dimanche 28 mai 2023

LE JARDIN PRIVE : ENCORE UNE BIZARRERIE TUNISIENNE ...


On voit de plus en plus une "mode" se développer en Tunisie chez les adeptes de la maison individuelle.

Ils achètent des terrains à bâtir et bétonnent l'espace consacré en principe au jardin pour "chasser" les mauvaises herbes et les insectes (moustiques, fourmis ...) mais empiètent sur le trottoir devant leur maison (espace public faut-il le rappeler), pour y planter toutes sortes d'arbres et de palmiers pour créer le jardin qu'ils refusent chez eux parce que "salissant" (feuilles mortes, fruits écrasé au sol, ...) et couteux en entretien (eau, jardinier ...); façon pour eux aussi, de "privatiser" le trottoir et d'empêcher le stationnement d'autrui devant chez eux !

Et s'ils achètent une maison avec jardin, ils ont vite fait de dégager arbres et plantes pour bétonner et carreler l'espace dédié initialement au jardin, pour en faciliter l'entretien et que l'espace demeure "propre"; faisant d'une pierre deux coups, l'économie d'un jardin avec tout ce qu'il suppose en frais (eau, graines, plantes, produits d'entretien, jardinier ... ) et un gain d'espace "propre" !

Ou au mieux, ils "verdurent" à tout va avec un pseudo-gazon pire que le chiendent sauvage, envahissant, gourmant en eau et dont les rhizomes étouffent toute végétation et fendillent les murs, les dalles et le carrelage; se contentant d'un espace "vert permanent" à moindre frais mais rendu stérile pour toute autre végétation ... mode lancée au début du tourisme en Tunisie dans les années soixante, par des hôteliers qui cherchaient à donner l'illusion d'un parterre vert "naturel", toute l'année à des touristes qui n'en ont que faire, venus chercher l'authentique; que rares sont les hôteliers écologistes qui le leur offrent en plantant des espèces autochtones dans les jardins de leurs hôtels !

Et contrairement à ceux-là, d'autres, minoritaires malheureusement, amoureux des plantes et des fleurs, consacrent espaces et moyens (financiers, techniques, humain ... ) pour disposer d'un jardin toujours vert et productif (de fleurs, de fruits et de légumes) dans leur maison pour le plaisir visuel mais aussi pour leur consommation personnelle en fruits et légumes frais, en sélectionnant arbres fruitiers et plants culinaires.

Mais le plus curieux, c'est la réaction et l'attitude de leurs amis "anti-jardin", disposant comme eux de maisons individuelles !

Bien qu'ils aient chassé de leur maison toute trace de végétation; et bétonner et carreler l'espace dédié au jardin, ils viennent admirer la "main verte" de leur ami et jouir de son jardin digne de ce nom.

S'il arrive que l'heureux propriétaire du jardin offre fleurs, fruits et légumes en remerciement pour les compliments que lui font ses amis; ceux-ci prennent ce geste pour une permission permanente de se servir dans son jardin et même de "commander" fruits et légumes à leur ami; parce qu'ils sont "bio", précisent-ils !

Et joignant l'utile à l'agréable, ils jouissent de son jardin et se permettent de cueillir fleurs, fruits et légumes "bio", en complimentant le propriétaire pour sa "main verte" et pour son "respect de la nature"; parce qu'il n'utilise aucun produit chimique et laisse limaces, escargots et autres bêtes, y vivre naturellement !

Devant tant de culot, l'heureux propriétaire du jardin, ne sait comment réagir; et de peur de vexer ses amis indélicats, il est obligé parfois d'expliquer que le potager est pour sa consommation personnelle depuis que les prix des légumes flambent.

Faudra-t-il qu'il mette un écriteau dans son jardin : " Voir sans toucher, ni cueillir ", comme on en voit des fois dans les jardins publics ?

Quand on sait la vie chère en Tunisie, induite par plus de 10 ans de pouvoir islamiste post "révolution du printemps arabe", touchant jusqu'aux produits basiques alimentaires du quotidien (eau, légumes, fruits ... ), cela explique le "sans-gêne" de ceux qui profitent des jardins de leurs amis pour se servir gratuitement de produits de qualité, plutôt que de cultiver leur propre jardin !

Allez comprendre le savoir-vivre des Tunisiens, réputés pourtant "délicats" !

Rachid Barnat

mercredi 24 mai 2023

Le perdant Melenchon, se venge de Macron comme il peut ...

Les récents tweets de Jean-Luc Mélenchon en réaction à l'agression du petit-neveu de Brigitte Macron ont inspiré l’éditorialiste, Maurice Szafran qui regrette les excès de l'ancien candidat à l'élection présidentielle. 


Maurice Szafran 

Mélenchon, pourquoi tant de haine … 

Comme une boule de haine. Ne supportant rien ni personne, à l’exception de quelques jeunes députés LFI dans la dévotion la plus béate. Il n’y a plus de semaine où Jean-Luc Mélenchon ne trouve pas une (ou plusieurs) raisons de dérailler, de cogner - à mauvais escient -, de créer partout des tensions et des conflits, y compris au sein de "son " organisation, La France Insoumise. Le " lider Maximo " ne supporte plus la moindre divergence sur quelque sujet que ce soit. Il faut être en tout point en accord avec lui; sinon, il excommunie.

Dernière victime en date? Jean-François Kahn. Dans un récent débat télévisé, le journaliste et essayiste s’est autorisé l’analyse suivante à propos des putschs militaro-fascistes en Amérique Latine dans les années 60-70 : " Une certaine gauche radicale, par ses excès a favorisé l’arrivée au pouvoir de l’extrême-droite. Il y a un risque de voir ce processus aujourd’hui " [en France]. On peut être d’accord (ou pas) avec ce rapprochement historique. Mais rien dans les propos de Kahn ne justifie le déchaînement de Mélenchon, le qualificatif qu’il utilise - " ignoble " - . Il va jusque l’accuser, c’en est même risible, " d’extrême-droitisation ".

Nous avons connu jadis, il y a fort longtemps, Mélenchon brillant dialecticien, capable de soutenir le débat idéologique, la controverse historique ou l’affrontement politique, nous nous souvenons de Mélenchon défenseur acharné de François Mitterrand, - pas précisément un gauchiste…-, capable de toutes les pirouettes pour défendre le " vieux " Président. Mais qu’est-il devenu ce Mélenchon qui séduisait y compris parmi ses adversaires les plus irréductibles? Un personnage acariâtre et méchant.

Condamnation à demi-mot après l'agression de Jean-Baptiste Trogneux 

Après que le petit neveu du président de la République, Jean-Baptiste Trogneux, ait été bastonné à Amiens en raison de ses liens familiaux avec Emmanuel et Brigitte Macron, les chaînes d’info ont voulu connaître la réaction, le commentaire, de Jean-Luc Mélenchon. À ces journalistes que Mélenchon, désormais, exècre, ce qu’il ne dissimule même plus, Mélenchon refuse d’abord de répondre. Il finit par consentir à quelques explications et remarques dans un … tweet ! Au moins ne sera-t-il pas interrogé, contredit, titillé, toute chose qu’il ne supporte plus. Sa Majesté républicaine… 

Voici donc le tweet, dans son entier : " Des commentateurs indifférents aux tentatives de meurtres et agressions racistes contre des Insoumis me somment de me prononcer sur l’agression à Amiens contre le chocolatier Trogneux. Je lui exprime ma compassion et je joins ma protestation à la sienne. Je demande à Macron et Madame d’en faire autant pour nos amis agressés ou menacés sans réserver leur sollicitude au seul Zemmour quand il fut molesté ".

Le ton, il faut bien évidemment relever ce ton, d’un souverain mépris, l’écho d’un mépris de classe : le " chocolatier " Trogneux d’abord ne mérite pas son prénom; les Macron pas davantage et ces journalistes maudits qui le " somment ", lui l’Intouchable, détenteur d’une parole magique que l’on ne saurait contester sinon par esprit réactionnaire, quasi fascisant. Quand une chaîne d’info, BFM en l’occurrence, titre sa bande-annonce " Trogneux : les ambiguïtés de Mélenchon ", alors il feint la martyrologie pour mieux éviter une nouvelle fois de s’expliquer pour de bon. Alors il cogne. " Ignoble incitation à la haine [contre sa personne, cela va de soi], récrimine-t-il. Ces gens-là [les journalistes, toujours eux, présents dans tous les mauvais coups à son encontre] font de moi une cible ". En bon français, cela veut dire que Jean-Luc Mélenchon considère sa vie menacée.

Le ton donc, toujours plus acrimonieux, mais le fond du propos, lui aussi problématique. Relevons d’abord que, dans son tweet, Mélenchon est incapable de rappeler que Jean-Baptiste Trogneux et Emmanuel Macron sont liés familialement, qu’il s’est fait casser la gueule pour cette seule et unique raison. Ensuite, il s’entête dans cette explication absurde selon laquelle, jour après jour, Emmanuel Macron, tout comme Jean-François Kahn, tout comme tant d’autres qui le critiquent, qui le contestent, auraient en réalité des accointances avec l’extrême-droite. La preuve? Le président " ménagerait " le raciste récidiviste Éric Zemmour. Ça n’a aucun sens, aucune réalité, mais qu’importe. Mélenchon entretient de la sorte la haine anti-Macon. C’est son objectif.

La Nupes menacée ? 

Les Verts, les socialistes et les communistes, partenaires de LFI et donc de Mélenchon au sein de la Nupes, pourront-ils supporter encore longtemps tant de provocations et de grossièretés qui éloignent la gauche de tout retour en grâce auprès de ces millions d’électeurs qui ont fini par l’abandonner?

La question Mélenchon est d’autant plus aiguë qu’elle ne tarabuste pas uniquement les alliés, de circonstance ou pas, mais qu’elle mine plus que jamais LFI de l’intérieur, en particulier au sein du groupe parlementaire. Dernier exemple en date, le sort du député de Seine-Saint-Denis Alexis Corbière. Parmi les Insoumis , il compte parmi les poids (très) lourds siégeant à l’Assemblée nationale.

Il y a quelques mois encore, Corbière était rangé parmi les inconditionnels de Mélenchon, un membre du premier cercle, l’un des rares qui puisse exercer un peu avoir d’influence sur le chef. Terminé! Out, Corbière, sorti de toutes les structures de direction, sans la moindre explication, sans qu’on sache ce que Mélenchon lui reproche exactement. Il n’est pas le seul dans ce cas, à subir une disgrâce sans motif apparent. Sa compagne Raquel Garrido, elle aussi députée, se retrouve embarquée elle aussi dans la même galère. À LFI, on morfle désormais en famille ! On croyait disparue cette pratique stalinienne. Erreur. Jean-Luc Mélenchon a choisi de la réhabiliter, de la remettre au goût du jour.






lundi 22 mai 2023

Lettre de Habib Bourguiba à Habib Thameur – Août 1942

Le visionnaire Habib Bourguiba, contrairement à l'élite de son temps, a choisi de soutenir de façon inconditionnelle les alliés; alors que l'immense majorité des leaders du monde arabe d'alors, soutenaient l'axe, persuadés que Hitler les débarrassera du colonialisme franco-anglais. Même le grand mufti de Jérusalem, s'est jeté dans les bras de Hitler convaincu qu'il l'aidera à débarrasser la Palestine des sionistes juifs qui ont jeté leur dévolu sur la terre promise par Yahvé.

Et d'avoir choisi de rester aux cotés des démocraties dont la France, il se trouve encore parmi les complexés de l'Histoire (islamistes & arabistes), des imbéciles qui n'ont ni digéré leur propre histoire ni tiré de leçon de l'Histoire, pour traiter Bourguiba de collabo ... inféodé à la France !

Pourtant l'Histoire adonné raison à ce grand homme.

Mais comme dit le proverbe chinois, quand le sage montre la lune, les imbéciles ne regardent pas plus loin que son doigt !

R.B    


Haut-Fort Saint-Nicolas, 8 août 1942


Mon Cher Thameur,

Mes chers camarades,

Mes chers compatriotes,

Je profite d’une occasion qui ne se renouvellera peut-être jamais, pour vous faire parvenir par voie clandestine les instructions que je considère comme mes dernières volontés, presque mon testament politique. C’est vous dire que j’y attache une importance capitale puisque j’ai assumé pour vous les faire parvenir des risques graves (j’en ai même fait assumer à des personnes qui me sont chères, que, jusqu’ici, je n’ai jamais voulu mêler à une opération de ce genre).

Dites-vous bien que si je ne devais jamais plus revoir la liberté, le peuple tunisien, qui connaîtra ces instructions, vous tiendra pour responsables (toi surtout, mon cher Thameur), au cas où vous n’arriveriez pas ou ne voudriez pas les exécuter à la lettre. C’est qu’il y va de l’existence même du mouvement national tunisien qui porte en lui tous les espoirs de la patrie.

Voici :

Depuis l’armistice, j’ai reçu la visite de plusieurs compatriotes de tous les milieux : étudiants, commerçants, avocats (Guellaty). En causant avec eux, j’ai acquis la conviction que tous ou presque tous croient fermement à la victoire de l’Axe.

Cet état d’esprit rejoint fatalement le sentiment obscur du peuple tunisien, écrasé sous le poids d’une répression brutale et aveugle qui dure depuis le 9 avril 1938 et qui se poursuit avec la même violence, après la défaite de la France, sous les yeux indifférents des commissions d’armistice.

La croyance naïve que la défaite de la France est un châtiment de Dieu, que sa domination est finie et que notre indépendance nous viendra d’une victoire de l’Axe, considérée comme certaine, est ancrée dans beaucoup d’esprits… et cela se comprend. Eh bien, je dis que c’est une erreur grave, impardonnable, qui nous coûtera, si nous la parta­geons et surtout si vous la partagez, non seulement le Parti qui est arrivé jusqu’ici à bout de toutes les répressions, mais le mouvement national tout entier, toute l’élite pensante et agissante de la nation! La vérité qui crève les yeux.

Entre le colosse russe qui n’a pas été liquidé l’année dernière – qui reprend déjà l’offensive – et le colosse américain ou anglo-saxon qui tient les mers et dont les possibilités industrielles sont infinies, l’Allemagne sera broyée comme dans les mâchoires d’un étau irrésistible.

Ce n’est donc plus qu’une question de temps. Cela étant, notre rôle, le vôtre, celui de tous ceux qui ont une certaine autorité sur la masse, est d’agir de telle sorte qu’à l’issue de la guerre, le peuple tunisien, et plus particulièrement son aile marchante, le Néo-Destour, ne se trouve pas dans le camp des vaincus, c’est-à-dire compromis avec les germano-italiens.

Encore que mes préférences personnelles et ma sympathie, en tant que leader d’un peuple qui lutte pour sa liberté, vont néces­sairement vers les démocrates, je vous répète que ce n’est pas cela seulement qui a emporté ma conviction.

Les faits sont là : l’Allemagne est en train de perdre la guerre et nous n’y pouvons rien; et nous n’avons aucun moyen de changer ce fait, même si nous avions intérêt à le faire, ce que, pour ma part, je ne crois pas. Dans ces conditions, voici comment vous devez procéder :

Tâcher si possible, et par leur intermédiaire, d’entrer en contact avec les agents anglais ou américains qui doivent pulluler en Tunisie. On pourra les sonder sur les intentions de leurs pays à notre égard après la victoire.

Mais ça il faut le faire avec beaucoup de précautions et sans perdre contact avec les Français, car il est possible – et même probable – que vous aurez des déceptions de ce côté.

Mais n’importe. Notre soutien aux Alliés doit être incondition­nel.

Car l’essentiel pour nous, c’est qu’à la fin de la guerre – qui maintenant ne saurait tarder beaucoup – nous nous trouvions dans le camp des vainqueurs, ayant contribué, si peu que ce soit, à la victoire commune. Même si nous devons courir au-devant de pénibles déboires, nous aurons par notre seule attitude acquis des titres à l’estime et au respect de la France et des Alliés, ce qui serait pour nous, non seulement une garantie de survie, mais une magnifique base de départ et un atout formidable pour nos luttes futures. Tous les espoirs nous seraient permis.

Ne croyez surtout pas que si je vous dis cela, c’est parce que j’attends quoi que ce soit pour moi de la France. Tout me porte à penser que la France, celle de demain, comme celle d’aujourd’hui, ne me lâchera pas. S. A. le Bey en a eu la preuve de l’amiral Estéva qui lui aurait dit :

« Jamais plus Bourguiba ne remettra les pieds en Tunisie. » L’instruction de l’affaire est depuis longtemps terminée et tout est prêt pour le jugement. Un jour ou l’autre, peut-être à la fin de la guerre, elle passera devant le tribunal militaire qui me condamnera vraisemblablement au maximum, c’est-à-dire à la peine de mort… Non parce que j’aurai comploté le renversement du Gouvernement, mais parce que certains Français sont convaincus que ma vie, mon activité mettent en danger la domination de la France sur la Tunisie. Il n’est pas exclu toutefois que cette peine soit commuée en détention perpétuelle dans quelque île lointaine du Pacifique ou dans une enceinte fortifiée et on présentera cela comme un geste de clémence ou d’apaisement et beaucoup s’en contenteront et s’en féliciteront.

Donc, de toute façon, je pense que ma carrière est finie. Mais la vôtre ne fait que commencer et je veux, avant de laisser la place à ceux qui viendront après moi, leur ménager des possibilités réelles de lutte et des chances raisonnables de victoire.

Or, aucune possibilité de ce genre n’existera pour le peuple tunisien si aujourd’hui, pour une raison ou pour une autre, vous n’exécutez pas à la lettre les ordres que je vous donne. Voilà ce qu’il ne faut pas perdre de vue. Quand le sort de la patrie est en jeu, ma personne importe peu. Aussi, c’est au nom de cette patrie pour laquelle je mourrais peut-être bientôt, que je vous adjure de ne pas donner à nos ennemis le prétexte rêvé d’écraser, de détruire à jamais notre seul instrument de lutte : le Néo-Destour, qui nous a coûté tant d’efforts, de larmes, de sueur et de sang !

Ayez la force de dominer vos sentiments et surtout vos ressentiments, de résister aux entraînements de la foule qui ne voit pas loin et qui aura toujours besoin d’être fermement guidée dans la vie sinueuse et pleine de méandres de la lutte libératrice.

Je vous le répète; c’est une question de vie ou de mort pour la Tunisie ! 

Et si malgré tout ce que je viens de dire, vous n’êtes pas convaincus, obéissez ! C’est un ordre que je vous donne. Ne le discutez pas ! J’en prends l’entière responsabilité devant Dieu et devant l’Histoire. J’ai noué des relations très cordiales et très confiantes avec un gaulliste notoire :

Le capitaine Kurt, que nous rencontrons au préau. Il vient de s’évader et doit être à Londres maintenant. Il m’avait même mis dans le secret de son évasion, ce qui vous donne une idée de sa confiance en moi ! J’espère qu’il ne m’oubliera pas.

Hédi, à Trets, est paraît-il en contact avec un agent français de l’Intelligence Service. Je fais ce que je peux d’ici pour ménager l’avenir, mais c’est à vous qu’incombe la lourde tâche d’entraîner le peuple dans le camp des Alliés.

Il faut se méfier bien entendu des agents provocateurs à la solde de Vichy, mais j’estime qu’à tout prendre, il faut risquer. Car même si des Destouriens sont frappés pour leur travail clandestin avec les gaullistes, ça nous fera en définitive plus de bien que de mal.

C’est un risque à courir sans hésiter. Ne prenez surtout pas mes paroles pour les élucubrations d’un prisonnier coupé du monde extérieur et ne sachant rien de ce qui s’y passe. Je suis attentivement toutes les phases de la guerre et ma conviction dans la victoire des Alliés n’a jamais été aussi solide.

Tout est là.

Toute notre action doit être basée sur ça. Tout doit être envisagé sous cet angle, et un jour viendra où vous rendrez grâce à Dieu que j’ai vu juste et que j’ai épargné à notre chère patrie la plus grande catastrophe de son histoire.

Bonne santé à tous, bon courage et quoi qu’il arrive, nous nous reverrons, si ce n’est dans cette vie, certainement dans l’autre. 

Bien affectueusement.

BOURGUIBA

Encore un attentat à la Ghriba à Jerba * ...

Et c'est un gendarme qui en serait l'origine !

C'est dire que la haine envers les Juifs a repris du poil de la bête depuis l'arrivée au pouvoirs de l'islamiste Ghannouchi; confortée par l'arabiste Kais Saïed dont les discours martiaux rappellent aux Tunisiens que la priorité de ses priorités, est de libérer la Palestine, menaçant quiconque de ses foudres, s'il s'avisait d'un quelconque rapprochement avec Israël !

Et voilà comment ces deux complexés de l'Histoire ont sapé tout le travail de réconciliation entre les communautés et entre les régions, dont Bourguiba le visionnaire avait compris l'importance quand il disait qu'une main ne peut applaudir seule, pour dire que la Tunisie a besoin de tous ses enfants pour bâtir une nation moderne !

Vivement le retour des Destouriens au pouvoir pour mettre fin au cauchemar islamito-arabiste !!

R.B

Mohamed Salah Ben Ammar

Dépasser le déni et aller de l’avant

«Alors que des centaines de fidèles célébraient la fin du pèlerinage juif annuel dans la synagogue de la Ghriba, un homme a ouvert le feu sur la foule mardi dernier. Quatre Tunisiens et un Français ont perdu la vie dans la fusillade meurtrière.» 

Alors que la synagogue, la plus ancienne d'Afrique, était clairement visée par l’assaillant, les autorités tunisiennes refusent pourtant de qualifier cette attaque d’antisémite. Un déni qui ne résiste pas à l’épreuve de l’histoire. Casser le thermomètre ne fait pas baisser la fièvre, parole de médecin.

Il y a un temps pour tout, le temps du deuil d’abord

Nos premières pensées vont aux familles des victimes à qui nous adressons nos condoléances les plus attristées. Il est aussi essentiel de saluer l’intervention rapide des forces de sécurité qui risquent tous les jours leurs vies pour nous protéger de meurtriers fanatisés.

Ce temps du deuil n’a pas été respecté et c'est intolérable. A peine l’information parvenue aux médias que des polémiques inacceptables dans de pareils moments ont surgi. Saison touristique en danger, déni de la réalité des faits, accusations absurdes, bref nous nous sommes offerts en spectacle au monde entier au moment même où nous aurions du faire preuve de retenue et de compassion. L'irrémédiable a été fait et rien ne pourra le réparer.

Vient ensuite le temps de la colère, non moins important. Il s’agit de la troisième attaque de la synagogue de la Ghriba. Deux des trois attaques ont été l’œuvre d'éléments appartenant aux forces de l’ordre, personnes qui étaient censées protéger les lieux. En 1985, un soldat en faction devant la Ghriba avait ouvert le feu sur les pèlerins tuant cinq personnes. La version officielle de l’époque était déjà celle d’un accès de folie isolé. Puis vint l’attentat d’avril 2002 commis à l’aide d’un camion rempli de bonbonnes de gaz. Les autorités avaient déclaré dans un premier temps qu’il s’agissait d’un accident de la voie publique.

Les modes opératoires changent, le déni reste

Selon Goethe, celui qui oublie son passé, est condamné à le revivre. 

Et l’histoire s’est répétée …

Attentat ou acte isolé d’un fou déséquilibré ? La polémique ravive la douleur. Le meurtrier souffrait-il de troubles mentaux ? Acte criminel ou terrorisme ? On tourne autour du pot.

L’enquête ne le dira jamais mais des médias évoquent déjà l’arrestation de deux complices. Acte antisémite ou non ? Le fait que ce lieu de culte israélite soit la cible d’attaques d’envergure à répétition n’autorise aucun doute.

Il n'y a aucun doute sur l’implantation du judaïsme en Tunisie, et ce bien avant l’avènement du Christianisme, ils étaient là avant tout le monde. La répartition des communautés juives sur tout le territoire - de Gabès à Nabeul en passant par Jerba - attestent de l’enracinement de la religion juive en Tunisie. Pas une ville tunisienne n’avait pas sa synagogue et donc sa communauté juive.

Autochtones berbères judaïsés, juifs venus d’Orient après la destruction du Temple de Salomon, d’Andalousie et de Livourne. Ces communautés étaient très différentes dans leurs modes de vie, elles ne se mélangeaient pas mais elles étaient enracinées dans la géographie du pays. Soulignons que mise à part la communauté turque, la répartition de la population Musulmane a suivi la même évolution.

Histoire d'une rupture

Juifs de Jerba reconnaissable par le talit que portent les hommes - 1920

La complexité du sujet rend toutes les interprétations hasardeuses. Il est classique de parler de la coexistence pacifique entre Musulmans et Juifs en Afrique du Nord comme d’une période idyllique. Il est vrai qu’il n’y a presque jamais eu en Tunisie d’antisémitisme d’État organisé comme en Europe mais d’après les historiens cette affirmation doit être nuancée.

De fait, les Tunisiens Juifs ont bien fait l'objet de brimades et de mesures discriminatoires collectives, les vexations individuelles et les propos anti-juifs étaient quotidiens. Certains diront que ce n’était pas méchant, affectueux même. Je ne sais pas ce qu’en pensent les Tunisiens Juifs ?

Ainsi à titre d’illustration seulement, on relève que le système judiciaire, à l'exception toutefois des tribunaux Hanafites plus tolérants, a souvent été partial envers eux. La fameuse affaire Batou Sfez en 1857 en est la criante illustration. Les Juifs étaient traités en Dhimmi dans leur propre pays, ils étaient ainsi astreints au paiement d’une taxe appelée la jizya, et les plus pauvres d’entre eux étaient en cas de besoin affectés à des travaux forcés d’utilité publique. 

Les Juifs devaient aussi porter des signes vestimentaires distinctifs, ils n’avaient, par exemple, pas le droit de porter des chechias rouges comme leurs compatriotes musulmans, leurs chechias et leurs turbans devaient être de couleur noire.

Il est presque indécent de le préciser mais les Tunisiens Juifs avaient la même langue, les mêmes expressions, les mêmes superstitions, les mêmes habits, la même nourriture, la même musique, les mêmes origines ethniques, bref exactement la même culture que le reste de la population. « Telle proximité, telle ressemblance me troublaient : «Je me demandais où logeaient l’identité et la différence. Était-ce la même prière dans une autre langue ? Et ces juifs que je voyais au quotidien portaient aussi en eux à la fois ce qui me les rendait semblables et différents. C’est cette différence dans la ressemblance qui me troublait. Disait ainsi feu Abdelwahab Meddeb dans son Histoire des Relations entre Juifs et Musulmans des Origines à nos Jours. 

Nous le verrons plus loin, l’exploitation du rejet de la dimension d’altérité de l’autre, celui qui nous ressemble tellement sera exploité.

En Tunisie, après l’indépendance, les manifestations anti-juives ont été rares au début mais pas exceptionnelles. En 1961, lors de la bataille de Bizerte, en pleine guerre d’Algérie, une rumeur prétend que la population juive de Bizerte aide les troupes françaises. Quelques manifestations anti-juives spontanées, dénoncées par le pouvoir s’organisent. On y entend des slogans tels que « Mort aux juifs ». Le parti destourien eut beau réaffirmer que les juifs sont des citoyens à part entière et que le pouvoir a confiance en leur loyauté, un climat d'insécurité́ et d'inquiétude s’est installé dans les différentes communautés juives du pays.

Le génie incompris de Bourguiba

Au fil du temps, ce mal ne fera que s’amplifier. Après la guerre de juin 1967 des dizaines de magasins appartenant à des juifs et des synagogues furent incendiés ou mis à sac. Signe très significatif, Bourguiba qui était au summum de sa gloire n’est pourtant pas arrivé à calmer la foule. Il condamna violemment à la radio et à la Télévision «ces énergumènes irresponsables qui méritent la potence...» Mais n’est pas entendu par la population. 

Plusieurs dizaines de milliers de nos compatriotes juifs, dont de nombreux intellectuels, quittèrent, la mort dans l’âme leur pays. Du simple vendeur de casse-croûte au professeur en médecine, jamais ils n’ont réussi à faire leur deuil d’un pays qu’ils ont adoré jusqu’à leur dernier souffle.

1954, le président Bourguiba avait anticipé, il avait déclaré : «Les Néo-Destouriens s'opposent entièrement à l'antisémitisme et à la discrimination envers les Juifs de Tunisie. Ils sont pour l'égalité totale des droits […] Le gouvernement tunisien et les Néo-Destouriens feront tout pour assurer le bien-être des Juifs, mais si certains Juifs préfèrent émigrer pour telle ou telle raison en Israël, nous ne leur ferons aucune difficulté» et après l’indépendance un bureau tenu par l’Alliance Israelite Internationale a été ouvert à Tunis pour organiser le départ vers Israël des Juifs qui souhaitaient partir. Pour Bourguiba, le patriote pragmatique, l’intérêt de la Tunisie primait. Il voulait rassurer car il savait que son pays serait le grand perdant si cette élite partait.

De fait, au lendemain de l’indépendance et malgré les appels du pied d’Israël, nombreux sont les Juifs qui sont restés et ont eu à cœur de servir leur patrie. Albert Bessis a ainsi occupé le poste de ministre de la santé et le militant destourien André Barrouch, celui de la reconstruction et du plan, Henri Smadja dirigeait le journal « La Presse » et Simon Zana « Le Petit Matin ». 

«Les professeurs juifs que nous avions eus au collège, au lycée, puis à l’université, nous parlaient en tant que Tunisiens, vecteurs de la modernité. Je pense notamment à Marcel Maarek, professeur de mathématiques ; à Jean-Pierre Darmon ou Juliette Bessis, professeurs d’histoire, et tant d’autres, les Boulakia, Naccache, Perez, Bellaïche, Slama, Valensi, Sebag, etc. Nous percevions en eux des maîtres proches, alliés, aînés, amis qui nous initiaient à l’esprit critique, à la liberté, qui nous aidaient à nous configurer dans la conscience de soi.». disait feu Abdelwahab Meddeb.

Faut-il rappeler que la vie académique, scientifique, culturelle du pays était pour beaucoup animée par ces monuments, chacun dans son domaine, le peintre Moses Levy, l’unique, l’exceptionnel Albert Memmi qui enseignait au Lycée Carnot, l’immense linguiste Claude Hagège y était surveillant, le peintre Victor Sarfati enseignait le dessin au collége Sadiki, le père de l’ophtalmologie tunisienne Dr Roger Nataf, Dr André Salomon Corcos, Maitre Claude Sitbon, Dr Daniel Uzan … et même la vie politique par d’autres comme Paul Sebag, les militants Georges et Gladys Adda, Béatrice Slama, Juliette Bessis, la grande et Gisèle Halimi, le camarade Gilbert Naccache … Ils nous ont montré, ce que beaucoup ont encore du mal à admettre, qu'il est possible d’être tunisien et moderne. «Ils tiraient la Tunisie vers le nord mais après leur départ la Tunisie s’est mise à dériver vers l’Est», disait A. Meddeb. Bourguiba ne disait pas autre chose. Durant la seconde guerre mondiale il a été avec Mohamed V les seuls leaders "arabes" à prendre position contre le nazisme.

Prenez le temps de relire la lettre envoyée le 10 août 1942 par Bourguiba au président par intérim du parti destourien Dr Habib Thameur. Bourguiba et ses compagnons venaient d’être libérés par Mussolini de la prison Haut-Fort Saint-Nicolas où les conditions de détention étaient inhumaines. Ils ont failli mourir et en 24 heures ils se sont retrouvés traités comme des rois, Hôtel Negresco de Nice puis au Palais Respighi à Rome … et retour à Tunis. Bourguiba lucide n’a pas été tendre avec Habib Thameur et ses compagnons car il savait que la tentation de soutenir l’Allemagne était grande : «L'ordre, vous est donné, à vous et aux militants, d'entrer en relation avec les Français gaullistes en vue de conjuguer notre action clandestine […] Notre soutien doit être inconditionnel. C'est une question de vie ou de mort pour la Tunisie». Plus tard Bourguiba le visionnaire sera qualifié de traître par ceux qui n’ont rien compris à l’Histoire.

Nos chemins se séparent ou le refus d’entrer dans la modernité

L’éradication de l’altérité est une manière de ne pas prendre en compte quelque chose qui est pourtant inscrite symboliquement inscrite en nous sinon comment expliquer que les Tunisiens Juifs que rien ne distingue des autres citoyens à part la religion soient progressivement devenus aux yeux de leurs concitoyens une sorte de cinquième colonne ?

Accuser les minorités d’être au service de l’étranger est une rhétorique bien commode qu’on retrouve régulièrement dans l’histoire. Mais la différence de religion ne peut pas à elle seule tout expliquer.

Osons une hypothèse.

La route des Tunisiens Juifs et Musulmans s’est progressivement séparée. Vers 1860 les écoles de l’Alliance Israelite Universelle ont mis en Tunisie les petites filles et les garçons juifs sur le chemin d’une école gratuite et moderne. Quelques années plus tard, les transformations socio-culturelles et économiques dans la communauté juive n’ont pas tardé à devenir visibles. Disons qu’à travers cette évolution qui a accompagné la colonisation française, un fossé s’est ouvert entre les deux communautés. Le refus de la modernité synonyme d’Occident, face à une soif salvatrice de modernité.

Les jeunes Juifs, juristes, médecins, banquiers, professeurs diplômés des universités françaises sont sortis de la Hara pour investir de nouveaux quartiers de la capitale comme Lafayette où de belles villas ont été érigées, ils ont pris des prénoms européens alors que l’immense majorité de leurs parents ne parlaient pas un mot de français. Il faudra bien plus qu’un article pour parler de la naissance de cette élite.

Fraichement diplômés, ils sont revenus au pays et se sont engagés dans l’effort de modernisation de leur pays, mais ils étaient tourmentés. Ils n'étaient pas naïfs, ils étaient conscients qu’une Tunisie indépendante pouvait, avec le temps, être tentée de les exclure. Le choix n’était pas facile mais beaucoup ont eu le courage de rester et de servir.

Il est facile d’accuser, de juger et de condamner les autres mais tous ceux qui crient haut et fort aujourd’hui contre ce qu’ils qualifient de double allégeance ou de traîtrise devraient prendre le temps de s’interroger sur la position qu’ils auraient adoptée s’ils avaient été Juifs Tunisiens en 1956 ?

Évidemment il y a eu des prises de positions moins vertueuses. En 1954 Charles Haddad, président de la communauté israélite de Tunis (que Bourguiba avait reçu à plusieurs reprises), s'est prononcé dans un discours public en faveur du maintien de la présence française. La suspicion toujours quiescente, envers la communauté juive a trouvé de quoi se nourrir. La puissance occupante qui a toujours joué sur les différences, l’exemple le plus criant est le décret Crémieux - qui octroie aux juifs d’Algérie la nationalité française contrairement aux musulmans. Même s’il n’a jamais été appliqué en Tunisie – diviser pour régner a été la politique des puissances coloniales.

Et puis comment oublier 1948 et la création d’Israël et l’expulsion des Palestiniens de leurs terres. Il était demandé aux Tunisiens Juifs de choisir « entre la justice et leur mère ». Humainement, ce choix était impossible à faire pour des personnes qui durant 3000 ans ont récité à la fin des prières cette petite phrase : " l'an prochain à Jérusalem ".

Avec la création de l’État d’Israël, toute manifestation de sympathie ou acte de soutien envers Israël devenait synonyme de double allégeance, pire de traîtrise. Un dilemme insolvable. L’histoire est tragique.

Le déni, jusqu’à quand ?

Le déni est la limite de la dimension paranoïaque. Nous sommes ciblés, l’étranger et les traîtres locaux vous mentent, soit !
Mais objectivement, très récemment encore, le pays a dû affronter une vague de racisme anti-noir. Le sujet était les personnes qui étaient entrées en Tunisie clandestinement mais il se trouve qu’elles étaient majoritairement noires et il se trouve que les racistes ont profité de l’occasion pour donner libre cours à leurs instincts les plus bas. Malgré de nombreuses attaques - parfois à l’arme blanche - émaillées d’insultes anti-noirs, nous avons minoré ou nié l’existence de racisme chez nous. Malgré la levée de boucliers des ONG de défense des droits de l’homme et de la communauté internationale, nous avons assuré que la négrophobie n’existait pas en Tunisie. Circulez, il n’y a rien à voir. Était-ce la meilleure façon de rendre notre société plus humaine ?

Le problème est que la diabolisation du Juif a des racines profondes et différentes, il a eu lieu après leur départ mais il n’en est pas moins réel. Le déni dérive d’une interprétation qui refuse à chaque fois de prendre en compte la réalité des faits. La haine s’est amplifiée au fil des années.

Nous aurons beau crier haut et fort au monde entier qu’étant nous-mêmes sémites nous ne pouvons pas être qualifiés antisémites, cela n’y changera rien.

Il est clair que nos concitoyens et surtout ceux qui ont eu à côtoyer nos compatriotes Juifs et qui parlent de cette vie commune les larmes aux yeux, rejettent cette analyse des faits. La solidarité entre les deux communautés n’est pas une vue de l’esprit, même aujourd’hui elle reste forte. Les immigrés le savent bien, nos jeunes diplômés à l’étranger le vivent au quotidien, rencontrer et travailler avec un compatriote Juif est souvent une chance.

Pas d’amalgames, des meurtriers antisémites

Reconnaître qu’il y a un problème à traiter, accepter de lui attribuer les bons qualificatifs, est une étape nécessaire si l’on veut le traiter. Le déni est la limite de la dimension paranoïaque. L’exploitation du rejet de la dimension d’altérité de l’autre, celui qui nous ressemble tellement, n’est pas innocente dans le cas d’espèce. Ils trouvent des arguments dans l’actualité quotidienne en Palestine.

Mais il refuse de se poser la question, pourquoi le nombre de Tunisiens Juifs est passé de 150 000 ou 200 000 à, à peine 1500 personnes actuellement. Détrompez-vous, tous ceux qui sont partis ne l’ont pas fait de gaité de cœur et la Tunisie les a perdus. Ils sont partis parce qu’ils ne se sentaient plus en sécurité. Certains diront que personne ne les a obligés à partir ? C’est d’autant plus vrai que l’État n’a pas su ni pu rassurer; qu'il n’avait pas les moyens d’offrir les garanties de sécurité que tout pouvoir devrait offrir à ses citoyens. Mais malgré les efforts du gouvernement, la peur probablement alimentée par des mains non innocentes, a pris le dessus.

Aujourd’hui la lutte contre le racisme et l’antisémitisme mérite une réflexion nationale qui devra être suivie de l’élaboration d’un plan national contre toutes les formes de discrimination.

Nous ne sommes pas responsables, donc ne pouvons être qualifiés d’antisémites. 
La dénégation n’est qu’une affirmation déguisée sous la forme de la double négation. Il ne suffit pas de traiter les criminels de terroristes marginaux. Il est temps d’essayer de comprendre pourquoi nous sommes arrivés à accepter l’idée que tuer des Juifs lors d’un pèlerinage est un acte téléguidé pour nous pousser à reconnaître Israël ? Pourquoi la lutte du Peuple Palestinien pour ses droit est invoquée chaque fois qu’on tue des Juifs quelque part ?

Les intolérables injustices faites au Peuple Palestinien sont le fait du gouvernement israélien, on doit s’y opposer de toutes nos forces mais intelligemment pas bassement en justifiant l’injustifiable. Il faut être aveugle pour ne pas réaliser que nous sommes manipulés depuis 70 ans par des esprits étroits et que les intérêts des dictateurs qui nous ont gouvernés convergent avec ceux du gouvernement israélien.

Des deux bords, l'exploitation politique du désespoir, sème la haine dans une jeunesse qui est naturellement généreuse et aime la paix, elle l’enferme dans un nihilisme dangereux. Que de vies détruites, que de malheurs semés par la bêtise des politiques. C'est insupportable.

Il nous suffit de dépasser notre colère et nos préjugés pour voir que la meilleure façon d’aider les Palestiniens, n’est pas de tomber dans le négationnisme ou l’antisémitisme. C’est même le contraire qu’il faut faire.

Les discours enflammés des dictateurs, le racisme, les actes antisémites font beaucoup de mal au monde arabe. La Tunisie a toujours essayé de rester à l’écart et ne s’est jamais laissée emporter par la haine. Elle ne le fera pas aujourd’hui.

Affronter la réalité, sortir du déni que les discours démagogiques exploitent, refuser d’amalgamer la défense des droits légitimes des Palestiniens à un État et les actes antisémites, est une dérive qu’il faut dénoncer.

Lutter contre ces démons qui rongent le monde et qui sont les montures des régimes autoritaires. J’ai dit racisme, xénophobie et antisémitisme. Éduquer la jeunesse, punir les actes racistes et antisémites, raconter objectivement l’histoire de ces idéologies qui reviennent en Europe et ailleurs; et qui dans le passé, ont fait de la haine de l’autre, du voisin, du plus proche, celui qui est comme nous, leur fonds de commerce. Ne pas oublier qu’elles ont fait des millions de morts.

Au-delà de l’insupportable spectacle de la violence qui s’exerce à l’encontre des minorités, nous devons garder en tête que la brutalité affecte celui qui en fait les frais comme celui qui la prodigue. 

La souffrance du premier étant indissociable de l’aliénation du second. 

Parole d’Albert Memmi. Un Tunisien … juif.


* Jerba l'ibadite.


dimanche 23 avril 2023

Encore une victime du wokisme et de ses imbécillités ...

MEFIEZ-VOUS DES WOKISTES ...

Après s'en être pris aux savants, aux philosophes, aux sculpteurs, aux artistes, au cinéastes ... voilà qu'on s'attaque aussi aux écrivains ... pour les revisiter à l'aulne du wokisme; comme si les lecteurs ne sont pas capables de faire la part des choses et de comprendre l'oeuvre dans son époque ! C'est infantiliser les gens, en procédant de la sorte !!

Circulent sur FB des vidéos de wokistes pour faire l'éloge des dictatures communistes (Russie, Chine ...) ... au nom des droits de l'homme !

Ils réécrivent l'histoire à l'aulne des valeurs actuelles, dont celle des droits de l'homme, produit de la Révolution française et donc du siècle des Lumières, pour rappel !

Leur dada : l'esclavage et le colonialisme qui fondent le wokisme ce c
ourant de pensée d'origine américaine qui dénonce les injustices et les discriminations.

Esclavage et colonialisme pratiqués par toutes les puissances depuis la nuit des temps !
Les puissances occidentales (Europe, Amérique ...), tout comme les puissances orientales (Dynasties arabes, Dynastie turque des Ottomans ...) ont colonisé et pratiqué l'esclavage sous toutes ses formes.

Mais les wokistes brouillent les pistes et les cartes géopolitiques et plaident souvent pour le communisme, cette idéologie responsable de plus de malheur et de plus de morts au siècle dernier que durant les 2 guerres mondiales.

R.B

Nathalie Bianco

Elle ne s’annonce pas terrible, la prochaine enquête d’Agatha Christie. On connait déjà la victime (Le respect de l’auteur), le coupable (L’éditeur) et on a aussi le mobile du crime : Cette volonté idiote de vouloir à tout prix purifier la littérature, afin qu’elle soit en phase avec les obsessions du moment.

La vénérable reine du crime ne sera pas la première à faire les frais de ces retouches, puisqu’avant elle, d’autres britanniques ont vu leur oeuvre passée à la moulinette progressiste : les textes de Ian Fleming, l'auteur des James Bond ou ceux de Roald Dahl par exemple, ont été expurgés de « toute référence au poids, à la santé mentale et aux considérations raciales ». C’est qu’il s’agit avant-tout de « coller à son époque » et de « gommer ce qui peut être en décalage avec la sensibilité d’aujourd’hui ».
Même dans la littérature jeunesse, les livres de Martine, Du Club des cinq ou de Alice détective ont déjà été « modernisés » de manière à être plus simples et plus accessibles.
Dans le Club des cinq, on a coupé les descriptions trop longues, supprimé le passé simple et rétablit l’équilibre de manière à ce que les garçons pleurent autant que les filles. On a même doté les héros de smartphone, afin que les petits lecteurs ne soient pas trop déroutés.
J’ai hâte de lire la suite de ces mises au goût du jour.
Le loup du petit chaperon rouge qui dévore des Big Mac double cheese plutôt que des grands-mères, Oui-oui qui devient éco-anxieux et passe à la voiture électrique pour lutter contre le réchauffement climatique ou encore la Comtesse de Ségur 2.0 avec « Les petites filles modèles » qui envoient des nudes sur Snapchat, ça aura de la gueule !

Pendant ce temps, les parents redécouvriront Hercule Poirot, qui aura troqué son honteux statut de vieux mâle blanc cisgenre-belge pour celui de détective-rappeur-congolais. « Wesh, frérot, fais marcher tes petites cellules grises ! » dira notre héros enfin décolonisé. (La moustache sera conservée, pour garder le coté pittoresque souhaité par l’auteur).
Quant à Miss Marple, pourquoi ne pas lui recréer une identité plus inclusive et en faire une aimable vieille personne à pénis qui s’identifie à une femme et qui, grâce à sa sagacité, résoudrait des énigmes sans jamais quitter son fauteuil ? Parfois, au détour d’un mouvement, lorsqu’elle se pencherait et décroiserait les jambes, sa sobre jupe en tweed gris laisserait apparaître de manière fugace son service trois pièces, harmonieusement coordonné à son service à thé.
Plus sérieusement, dans « les cinq petits cochons », Agatha Christie fait dire à un de ses personnages : « les gens qui nous font le plus de mal sont ceux qui prétendent nous empêcher, dans notre propre intérêt, de voir les choses telles qu’elles sont ». Si on rajoute « …ou telles qu’elles ont été » c’est parfait.

Chaque livre, chaque film, chaque œuvre est non seulement le reflet intouchable de la vision de l’auteur, mais aussi un témoignage qui raconte un morceau de notre histoire. Parfois, on est troublé d’y trouver des résonances avec l’actualité, ou de constater que, même à des siècles d’écarts, les émotions restent universelles. D’autres fois, on est surpris, effaré ou choqué de découvrir certaines idées alors populaires et on mesure avec soulagement à quel point les choses ont changé. Comment appréhender ces évolutions si la réalité d’hier a été gommée ?
Tout cela est très cohérent et relève d’une volonté de prendre le lecteur pour un crétin fragile, non seulement infoutu de lire des phrases longues formulées à un temps autre que le présent de l’indicatif, mais aussi incapable de se faire bousculer, de prendre du recul et de remettre un texte dans le contexte de son époque.
Il y a pourtant de la place pour tout le monde et ceux qui tiennent absolument à lire des œuvres « morales », garantis 100 % sans offense peuvent tout à fait le faire. Plutôt que de bidouiller les écrits existants, personne n’empêche les écrivains d’aujourd’hui d’en écrire de nouveaux et les éditeurs d’en publier… Créer, c’est toujours mieux qu’effacer.
`
Au final, cette volonté de lisser la littérature, d’en faire un objet marketing prémâché et prédigéré me fait penser à certaines pâtisseries industrielles : c’est souvent soit sec et fade, soit trop sucré et écœurant. Mais du moment qu’on ne nous les impose pas, que ceux qui aiment ça, les mangent.
Et si ça les étouffe un peu, qu’ils les trempent donc dans le thé. Il parait que Miss Marple en fait un excellent !

samedi 22 avril 2023

Quand le populisme gagne les journalistes aussi ...

Est-ce de courir après les réseaux sociaux que de plus en plus des journalistes aussi bien France qu'en Tunisie, en oublient le b.a.-ba de leur déontologie ? Ce faisant, ils font le lit du populisme qui touche de plus en plus les pays démocratiques et affaiblit la démocratie en ces pays.

R.B

DÉONTOLOGIE !
Une idéologie médiatique. Brice Couturier*, ancien journaliste de France Culture dénonce la complaisance de certains de ses confrères dans le traitement de la réforme des retraites, notamment au sujet des violences commises en marge des manifestations.
Avec la réforme des retraites, je suis vraiment surpris – le mot est faible – de la ligne éditoriale adoptée par France Inter. La sympathie de journalistes pour les détracteurs de la réforme peut se comprendre, puisqu’ils sont concernés comme les autres salariés. Que la déontologie journalistique, qui doit équilibrer les opinions, disparaisse au profit d’un parti pris généralisé en faveur des syndicats et/ou manifestants pose question. On a frisé l’intox. » Témoignage d’un auditeur, « sympathisant socialiste depuis toujours », relevé sur le site de la médiatrice de Radio France, jeudi 13 avril.
Rarement l’audiovisuel public aura affiché ses préférences politiques avec aussi peu de discrétion. En novembre 1990, lorsque Michel Rocard arrachait à une Assemblée nationale où il n’avait pas de majorité la création de la CSG grâce au 49.3, n’échappant que de cinq voix à une motion de censure, la rédaction de France Inter ne parlait pas encore de « passage en force ». Aujourd’hui, elle relaie sans vergogne les éléments de langage de la Nupes. « Les Français » sont « en colère », « révoltés » par ce « déni de démocratie ». Du côté des commentateurs, on met en cause la légitimité des élus en lui opposant celle de « la foule » et même celle du Conseil constitutionnel, qui devrait se plier… à la loi des sondages. Heureusement qu’il ne l’a pas fait lorsque lui a été soumise la peine de mort.
Narratif syndical. Nos confrères ont fait preuve, en revanche, d’une grande discrétion pour caractériser les 20 000 amendements déposés par l’opposition afin d’empêcher l’examen du projet de loi : après soixante-dix heures de débat, les députés en étaient encore à l’article 2. Vous avez entendu les mots « blocage », « sabotage » ? Grande discrétion aussi en matière de comparaisons internationales sur l’âge de départ en retraite : ne pas perturber le narratif syndical… Les journalistes ont souvent accusé le gouvernement d’avoir mal expliqué sa réforme. Mais lorsqu’un ministre tentait de le faire, il était interrompu toutes les dix secondes.
Aux JT de France 2 et de France 3, les syndicalistes ont alterné avec les micros-trottoirs. Selon le compte Twitter Médias citoyens, « sur les 34 micros-trottoirs diffusés entre le 10 mars et le 10 avril sur le 13 Heures par France 2, 89 % des avis étaient hostiles à la réforme des retraites, ce taux pouvant atteindre 100 % les jours de grève ». Au JT de France 2, on a fait la promotion des caisses de soutien aux grévistes. Quant aux violences en marge des manifestations, elles sont presque constamment… policières. France Info nous informait samedi que « la loi a été promulguée cette nuit par Emmanuel Macron »… Ce qui a permis à Manon Aubry de déclarer sur BFM TV que « Macron a promulgué le texte en plein milieu de la nuit, comme un voleur, en catimini ». Un niveau de désinformation rarement atteint dans le passé : le Journal officiel est diffusé dans la nuit. Le Monde, de son côté, n’hésite pas à relayer la fake news de la LDH selon laquelle « les forces de l’ordre ont interdit au Samu de se rendre sur le terrain de la manifestation » de Sainte-Soline. Ce qui a été démenti par le Samu lui-même.
Directeurs de conscience. Privé de la primeur de l’information par les réseaux sociaux, notre métier aurait pu évoluer vers des spécialisations (en économie, droit, environnement, histoire, etc.). Cela aurait permis aux journalistes de mettre les événements en perspective, d’aider le public à décrypter le sens des courants profonds par-delà les miroitements de surface. Au lieu de quoi, nombre de confrères se sont reconvertis en directeurs de conscience. Leur nouvelle vocation consistait à redresser les idées erronées et à rappeler à l’ordre les déviants en censurant leurs « dérapages ». Renonçant à dire le vrai, ils prétendaient prononcer le juste.
À présent, il existe, au contraire, une prime à la transgression sur les nouveaux médias audiovisuels d’extrême droite, comme CNews et Sud Radio. Là, comme chez Hanouna, les « dérapages » sont payants. Ils « font le buzz ». Et les journalistes professionnels sont débordés par les vociférateurs de plateaux, les complotistes délirants, les agents d’influence de Poutine.
Le résultat est double. D’une part, le public est en train de perdre confiance dans les médias traditionnels. Selon un récent sondage Viavoice, 70 % des Français estiment que « l’information est trop orientée et pas assez impartiale ». D’autre part, comme aux États-Unis, les médias entretiennent une polarisation qui risque de rendre notre pays ingouvernable.

* Essayiste. Coauteur de « L’Entreprise face aux revendications identitaires » (PUF).

vendredi 7 avril 2023

Le macronisme et ses limites ...

Le macronisme est né le jour où Emmanuel Macron ministre de François Hollande était choqué et déçu des parlementaires de droite (LR) comme de gauche (socialistes) qui soutenaient son projet de loi mais l'avaient lâché en votant contre en séance plénière au parlement. 
Ce soir-là Brigitte Macron dit que son mari est rentré sans rien dire et joua du piano comme un dieu pour évacuer sa colère. Ce n'est que le lendemain qu'il lui annoncera qu'il se présentera à l'élection présidentielle et qu'il formera son propre parti EM; prenant ce qu'il y a de bon à gauche et ce qu'il y a de bon à droite ... annonçant par la même sa politique du "en même temps". 
Macron a misé sur l'intelligence des Français, persuadé qu'un pays se gouverne au centre ... mais les hommes, sont les hommes !
Et depuis, il va tout faire pour pousser dans leur retranchement les partis traditionnels, d'abord les socialistes puis LR, obligeant leurs membres à tomber le masque et montrer de quel bord ils sont réellement pour en finir avec l'hypocrisie : ce qui finit par imploser le PS, puis le LR.
La nature ayant horreur du vide, il fera (volontairement ou involontairement ?) le jeu des extrêmes : extrême droite (Marine Le Pen/FN) & extrême gauche (Melenchon/LFI) qui vont récupérer les transfuges des partis dits traditionnels transformant ces partis en coquilles vides.
R.B 

Jean-Pierre Ryf

Chacun sait que j’ai adhéré, dés le début, aux propositions d’Emmanuel Macron et à son analyse de la situation politique et à sa théorie politique du « en même temps », c'est-à-dire, dans le fond un positionnement au centre avec des projets de droite mais également de gauche. Cela me paraissait correspondre à la situation où les partis de gouvernement, de gauche et de droite, faisaient déjà des politiques qui prenaient en compte des idées de gauche et de droite. Je pourrai en citer mille exemples.

J’ai ensuite été déçu en constatant que, dans la réalité, le projet penchait plutôt à droite même s’il est indiscutable qu’il y a eu des projets que la gauche aurait pu porter.

Les évènements récents, l’attitude des partis extrêmes et les sondages, m’ont conduit à mettre en question ce positionnement politique de M. Macron qui a pour conséquence inéluctable, la disparition de l’alternance républicaine pour n’offrir aux électeurs qu’une alternance vers les extrêmes.

En effet, la théorie macroniste a conduit - chacun peut le constater - à faire quasiment disparaître la droite et la gauche de gouvernement. Les Républicains ont été conduits au bord de la disparition et ont connu une chute massive de leurs électeurs ; et que dire du Parti socialiste dont on peut se demander s’il existe encore ?

Or si cette théorie du ni gauche ni droite, du gauche et droite en même temps réussissait, cela signifierait la disparition de l’alternance politique, le macronisme ayant vocation à demeurer au pouvoir. Dès lors, il est clair que la seule alternance qui serait offerte aux électeurs serait celle qui conduit aux extrêmes de droite ou de gauche, c'est-à-dire très clairement à des régimes dangereux pour la paix civile.

Cette situation est très dangereuse et constitue un véritable péril. Le maintien infini des macronistes au pouvoir serait la conséquence de cette absence d’alternance ; or, l’alternance est la respiration nécessaire de la démocratie. Elle offre un choix alternatif aux électeurs et rend, dés lors, le vote utile et porteur de changement.

Pour moi, ce n’est pas la personne du Président Macron qui est en cause car il reste, selon moi, une personnalité brillante, qui a des idées tout en étant dans la nuance ; et je m’étonne même de la haine qu’il suscite.

Ce qui est clairement en cause, c’est sa doctrine politique qui s’avère néfaste et dangereuse.

Il me paraît indispensable, sous peine de graves conséquences, que réapparaisse le clivage gauche de gouvernement / droite de gouvernement. Pour ma part je souhaiterai que Bernard Cazeneuve développe son parti de gauche républicaine ; et je verrai bien, à droite, Edouard Philippe prendre la tête d’une droite républicaine et enfin François Bayrou incarner le Centre.

Une vraie alternance, serait alors possible sans que les citoyens mécontents de la politique menée ne soient contraints d’aller vers les extrêmes avec les conséquences catastrophiques que cela aurait pour la paix civile.

***

Bernard CAZENEUVE *

Sortir enfin de l’impasse politique

Ce paysage dévasté, celui de la politique et des institutions abaissées, suffirait à nourrir l’inquiétude de nos concitoyens. Il dessine hélas bien davantage : une impasse démocratique majeure qui acculera les Français, si rien ne se passe à la pire des solutions, celle du choix de la droite extrême et de l’extrême droite.

Alors que dans un pays fracturé et sous tension, le mouvement social se poursuit contre la réforme des retraites, la stratégie du pouvoir est manifestement celle du pourrissement.

Le tacticisme y faisant office de boussole, on doit gager, en haut lieu, que les images de violence, diffusées en continu sur les chaînes d’information, finiront par exaspérer les Français, épris de justice, et que le retour à l’ordre deviendra alors leur seule aspiration. C’est oublier que le désordre a une cause et qu’il est probable que ceux qui ont pour partie, contribué à l’instaurer, en imposant au pays une réforme malmenante et mal menée, ne seront pas considérés par les Français, comme les tenants légitimes d’un ordre qui leur garantirait la justice.

Il faut de surcroît se méfier des effets escomptés des calculs politiques de court terme. Ils finissent toujours par donner à l’extrême droite l’opportunité de se présenter comme le seul parti de l’ordre, après que l’irresponsabilité de plus en plus largement partagée, lui aura permis de se dédiaboliser à bon compte.

Une autre réalité s’impose, elle aussi préoccupante, celle de la relation complaisante que certains pans de la société entretiennent désormais avec l’extrémisme. A cet égard, les images de Sainte-Soline ont elles aussi révélé un temps, où la violence devenue ordinaire, le rejet des principes de l’Etat de droit et la haine de la police s’assument comme des convictions politiques ordinaires. Dans un tel contexte, l’usage proportionné de la force devrait toujours guider l’Etat lorsqu’il s’emploie à contenir la violence, sauf à vouloir prendre le risque de tomber délibérément dans le piège que lui tendent ceux qui exècrent jusqu’à son principe.

Confrontation. 

Que le Parlement contrôle l’action du gouvernement en ces matières où la polémique fait rage serait utile, pour que le nécessaire débat puisse enfin s’instaurer sur des bases rationnelles, et que nul ne puisse attiser le feu qui couve, avec pour seule préoccupation d’en tirer un bénéfice pour lui-même.

A l’origine des excès que les Français subissent douloureusement, on trouve l’intention à peine dissimulée d’instiller partout les ferments de la confrontation, en dressant contre les institutions, et ceux qui les incarnent, le plus grand nombre : cynisme une fois encore de ceux qui font passer les démocrates pour des oppresseurs et les dictateurs, qui tirent à balles réelles sur leurs peuples, à l’instar de Nicolás Maduro, pour des libérateurs.

Ce paysage dévasté, celui de la politique et des institutions abaissées, suffirait à nourrir l’inquiétude de nos concitoyens. Il dessine hélas bien davantage : une impasse démocratique majeure qui acculera les Français, si rien ne se passe – et sans mauvaise conscience – à la pire des solutions, celle du choix de la droite extrême et de l’extrême droite. Si l’on considère toujours que là où il y a un chemin, demeure une espérance, il faut affirmer sans tarder les quelques pistes d’un renouveau démocratique et ne plus distraire aucune énergie qui pourrait contribuer à les rendre crédibles.

Il est d’abord urgent de guérir notre système politique de l’illusion qu’il suffirait de concepts forgés par des communicants sans conviction, pour convaincre le peuple qu’une politique sans projet serait pertinente et que les lieux de pouvoir demeurent des lieux de puissance. La verticalité n’est pas l’efficacité, et l’autorité de l’Etat ne sera pas restaurée aussi longtemps que les conditions de la confiance ne le seront pas aussi. Il y faudra du temps, car le nécessaire dialogue n’ira pas sans la reconstitution de corps intermédiaires puissants – syndicats et partis politiques – avec lesquels bâtir des coalitions pour redresser le pays et des compromis pour gouverner.

Sursaut. 

A défaut de ce sursaut, on continuera à antagoniser tous ceux qui vivent dans le sentiment du mépris et de la relégation. Si l’on veut notamment éviter que la radicalité, qui s’est emparée d’une partie de la jeunesse, ne se transforme en extrémisme, il n’y aura pas d’autres choix que de donner un débouché politique à la volonté légitime des générations nouvelles de pouvoir continuer à vivre sur la planète, en préservant ses biens communs. Il faudra pour cela répartir plus équitablement les ressources, après des décennies de productivisme, qui ont réduit l’espérance d’une vie meilleure à l’accroissement de richesses matérielles, au prix d’inégalités sociales en hausse continue et de ressources naturelles en constante réduction. 

Certes, les élections doivent demeurer l’instrument privilégié de la définition par le peuple de ses choix souverains, mais entre les moments où le suffrage oriente la politique de la Nation, il faudra inventer de nouvelles formes de concertation pour que les grands projets d’infrastructures puissent faire l’objet d’un dialogue approfondi, qui les rendent acceptables et soutenables pour les générations nouvelles. A défaut d’une telle méthode, le ministère de l’Intérieur deviendra injustement celui de toutes les crises et l’objet de tous les ressentiments, au grand détriment de l’Etat et de l’affirmation de son indispensable autorité.

Ces préoccupations simples, et qui ne sont que de bon sens, apparaîtront sans doute désuètes aux tenants d’une modernité frelatée, qui aspirent à voir la disruption et la colère entretenues se confondre avec le génie. Elles sont pourtant seules de nature à permettre le retour de la nécessaire sagesse : celle que le peuple français – intelligent et ardent à la fois – chérit, comme il chérit la concorde. Pour les républicains les plus convaincus, l’unité et l’indivisibilité de la République ne se conçoivent pas sans la justice et tous les chemins pour y parvenir doivent être empruntés, puisque tel est notre premier devoir.

* Bernard Cazeneuve, est ancien Premier ministre de François Hollande