mardi 28 juillet 2020

La grande Gisèle nous quitte

La tunisienne qui a permis à la femme française la maîtrise de sa reproduction ... longtemps après la femme tunisienne, à laquelle Bourguiba avait accordée le droit d'avorter, en multipliant les centres de planning familial pour maîtriser la natalité en Tunisie et la démographie par la même occasion. Une féministe convaincue qui a défendu le droit pour les femmes de disposer de leur corps et qui sera à l'origine de la loi anti-viol.
Qu'elle repose en paix !
R.B
 Gisèle Halimi - Sa bio et toute son actualité - Elle

La célèbre militante féministe et femme politique franco-tunisienne, Gisèle Halimi est morte ce mardi 28 juillet 2020 à Paris. Née à La Goulette, à la banlieue nord de Tunis, le 27 juillet 1927 d’une mère juive et d’un père d’origine berbère. Elle entreprend des études au lycée de jeunes filles de Tunis.

En 1949 elle entre au barreau de Tunis et poursuit sa carrière d’avocate à Paris en 1956, après des études à la Faculté de droit et de lettres de Paris et à l’Institut d’études politiques de Paris.

Qui était, pour vous, Bourguiba ? Un visionnaire, répondit-elle dans une interview au journal Le Parisien en avril 2000 dont voici les extraits : Il avait très tôt compris que le degré de liberté accordé à la femme est un révélateur du degré de modernité d’un pays.

Lui ne regardait pas les femmes comme une catégorie en péril. Il a vu ce que beaucoup d’Occidentaux ne comprennent pas encore : pas de développement sans les femmes. L’urgence était de les intégrer, et à part entière.

Et il n’y est pas allé de main morte. Utilisant le Coran, il a mis le droit religieux en échec. Il a fait disparaître la répudiation, les mariages précoces. Il a instauré le divorce par consentement mutuel dès 1956.

En 1961, il disait oui à la contraception et, un an plus tard, à l’avortement. Aujourd’hui, l’alphabétisation est réussie à 92 %. Je rentre du Maroc : le contraste est effrayant. Là-bas, 70 % des femmes sont analphabètes. Et le taux atteint 90 % dans les campagnes. L’élan initial semble pourtant s’être vite arrêté. En 1967, Bourguiba a été victime d’un accident cardiaque assez sérieux.
Il en est sorti diminué. Mais sa nature extrêmement autoritaire est demeurée intacte. Il brûlait toujours d’une volonté de réussir. Forcément, il y a eu, à la longue, des dégâts, des erreurs, la répression. Le responsable, c’était lui ? Il en a rejeté la responsabilité sur les courroies de transmission du régime.

Là se sont tournées, pour la Tunisie, des pages noires. Quel était son âge exact ? Je n’ai jamais su. Bourguiba, c’est comme pour mon père. Il était « présumé né en ». Je disais toujours à mon père : « Tu carottes quelques années ».
Comme Bourguiba. D'après mon père, il était né en 1900. Certains disent : un an avant. Bref, il serait mort centenaire. À son époque, il n’y avait pas d’état civil. On savait simplement qu’on était né en été ou en hiver.

Fortement engagée dans plusieurs causes, elle milite pour l’indépendance de la Tunisie, mais aussi pour l’Algérie ; elle dénonce les tortures pratiquées par l’armée française et défend les militants du Mouvement national algérien poursuivis par la justice française.

À partir de 1960, elle prend la défense de Djamila Boupacha, militante du Front de libération nationale algérien, notamment dans le journal Le Monde.

Par la suite, elle co-signe avec Simone de Beauvoir « Djamila Boupacha, » livre dans lequel elle obtient de nombreux soutiens et la participation de grands noms comme Pablo Picasso dont le portrait de Djamila Boupacha figure sur la couverture.

Ariane Marwane : Gisèle fut choisie par Bourguiba pour le défendre, alors qu'elle n'avait que 23 ans et débutait dans le barreau ... plutôt que de s'adresser à un grand ténor déjà installé dans la profession.
من سجنه لم يختر بورقيبة أكبر المحامين للدفاع عنه وإنما اختار ووضع كامل ثقته في Gisèle halimi ذات 21 سنة والمتخرجة حديثا للدفاع عنه وعن القضية التونسية، كان بورقيبة أول حرفائها كمحامية وكانت مدافعة شرسة عن أبناء الحزب الدستوري الحر وأبناء الاتحاد العام التونسي للشغل
عندما تتحدث عن بورقيبة في مذكراتها تقول إن الرجل كان سابقا للتاريخ في ما يخص قضايا المرأة ويرى البعض أنها استلهمت من بورقيبة الكثير عندما قامت مع سيمون دي بوفوار تقديم قانون الطلاق بفرنسا فقد كان مرجعها مجلة الأحوال الشخصية بتونس ...
بورقيبة تعود علاقته بجيزيل بالطيب أو حليمي إلى سنة 1948 وكان دائما يقول لها " ما تنساش اللي أنت تونسية"
هي أيضا محامية الجميليتين : جميلة بوحيريد وجميلة بوباشة وأنقذتهما من حبل المشنقة
هي أيضا محامية مروان البرغوثي الذي طلب أن تكون ضمن فريق دفاعه من سجنه بإسرائيل
هي أيضا صديقة للرئيس الراحل الباجي قائد السبسي فقد كانا عضوين معا بالجمعية التونسية للمحامين الشبان
لم تكن إمرأة مهادنة أو ممن يمكن تساوم في القضايا الانسانية وكانت فطنة لا يرهبها الزعماء ولا رجالات السياسة...مما ترويه في مذكراتها أنها عندما التقت شارل ديغول طلبا لعفو رئاسي لأعضاء منظمة التحرير الجزائرية ،أراد ديغول ارباكها لأنها في تلك الفترة كانت في مرحلة طلاق فقال لها madame ou mademoiselle لكنها أجابته بكل ثقة appellez moi Maître
هذه هي ابنة حلق الوادي التي غادرت ساحات النضال الإنساني يوم أمس
رحمها الله ورحم الله كل الزعماء الذين سيخلدهم التاريخ

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Aziliz Le Corre

Sonia Mabrouk : « Le féminisme de Gisèle Halimi se conjuguait avec l’universalisme »

Avocate et grande figure du féminisme, Gisèle Halimi est morte le 28 juillet à l’âge de 93 ans. Sonia Mabrouk lui rend hommage.

Un café avec … Sonia Mabrouk, Juste Quelqu'un de bien, par Sarah Cattan -  Tribune Juive

Sonia Mabrouk est journaliste, animatrice sur CNews et Europe 1. Elle a notamment publié Douce France: où est (passé) ton bon sens?

FIGAROVOX. - Que retenez-vous de la figure de Gisèle Halimi? Vous reconnaissez-vous particulièrement dans ses combats?

Gisèle Halimi, c’est la Femme révoltée au sens camusien. Toute sa vie, elle a incarné une révolte positive, un refus constructif des injustices et de l’ordre établi. C’est pour cela que le rapprochement avec

Avocate, militante, écrivaine, politique, Gisèle Halimi a brillamment campé de multiples rôles qui offraient un seul et même visage, celui de la rectitude des idées. C’est aussi pour cela que de nombreuses générations de femmes - dont la mienne - et d’hommes se reconnaissent dans ses combats. Elle a toujours incarné une résistance pragmatique à tous les archaïsmes, à toutes les oppressions et aux différentes formes d’injustices. Au fond, elle fait partie de ces figures qui nous ont toujours rassurées sur notre devenir. Je fais ici référence à notre devenir civilisationnel qui transcende largement le strict aspect sociétal. À mes yeux, Gisèle Halimi restera comme l’une des gardiennes d’une aspiration à l’universalité, la défenseure d’une culture qui forme le socle de toute civilisation, et un être qui n’aura jamais perdu de vue son environnement au sens premier du terme. J’insiste sur ce point car l’Homme qui est conscient de la fragilité de sa civilisation est un être qui reste connecté avec la nature qui l’environne, avec le cycle des saisons et sa condition naturelle. Ce fut le cas de Gisèle Halimi qui a, toute sa vie durant, gardé un lien charnel avec ses terres, françaises et tunisiennes.

En 1989, après l’affaire du foulard de Creil, Gisèle Halimi quitte SOS Racisme et n’hésite pas à parler du voile comme d’un «apartheid». Pour elle, droits de l’Homme et droits des femmes sont indissociables?


À chaque polémique - et elles sont nombreuses - sur le voile, je me remémore. 


Plus récemment, Gisèle Halimi, avec le collectif «No Body for Sale», s’est exprimée contre la GPA pour dénoncer notamment «une extension du domaine de l’aliénation des femmes». Son engagement va-t-il à contre-courant du néo-féminisme?

 

Le débat sur la gestation pour autrui, même s’il symbolise de profondes fractures entre féministes, ne permet pas d’identifier des camps aussi nettement délimités que ne semble le suggérer votre question. J’en veux pour preuve l’engagement de grandes figures comme Sylviane Agacinski et Yvette Roudy qui, aux côtés de Gisèle Halimi, ont pris position contre la GPA à travers l’appel du collectif «No body for sale», lorsque d’autres voix tout aussi fortes et marquantes pour le féminisme, ont, à l’instar d’Élisabeth Badinter, soutenu sa légalisation assurant que la mère est celle qui élève l’enfant et défendant l’idée que l’instinct maternel en tant que tel n’existe pas. On voit bien que les lignes de fractures sont multiples et dépassent largement le cadre du strict débat féministe. Je pense que ces grandes figures comme Halimi ou Badinter, même si sur ce sujet leurs positions divergent, se placent surtout sur le terrain de l’humanité. Ainsi, le féminisme est d’abord un humanisme pour lequel la liberté des femmes ne va pas sans celle des hommes. Et réciproquement. C’est l’une des principales leçons de celles qui marqueront l’Histoire comme Gisèle Halimi.



5 commentaires:

  1. J'ai compté mes années ...

    André Gide :

    J'ai compté mes années et j'ai découvert que j'ai moins de temps à vivre ici que je n'en ai déjà vécu.

    Je n'ai désormais pas le temps pour des réunions interminables, où on discute de statuts, de règles, de procédures et de règles internes, sachant qu'il ne se combinera rien.

    Je n'ai pas le temps de supporter des gens absurdes qui, en dépit de leur âge, n'ont pas grandi.

    Je n'ai pas le temps de négocier avec la médiocrité.
    Je ne veux pas être dans des réunions où les gens et leur ego défilent.

    Les gens ne discutent pas du contenu, à peine des titres.
    Mon temps est trop faible pour discuter de titres.

    Je veux vivre à côté de gens humains, très humains.
    Qui savent sourire de leurs erreurs.
    Qui ne se glorifient pas de victoires.
    Qui défendent la dignité humaine et qui ne souhaitent qu'être du côté de la vérité et de l'honnêteté.
    L'essentiel est ce qui fait que la vie vaut la peine d'être vécue.
    Je veux m'entourer de gens qui savent arriver au cœur des gens.

    Les gens à qui les coups durs de la vie ont appris à grandir avec des caresses minces dans l'âme.

    Oui. J'ai hâte de vivre avec intensité, que seule la maturité peut me donner.

    J'exige de ne pas gaspiller un bonbon de ce qu'il me reste.
    Je suis sûr qu'ils seront plus délicieux que ceux que j'ai mangés jusqu'à présent.

    Personne n'y échappe : riche, pauvre, intelligent, démuni.

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  2. Fawzia Zouari : Gisèle, la Tunisienne

    https://www.liberation.fr/debats/2020/07/31/gisele-la-tunisienne_1795720?fbclid=IwAR1otAg6l1AsrSjZ3lhzU8wZX9_2wZt0zKMZ5kdNfxSC5TlTqx2k0faFuKo

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  3. UN HOMMAGE NATIONAL A LA GRANDE Gisèle HALIMI : le 8 mars, journée internationale des femmes !

    Un hommage bien mérité pour son militantisme et son féminisme réel et réaliste !

    Elle mérite d'enter au Panthéon de la République.

    https://www.nouvelobs.com/droits-des-femmes/20230301.OBS70197/emmanuel-macron-va-rendre-hommage-a-gisele-halimi-le-8-mars.html?fbclid=IwAR2ngYqsC2PSSyC3QqKwr6nBymvEf7xwm9yBCL5NORv6M7-aUjKxFNW3yWU

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  4. 8 MARS, JOURNEE INTERNATIONALE DES DROITS DES FEMMES

    Occasion pour Emmanuel Macron de rendre hommage à Gisèle Halimi la Tunisienne, véritable militante des droits des femmes et d'annoncer la prochaine constitutionnalisation du droit à l'avortement, pour confirme aux femmes leur droit sur leur corps !

    Une très belle cérémonie et un discours brillant de la part du chef de l'Etat ... comme d'habitude.

    PS : Les Tunisiennes seront-elles dignes de cette native de Radés, pour préserver les acquis que leur avait accordés Habib Bourguiba et défendre le CSP que les islamistes veulent annuler pour les soumettre à la chariaa et son obscurantisme ?
    Il faut l'espérer !

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  5. Jean-Pierre Ryf

    Très bel hommage d'Emmanuel Macron à Gisèle Halimi dans le cadre de la somptueuse première chambre de la Cour d'Appel de Paris avec derrière lui de nombreux avocats.
    Bon choix car Gisèle Halimi a été avocate toute sa vie et a honoré cette profession en menant des combats justes avec force et en œuvrant lorsqu'elle fut députée à la modification du serment qui auparavant mettait les avocats dans une sorte de dépendance. Sa robe d'avocate posée sur un banc disait cela.

    Dans son discours, le Président n'a omis aucun de ses grands combats ni celui contre les dérives du pouvoir en Algérie ni celui de la cause des femmes.
    Pour compléter cet hommage, je conseillerai la lecture d'un de ses premiers livres : Le lait de l'oranger, dans lequel elle raconte son enfance en Tunisie et déjà ses combats pour plus de justice. Il est, enfin, bien regrettable que certains pour des raisons de politique, se soient désolidarisés de cet hommage.

    https://www.nouvelobs.com/opinions/20230308.OBS70468/benjamin-stora-je-me-souviens-de-gisele-halimi-et-l-algerie.html?fbclid=IwAR1pqi6BOLVIDByIMuRMUXTI14uDZpvVAa1z_Vs8byw6mIQiX8OsmLanweY

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