mercredi 9 septembre 2020

Les leçons politiques d'Albert Camus

Camus par  Federica Masini

" Il est des vérités qui valent qu’on meure pour elles,
mais aucune qui vaille qu’on tue en leur nom."
Albert Camus
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Je suis déjà intervenu pour parler d’Albert Camus et la justice, et c’était déjà une façon d’aborder son intérêt pour la chose publique, pour la politique, à travers son action dans le journalisme notamment. Je voudrais, ici, m’appesantir davantage sur ce que l’on peut attendre et ce que l’on peut avoir comme leçon sur le plan de la politique, dans la vie et l’œuvre d’Albert Camus.

Alors il y a une première chose qui serait une erreur, c'est de considérer Albert Camus comme un très grand auteur classique, ce qu'il est au demeurant, en oubliant que c’est un auteur d'une très grande actualité. C'est un des auteurs les plus lu dans le monde entier.
Son théâtre est toujours joué, là encore, dans le monde entier et ce qu'il a écrit en matière politique a beaucoup servi, a beaucoup été utilisé dans des pays et par des peuples qui voulaient se révolter contre un ordre souvent dictatorial.
L'histoire a montré maintenant, que, par exemple, dans tous les combats très longs qui ont eu lieu dans le bloc de l'Est pour parvenir à sa libération, pour parvenir à la chute du mur de Berlin, comme on dit, les populations lisaient Camus, utilisaient Camus et prenaient chez lui un certain nombre d'arguments utiles pour leur combat ; et beaucoup parmi ces peuples, ont manifesté leur reconnaissance à Albert Camus.

Mais, il y a même plus récent, par exemple, dans les manifestations qui ont eu lieu à Hong Kong, on a vu des pancartes produites par la population qui se révolte là aussi, des pancartes sur lesquelles des phrases de Camus étaient affichées.

Enfin, je voudrais dire qu'en ce qui me concerne, j’ai utilisé, comme grille de lecture, des mouvements (Harak) qui ont eu lieu en Algérie pendant plus d'une année, qui n'ont été interrompus d'ailleurs que par la Covid-19 et qui peut être reprendront, j'ai utilisé la lecture de « L'Homme révolté » car, il me semble, qu'il y a dans l'attitude des algériens, je me rappelle qu'il s'agissait de manifestations très importantes en nombre mais dont une des caractéristiques était le côté tout à fait pacifique et j'ajouterais même le côté joyeux.

Il y avait dans ces manifestations un sentiment de révolte tel que le définit Albert Camus dans « L'Homme révolté » où il dit en gros, en substance : « La révolte c'est quand on arrive à un stade que jusque-là on pouvait l'accepter. C’était condamnable, mais on pouvait l'accepter. Maintenant la borne est dépassée, on ne peut plus l'accepter ». Et en Algérie, la borne dépassée, c'était de vouloir faire élire Bouteflika pour un énième mandant, quelqu'un de grabataire, quelqu'un qui était incapable de diriger le pays et dont la population n'en voulait pas. Ça a été le point qui a entraîné la révolte.

Là où il y a une petite difficulté en Algérie sur cette idée de révolte telle que la présente Camus, c'est que Camus dit très bien que dans la révolte, il y a d'abord un refus très net, mais qu'il y a un aspect positif aussi. « Nous ne voulons plus cela, mais nous avons des exigences, nous voulons telle ou telle chose ». Or malheureusement, et c'est le drame de l'Algérie et d'autres pays du Maghreb, je pense notamment à la Tunisie, l'Algérie n'est pas capable et n'a pas été capable, et je crains qu'elle ne soit pas capable de trancher entre deux grands courants qui la déchirent, qui sont totalement opposés et qui rendent une action positive, une volonté positive difficile, je veux dire par là qu'il y a une division quasiment de civilisation entre des gens qui veulent aller vers les droits universelles, vers les Lumières, vers ce qu'on appelle des valeurs européennes qui, en réalité, sont des valeurs universelles et une partie importante de la population qui est dans le conservatisme et plus grave encore dans une régression religieuse, dans une idéologie religieuse qui est totalement opposée  au droit de l'homme et aux valeurs des Lumières.

Ces pays ne progresseront pas tant qu'ils n'auront pas tranché, d'une manière claire sur cette ligne, car il n'est pas possible de faire des accommodements entre ces deux tendances. Pour l'Algérie c'est une révolte, mais c'est une révolte incomplète au sens Camusien du terme, car elle n'a pas le côté positif que demande la révolte chez Camus.

Allons plus loin maintenant et demandons-nous ce que peut apporter Camus aujourd'hui, puisque je viens de démontrer qu'il est d'une actualité par moment brûlante.

On va d'abord se poser la question du positionnement de Camus. La question s'est posée : est-il de droite, est-il de gauche et de quelle gauche ? La réponse n'est pas toujours simple à donner. Il a d'ailleurs dit dans une phrase qu'il convient à la fois de méditer et d'étudier : « Si la vérité était de droite, je serais à droite ». Autrement dit, c'est l'homme de la complexité, c'est l'homme de la nuance, c'est l'homme qui refuse absolument de raisonner sous forme de slogans, sous forme d'idée toute faite et complète et qui dans le fond, nous verrons tout à l'heure, plus en détail, se refuse aux idéologies fermées.

C'est si vrai que la droite et la gauche ont essayé, surtout de nos jours, de le rattraper, de se l'accaparer. Il a d'abord, dans un premier temps sur lequel on reviendra, été exclu par la gauche. C'est toute l'affaire de l'homme révolté, sur lequel je reviendrais. C'est le combat des sartriens, le combat dans lequel, je le dirais très clairement, les sartriens n'ont pas le beau rôle quand ils ont voulu placer Camus à droite, le rejeter de la famille de la gauche. Mais, ça c'est déjà un peu ancien. Et récemment, il est récupéré par tout le monde, la droite évidemment. On sait que Sarkozy a voulu qu'il aille au Panthéon. Quelle horreur ! Il est beaucoup mieux dans sa tombe à Lourmarin, sous le soleil de Provence, entouré de lavande, que dans ce lieu qui est, certes solennel et important, mais un peu sinistre qu'est le Panthéon. Sa famille n'a pas voulu. Tant mieux. Mais tout ça pour dire que la droite veut se l'accaparer.

On l’a vu aussi au moment des célébrations de l'Algérie, car d'une certaine manière, même les anciens partisans de la colonisation, les nostalgiques de l'Algérie française, essaient de le récupérer. Tout ça parce que clairement il n'a pas été, on reviendra plus en détail, pour l'indépendance du pays. Ils oublient simplement que Camus est avant tout un anticolonialiste de la première heure et un anticolonialiste qui argumente puissamment, qui écrit puissamment ; et par conséquent, il est difficile de le rattacher à des anciens colonialistes.

Tout ça pour dire qu'il est assez complexe d'une certaine manière, mais je crois qu'on doit pouvoir conclure sur ce positionnement en disant qu'il est indiscutablement un homme de gauche. Lui-même d'ailleurs dans une phrase également assez significative a écrit, je cite de mémoire : « Je mourrai à gauche, malgré elle, malgré moi ». Là aussi, c'est dans la nuance, mais ça veut dire qu'il se considère comme homme de gauche malgré elle, parce que la gauche a quand même beaucoup commis d'erreur ; et je pense notamment au parti socialiste en Algérie qui s’est fourvoyé et qui ne suivait d'ailleurs pas les analyses anticolonialistes de Camus. Et malgré lui, parce que bien que Camus ait commis des erreurs, il pense que les valeurs de gauche sont quand même des valeurs qui sont tout à fait respectables.

On sait qu'il a été aussi un moment au parti communiste en Algérie, mais là il faut être très clair, je crois qu'il n'a jamais adhéré au parti communiste en adhérant à la conviction communiste, à la théorie communiste. Mais il y a adhéré en Algérie parce que c'était le seul parti qui dans le fond combattait pour améliorer la situation des algériens, pour faire évoluer la situation. Et lorsque sur ordre de Moscou, le parti communiste algérien a renoncé à son combat pour l'évolution des algériens, il a été amené à quitter le parti communiste. Il y a des livres très approfondis sur cette question, on se demande s'il en a été exclu ou s'il est parti. Le fait est, s'il en a été exclu, il a tout fait pour l'être. Il n'admettait pas ce revirement imposé par Moscou sur un thème qui lui tenait à cœur : la défense des algériens. Ensuite, il a complètement condamné le communisme, c'est toute l'affaire de l'homme révolté. J'y reviendrais.

On a aussi, quelques fois dit qu'il était de cette gauche libertaire, qu’il n’était pas loin des théories anarchistes. Il y là d'importants livres de Michel Onfray, dont vous savez qu'il est aujourd'hui discuté et particulièrement discutable à mon point de vue, mais il a fait un livre qui est extrêmement intéressant où il veut tirer Camus vers l'idée de la gauche libertaire. Je n'ai pas été totalement convaincu par ça, même si la revendication de liberté totale chez Camus est évidente, je ne crois pas qu’il ait pensé qu'une société pouvait se passer de règles et d'un pouvoir minimum pour organiser la société. Je pense qu'il n'a jamais cru qu'une société livrée à elle-même et avec ce qu'il connaissait des passions humaines, pouvait se gérer et s'auto-gérer librement. Ça lui paraîtrait, je pense là encore, une idéologie utopique.

Alors, voilà un peu situé Camus sur le plan politique.

J'en viens de manière plus précise aux grandes idées politiques qui vont marquer : évidemment la première, c'est le refus absolu et cela a été son combat de toute sa vie, le refus des totalitarismes et de manière encore plus large des idéologies. Je répète qu'il n'accepte pas les systèmes tout faits ; et en politique pas plus qu'ailleurs. Il a d'ailleurs dit : « Je ne suis pas un philosophe, parce que je ne sais pas créer des systèmes de pensée. Je ne crois pas au système de pensée », et il ne croit pas du tout aux idéologies et les a combattues. Ça, c'est l'affaire qui est née avec l'homme révolté.

L'homme révolté est un livre qui a fait énormément de bruit quand il est paru, dans lequel Camus étudiait, on l'a vu, le sentiment de révolte dans tous les domaines, dans l'histoire et en politique. Mais dans l'homme révolté, il produit une condamnation argumentée complète de l'idéologie communiste. Il montre que cette idéologie, pour des résultats futurs tout à fait hypothétiques, est prête à sacrifier la liberté et même la vie des contemporains. Et ça Camus ne peut pas l'accepter. L'homme révolté est un combat contre cette idée que pour améliorer la justice d'une société, il faudrait passer par la suppression des libertés et par le meurtre. Ce qu’il condamne de façon absolue. Lorsqu'il prononce cette condamnation extrêmement motivée, on est à une époque, on l'a un peu oublié et il faut se la rappeler, où l'intelligencia en France, les élites, sont pratiquement toutes acoquinées aux idées communistes. Il y a très peu, parmi les intellectuels, de gens qui ne sont pas soit au parti communiste, soit ce qu'on appelle des amis, ces compagnons de route du parti communiste.

Cette élite, ainsi que le parti communiste, vont véritablement mettre en branle une action déterminée, la plupart du temps déloyale, pour condamner la thèse de Camus. On lira avec intérêt, pour ceux qui s'intéressent à la chose, aux échanges qui ont eu lieu entre l'équipe de Sartre, parce que Sartre au début n'a pas voulu prendre la plume, la laissant à un directeur de sa revue pour attaquer férocement Camus ; et Camus en répondant, s'est adressé directement à Sartre qu'il savait derrière cette attaque. Dans cet échange très violent sur le plan intellectuel, on va échanger les argumentations.

Je dois dire ici, parce que je le dis qu'à chaque fois que je parle de cette époque, que les sartriens et cette élite communiste de l'époque ou compagnons des communistes, a été à l'égard de Camus absolument odieuse, utilisant tous les moyens, des mensonges, des exagérations et la force qu'avait cet ensemble de personnes intellectuelles à l'époque. Camus en a beaucoup souffert, il en a été beaucoup peiné. Même s'il répond. Et il répond fermement.

Soyons clair, c'est Camus qui a triomphé. Il est clair que les thèses des sartriens et des communistes ont été passées à la poubelle de l'histoire. Personne de sérieux aujourd'hui ne peut accepter les thèses de l'époque ni le fait que ces intellectuels aient fermé les yeux sur les crimes innombrables et graves des communistes. Par conséquent, aujourd'hui, Camus a triomphé et sur ce terrain, il a battu évidemment, Sartre et toute cette équipe. Mais, il en a, évidemment, beaucoup souffert. 

Il n'a pas été le seul à lutter contre cette idéologie, ce totalitarisme. Il faut rappeler que déjà André Gides à l'époque avait fait une sorte de scandale, avait été également attaqué, comme l'a été Camus lorsqu'il a écrit « Retour d'URSS » ou « Nouveau retour d'URSS ». Il y avait également Raymond Aron, il y avait d'autres écrivains qui avaient levé le voile sur les crimes communistes que ne voulaient pas voir les sartriens aux prétextes, nous disaient-ils avec une imbécillité sans nom, qu'il « ne fallait pas désespérer Billancourt ». On voit l’imbécillité de la formule.

Bref, Camus nous donne une leçon et une leçon extrêmement intéressante qui est l'opposition à cette idéologie totalitaire.

Mais il n'a pas combattu que le communisme, il a également combattu de manière très importante le fascisme, car Camus a été un résistant. Il a combattu les thèses fascistes notamment dans un ouvrage qui s'appelle : « Lettre à un ami allemand », où il s'adresse aux allemands car il ne combat pas le peuple allemand, il condamne l'idéologie nazie.

Alors, ce qu'il a écrit sur les idéologies peut nous servir aujourd'hui encore de garde-fou, d'éléments de référence. Il est très certain que c'est toujours difficile de faire parler les morts. Evidemment et il vaut mieux en général l'éviter. Mais je suis absolument certain que Camus aurait, aujourd'hui, mené un combat absolument acharné contre l'idéologie islamiste qui est également un totalitarisme évidente et une idéologie mortelle. Il aurait été contre cette utilisation de la violence et j'y reviendrais là-dessus.

La grande leçon c'est d'être assez ouvert et de ne jamais succomber aux idées totalitaires, de préférer la liberté et d'écarter la violence. Dans le fond, il est assez proche, d’Hannah Arendt et de sa théorie du fait que l'on succombe à ces idéologies, ces scripts de bureau. D’ailleurs il y a une anecdote à ce propos : quand Hannah Arendt est venue en France, on lui a demandé si elle voulait rencontrer des personnalités littéraires. Elle a demandé si elle pouvait rencontrer Camus. On lui a demandé si elle voulait également rencontrer Sartre. Elle a répondu que Sartre n'aurait rien à lui apprendre et qu’elle souhaite rencontrer Camus. C'est tout dire sur ce point.

La seconde idée force de Camus, mais qui est dans un lien étroit avec cette condamnation des idéologies et du totalitarisme, c'est qu'il est convaincu que la politique, l'action politique, l'histoire comme il dit souvent, ça n'est pas tout. Camus veut dire l'histoire, la politique c'est important, mais il y a beaucoup d'autres choses dans l'humanité. La beauté du monde, la joie de vivre, l'amour … Il pense, au fond de lui-même, que les politiques ne sont pas chargés de faire le bonheur des peuples ; et que ceux qui prétendent faire le bonheur des peuples, comme ça a été le cas de ces idéologies, sont des gens dangereux. Ils sont dangereux parce qu'ils menacent les peuples de désintégration.

Et ce qui est très intéressant, c'est qu'on retrouve cette même idée que la politique a ses limites et qu'il faut les lui laisser.

Dans un texte d'un autre grand écrivain, que personnellement j'admire beaucoup, Marguerite Yourcenar, dans son roman très célèbre, qui l’a fait connaître, sont « Les mémoires d'Adrien » ; dans lesquels, se mettant à la place de l'empereur Adrien, elle écrit une sorte de mémoire dans une lettre qu'écrit Adrien à son successeur Marc Aurel. L'empereur Adrien réfléchit à ses pouvoirs d'empereur, à ce qu'est la politique, à ce qu'elle peut être, à ce qu'il faut faire. Il est amené à insister sur les limites de la politique. Il y a cette très belle phrase de Marguerite Yourcenar que je vous lis entièrement et qui dit ceci : « Quand on aura allégé le plus possible les servitudes inutiles, évité les malheurs non nécessaires ; il restera toujours pour tenir en haleine les vertus héroïques de l'homme, la longue série des mots véritables : la mort, la vieillesse, les maladies non guérissables, l'amour non partagé, l'amitié rejetée ou trahie, la médiocrité d'une vie moins vaste que nos projets et plus terne que nos songes, tous les malheurs causés par la divine nature des choses. »

Camus est bien conscient que la politique doit se donner une limite et la limite c'est que l'homme doit pouvoir vivre sa vie, profiter de la beauté du monde, profiter de la joie de vivre et des richesses que donne le monde, même quelquefois dans la misère.

J'en viens à la troisième leçon, me semble-t-il politique, de Camus : c'est qu’évidemment il faut être attentif aux pauvres, à ceux qui souffrent et ceux que la politique se grandit en en améliorant le sort, l'éducation, la santé des plus humbles. C'est d'ailleurs en ce sens que l'on peut dire que Camus est de gauche. Il faut dire que lorsqu'il parle des pauvres, ce qu’il a d'ailleurs dit à Sartre, il sait de quoi il parle. Je pense que chacun connait un peu la vie de Camus. Enfin, il faut rappeler tout simplement qu'il vient d'une famille très pauvre en Algérie. Son père était maître de chais dans un commerce appartenant à un viticulteur, assez peu payé et surtout il meurt tout de suite à la guerre de 14. Il lui reste sa mère et sa grand-mère qui sont deux femmes très pauvres, ne savent pas lire, illettrées et gagnent très petitement leurs vies en faisant des ménages. Camus habite dans un endroit qu'il décrit dans le premier homme et dans d'autres de ces livres, qui est un endroit très pauvre. Il vient de la grande pauvreté et il sait de quoi il parle. Il a connu dans le fond la misère. D'ailleurs c'est un livre également sur la misère qui l'a amené à écrire. Il a toujours dit que c'était l'œuvre d'André de Richaud qui s'appelle « La douleur », c'est un livre sur la pauvreté qui l'a conduit à se dire : « On peut donc écrire sur les pauvres ». Il a ensuite été un très grand ami d'un autre grand écrivain, Louis Guilloux, un breton, issu lui aussi d'un père cordonnier dans la Bretagne pauvre. Ils savent tous ces gens de quoi ils parlent, quand ils parlent de pauvreté.

Il a analysé cette situation. Il était pauvre mais il a eu la chance à la fois d'être doué je crois pour le bonheur et de vivre en Algérie, au soleil, près de la mer, dans un pays qui lui a donné le bonheur. Il a cette phrase dans la préface de « L'envers et l'endroit », qui est extrêmement intéressante, parce qu'elle montre, assez clairement, sa position vis-à-vis de ceux qu'ils condamnent.
Voilà ce qu'il écrit, que je lis là aussi textuellement : « La pauvreté d'abord n'a jamais été un malheur pour moi. La lumière répandait ses richesses. Même mes révoltes en ont été éclairées. Elles furent, presque toujours je crois pouvoir le dire sans tricher, des révoltes pour tous et pour que la vie de tous soit élevée dans la lumière. Il n'est pas sûr que mon cœur fût naturellement disposé à cette sorte d'amour mais les circonstances m'ont aidé. Pour corriger une indifférence naturelle, je fus placé à mi-distance de la misère et du soleil.  La misère m'empêcha de croire que tout est bien sous le soleil. Et dans l'histoire, le soleil m'apprit que l'histoire n'est pas tout. Changer la vie, oui mais sur le monde mais non le monde dont je faisais ma divinité. »

On retrouve ici l'idée qu'il faut faire progresser, aide et améliorer le sort des pauvres mais pas en leur supprimant les possibilités de liberté et de bonheur. L'histoire n'est pas tout. On y revient.

Et donc là il y a une grande leçon que nous donne Camus. C'est peut-être grâce à la leçon qu'il a reçue de ce merveilleux instituteur, genre hussard de la république comme j'en ai connu moi-même dans ma jeunesse, qu’était Louis Germain.

Louis Germain à qui il a dédié son discours de prix Nobel de littérature et auquel il a adressé une lettre, à ce moment-là. Une lettre que je conseille de lire, que je ne lis jamais sans être ému aux larmes. Lettre où il rend hommage à cet instituteur qui lui a permis de s'élever. Donc de cela aussi, il nous donne une leçon.

Enfin, il y a chez Camus, une réflexion essentielle d'une très grande actualité sur la violence en politique. Il a abordé cette question de la violence dans beaucoup d'ouvrages, bien sûr dans l'homme révolté, mais également dans son théâtre et notamment dans sa pièce « Les Justes ».

Dans « Les Justes », il oppose un certain nombre de personnes notamment à propos du terrorisme, à propos d'un acte terroriste qui consiste à jeter une bombe dans la calèche du tsar de Russie. Il y a deux théories : l'une dit qu'on doit faire cette violence quel que soit les situations et l'autre plaide, milite, argumente pour dire non, parce qu’il va y avoir dans la calèche du tsar, le prince un jeune enfant innocent et nous ne pouvons pas lancer cette bombe. Il y a tout un débat dans cette pièce de théâtre sur ce dilemme de la violence.

Camus sait que la violence est parfois nécessaire. Il ne la rejette pas totalement. Il sait qu'elle est inévitable. Il sait que le monde est tragique. Il connait l'histoire, la situation de son époque. L'histoire est tragique. Elle a toujours été et elle le restera. Mais, il a des valeurs et il a surtout une règle parfaitement arrêtée, qui est qu'on ne peut pas utiliser la violence contre des innocents et de le faire sciemment, de le faire volontairement, ça c'est la limite qu'il n'accepte pas de franchir.

Il est très clair dans cette analyse et c'est d'ailleurs le sens de sa réponse lorsqu'il est questionné par des étudiants à Stockholm, sur le sens de cette fameuse phrase, que les sartriens, là encore avec une mauvaise foi très grande lui ont opposée, où analysant la violence en Algérie, il condamne le terrorisme dans lequel, dit-il, sa mère innocente complètement, cette pauvre femme, pourrait être prise. Il a cette phrase, qui a fait beaucoup parler : « Si j'avais à choisir entre la justice et ma mère, je choisirais ma mère ». On le lui a beaucoup reproché sans en analyser ni le contexte, ni à mon avis, le sens exact. Mais le sens était en fait cette volonté absolue de refuser la violence touchant les innocents. Qu'il y ait des violences entre les armées, qu'il y ait de la violence entre éventuellement les responsables politiques, il n'en est pas très chaud mais enfin il pourrait l'accepter. La violence touchant les innocents, ça il ne l'accepte pas et il le dit à un moment, et je partage assez cet avis, que des peuples ou des organisations qui utilisent la violence contre des innocents, quel que soit la justesse de leur cause, quel que soit la justesse de leur but, le corrompt. 
Je crois qu'il y a là une phrase qui mérite d'être analysée et beaucoup de ces organisations qui ont utilisé la violence, y compris contre les innocents sous prétexte que c'était leur seule arme, ont montré par la suite qu'elles étaient des organisations criminelles. Suivez mon regard en cette matière. 
Mais je crois que Camus avait parfaitement raison sur ce point et donc il y a à voir encore ses analyses sur la violence, parfaitement d'actualité quand on voit la violence à laquelle se livrent les islamistes.

D'ailleurs, incidemment sur cette analyse de la violence dans le premier homme, Camus rappelle un incident qu'a connu son père lorsqu'il faisait des manœuvres militaires au Maroc où il a assisté au fait qu'on ait tué là des soldats, mais avec une cruauté tout à fait abominable. Son père avait dit à ce moment-là, cette phrase qu'avait utilisée Camus : « Un homme, ça s'empêche ». Une phrase qui est importante : un homme ça s'empêche. Et ça s'empêche de faire l'horreur, le mal absolu. On est amené quelquefois à utiliser la violence mais on s'empêche que ça dégénère. Je signale d'ailleurs qu’il est paru il y deux jours dans le blog tenu par Philippe Bilger l'ancien avocat général, une analyse de cette expression de Camus : un homme ça s'empêche, qu’on peut lire sur son blog.

Il y a aussi dans Camus, mais je n'y reviens pas car c'était l'objet de ma dernière intervention, beaucoup d'analyses sur ce que devrait être la presse et notamment la presse politique.

Je terminerais en posant la dernière question sur ces leçons politiques : ce sont l'analyse des rapports de Camus avec la religion et avec la foi, puisque c'est un problème qui reste toujours d'actualité.

On sait que Camus ne croit pas, il n'a pas la foi. Il ne croit pas qu'il y ait quoi que ce soit au-delà de la mort. C'est ce qui en fait d'ailleurs, pour lui, la base du mécanisme de l'absurde car il y a une vie qui se fait comme le mythe de Sisyphe qui monte son caillou qui redescend ; et à la fin il y a la mort qui débouche sur strictement rien. Il n'a pas la foi et ça gouverne évidemment toute son œuvre, toute sa philosophie.

Mais, ce qu'il y a à dire, c'est qu'il respecte les gens qui ont la foi. Il dit, d'une certaine manière, qu'il n'a pas pu entrer dans la foi, qu'il y a une forme de regret d'une certaine manière ; mais qu'il admet et qu'il comprend ceux qui ont cette foi. Il respecte donc les croyants. D'ailleurs, son mémoire d'étude en philosophie à Alger, était consacré au rapport de Saint Augustin un père de l'église avec Plotin, donc déjà une préoccupation sur ces problèmes. Il y a une réunion extrêmement intéressante qu'il a eu avec des moines dominicains à Paris, je crois, dans un couvent Boulevard de la Tour Beaubourg, où il a eu une discussion avec eux, où il leur dit très clairement : « Je ne crois pas mais je vous respecte ». Il y a une phrase qu'il prononce et qui est extrêmement intéressante à propos de l'attitude de Pie XII pendant le nazisme.

On sait qu'il y a eu une discussion importante à propos de Pie XII qui consiste à savoir s'il n'aurait pas pu et du faire autre chose que ce qu'il a fait. Car certes il a aidé à sauver un certain nombre de juifs à titre individuel, mais on n'a pas entendu de condamnation ferme du nazisme. Les dominicains lui disent : « Oui mais il a pourtant condamné le nazisme dans les termes de la papauté, dans les termes des anticycliques » ; et Camus leur répond : « Mais ne voyez-vous pas qu'il est là le problème ». « La condamnation, dit-il, aurait été portée dans les termes des anticycliques, mais nul ne l'aurait entendue ? Alors que j'ai longtemps attendu qu'une voix s'élève au niveau de la papauté, avec l'autorité du pape, pour condamner et appeler tous les chrétiens à lutter contre le nazisme ». Et dit à ces dominicains : « Voilà le problème, vous avez porté des condamnations mais dans des termes à la fois diplomatiques mais que personne n'a entendus. Alors qu'il fallait qu'il y ait un cri ! ». Tout cela pour dire que non seulement il respecte mais qu'il pense que le pape peut avoir une autorité.

Voilà l'ensemble de ce que l'on peut dire de Camus et des Leçons politiques.

Je rappelle qu'il a beaucoup écrit. Je vous signale un livre dans la collection Folio, recueil des conférences et des discours de Camus, où l'on retrouve plus avant, tout ce que je viens de résumer.

Par conséquent, je crois qu'il faut relire et relire Camus, d'abord parce que c'est un style magnifique et que l'on y apprend des choses qui peuvent servir de nos jours, à réfléchir comme lui, dans la complexité, dans la nuance, sans slogans et en combattant de toutes nos forces les idéologies qui veulent, comme elles le disent quelquefois, créer un homme nouveau.

NON, il n'y a pas d'homme nouveau !

Il y a une humanité avec ses grandeurs et ses faiblesses. Il faut lui laisser la liberté et la laisser vivre.

Voilà la grande leçon d'Albert Camus.




mardi 8 septembre 2020

Bienvenue chez vous, Monsieur l'ambassadeur !

Notice biographique d'Olivier Poivre d'Arvor - La France en Tunisie
Bourguiba a tout fait pour que la Tunisie reste amie de la France à l'image de l'amitié qui l'avait lié à Pierre Mendès France. Féru d'histoire, il savait que la Tunisie avait vocation, par son histoire et par sa géographie, à faire partie du monde occidentale; n'en déplaise à ceux qui s'obstinent à la rattacher à la lointaine Arabie et à son obscurantisme qu'elle diffuse à travers le wahhabisme. C'est pourquoi dés l'indépendance, il a fait la paix avec la France et décomplexé les tunisiens vis à vis des français en leur inculquant une double culture, considérant une richesse pour eux que de maîtriser aussi celle des français.

Mais les pan-islamistes et les pan-arabistes, ces complexés de l'Histoire, veulent, à l'instar du FLN, entretenir la haine de la France; puisque les dirigeants de l'Algérie lui imputent même tous leurs échecs de presque 60 ans d’indépendance après le départ des français; jusqu'à vouloir tout arabiser pour effacer l'occupation française de la mémoire collective. Ce que Katib Yacine conteste en revendiquant sa culture française comme un butin de guerre !
Si Bourguiba avait combattu les gouvernements colonialistes français, il ne les a jamais confondus avec la France berceau de la laïcité, produit du siècle des Lumières qu'il admirait tant. D'où sa politique pro-française, apaisée et décomplexée, à l'inverse du FLN et autres anciens colonisés, qui n'ont pas fini de digérer leur histoire coloniale pour la ressasser par populisme pour beaucoup d'entre eux, jusqu'à en faire leur fonds de commerce !
Voilà un bel hommage de notre ami Abdelaziz Kacem à un ambassadeur de la France, qui a su gagner le cœur des tunisiens et aimer la Tunisie au point de ne plus vouloir la quitter ; puisqu'en partant, il décide de rester chez lui, dans sa maison dans la banlieue de Tunis.
Bien venue chez vous Monsieur l'ambassadeur !

R.B
Abdelaziz Kacem - Variations sur un thème : entre culte et culture, mon  choix est fait

Un rameau d’Olivier à Olivier Poivre D’Arvor

De juin 1956 à nos jours, de Roger Seydoux de Clausonne à Olivier Poivre d’Arvor, vingt-et-un ambassadeurs de France se sont succédé en Tunisie. Hormis trois ou quatre erreurs de casting, tous ont rempli leur mission à la satisfaction des deux parties. J’ai eu l’heur d’en connaître de près une bonne demi-douzaine. Une amitié m’a lié à certains d’entre eux. J’en citerai trois : Pierre Hunt, Gilbert Perol et Jean Bressot. Jusqu’à la veille de son décès, notre cher et regretté Chedli Klibi m’en disait beaucoup de bien. Ils lui avaient apporté une aide inestimable, durant son mandat de secrétaire général de la Ligue arabe. Un jour, il faudra dire comment et en quoi consistait cet apport exceptionnel, en toute amitié pour le monde arabe, en général, et pour notre pays, en particulier.

De par mes fonctions aux départements de la Culture et de l’Information, j’eus quelques entrées aux Affaires étrangères françaises. Des diplomates de haut niveau m’affirmaient qu’il y avait un lobby tunisien au Quai d’Orsay et que la France a toujours pris le plus grand soin dans le choix de ses représentants en Tunisie. Olivier Poivre d’Arvor est de ceux-là. Il n’a certes rien d’un diplomate classique. Homme d’action culturelle hors pair, il avait présenté ses lettres de créance à la Tunisie officielle et sa créance de lettres à la Tunisie intellectuelle et artistique. Ses sorties, ses multiples contacts directs ont pu déconcerter plus d’un boétien.

Cette visibilité a fait de lui une cible de choix pour le clan le plus obscurantiste de nos islamistes. Ils voyaient en lui le propagateur d’une francophonie ennemie, trop éclairée pour leurs ténèbres. À court d’idées et de convenances, ils ont déblatéré sur sa « calvitie », menacé de le prendre en otage. Cela ne m’alarmait pas outre mesure. L’hostilité de ces gens-là est un plus, un atout. Mon bon vieil ami Mutanabbi disait (je traduis) :

Le minus qui viendrait offenser mon honneur
Ne ferait qu’avouer ma parfaite grandeur

Or voilà qu’un bon citoyen, en allié objectif de nos intégristes, publie sur son mur FB un statut qui s’avère être une lettre courroucée au ministre français des Affaires étrangères contre les « agissements » d’un indigne représentant de l’Hexagone. Dès la première phrase, le ton est donné : « La fin de la mission d’Olivier Poivre d’Arvor était salutaire pour le rayonnement de la France en Tunisie ». C’est donc par pure francophilie qu’il dénonce le coupable, son « non-professionnalisme », son « népotisme » (improprement, le mot revient trois fois dans seulement huit lignes), son « comportement inconvenant », et son atteinte à notre très glorieuse « Révolution », qui « nous a distingués aux yeux du monde » et dont la « voix a porté jusqu’au Yémen ». La belle affaire !

N’eût été la propension des petites gens à donner crédit à toute médisance, j’eusse haussé les épaules et passé mon chemin. En lisant entre les lignes, ce texte grandiloquent, commis, hélas, par un médecin, nul besoin d’être un herméneute pour déceler le fil blanc d’une haine noire, tant le règlement de compte est manifeste. Il va jusqu’à demander à ce que le partant ne remette plus les pieds en Tunisie, pour le grand bien de la France. Rancœur, quand tu nous tiens !

En lisant cette ahurissante délation, Jean-Yves Le Drian se rappellera, sans doute, un bon mot de l’un de ses prédécesseurs les plus prestigieux, Talleyrand, pour ne pas le nommer : « Tout ce qui est excessif, est insignifiant ».

Pour ma part, je ne puis admettre qu’un homme aussi pétri de talent et de savoir soit si injustement traîné dans la fange par un intégriste par-ci, un dépité par-là. Je n’étais pas dans son giron. J’ai eu le plaisir de le rencontrer deux fois. Mais le marathon des mots était par trop véloce. Une pause-café était prévue. L’homme était par trop sollicité et moi, je ne me suis pas entraîné à jouer des coudes, ni à frapper aux portes. J’ai attendu, au sens où l’entendait l’auteur insigne des Nourritures …

Ce que je sais, en revanche, c’est qu’il a réellement aimé la Tunisie ; il s’est démené pour lui venir en aide, en ces temps de disette. Son arrivée, en septembre 2016, coïncidait avec l’accession de Youssef Chahed à la présidence du gouvernement. Il a soutenu son action. D’aucuns prétendent qu’il l’a soutenu tout court. Allez faire la nuance dans le contexte d’une Tunisie confrontée à une grossesse nerveuse et à une révolution avortée.

Son devoir d’ambassadeur était de défendre exclusivement les intérêts de son pays. Ce sont les intérêts de la Tunisie, dont il est tombé amoureux, qui ont primé. Et il serait offensant pour nous que ses supérieurs le lui reprochent.

En des temps apaisés, nous aurions pu profiter à fond de la vocation propre d’OPA, faire jouer son violon d’Ingres, la CULTURE, sous toutes ses formes et expressions. Des programmes ambitieux d’échanges et de coproduction étaient envisageables. Il était prévu que nous en élaborions avec Chiraz Latiri, ministre aux projets si prometteurs, en dépit des virus et des virages. Mais, quand on est assourdi par le brouhaha des insignifiances, on passe facilement, inévitablement, à côté des choses.

Au revoir et bon vent, cher Olivier Poivre d’Arvor. Vous avez terminé votre message d’adieu aux Tunisiens, si court et si dense, par un émouvant aveu : « La Tunisie ne me quittera jamais ». Revenez donc. Vous y êtes chez vous. Souhaitons ensemble plein succès à votre successeur.

samedi 5 septembre 2020

Un islamiste qui s'ignore ...



 

Un islamiste curieux : il se dit modéré ! Et la suite de ses propos indique tout le contraire. A l'évidence il est de ces convertis au wahhabisme. Le sait-il seulement ? Car si le wahhabisme prospère en Afrique du Nord, c'est qu'il surfe sur l’ignorance des peuples. Pourquoi ?

La faute à qui ? A l'Education Nationale qui s'est déchargée de l'instruction du fait religieux, en l’abandonnant aux Frères musulmans !
En effet, aussi bien l'éducation nationale en Algérie qu’en Tunisie, d'avoir négligé l'enseignent du fait religieux à leur jeunesse, celle-ci est devenues une proie facile pour les islamistes.
Ignorant tout de l'histoire de l'islam et des différentes obédiences et écoles qui le composent, jusqu'au malékisme et le soufisme ancestraux de leurs parents, leurs Etats ayant délaissé leur éducation religieuse aux islamistes, et plus exactement aux Frères musulmans du FIS et d’Ennahdha ; ces jeunes gobent tous ce que leur débitent les pseudo-imams et autres prédicateurs, pour leur inculquer ou convertir les pratiquants d'entre eux, au wahhabisme qui va supplanter le malékisme et le soufisme qui avaient façonné l’identité des Africains du Nord ! Et que dire de la déperdition de l'ibadisme qui avait façonné les Mozabites du Mzab algérien et les Jerbiens de Jerba en Tunisie, où plus de 80 % votent Ennahdha !
Ces jeunes convaincus qu'ils sont de bons musulmans, pratiquant le véritable islam, ; et n’ayant aucun outil pédagogique pour distinguer le wahhabisme qu'ils embrassent allègrement, du malékisme et du soufisme de leurs ancêtres; vont à leur tour l’inculquer à leurs parents, produits d’une éducation nationale laxiste en la matière, qui finissent souvent par l’adopter eux aussi et le parfaire en Arabie, son berceau, où les Ibn Saoud transforment les pèlerinages à la Mecque et autres "Omra" (visite touristique des lieux saints) en stages accélérés avec immersion totale dans le wahhabisme et ses pratiques rigoureuses, à force de "halal" (licite) et de "haram" (illicite); et qu’ils leur vendent comme étant le Véritable Islam, le reste n’étant que « bidaa », prohibée !
R.B

Mon animal préféré - Actualités Tunisie Focus

Amin Zaoui


OUI, JE SUIS DAECH, ET APRÈS !
Détails d'un échange, véridiques et alarmants.
Lors d’une marche hebdomadaire du Hirak, un vif dialogue, entre deux marcheurs de convictions idéologiques différentes, a attiré mon attention :

- Si demain les urnes donnaient la majorité aux islamistes, accepteriez-vous, cette fois-ci, le résultat des élections, le choix du peuple ?
- La démocratie est une culture universelle indissociable.
- Et est-ce que les islamistes, une fois au pouvoir, seront prêts à adopter et à adhérer aux valeurs humaines émanant de cette culture démocratique universelle ?
- Oui, les islamistes sont des humanistes et modérés. Ils sont installés partout dans le monde et vivent en parfaite harmonie avec les autres.
- Peut-être parce qu’ils n’ont pas le pouvoir, ils donnent cette image de victimes et de modération ?
- Pas du tout, c’est leur nature, ils sont flexibles, gentils et compréhensibles.
- Si demain les islamistes ont le pouvoir, ils gouverneraient avec quel islam ? Avec l’islam iranien, celui du wilayate el faqih, l’islam salafiste, l’islam wahhabite, l’islam de Omar el-Bachir, l’islam de Bokassa, l’islam de Gaddafi, l’islam des Frères musulmans, l’islam de Daech, l’islam d’El-Qaïda, l’islam du Chabab somalien … ?
- Il n’y a qu’un seul Islam. Les autres sont faux, une fabrication de la France, de l’Occident et de ses pions locaux, les ennemis de l’islam.
- Mais quel modèle de gouvernance vont-ils suivre ? Quel est leur projet de société ?
- Leur projet, c’est l’application de l’islam vrai, le pur.
- Vous parlez donc de l’islam de Daech ou d’un autre ?
- Non, Daech, c’est une création américaine, française et européenne.
- Pour moi, qu’importe la couleur politique de celui qui remporte les élections, à condition qu’il garantisse le respect de la différence, la pluralité, les libertés individuelles et collectives et les droits de l’homme.
- Ne vous inquiétez pas, avec nous, avec notre islam vrai, personne ne sera heurté, et tout ce que vous venez d’énumérer sera respecté et défendu par nos gouverneurs islamistes modérés, inchallah.
- Vous, en tant que partisan islamiste modéré, que pensez-vous des actes horribles perpétrés par Daech ?
- Je suis islamiste croyant pratiquant et je déteste Daech.
- Vous approuvez l’application de la chariâa, si dans l’avenir les islamistes seront aux commandes du pays ?
- Ah oui, bien sûr, la chariâa, c’est obligatoire. En plus, elle est la source de la Constitution, et nous sommes tous des musulmans sur cette terre libérée grâce aux chouhada (martyrs) et à Allah Akbar.
- Vous accepteriez la mutilation de la main du voleur ?
- Ah, bien sûr, c’est notre religion qui dit cela, noir sur blanc, comme ça il n’y aura plus de voleurs dans notre pays.
- Le deuxième : dans les pays occidentaux laïques, les pouvoirs politiques tolèrent la construction des mosquées. En tant qu’islamiste, demain au pouvoir, accepteriez-vous la construction des lieux de culte pour d’autres religions, sur le sol du pays que vous gouvernerez ?
- Ah non, l’islam est la seule et la dernière religion pour Dieu. Toutes les autres religions du monde sont falsifiées et inacceptables. On ne permettra jamais la construction de ce genre de maisons de culte pour les koffar (mécréants). C’est du blasphème et c’est contre l’islam.
- Que ferez-vous avec la liberté des cultes pour les fidèles algériens des confessions autres que l’islam, à l’image des communautés chrétienne et juive ?
- Ah non, l’Algérie est un pays musulman, un pays des musulmans et pour les musulmans ; la présence de ces communautés ne sera jamais ni acceptée, ni tolérée, ni permise. Ils sont étrangers. Ils n’ont qu’à partir en France.
- Accepteriez-vous que les non-religieux vivent dans votre société islamiste de demain ?
- L’islam est pour tout le monde, celui qui ne veut pas de notre religion, il n’a qu’à quitter le pays. Il peut partir en France ou ailleurs.
- Et les laïcs ?
- Les laïcs et les communistes n’auront aucune place dans notre pays musulman. Ils sont les pires ennemis de l’islam. Ils sont le bras droit de la France chrétienne et colonialiste. C’est Hizb frança (parti français) !
- Vous autoriserez la liberté individuelle aux gens, hommes et femmes ?
- Ah non, celui qui veut sa liberté individuelle, “boire” une bière, écouter de la musique ou danser dans un night-club, il n’a qu’à aller en France ou dans un pays non musulman. Ici, c’est le pays de la chariâa. Point à la ligne.
- Vous serez favorable à la lapidation des femmes ?
- Ah, bien sûr, c’est dit et écrit dans le Coran, noir sur blanc ; les fornicateurs et les fornicatrices méritent ce châtiment jusqu’à la mort.
- Êtes-vous d’accord pour le lynchage des gens qui ont une orientation sexuelle autre, les jeter vivants du haut des terrasses des bâtiments ?
- Ah, ceux-là ils méritent, ces immoralistes, et leur exécution est mentionnée dans le Coran. Pas de pitié.
- Donc, il n’y a pas de différence entre ce que vous défendez et les actes de Daech ? Avec cette réflexion, vous êtes sur les traces idéologiques et pratiques de Daech.
- Ah non, moi je suis un vrai musulman, eux, ils salissent l’islam.
- Mais Daech aussi défend les mêmes valeurs islamiques que vous réclamerez dans votre projet de société.
- Ah si c’est comme ça, et ben je suis Daech !







Les musulmans de France se désolidarisent des islamistes de tous poils ...


Il aura fallu 17 morts pour qu'enfin un recteur de la mosquée de Paris prenne une position républicaine claire et nette !
Car dans un pays laïc, le droit civil prévaut sur toutes les lois religieuses (chariaa et blasphème ... entre autres), que veulent imposer les islamistes !
Espérons que ce nouveau recteur, saura rester républicain et ne pas jouer le jeu des Frères musulmans, comme ses prédécesseurs; ni ne se laissera corrompre par leur sponsor, l'émir du Qatar; comme hélas le furent beaucoup d'hommes politiques français !
R.B
Grande Mosquée de Paris: le recteur menace d'attaquer le gouvernement en  justice - LINFO.re - France, Société 

Que Charlie Hebdo continue d’écrire, de dessiner, d’user de son art et surtout de vivre.

Alors que s’est ouvert le procès de l’attentat de Charlie Hebdo le 2 septembre, le recteur de la grande mosquée de Paris Hafiz Chems-eddine qui avait pourtant engagé une procédure de justice contre le journal satirique il y a une quinzaine d’années condamne les crimes qui ont été commis au nom de la religion musulmane et «veut avant toute chose s’incliner devant la mémoire des victimes».

Je suis algérien. De naissance, de filiation et de cœur. Je suis originaire de la rive sud de la méditerranée, élevé dans des valeurs de respect de l’altérité, de générosité, d’ouverture à l’autre.

Je suis français. D’adoption, d’adhésion et d’adhérence, car amoureux de la République, attaché à ses principes, respectueux de son histoire, avec une mémoire apaisée face à ses pages noires et un attrait pour l’esprit des Lumières qui fut le prélude de la Révolution et de la laïcité.

Je suis musulman par conviction, par héritage et par engagement. Mes parents, eux-mêmes croyants et pratiquants, ne m’ont pas enseigné la tolérance seulement, mais l’acceptation de l’autre, de la différence, la sacralité de l’intégrité physique et le respect de l’espèce humaine.

L’islam algérien qui m’a bercé m’avait appris à accepter la critique et à respecter l’expression et les convictions contraires.

Je suis avocat de formation, de culture et de profession. Un métier que j’ai choisi pour l’amour du droit et de la justice.

Et, depuis le 11 janvier 2020, j’ai l’immense honneur de représenter et de diriger une vénérable institution: la Grande mosquée de Paris.

Ce qui précède constitue certaines strates de mon identité d’homme et de citoyen. Elles s’additionnent, se complètent, cohabitent pacifiquement et harmonieusement. Le musulman que je suis vit librement en son for intérieur, dans son intimité avec le citoyen binational baigné dans les cultures de deux pays - la France et l’Algérie - qui ont une extraordinaire histoire commune à la fois belle, violente et complexe.

Depuis ma prise de fonction, je n’ai pas voulu faire dans le bavardage. Occuper l’espace médiatique et écumer les plateaux de radio et de télévision. J’ai préféré engager des actions concrètes de terrain pour essayer d’apporter une contribution d’abord à l’islam et aux musulmans de France et ensuite pour satisfaire à ce vœu que je tiens à réaliser: faire cohabiter pacifiquement l’islam et la République.

Si je m’exprime aujourd’hui, c’est qu’il y a une raison qui me paraît essentielle: l’ouverture du procès des attentats des 7, 8 et 9 janvier 2015, celui des comparses présumés des criminels qui ont visé, tour à tour, la rédaction de l’hebdomadaire satirique Charlie Hebdo, des fonctionnaires de police et nos compatriotes juifs. Je veux avant toute chose m’incliner devant la mémoire de toutes les victimes de ces crimes abjects et condamner cette violence, les auteurs de cette barbarie et tous leurs complices opérationnels, idéologiques, politiques et médiatiques. Et je le fais avec force, sincérité et conviction: les terroristes peuvent se réclamer de l’islam - je n’ai aucun moyen de les en excommunier - car nourris par leur ignorance crasse, ils peuvent prétendre agir au nom de ma religion, car alimentés par des théoriciens haineux, ils s’autoproclament «vengeurs du Prophète Mohammed», en aucun cas la religion musulmane, dans ses fondements, dans ses textes, hormis dans l’esprit étriqué de ceux qui font prévaloir le littéralisme, jamais, dis-je, l’islam ne pourrait cautionner des crimes.

Il n’est pas question pour moi de m’immiscer dans le débat qui se déroule devant la cour d’assises. Je fais confiance à l’institution judiciaire afin qu’elle définisse clairement les responsabilités de ceux qui sont sur le banc des accusés et je fais confiance aussi à mes confrères, pour faire jaillir la vérité, toutes les vérités.

Il y a près de 15 ans, avocat de la Grande mosquée de Paris, j’avais engagé une procédure, aux côtés de mes amis Francis Szpiner et Christophe Bigot, contre Charlie Hebdo devant la 17e chambre correctionnelle de Paris. Beaucoup nous l’ont reproché. Des réactions épidermiques n’avaient pas permis à leurs auteurs de comprendre notre démarche. Je veux m’en expliquer aujourd’hui, car la Grande mosquée de Paris qui a toujours défendu les principes républicains n’était à aucun moment nourrie par une volonté d’interdire l’irrévérence, de condamner le blasphème ou de censurer des caricaturistes.

De concert avec plusieurs dirigeants politiques de l’époque, nous avions décidé, avec mon prédécesseur le Dr Dalil Boubakeur, d’engager cette procédure judiciaire. Pour comprendre les raisons profondes qui avaient motivé notre démarche, il faut se remémorer le contexte.

Dans plusieurs pays musulmans, des foules, le plus souvent manipulées par des idéologues, des régimes dictatoriaux ou des groupes fanatisés provoquaient de violentes manifestations et des heurts. En France, déjà, un climat de tension communautaire, exacerbé par plusieurs forces toxiques, s’alimentait de cette polémique et risquait de fracturer la société. Nous avions même assisté à l’organisation d’une manifestation initiée à Paris par plusieurs groupuscules extrémistes.

Je ne vais pas me défausser: oui ces caricatures m’avaient profondément heurté comme ils avaient heurté la majorité de mes coreligionnaires. Je parle de cette majorité paisible et apaisée, totalement intégré dans la République, respectueuse de ses lois et de ses valeurs. Je ne parle pas ici des minorités excités et extrémistes qui ont voulu instrumentaliser cette affaire. Il est important de comprendre que le prophète Mohammed est l’être et le symbole le plus important dans la religion musulmane. Cela étant précisé, en d’autres circonstances, dans un autre contexte national et international, nous n’aurions probablement jamais poursuivi Charlie Hebdo, car, en tant qu’avocat et en tant que citoyen, connaissant l’histoire et les fondements de la République, je respecte le travail des médias qui doit demeurer libre et je savais qu’aucun tribunal ne condamnerait le journal satirique, y compris dans ses excès. Notre action visait, avant toute chose, à couper l’herbe sous les pieds des milieux extrémistes et à canaliser le débat vers les prétoires afin qu’il n’ait pas lieu dans la rue. Implicitement, elle introduisait l’idée que nous étions tous des citoyens justiciables, aptes à poursuivre et susceptibles d’être poursuivis, car les tribunaux sont les lieux, par excellence, où se règlent les conflits et les différends. Notre action était celle de citoyens français qui voulaient user d’un droit constitutionnel. C’était une manière pour nous de prouver notre intégration quand les milieux extrémistes voulaient user de violence et porter la discorde dans l’espace public, non sans manipuler et instrumentaliser la jeunesse et les esprits les plus fragiles et malléables. D’ailleurs, tout en assignant Charlie Hebdo, nous avions entretenu un pont et un dialogue constructif avec la Direction de l’hebdomadaire, plusieurs de ses journalistes et certains des amis du journal.

C’est d’ailleurs la raison pour laquelle, la Grande Mosquée de Paris avait décidé de ne pas faire appel du jugement qui nous donnait largement satisfaction tout en nous déboutant de nos demandes. Le tribunal nous reconnaissait le droit de poursuivre et comprenait le fait que ces dessins puissent nous choquer tout en rappelant le caractère indiscutable de la liberté d’expression.

Il faut que tous les musulmans - et ceux qui cherchent à les infantiliser - comprennent les traditions culturelles de la satire et de l’espace démocratique qui permet toutes les expressions même celles qui paraissent excessives. Dans notre pays, seule la loi fixe les limites.

Ceux qui laissent entendre que tous les musulmans seraient inaptes à ces valeurs démocratiques, non seulement se trompent lourdement, mais de plus, ils manifestent un incroyable mépris à l’égard de ceux qu’ils prétendent défendre comme s’il s’agissait de citoyens de seconde zone, incapables de se défendre seuls. Lors de tous les événements majeurs où la République était en danger, les musulmans de France, très largement, se sont mobilisés pour leur pays, en tant que citoyens mus par nos valeurs communes.

Que Charlie Hebdo continue d’écrire, de dessiner, d’user de son art et surtout de vivre. Que le drame qui a frappé cette publication, des policiers et nos compatriotes juifs serve de leçon à la communauté nationale, mais aussi à ceux qui se réclament de l’islam, à ceux qui se disent «amis des musulmans» et qui ne condamnent pas clairement ces crimes terroristes: en quoi le meurtre de dessinateurs a fait avancer la cause des musulmans ? Et en quoi la destruction et la barbarie peuvent-elles servir l’image de l’islam ?

·     * Recteur de la grande mosquée de Paris