marocaines. On prône la culture arabe, mais on se bat aux portes de la Mission pour obtenir des places dans des établissements français. Le résultat apparaîtra d’ici peu d’années, il y aura au Maroc deux classes sociales : celle des privilégiés qui auront bénéficié d’une culture occidentale donnée avec éclat et grâce ä laquelle ils occuperont les postes de commande et celle de la masse cantonnée dans les études d’arabe médiocrement organisées dans les conditions actuelles et qui les cantonneront dans les cadres subalternes. Avec de la patience et de la méthode on eut pu aboutir à un tout autre résultat, qui permettrait de donner à tous les enfants des chances égales d’avenir.

Le Ministère de l’Education Nationale ne parait pas répondre aux services qu’on attend de lui. On ne saurait dire que l’ordre et la compétence y triomphent, cependant que les éléments marocains les plus valables et soucieux de l’avenir de leur pays sont attaqués dans l’Istiqlal. Les dossiers importants sont parfois partagés entre trois services sans que le cabinet laisse jouer au Secrétariat général son rôle normal de coordination. Le Ministre ne semble pas désirer les contacts. A part la visite de courtoisie que j’ai pu faire après ma nomination, je n’ai jamais eu l’occasion de m’entretenir avec lui. Le Directeur de l’Enseignement supérieur, dont dépend la Faculté, ne répond généralement pas aux lettres. Les mesures les plus importantes sont improvisées, et il m’est arrivé de les apprendre par leur publication au journal officiel sans que j’aie été consulté. C’est ainsi qu’à la mi-octobre 1960, on a décidé en quelques heures de créer une propédeutique et des certificats de licence marocaine de langue française, sans que les programmes aient été au préalable étudiés et que les incidences de ces initiatives aient été mesurées. J’ai appris ces décisions en prenant connaissance de textes polycopiés déposés sur le bureau de ma secrétaire. Il est impossible de faire un travail efficace avec une technique si contraire à la bonne administration. S’il est un domaine en effet où l’improvisation a des conséquences redoutables pour l’avenir, c’est Enseignement. On ne semble pas s’en douter.

Sa Majesté m’a appelé à Rabat pour promouvoir la culture marocaine, et non pour être complice de sa ruine. Je me suis donc retiré, laissant à d’autres les responsabilités d’une politique universitaire qui me parait imprudente et vouée à l’échec. Je répète que le Maroc est totalement libre de choisir la politique culturelle qui lui semble la meilleure, mais c’est à des Marocains qu’il doit en confier l’application. C’est pour cela que j’ai sollicité du Ministre mon remplacement par un doyen marocain. 
Un autre point me parait grave quoique d’un autre ordre, c’est celui de la situation faite aux fonctionnaires français qui sont en place, telle que j’ai pu l’apprécier par ma propre expérience. Que le Maroc les remplace par des nationaux, cela est tout à fait normal, mais qu’il ne leur témoigne pas des égards auxquels ils ont droit, cela me parait difficile à admettre. Depuis trois ans, j’ai consacré la majeure partie de mon temps au Maroc sans autre rémunération que le remboursement partiel de mes frais. Je l’ai fait volontiers, mais que l’on m’ait placé à plusieurs reprises devant le fait accompli alors que j’avais la responsabilité de la marche de la Faculté, cela ne saurait être admis par un homme conscient de sa dignité. Faire toutes les besognes officielles, et être tenu à l’écart des décisions fondamentales, c’est pour un doyen une position morale qu’il lui est impossible de supporter. Quand par exemple, le Recteur organise un banquet en l’honneur de son collègue de l’Université de Paris, le Professeur Debré, et qu’il y invite mon adjoint M. Ben Bachir sans m’y convier moi même, bien qu’il sache ma présence à Rabat, il pratique une ségrégation regrettable qui m’oblige à me souvenir que le soir de la Celle Saint-Cloud, j’étais l’hôte de Sa Majesté au premier dîner en l’honneur du Maroc indépendant. Je puis mesurer par ce seul fait les changements qui se sont produits depuis cinq ans.

A la cérémonie émouvante qui a marqué mon départ, et à laquelle assistaient de nombreux marocains et français, j’ai été salué par un professeur, fonctionnaire du rectorat, et par le vice-doyen de la faculté. Le ministre n’était pas présent, et pas d’avantage le directeur de l’enseignement supérieur. Ce sont les Marocains qui ont éprouvé le plus de gène. Si j’ai reçu une lettre très aimable du recteur, le ministre n’a pas cru devoir me témoigner la reconnaissance du Maroc, soit en m’écrivant, soit en me recevant. Par contre, l’ambassadeur de France et le conseiller de la Mission culturelle dont je ne dépendais en aucune mesure et qui ont toujours strictement respecté l’autonomie de la Faculté, m’ont réservé à plusieurs reprises le meilleur accueil. Je me serais abstenu de signaler l’attitude à mon égard du Ministre de l’Education Nationale si elle n’avait entraîné des conséquences sur lesquelles je vous serais obligé de bien vouloir attirer l’attention de Sa Majesté. Depuis le 10 mai dernier (2), date à laquelle j’ai donné ma démission, j’ai écrit à plusieurs reprises au Ministre pour l’informer de la situation. II n’a pas jugé utile de m’accorder un entretien. Avant de retourner au Maroc, je l’ai informé que je serais à Rabat, pour un dernier séjour, à partir du 13 Octobre et que je me tiendrais à sa disposition. J’avais l’intention de le prier de solliciter pour moi une audience de sa Majesté. Fonctionnaire chérifien, je devais en tant que français donner l’exemple du respect de la voie hiérarchique qui s’impose à tous. M’adresser directement au Palais, sans passer par l’intermédiaire de mon ministre eut manqué aux règles les plus impératives de l’Administration. Mon Ministre ne me convoquait pas, j’ai été mis dans l’impossibilité à mon grand regret de présenter à Sa Majesté mes remerciements pour la confiance qu’elle m’a toujours témoignée.

Croyez mon ami à mes souvenirs les meilleurs.
Charles André Julien, professeur à la Sorbonne ».


Le point géopolitique sur le chaos qui menace la Tunisie

Vous avez dit "printemps arabe" ?
C'est plutôt le déséquilibre de l’impuissance : personne n’est assez fort pour s’imposer mais tous sont assez forts pour se nuire !
Telle est la situation de la Tunisie coincée entre la Libye et l'Algérie ...
R.B
Géopoliticien et prospectiviste, spécialiste du Maghreb et du Sahel
Directeur de Global Prospect Intelligence

Nouvelles menaces géopolitiques: Tunisiens, réveillez-vous!

Suite à la visite du président Béji Caïd Essebsi aux Etats-Unis, la Tunisie accède au statut d’allié majeur hors OTAN. Ce statut, répondant  à la nécessité inédite et absolue pour la Tunisie d’une garantie de sécurité dans un voisinage hostile, met en alerte les pays de la région sur une plus grande pénétration des puissances de l’OTAN sous des masques détournés et d’une emprise de plus en plus profonde de l’OTAN dans le théâtre nord-africain. L’ancrage démocratique de la Tunisie et la configuration inédite depuis l’indépendance du pays de son voisinage géopolitique la plaçant dans une situation de grande vulnérabilité dictent cette alliance dépassant la dimension purement sécuritaire et militaire. En effet, en l’absence d’un système de sécurité collective à l’échelle maghrébine contrarié par l’Algérie, Tunis n’a d’autre choix que de se tourner vers un parapluie ou bouclier géopolitique occidental d’essence politique et sécuritaire suffisamment convainquant et dissuasif (OTAN et élargir aux 5 pays de l’arc latin du dialogue 5+5 Défense).
Depuis 4 ans, la Tunisie a marqué une percée décisive matérialisée par l’adoption d’une constitution consensuelle et la tenue d’élections démocratiques avant la fin de l’année 2014. Encore fragiles sur le plan intérieur, ces acquis sont directement menacés par un environnement géopolitique en restructuration amplifiant les vulnérabilités intérieures.
Une double dynamique représente un risque majeur relativement au processus de transition:
  • Le voisinage maghrébo-sahélien, durablement déstabilisé, projette un large spectre de menaces susceptibles d’amplifier les risques menaçant le processus démocratique tunisien : fragmentation du Maghreb, percée de l’islamisme radical et du jihadisme, éclatement d’un foyer d’instabilité durable au Sahel menaçant la stabilité et la sécurité des pays du Maghreb sur le long terme, profonde déstabilisation de la Libye déstructurant l’Etat et érigeant le pays en épicentre de la menace terroriste et criminelle, dissémination et prolifération des armes légères et lourdes aux frontières, poussée de fièvre en Algérie marquée par de profondes tensions sociales sur fond de luttes intestines quant à la succession du président Bouteflika, course à l’armement initiée par l’Algérie depuis 2006, enracinement du crime organisé transnational et généralisation de l’économie informelle, gel du Grand Maghreb aggravant sa dépendance économique et stratégique, fragilités économiques et probable reconfiguration géopolitique de l’Europe et balkanisation en cours de la scène moyen-orientale, constituent autant de défis cruciaux pour la Tunisie aspirant à consolider son ancrage démocratique;
  • L’ancrage en Tunisie de la première société arabe démocratique propulserait le pays au rang d’Etat pivot dans la géopolitique du Maghreb et du monde arabe. L’accession à la communauté des Etats démocratiques lui conférerait une responsabilité nouvelle tout en l’exposant à des stratégies malveillantes d’acteurs étatiques et non-étatiques régionaux et internationaux hostiles à la réussite de la transition démocratique. En effet, la naissance et les progrès de la Révolution tunisienne, certes soutenus par les grands acteurs internationaux, s’inscrivent dans un environnement arabe et islamique hostile. Le succès de la transition démocratique ne peut être réalisé isolément : ce processus est au croisement des stratégies nuancées et différenciées des grandes puissances et de l’hostilité de l’environnement immédiat arabe et islamique. A titre illustratif, l’avènement d’un régime militaire en Libye, confortant les orientations égyptiennes et algériennes, placerait la Tunisie au sein d’un voisinage maghrébin marqué par l’enracinement de la contre-révolution tandis que le destin de la Syrie, du Yémen et des autres expériences velléitaires reste indécis. La gestion complexe de cette double dialectique amplifie les menaces pesant sur le processus démocratique tunisien. L’issue de la transition tunisienne dépasse ainsi la seule Tunisie : le ciblage de la Tunisie par la sphère arabe et islamique conditionnera le présent et l’avenir de la transition démocratique.
L’analyse et la compréhension des dynamiques géopolitiques qui animent le voisinage de la Tunisie – le théâtre maghrébo-sahélien – s’érigent en impératif de bonne gouvernance. Elles nous prémunissent contre les menaces susceptibles d’enrayer la transition démocratique et la réforme de l’Etat.

L’abcès libyen (le chaos libyen)

La Libye s’érige en foyer terroriste doublé d’un sanctuaire pour les commandos qui menacent ouvertement la sécurité du Maghreb et du Sahel, notamment la Tunisie voisine.Suite à l’opération militaire française Serval au Mali, la problématique terroriste n’a été que déplacée, ouvrant la voie à une restructuration de la région pour une longue période d’instabilité. Du reste, la polarisation Sahel-Libye donne de la résonance aux forces centrifuges travaillant l’Etat libyen. La Cyrénaïque, riche de ses ressources énergétiques, pourrait basculer vers l'Égypte, ouvrant une brèche dans la géopolitique régionale. Parallèlement, les puits pétroliers ont créé de nouvelles territorialités tribales nourrissant les convoitises et les divisions ancrées dans l’histoire et gelées durant la période Kadhafi. Comme le souligne Patrick haimzadeh, « suite à la révolution, aucun ordre sociologique stable ni à plus forte raison aucun Etat n’a pu émerger. Cela tient au retour en force des identités primaires façonnées et définies par les appartenances locales et les particularismes propres à chaque groupe ou sous-groupe, ethnique ou tribal. Comment réunir de nouveau ce qui a ainsi explosé et métastasé ? » .

Le drame libyen n’est pas terminé. Aujourd’hui, à l’image de l’Irak, la Libye, scindée en trois entités elles-mêmes fracturées et divisées, mène une lutte acharnée pour maintenir son unité. Le pays traverse une situation de guerres régionales, tribales, claniques, religieuses et mafieuses nourrissant l’instabilité régionale et l’exposant à un risque de somalisation. Ces clivages, régionaux, tribaux, religieux, politiques, économiques, etc. sont perméables et propices à l’émergence en Libye, comme le souligne Florence Gaub, « d’une situation dite de déséquilibre de l’impuissance : personne n’est assez fort pour s’imposer mais tous sont assez forts pour se nuire ». La problématique libyenne pourrait ainsi être résumée en ces termes : comment organiser une cohabitation entre le centre et les périphéries, c’est-à-dire comment articuler la répartition du pouvoir politique et des richesses pétrolières et gazières à un niveau local tout en conservant un pouvoir central doté d’un minimum de prérogatives régaliennes ?

A la date du 5 juin 2015, deux parlements et deux gouvernements s’affrontent, chacun revendiquant la légitimité du pouvoir tout en mobilisant ses troupes : cet acte signe la décomposition de l’appareil d’Etat libyen livrant de facto le contrôle du pays aux différents groupes armés. La Libye n’existe plus en tant qu’Etat au sens occidental. L’exacerbation des tensions et des conflits entre milices visant à s’assurer le contrôle des richesses du pays, des trafics et du pouvoir politique sur fond de sécessionnisme et de montée en puissance des islamistes radicaux et du terrorisme menace durablement l’unité de la Libye et la stabilité de la Tunisie, notamment des régions frontalières aux équilibres ethniques et sécuritaires fragiles. Soutiens divers de groupes terroristes libyens ou réfugiés en territoire libyen à des mouvements radicaux tunisiens, base de repli, d’entraînement et d’organisation pour des groupes terroristes tunisiens, infiltration d’éléments terroristes, d’armes et de trafics divers, enlèvement et assassinat de ressortissants tunisiens, implosion de la Libye se traduisant par une guerre civile généralisée engendrant un vaste mouvement de réfugiés vers le territoire tunisien, partition de l’entité libyenne, connexions avec les différents foyers de crise embrasant le flanc sud sahélien, exportation des combats entre différentes factions libyennes en Tunisie à la faveur des 1,2 millions de Libyens résidant en Tunisie constituent autant de danger auxquels sont confrontés les autorités tunisiennes. La détérioration de la situation en Tripolitaine se traduisant par une fermeture des frontières affecterait directement les régions frontalières tunisiennes aux équilibres précaires vivant principalement des trafics illicites et de la contrebande. Cet état de fait pourrait engendrer une flambée de violence et des révoltes sociales difficilement maîtrisables.
Par ailleurs, si les forces hostiles aux islamistes en Tripolitaine cèdent, toute la région frontalière s’érigera en sanctuaire pour les jihadistes tunisiens d’Ançar Al Charia et les jihadistes tunisiens de retour d’Irak et de Syrie. Leur force de frappe et leur capacité de nuisance en seront décuplées. La Tunisie devra s’assurer le contrôle de verrous stratégiques tout le long de la frontière. 
Enfin, du fait des ingérences étrangères, la Libye est projetée au cœur d’un grand jeu à l’échelle régionale et mondiale dépassant les considérations intérieures : évincement de puissances rivales, luttes d’influence entre soutiens et adversaires des révolutions arabes récupérées par les Frères musulmans, affrontements par milices interposées entre les monarchies du Golfe, contrôle des richesses libyennes et sahéliennes, reconfiguration des rapports de force à l’échelle du Maghreb, etc.L’instabilité libyenne représente ainsi une menace majeure quant à la consolidation du processus démocratique tunisien. La rivalité exacerbée entre l’Algérie et le Maroc et la multiplicité des acteurs impliqués dans les négociations politiques en vue de parvenir à la constitution d’un gouvernement d’union nationale laissent peu d’espoir quant à leur réussite.

La montée en puissance de l’élément Daesh, évalué jusqu’à présent comme parasite et, acquérant, suite à des victoires militaires, un potentiel de nuisance significatif (prise de Syrte et contrôle d’une large bande côtière évaluée à 200 kilomètres) entraîne deux conséquences:
  • La perspective d’un règlement politique fondé sur les deux principaux acteurs libyens opposés depuis l’été 2014 est compromise peut-être de manière irréversible;
  • La réponse militaire et politique face à cette nouvelle réalité libyenne n’exclut pas la responsabilité de certaines puissances occidentales directement impliquées avec Daesh sur le théâtre moyen-oriental (Plan de Robin Wright).
Cette situation pèse directement sur la sécurité de la Tunisie, mais également de l’Algérie, du Niger, du Tchad et plus globalement des théâtres maghrébins et méditerranéens. L’avenir de la Libye, proche des foyers de tension et de vulnérabilité que sont le Darfour, l’espace toubou, le fondamentalisme islamiste de BokoHaram et l’Egypte, est au cœur de l’équation sahélo-maghrébine. L’intervention de l’OTAN en Libye sans tenir compte de l’après conflit et du changement de régime s’est traduite par la crise malienne engendrant elle-même un effet de souffle déstabilisant toute la scène sahélienne, situation propice à la justification d’une pénétration des puissances occidentales au détriment des puissances rivales (Russie, Chine, Inde, Turquie, Pays du Golfe, etc.) sur fond de lutte contre le terrorisme et le crime organisé. 

Selon l’expression de Samuel Laurent, la Libye, « nid de guêpes, piège tribal » est un Etat faillis à la dérive débouchant sur une situation de chaos et de somalisation à la frontière Est de la Tunisie. A ce stade, la gravité de la situation nous semble sous-évaluée par les autorités tunisiennes.

L’inconnue algérienne

L’Algérie préserve apparemment le statu quo prétendu démocratique. Tout en introduisant tardivement des réformes politiques et sociales, le régime s’est empressé d’élever son niveau de défense intérieur afin de se prémunir contre un effet de contagion pouvant déstabiliser le système. Le glacis algérien intrigue et pèse sur la dynamique d’intégration régionale. Les rivalités de palais sont aiguisées par les incertitudes inhérentes à la succession du président Bouteflika et risquent de provoquer des développements inattendus soutenus par des acteurs extérieurs. A ce stade, dominent des stratégies visant à sauvegarder l’ordre établi. Ainsi, la politique réfractaire du régime algérien qui croit pouvoir se renouveler indéfiniment dans sa nature « boumediéniste » à peine ajustée n’est que le reflet d’un déphasage teinté de conservatisme. L’inconnue algérienne doit interpeller les autorités tunisiennes.
Alger aspire à une évolution à la chinoise matérialisée par une ouverture maîtrisée et graduelle sauvegardant un pouvoir central fort en mesure d’écraser militairement toute contestation intérieure et de s’opposer à toute convoitise extérieure sur les ressources nationales.
L’Algérie, accrochée au littoral méditerranéen et s’enfonçant vers le sud par un large appendice saharien qui l’écrase, est littéralement coincée en Méditerranée alors que le Maroc, Etat bi-océanique, est tourné vers le grand large et les Amériques à travers sa façade atlantique. L’accès à l’élément liquide est la source de toutes les richesses et un facteur de puissance déterminant : en récupérant le Sahara Occidental, Rabat renforce son statut de puissance continentale et de puissance maritime. Ainsi, Alger, en dépit de ses richesses énergétiques, est entravée par cette géopolitique de l’enfermement et apporte son soutien à la RASD  afin d’accéder à la façade atlantique. Par ailleurs, il s’agit pour l’Algérie, visant le leadership régional, de nourrir un abcès de fixation handicapant le Maroc contraint à des dépenses militaires et économiques considérables.
Par ailleurs, la complexité, l’opacité et les rivalités de pouvoir au sein de la scène politique algérienne sont au cœur de la problématique terroriste. À l’intérieur de l’État algérien existent des centres de décision aux stratégies divergentes qui mènent une lutte interne pour le pouvoir, le contrôle des richesses nationales et des trafics illégaux. A la mort du président Boumediene en décembre 1978, un groupe d’officiers attachés à fixer le centre réel du pouvoir algérien en retrait du gouvernement officiel, s’est attelé à mettre en place une hiérarchie parallèle, donnant naissance à une junte dont les excès ont engendré pour un temps une faillite économique, sociale et politique du pays. Le champ des manœuvres est d’autant plus ouvert et complexe que, contrairement à une idée répandue, le Haut Commandement de l’armée algérienne n’est pas monolithique. Il existe une multitude de clans rivaux en fonction de l’origine régionale, des écoles de formation, de leurs connivences extérieures et des secteurs de l’économie qu’ils contrôlent. Et tout cela constitue une espèce de société féodale où le pouvoir de chacun est évalué à l’aune de sa capacité à protéger et enrichir les siens ainsi qu’à diminuer le pouvoir et la richesse des autres. Il est évident que, pour certains, tous les coups sont permis.
Dans ce cadre, la menace terroriste, certes réelle et constituant un enjeu majeur de sécurité à l’échelle régionale, est instrumentalisée par les différents clans algériens minés par les rivalités afin de renforcer leur contrôle sur le pouvoir et les richesses énergétiques du pays et de valoriser une rente stratégique et sécuritaire auprès des puissances occidentales.
Néanmoins, cette tactique algérienne consistant à se poser en allié des puissances occidentales dans la lutte contre le terrorisme est précaire : elle ne saurait prémunir durablement Alger des visées occidentales. 
De nombreux Algériens soutiennent avec insistance la thèse du ciblage du régime algérien en se prévalant de l’expansion irrésistible des révolutions du « printemps arabe » et des pressions qui l’assaillent de toute part : 
- à l’Est, les révolutions tunisienne et libyenne (risque terroriste et criminel aux frontières) ; 
- à l’ouest la pression marocaine du fait du conflit saharien ; et 
- au sud le conflit malien induisant une militarisation croissante impliquant les puissances occidentales. 
L’accession de la Tunisie au statut d’allié majeur hors OTAN a exacerbé la nervosité algérienne matérialisée par le coup de nerf du chef d’état-major de l’ANP.

Dans ce contexte, l’Algérie est sur un volcan. Fragilisée, citadelle assiégée, elle aspire à reprendre la main sur l’ensemble de ces problématiques. Elle déploie des dispositifs militaires (course à l’armement), diplomatiques et secrets en vue de se positionner, à terme, en puissance régionale hégémonique.
Plus globalement, l’Algérie s’oppose ouvertement à la montée en puissance de l’islam politique à l’intérieur du pays et dans son voisinage et vise à contrer la réimplantation des puissances étrangères, notamment de la France au Sahel et au Maghreb.
Alger joue momentanément la préservation de son autonomie stratégique. En effet, les menaces aux frontières, les fissures de la cohésion sociale (aggravation des événements secouant Ghardaïa depuis l’été 2013, In Salah, Tamanrasset, etc.), les réserves considérables en gaz et pétrole de schiste érigeant le pays à la troisième place mondiale derrière la Chine et l’Argentine et le renforcement de la présence chinoise et russe  hypothèquent l’avenir du pays et ouvrent des brèches propices aux ingérences étrangères. Instrumentalisant les vulnérabilités intérieures algériennes, les puissances occidentales pourraient être tentées de stimuler un changement de régime précipitant le pays dans une guerre civile semblable au conflit syrien. 
Cet état de fait placerait la Tunisie dans une configuration proche de celle du Liban avec tous les risques que cela comporte. Tunis serait ainsi prise en tenaille entre deux foyers déstructurés et représentant une menace durable quant au processus démocratique : la Libye et l’Algérie.
D’autre part, l’inconnue algérienne doit interpeller les autorités tunisiennes d’autant plus que certains clans algériens n’ont intérêt ni à la réussite du processus démocratique en Tunisie, ni à l’application du principe de coexistence avec les forces islamistes mis en œuvre par les autorités tunisiennes. Cet Etat profond algérien ciblant Tunis, n’épargne pas l’Etat formel algérien lui-même harcelé.
Pour autant, le régime algérien, auquel Abdelaziz Bouteflika a tenté d’apporter des aménagements cosmétiques, ne saurait cohabiter politiquement avec un régime tunisien représentant un contre-modèle dans son voisinage immédiat. Il est tenu d’amorcer un processus de réformes maîtrisées à la chinoise tout en empêchant à tout prix que le modèle tunisien ne parvienne à un point d’équilibre. La collaboration avec les gouvernements tunisiens successifs de la transition dans le cadre de la lutte contre le terrorisme ne saurait nous abuser. Il s’agit d’un impératif ponctuel, existentiel mais indépendant de l’option fondamentale qui reste la finalité démocratique. Depuis Boumediene, l’Algérie affirme un droit de regard sur les régimes politiques de son voisinage (Union tuniso-libyenne en janvier 1974, Sahara Occidental en 1975).

L’hostilité du contexte arabe et islamique

Relativement à la transition démocratique, les Occidentaux (Etats-Unis, Grande-Bretagne, France, Allemagne, Italie, Espagne) développent une stratégie convergente : les forces islamistes respectant les principes démocratiques doivent être associées à la compétition politique et à l’exercice du pouvoir. Sur cette base, ils encouragent la promotion d’un modèle démocratique arabe qu’il appartient à la sphère arabe d’esquisser empiriquement. En ce sens, l’exclusive qui frappait les partis d’obédience islamique doit être levée. Il s’agit d’amener les partis démocratiques dits modernistes et progressistes à créer un contexte politique ouvert à l’intégration des forces islamistes qui endossent les principes démocratiques. La logique de coexistence doit prévaloir.
Sur le plan des principes, les pays du CCG ne sont pas philosophiquement hostiles à une évolution démocratique restructurant les sociétés arabes du Maghreb. Néanmoins, ils restent vigilants relativement au statut des partis islamistes dans ces pays: évaluation systématique de leur influence, de leur participation dans l’Etat, etc. Conformément à cette vision, ils fixent une ligne rouge qui ne souffre d’aucune nuance : pas d’association des Frères musulmans dans l’Etat ou à l’exercice du pouvoir sous quelque forme que ce soit. La logique d’exclusion prévaut. Dans cet esprit, l’exception de Qatar fait problème.
Dès lors, trois scénarios sont concevables: 

Scénario 1 : L’Egypte conclut sa transition en restaurant le régime militaire et veille à étendre le même modèle à la Libye avec le soutien algérien. Le printemps arabe né en Tunisie et qui s’est répandu d’une manière fulgurante dans le Maghreb et le Machrek est alors réduit au seul îlot tunisien. Dans cette configuration, Tunis est encerclé par trois régimes militaires hostiles aux frères musulmans et soutenus par les pays du Golfe hormis le Qatar : l’Algérie, la Libye et l’Egypte. 

L’incidence sur la Tunisie peut dès lors se résumer en ces termes :

  • Si la Tunisie parvient, à travers une diplomatie habile, à sécuriser ces pays (démocratie mesurée n’aspirant nullement à exporter son modèle), il est concevable que ses voisins s’accommodent de la percée démocratique tunisienne. Constituer un réseau d’alliances solides attaché à la réussite du modèle tunisien (bouclier géopolitique) s’avérera déterminant et vital ;
  • Il se peut également que l’Egypte et l’Algérie s’alignent sur les positions intransigeantes de l’Arabie Saoudite et des Emirats Arabes Unis et coupent court à toute velléité démocratique au Maghreb et dans le monde arabe à moyen terme. En effet, l’Algérie, l’Egypte et hypothétiquement la Libye peuvent estimer que toute transition démocratique ouvre fatalement la voie à la montée des partis islamistes, créant ainsi un danger pour la région mais surtout pour l’Algérie et l’Egypte. Dans ce contexte, le coup d’arrêt en Egypte et sa reproduction en Libye traduisent la volonté de barrer la voie à l’avènement de pouvoirs islamistes par tous les moyens. Dans ce cas de figure, la transition démocratique tunisienne est menacée.
Dès lors, la percée démocratique tunisienne ne sera pas achevée ; divers moyens permettront de donner un coup d’arrêt au processus démocratique tunisien, usant de la faiblesse économique du pays, des troubles sociaux, du chaos sécuritaire, de la montée des revendications de tout ordre mais surtout du chômage, de la précarité, du prurit anarchique, des inégalités régionales, etc. Les régimes militaires voisins auront tout intérêt à pousser dans cette direction.

Scénario 2 : La restauration des régimes militaires peut s’inscrire dans le cadre d’un processus transitoire nécessaire mais temporaire. En effet, l’islam politique, facteur consubstantiel de la sociologie des Etats arabes, ne peut être éliminé sans menacer à terme la stabilité. Un Etat égyptien éliminant les Frères musulmans n’est ni concevable, ni viable à long terme. Dans ce cadre, l’épisode présent pourrait s’inscrire dans une étape visant à équilibrer l’échiquier politique égyptien. Ainsi, à terme, en dépit d’une rhétorique éradicatrice, le pouvoir égyptien serait forcé de composer avec les Frères musulmans. Dans cette hypothèse, le modèle de coexistence porté par les Occidentaux et tenté en Tunisie pourrait prévaloir à nouveau.

Scénario 3 : L’Algérie et l’Egypte, via des moyens subversifs, favorisent un chaos transitoire (maîtrisable) en attendant la maturité d’un régime militaire conforme à leurs intérêts stratégiques. Dans cette logique, ils découragent la formule d’un dialogue national à la tunisienne à moins qu’il ne serve la cause d’un régime militaire proclamé transitoire mais leur étant inféodé. Il en est de même pour les puissances occidentales. En ce sens, les soutiens insuffisants apportés à l’opération menée par le général Haftar de la part des puissances régionales et des puissances occidentales pourraient s’expliquer du fait qu’un chaos maîtrisable est préférable pour le moment à un apaisement en vue d’un futur rééquilibrage des alliances et des influences.

La déstabilisation durable du flanc sud sahélien

Sahel, Maghreb et Méditerranée forment des espaces conjugués avec des développements coordonnés inhérents à leur histoire et à leur géographie communes, caractérisés par de fortes interdépendances et aux destins intimement liés. Plus globalement, ces théâtres constituent une même matrice travaillée par des forces et des logiques communes : la sécurité de l’un est étroitement liée à la sécurité des autres et réciproquement. C’est ainsi que « la Méditerranée connaît aujourd’hui une vraie question nord-africaine connectée étroitement à une vraie question sahélienne » . Dans cette configuration, chacun possède son sud : les Européens ont un sud, le Maghreb; et le Maghreb a un sud, le Sahel : tous ces sud sont intimement liés.

Les tensions et les menaces projetées par l’insécurité endémique caractérisant le théâtre sahélien ne peuvent être considérées comme périphériques ou étrangères à la sécurité nationale tunisienne : l’impact transcende les frontières algériennes et libyennes et menace directement la Tunisie sur l’ensemble de son territoire.

Ce voisinage géopolitique hostile et en reconfiguration, dicte une prise de conscience de la nécessité d’études géopolitiques et prospectives rigoureuses livrant les clefs d’intelligibilité et de compréhension des dynamiques à l’œuvre et permettant l’anticipation des menaces et des crises par la mise en place de tableau de bord d’alerte et de veille stratégique. 
La relance de l’ITES marque un premier pas toujours insuffisant.