vendredi 12 août 2016

Quoi de neuf, pour fêter la femme tunisienne ?

" N'oubliez jamais qu'il suffira d'une crise politique, économique ou religieuse pour que les droits des femmes soient remis en question."
Simone de Beauvoir  

Le 13 août c'est la fête de la femme en Tunisie, mais aussi celui du Décret du 13 août 1956, portant promulgation du Code du Statut Personnel par lequel la femme tunisienne a pu jouir grâce à Bourguiba de droits faisant d'elle l'égale de l'homme ... à quelques exceptions prés, dont l'héritage, concession faite aux barbus de l'époque qui tenaient déjà à leur chariaa !
Or depuis le 14 janvier 2011, tous les ans et tous gouvernements confondus, le provisoire comme celui issu des élections démocratiques ... nous font des discours pour honorer la femme tunisienne.
La femme tunisienne a besoin de choses plus concrètes pour l'honorer ! Des exemples ?
En voici dont pourrait s'inspirer la ministre chargée des affaires de la famille et de la femme tunisienne :
- A quand une loi accordant l'égalité dans l'héritage à la femme avec les hommes ?
- A quand un salaire égal pour un travail égal ?
- Comment se fait-il que la réversion de la pension de retraite soit accordée à la veuve en cas du décès du mari; alors que celle de la femme s'arrête à son décès ?

Les tunisiens savent qu'avec la crise économique, ce sont souvent les femmes qui se sacrifient et travaillent pour subvenir aux besoins de leurs familles ... parceque courageuses, elles acceptent souvent le déclassement professionnel et un salaire inférieur à celui de l'homme, pourvu qu'elles aient de quoi nourrir et élever leurs enfants, qu'elles élèvent souvent seules car le mari démissionnaire, s'il n'a pas été divorcé pour cause de violences conjugales, accepte mal le statut de chômeur et refuse le déclassement professionnel.
Violences qui traduisent souvent le mal être du mari face à la crise économique, acceptant mal de se voir entretenu par son épouse.

Alors au lieu de fêter de manière incantatoire la femme il faudrait que le législateur s’attaque à ses problèmes et les fasse évoluer.
La ministre de la femme serait bien inspirée de s'atteler à revoir ces injustices qui déshonorent les tunisiens qui veulent d'une Tunisie moderne ancrée dans son époque !

R.B
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Non, je ne fête pas le 13 août

Je reçois depuis quelques jours plusieurs invitations pour participer aux festivités relatives au 13 août. Structures étatiques, FNUAP, ATFD, CREDIF, UGTT, coalition des femmes et j'en passe.
Il est vrai que la plupart de ces associations continuent à profiter des dates symboliques comme le 8 mars ou le 13 août pour faire le bilan et surtout pour aller de l'avant.
Mais, si je n'ai pris part à aucune de ces festivités, c'est que faisant partie d'une génération qui s'est beaucoup intéressé à la question de l'égalité femme/homme, je me trouve aujourd'hui au point mort. Je suis désolée, excédée et désabusée. 
Certain(e)s parmi vous, s'étonneront de cette ingratitude et de ce pessimisme que rien ne justifie. La femme tunisienne n'a pas à se plaindre, il faut juste regarder nos voisines ici et là qui peinent encore à décrocher le droit au travail ou encore à l'enseignement. Pourquoi seulement nos voisines? Il faut juste regarder nos amies européennes qui militent encore pour un salaire égal à travail égal.
Certain(e)s autres me rappelleront, cet acte courageux, cet homme courageux qui a aboli la polygamie, qui a fait que le mariage et le divorce soient une affaire civile, contrôlée par l'Etat loin des diktats familiaux et tribaux.
Certain(e)s me rappelleront également que, depuis plus de 60 ans, la femme tunisienne a fait du chemin, qu'elle a gagné des batailles. Celle de la constitution en est la preuve.
Oui, j'en conviens, nous avons gagné des batailles et non les moindres: Une constitution qui prévoit l'égalité entre les citoyens et les citoyennes devant la loi et dans les droits et obligations.
Une constitution qui met à la charge de l'Etat l'obligation de garantir droits et libertés aux citoyens comme aux citoyennes (article 21). Une constitution qui invite l'Etat à garantir la représentativité et pourquoi pas la parité des femmes dans les conseils élus (articles 34 et 46).
Une constitution qui met à la charge de l'Etat l'obligation de garantir l'égalité des chances quelle que soit la responsabilité et quel que soit le domaine. Et, une constitution qui met à la charge de l'Etat l'obligation de prendre toutes les mesures à même de mettre fin à la violence subie par les femmes.
Demander plus relèverait donc d'un confort intellectuel inapproprié ici et maintenant.
Et pourtant, je ne fête pas le 13 août.

Je ne fête pas le 13 août car je ne me reconnais pas dans le code de statut personnel. Je ne me reconnais pas dans une disposition juridique qui me considère comme la moitié d'une personne (article 93 comme exemple). Je ne me reconnais pas dans une disposition juridique qui voit en moi non pas une valeur mais un prix (La dot : articles 12 et 13). Je ne me reconnais pas dans une disposition juridique, qui dans mes rapports avec mon mari, me renvoie aux usages et à la coutume. Je ne me reconnais pas dans une disposition juridique qui méconnaît toute notre réalité sociale, toutes classes confondues, en considérant le mari comme chef de famille. Je ne me reconnais pas dans une disposition juridique qui prévoit que mon mari me doit des aliments, oui oui des aliments, après la consommation du mariage (article 38).
Mais il n'y a pas que cela. Je ne fête pas le 13 août car depuis quelques années, on nous a obligé à faire des quelques acquis notre plafond de revendications. Parce qu'une femme tunisienne est encore privée de son droit le plus élémentaire: choisir la personne qui partagera sa vie en toute liberté et sans considérations de race, de langue et surtout de religion. Parce que dans sa vie professionnelle, une femme tunisienne atteint vite le plafond de verre. Celles qui arrivent à le briser, le font généralement aux dépens de plusieurs autres choses importantes dans leur vie.
Je ne fête pas le 13 août car dans mon pays, les femmes meurent encore en allant travailler, entassées comme du bétail, pour quelques dinars.
Je ne fête pas le 13 août car aucun des gouvernements qui se sont succédés depuis 2011, n'a pensé à la représentativité des femmes (je n'ose pas parler de la parité comme objectif) en dehors du politiquement correct et en dehors des calculs électoraux.
Je ne fête pas le 13 août car les partis de mon pays, "les modernistes" parmi eux, (les autres sont cohérents au moins) parlent des femmes, au nom des femmes sans trop laisser ces mêmes femmes parler au nom de leurs partis.
Je ne fête pas le 13 août car lorsqu'il est question de l'avenir de nos enfants et de notre pays, les studios de nos médias sont souvent meublés de costards...
Enfin, je ne fête pas le 13 août car notre pays, notre République, insiste encore pour garder les mains libres de tout accord international visant à éliminer toutes sortes de discrimination à l'égard des femmes. Notre République ne voit encore aucun mal à déroger à la CEDAW lorsque l'une de ses dispositions égalitaires présentera une contrariété avec l'article premier de la Constitution (lire ici avec l'Islam).
Alors, Mesdames, vous qui êtes toujours au premier rang. Vous qui êtes les véritables actrices du changement social. Vous qui avez encore du souffle pour mener toutes les batailles. Vous qui êtes l'esprit de cette nation, "montez à la tribune", je serai toujours à vos côté mais sans fêter le 13 août.
* Maître de conférences agrégée en droit public à la faculté des sciences juridiques de Tunis. Membre du bureau de l’association tunisienne de droit constitutionnel.

5 commentaires:

  1. Naila Silini :

    إلى صديقتي العزيزة سلوى: كلّ ما ذكرته صحيح.. ولذلك فسأحتفل بيوم 13 أوت، ولأنّ الرجعيين يرعبهم يوم 13 أوت أحتفل به لأصرخ وانادي وأندّد وافضح.. وهذا هو معنى الحفل في رأيي، لا أن ارقص وأتجمّل وأزغرد وأقف مثل دمية، أدعوك إلى الاحتفال بيوم 13 أوت على طريقتك أنت، وأن تعبّري على أحاسيسك أنت ، لأنّ الصمت والانزواء في أركان البيوت لن يفهمه هؤلاء قوّة ورفضا بل هو في نظرهم ضعف واستكانة وذلّ وخضوع لمشيئتهم، مشيئة تسعى إلى أن تجعل هذا اليوم عاديّا، ولم لا حزينا ومقرفا.. تأكّدي حبيبتي أنّ خروجك يزعجهم وصوتك يؤرقهم ويجعلهم كالكلاب المسعورة، وكلّما ازداد عويلهم تأكّدي أنّك تقدّمت خطوات في تحطيم أصنامهم التي صنعوها في مخيّلاتهم.. قدري وقدرك وقدرنا جميعا في الوقت الحاضر أن نحتفل بيوم 13 أوت ونحن نصرخ وننبّه.. عسى أن نكسر شوكتهم التي يخفونها لضرب ابنتي وابنتك وحفيداتي وحفيدات تونس جميعا... عاشت المرأة التونسية بما أوتيت من جأش وقوّة حتى تحمي عرينها.

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  2. DES FEMMES TUNISIENNES REFUSENT L'INVITATION DE CELUI QUI LES A TRAHIES !

    Jean Pierre Ryf :

    Mais elles ont tout a fait raison et on peut seulement regretter qu’elles ne soient pas plus nombreuses.

    Beji Caïd Essebsi qui se prétendait le successeur de Bourguiba n’est en réalité, qu’un traître à la cause des femmes.

    Il s’est servi d’elles pour accéder au pouvoir et s’allier aux islamistes destructeurs des droits des femmes.

    Pas plus tard qu’hier, un membre de la Choura d'Ennhadha a proposé de rétablir la polygamie !
    Et c’est avec ces gens là que BCE a fait alliance !!

    L’histoire ne retiendra de lui que sa traîtrise et l’autorisation qu’il a donné aux Frères musulmans nahdhaouis d’islamiser de manière rampante la Tunisie.

    La poubelle de l’histoire l’attend.

    http://kapitalis.com/tunisie/2016/08/13/fete-de-la-femme-des-tunisiennes-boudent-caid-essebsi/

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  3. Tunis Tribune.

    Tunisie: Le 13 Août 1956 Bourguiba mis fin à la polygamie.

    Le 13 août 1956, Bourguiba, alors Premier ministre, consacre tout son discours au CSP qui allait être promulgué trois jours plus tard. Il le décrit comme étant « une réforme radicale » et qui allait faire du mariage « une affaire de l’État, » un acte qui doit être supervisé par le droit public et la société dans son ensemble ».

    Rédigé par une quinzaine de juristes en majorité arabophones, sous la direction d’Ahmed Mestiri, le CSP est voté dans la foulée de l’indépendance et avant même la rédaction de la Constitution de 1959. Regroupé en douze livres, il donne ainsi aux femmes tunisiennes un statut inédit dans le monde musulman.

    Promulgué le 13 août 1956 par décret beylical de Lamine Bey, le CSP entre en vigueur le 1er janvier 1957.

    Cet acte s’inscrit dans une série de réformes qui touchent d’autres aspects de l’impact de la religion sur la société.

    https://www.facebook.com/TunisTribune/videos/vb.205982072925/10155118605002926/?type=2&theater

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  4. Emna Menif dénonce une révolution confisquée par les Frères musulmans, obligeant les tunisiennes à lutter pour conserver leurs acquis !

    Et voilà que Ghannouchi après avoir vilipendé la femme, se dit favorable pour son émancipation, comme il se dit "musulman-démocrate", pour faire oublier son appartenance à l'organisation internationale des Frères musulmans dont Erdogan donne un aperçu de leur islamisme "modéré" ...
    Discours pour berner l'Occident et les tunisiens crédules, à l'approche des échéances électorales, populisme oblige !

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  5. Djemila Benhabib :

    " Soit c'est le projet islamiste qui l'emporte, soit ce sont les femmes " !

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