lundi 2 novembre 2020

Arrête de m’appeler « frère » !

















Lettre ouverte à un soldat d’Allah

Prépare ta valise. Achète un billet. Change de pays. Cesse d’être schizophrène. Tu ne le regretteras pas. Ici, tu n’es pas en paix avec ton âme. Tu te racles tout le temps la gorge. L’Occident n’est pas fait pour toi. Ses valeurs t’agressent. Tu ne supportes pas la mixité. Ici, les filles sont libres. Elles ne cachent pas leurs cheveux. Elles portent des jupes. Elles se maquillent dans le métro. Elles courent dans les parcs. Elles boivent du whisky. Ici, on ne coupe pas la main au voleur. On ne lapide pas les femmes adultères. La polygamie est interdite. C’est la justice qui le dit. C’est la démocratie qui le fait. Ce sont les citoyens qui votent les lois. L’État est un navire que pilote le peuple. Ce n’est pas Allah qui en tient le gouvernail.

Tu pries beaucoup. Tu tapes trop ta tête contre le tapis. C’est quoi cette tache noire que tu as sur le front ? Tu pousses la piété jusqu’au fanatisme. Des poils ont mangé ton menton. Tu fréquentes souvent la mosquée. Tu lis des livres dangereux. Tu regardes des vidéos suspectes. Il y a trop de violence dans ton regard. Il y a trop d’aigreur dans tes mots. Ton cœur est un caillou. Tu ne sens plus les choses. On t’a lessivé le cerveau. Ton visage est froid. Tes mâchoires sont acérées. Tes bras sont prêts à frapper. Calme-toi. La violence ne résout pas les problèmes.

Je sais d’où tu viens. Tu habites trop dans le passé. Sors et affronte le présent. Accroche-toi à l’avenir. On ne vit qu’une fois. Pourquoi offrir sa jeunesse à la perdition? Pourquoi cracher sur le visage de la beauté?

Je sais qui tu es. Tu es l’homme du ressentiment. La vérité est amère. Elle fait souvent gerber les imbéciles. Mais aujourd’hui j’ai envie de te la dire. Quitte à faire saigner tes yeux.

Ouvre grand tes tympans. J’ai des choses à te raconter. Tu n’as rien inventé. Tu n’as rien édifié. Tu n’as rien apporté à la civilisation du monde. On t’a tout donné : lumière, papier, pantalon, avion, auto, ordinateur… C’est pour ça que tu es vexé. La rancœur te ronge les tripes.

Gonfle tes poumons. Respire. La civilisation est une œuvre collective. Il n’y a pas de surhomme ni de sous-homme. Tous égaux devant les mystères de la vie. Tous misérables devant les catastrophes. On ne peut pas habiter la haine longtemps. Elle enfante des cadavres et du sang.

Questionne les morts. Fouille dans les ruines. Décortique les manuscrits. Tu es en retard de plusieurs révolutions. Tu ne cesses d’évoquer l’âge d’or de l’islam. Tu parles du chiffre zéro que tes ancêtres auraient inventé. Tu parles des philosophes grecs qu’ils auraient traduits. Tu parles de l’astronomie et des maths qu’ils auraient révolutionnées. Tant de mythes fondés sur l’approximation. Arrête de berner le monde. Les mille et une nuits est une œuvre persane. L’histoire ne se lit pas avec les bons sentiments. Rends à Mani ce qui appartient à Mani et à Mohammed ce qui découle de Mohammed. Cesse de te glorifier. Cesse de te victimiser. Cesse de réclamer la repentance. Ceux qui ont tué tes grands-parents sont morts depuis bien longtemps. Leurs petits-enfants n’ont rien à voir avec le colonialisme. C’est injuste de leur demander des excuses pour des crimes qu’ils n’ont pas commis.

Tes ancêtres ont aussi conquis des peuples. Ils ont colonisé les Berbères, les Kurdes, les Ouzbeks, les Coptes, les Phéniciens, les Perses… Ils ont décapité des hommes et violé des femmes. C’est avec le sabre et le coran qu’ils ont exterminé des cultures. En Afrique, ils étaient esclavagistes bien avant l’île de Gorée.

Pourquoi fais-tu cette tête ? Je ne fais que dérouler le fil tragique du récit. Tout est authentique. Tu n’as qu’à confronter les sources. La terre est ronde comme une toupie, même s’il y a un hadith où il est écrit qu’elle est plate. Tu aurais dû lire l’histoire de Galilée. Tu as beaucoup à apprendre de sa science. Tu préfères el-Qaradawi. Tu aimes Abul Ala Maududi. Tu écoutes Tarik Ramadan. Change un peu de routine. Il y a des œuvres plus puissantes que les religions.

Essaie Dostoïevski. Ouvre Crime et châtiment. Joue Shakespeare. Ose Nietzche. Quand bien même avait-il annoncé la mort de Dieu, on a le droit de convier Allah au tribunal de la raison. Il jouera dans un vaudeville. Il fera du théâtre avec nous. On lui donnera un rôle à la hauteur de son message. Ses enfants sont fous. Ils commettent des carnages en son nom. On veut l’interroger. Il ne peut pas se dérober. Il doit apaiser ses textes.

Tu trouves que j’exagère ? Mais je suis libre de penser comme tu es libre de prier. J’ai le droit de blasphémer comme tu as le droit de t’agenouiller. Chacun sa Mecque et chacun ses repères. Chacun son dieu et à chaque fidèle ses versets. Les prophètes se fustigent et la vérité n’est pas unique. Qui a raison et qui a tort ? Qui est sot et qui est lucide ? Le soleil est assez haut pour nous éclairer. La démocratie est assez vaste pour contenir nos folies.

On n’est pas en Arabie saoudite ni au Yémen. Ici, la religion d’État, c’est la liberté. On peut dire ce qu’on pense et on peut rire du sacré comme du sacrilège. On doit laisser sa divinité sur le seuil de sa demeure. La croyance, c’est la foi et la foi est une flamme qu’on doit éteindre en public.

Dans ton pays d’origine, les chrétiens et les juifs rasent les cloisons. Les athées y sont chassés. Les apostats y sont massacrés. Lorsque les soldats d’Allah ont tué les journalistes, tes frères ont explosé de joie. Ils ont brûlé des étendards et des bâtiments. Ils ont appelé au jihad. Ils ont promis à l’Occident des représailles. L’un d’eux a même prénommé son nouveau-né Kouachi.

Je ne comprends pas tes frères. Il y a trop de contradictions dans leur tête. Il y a trop de balles dans leurs mitraillettes. Ils regardent La Mecque, mais ils rêvent de Hollywood. Ils conduisent des Chrysler. Ils chaussent des Nike. Ils ont des IPhone. Ils bouffent des hamburgers. Ils aiment les marques américaines. Ils combattent « Satan », mais ils ont un faible pour ses produits.

Et puis, arrête de m’appeler « frère ». On n’a ni la même mère, ni les mêmes repères. Tu t’es trop éloigné de moi. Tu as pris un chemin tordu. J’en ai assez de tes fourberies. J’ai trop enduré tes sottises. Nos liens se sont brisés. Je ne te fais plus confiance. Tu respires le chaos. Tu es un enfant de la vengeance. Tu es en mission. Tu travailles pour le royaume d’Allah. La vie d’ici-bas ne t’intéresse pas. Tu es quelqu’un d’autre. Tu es un monstre. Je ne te saisis pas. Tu m’échappes. Aujourd’hui tu es intégriste, demain tu seras terroriste. Tu iras grossir les rangs de l’État Islamique.

Un jour, tu tueras des innocents. Un autre, tu seras un martyr. Puis tu seras en enfer. Les vierges ne viendront pas à ton chevet. Tu seras bouffé par les vers. Tu seras dévoré par les flammes. Tu seras noyé dans la rivière de vin qu’on t’a promise. Tu seras torturé par les démons de ta bêtise. Tu seras cendre. Tu seras poussière. Tu seras fiente. Tu seras salive. Tu seras honte. Tu seras chien. Tu seras rien. Tu seras misère. 

* Poète, romancier, dramaturge et chroniqueur québécois, d’origine kabyle.

3 commentaires:

  1. Amin Zaoui:

    Un nombre important de nos compatriotes qui vivent en Europe, s'agrippent à l'islam politique, et refusent l'état laïc du pays d'accueil.

    Alors que leurs pairs qui vivent sur le sol national, rêvent de partir et le plus vite possible, vers cet exil, abandonnant leur pays musulman où l'islam est la religion de l'Etat !!

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  2. Rosa Luxembourg* évoque l'organisation communiste en Kabylie.

    "Chez les Kabyles, les groupements familiaux s'étaient déjà décomposés en ramifications distinctes, mais la puissance des familles restait grande : elles étaient solidairement responsables pour les impôts, achetaient ensemble le bétail destiné à être réparti entre les ramifications de la famille comme nourriture; dans tout litige concernant la propriété du sol, le conseil de famille était l'arbitre suprême; pour s'installer au milieu des Kabyles, il fallait l'autorisation des familles; le conseil des familles disposait même des terres non cultivées. Mais la règle était la propriété indivise de la famille qui n'englobait pas, au sens européen actuel, un seul ménage mais était une famille patriarcale typique, telle qu'elle est décrite dans la Bible pour les anciens Israélites, un grand cercle de parents, composé du père, de la mère, des fils, de leurs femmes, des enfants, des petits-enfants, des oncles, tantes, neveux et cousins.

    Dans ce cercle, dit en 1870 un autre Français, Letourne, la propriété indivise est à la disposition du plus ancien membre de la famille qui est élu dans ces fonctions par la famille et doit consulter le conseil de famille dans tous les cas importants, en particulier pour la vente et l'achat de terrain. Telle était la situation de la population en Algérie lorsque les Français en firent leur colonie.

    Il en alla pour la France en Afrique du Nord comme pour l'Angleterre aux Indes. Partout, la puissance coloniale européenne se heurta à la résistance tenace des anciens liens sociaux et des institutions communistes qui protégeaient l'individu des entreprises de l'exploitation capitaliste européenne et de la politique de la finance européenne."

    * Rosa Luxembourg, en polonais Róża Luksemburg, née le 5 mars 1871 à Zamość dans l'Empire russe (actuelle Pologne) et morte assassinée le 15 janvier 1919 à Berlin en Allemagne, est une militante socialiste et théoricienne marxiste.

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  3. L'IMPOSSIBLE EQUATION DES MUSULMANS ...

    Med Danny Souid :

    Les musulmans ne sont pas heureux à Gaza.
    Ils ne sont pas heureux en Égypte.
    Ils ne sont pas heureux en Libye.
    Ils ne sont pas heureux au Maroc.
    Ils ne sont pas heureux en Iran.
    Ils ne sont pas heureux en Irak.
    Ils ne sont pas heureux au Yémen.
    Ils ne sont pas heureux en Afghanistan.
    Ils ne sont pas heureux au Pakistan.
    Ils ne sont pas heureux en Syrie.
    Ils ne sont pas heureux au Liban.
    Ils ne sont pas heureux en Algérie.

    Alors, où sont-ils donc heureux ?

    Ils sont heureux en Australie.
    Ils sont heureux au Canada.
    Ils sont heureux en Angleterre.
    Ils sont heureux en France.
    Ils sont heureux en Finlande.
    Ils sont heureux en Allemagne.
    Ils sont heureux aux Etats-Unis.
    Iis sont heureux en Israël.
    Ils sont heureux en Suède.
    Ils sont heureux en Norvège.
    Ils sont heureux en Hollande.
    Ils sont heureux au Danemark.
    Ils sont heureux en Suisse.

    En fait, les musulmans sont heureux dans tous les pays qui ne sont pas musulmans et malheureux dans tous les pays qui le sont !

    Et qui blâment-ils pour leurs malheurs ?
    Pas l’islam.
    Pas leurs chefs spirituels.
    Pas eux-mêmes.
    Les musulmans blâment toujours les pays où ils sont heureux !

    Mais ils veulent changer ces pays pour qu’ils deviennent comme les pays d’où ils viennent et où ils étaient malheureux.

    Comment résoudre une telle équation ?

    Allez donc comprendre !!!

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