lundi 12 août 2019

DERRIÈRE CHAQUE GRAND HOMME, UNE FEMME : SA MÈRE !


Je veux honorer aussi la mémoire des femmes qui ont poussé leurs enfants dans leurs études, étant souvent elles-mêmes illettrées, en contribuant à leur manière à la lutte contre l’obscurantisme qui a favorisé le colonisation; outre ma mère à laquelle je rends hommage ici pour m'avoir toujours encouragé à étudier, je vais rapporter ici une anecdote révélatrice du rôle joué par la mère de mon ami Hammouda, qui en faisait partie. 

Elle avait mis à la disposition de son fils, une pièce dans sa grande maison dans la " M’dina el arbi " de Tunis pour réviser ses cours. A la fin des cours au Collège Sadiki, Hammouda et moi nous allions faire nos devoirs dans cette pièce, où elle nous faisait servir un petit goûter. 

Cette femme veillait à ce que ses fils et filles étudient sérieusement. Elle vivait presque seule avec ses enfants, le mari exploitant agricole, étant souvent retenu à la ferme. 

Elle tenait à vérifier par elle-même que ses enfants avaient fait leurs devoirs et appris leurs leçons et autres récitations par cœur. 


Elle les prenait un à un et leur faisait réciter leurs devoirs. Si le récitant hésitait ou oubliait un mot, elle le renvoyait reprendre son texte pour l'apprendre par cœur. Celui ou celle qui butait sur un mot ou une phrase, avait beau supplier qu'elle l’aide en lui soufflant le mot… rien à faire, elle le gronde et le renvoie reprendre son texte jusqu’à ce que sa récitation par cœur se fasse sans hésitation !

Ce n’est qu’avec l’âge, devenus un peu plus grands, que les enfants ont découvert le subterfuge de leur mère et pourquoi tant de sévérité de sa part pour refuser de leur souffler le moindre mot : elle était illettrée, ne sachant ni lire ni écrire ! 

L'année du bac probatoire j'ai été ajourné. Je n’oublierais jamais combien elle m’a consolé et surtout encouragé pour que je révise durant l’été, m’assurant que je l’obtiendrai pour m’avoir vu réviser régulièrement chez elle, avec assiduité au côté de son fils. 

Ces femmes souvent illettrées, ont été derrière les hommes et les femmes qui ont bâti la Tunisie moderne. Comme on dit : derrière chaque grand homme, il y a une femme... en l’occurrence sa mère ! 

 

On peut énumérer tant et tant de noms de grands hommes qu'a connus la Tunisie et qui ont contribué à libérer le pays et à construire la Tunisie moderne, qui doivent beaucoup à leurs mères, dont Habib Bourguiba qui, reconnaissant pour toutes les femmes qui l'ont élevé parcequ'il était orphelin, a tenu à leur rendre hommage en leur accordant des droits uniques dans le monde dit "arabo-musulman", en promulguant le Code du Statut Personnel (CSP).

Ce Code fut son premier acte politique majeur pour rendre leur dignité aux tunisiennes qui ont formé et qui formeront les bâtisseurs de la nouvelle République. 


Par ce Statut, Bourguiba a libéré les femmes en leur accordant des droits que l'Islam ne leur accordait pas !


Bravo à toutes ces femmes dont ma mère, qui ont permis l'émancipation de leurs filles pour donner à la Tunisie la génération de "hrayers tounes", ces femmes libres et fières de se considérer filles de Bourguiba !

L’image contient peut-être : 9 personnes, personnes assises et intérieur
13 Août 1956, Signature du Code du Statut personnel

Et dire que certaines femmes d’aujourd’hui, bien que instruites et cultivées dans les écoles de Bourguiba, admettent le retour à la case de départ de leurs arrière-grand-mères en retirant leurs enfants de l’école de la République pour les confier aux écoles coraniques des islamistes ... 

Elles se laissent séduire par Ghannouchi et ses Frères musulmans jusqu'à se convertir au wahhabisme et admettre le nouveau colonialisme politico-religieux qu'il sous-tend; puisque Ghannouchi veut remettre la souveraineté de la Tunisie entre les mains de ses amis turcs & qataris; Erdogan se voyant déjà en Calife, héritier de l'Empire Ottoman !

Et voilà comment des femmes incultes ont poussé leurs enfants à s'instruire et à découvrir tous les savoirs et d'autres bien qu'instruites et souvent diplômées d'université, poussent leurs enfants vers l'obscurantisme et les écoles coraniques où le seul livre qui leur est proposé est le coran qu'ils doivent ânonner jusqu'à finir par le réciter par cœur. Tant pis s'ils n'en saisissent pas l'esprit; puisque le meddeb, lui-même n'en connait pas grand chose ! 

Comment expliquer une telle aberration, que des femmes instruites contrairement à leurs aïeules, orientent leurs enfants vers l'instruction religieuse au dépens de l'instruction générale ? 
En réalité c'est qu'elles ont été depuis des années la cible de propagande idéologique venue des pays du Golfe et d'Arabie et qu'elles ont succombé à cette propagande entretenue sur e terrain par les islamistes depuis le 14 janvier 2011. 

C'est à l'Etat civil que revient le rôle de protéger cette jeunesse en revalorisant l'instruction publique qui doit devenir une priorité nationale de premier plan en contrôlant les écoles coraniques, comme les mosquées; propices à la diffusion du wahhabisme, ce cancer du siècle.

Rachid Barnat

samedi 10 août 2019

SERAIT-IL UN SAINT, Abdelkrim ZBIDI N'EST PAS UN HOMME POLITIQUE CRÉDIBLE !

Article publié dans : Kapitalis
L’image contient peut-être : 3 personnes, personnes assises et costume
L'oiseau rare de Ghannouchi en bonne compagnie.
(Samir Dilou, Abdelkrim Zbidi, Rafik Bouchlaka)

Depuis que le calendrier des élections législatives et présidentielles a été chamboulé suite au décès du président de la République, les réseaux sont pris de fébrilité soudaine et portent aux nues un homme quasiment inconnu !
Les médias qui ne sont pas en reste, relayent cette fébrilité et les journalistes encensent l'heureux élu du cœur de bon nombre de tunisiens pour remplacer feu Béji Caïd Essebsi.

Le critère avancé et rabâché par tous les laudateurs de cet homme providentiel que certains comparent déjà à Mehdi al-mountadher (le guide attendu !), étant l’honnêteté que les tunisiens cherchent désespérément en leurs hommes politiques depuis le fumeux "printemps arabe" qui n'a fait que développer la corruption, l'opportunisme, le clientélisme et le népotisme; révélant  l'absence totale de patriotisme chez une majorité d'entre eux.

Comme exemple, une vidéo circule sur Facebook pour dire combien Abdelkrim Zbidi est un parfait honnête-homme, intègre; qui se distingue de tous les autres par son refus de profiter des avantages que lui confère sa fonction (appartement et villa de fonction, voiture de fonction et bons d'essence, salaire ...). Peut-être a-t-il toutes ces qualités, mais cela ne fait pas de lui pour autant, un vrai politique capable de sortir la Tunisie de l'ornière où elle se trouve.

Il faut rappeler qu'il a fait partie de tous les gouvernements de la troïka (de 2011 à 2014) et ceux d’après, que dominaient les Frères musulmans, sans jamais rien dire de leurs exactions. Il était déjà ministre de la Défense dans le gouvernement du Frère musulman Hammadi Jebali quand le leader de la gauche Chokri Belaid a été assassiné. La moindre des choses aurait été de démissionner. Rester dans le gouvernement, sans dire quoique ce soit, équivaut sinon à le cautionner, du moins à se laver les mains du crime commis ! Il n'a strictement pas fait avancer ce dossier que son mentor Béji Caïd Essebsi avait promis d'ouvrir; ni celui de la cellule secrète d'Ennahdha, alors qu'il était à un poste stratégique en tant que chargé de la défense du territoire et de sa sécurité.

Sous la Troïka, il a servi sous l'autorité du président par intérim Moncef Marzougui et a participé en raison de son poste, à la livraison à la Libye de l'ex premier ministre Al-Baghdadi Al-Mahmoudi, dans des conditions plus que choquantes. Est-ce vraiment un comportement digne ? En réalité il est assez évident, qu'il accepte tout et se tait comme un simple exécutant. Ce n'est pas cela la dignité au sens politique.

Par ailleurs, il est plus qu'étonnant (pour ne pas dire préoccupant), de voir comment cet homme quasiment inconnu, qui n'a jamais rien dit de mémorable et qui ne dispose même pas d'un parti, se trouve propulsé du jour au lendemain au-devant de la scène, par des moyens puissants venus d'on ne sait où et financés par on ne sait qui.

Certains surfent sur l'émotion parce qu’il était un des derniers responsables du gouvernement à avoir été reçu par feu Béji Caïd Essebsi; et que ce dernier semble l'avoir désigné pour lui succéder selon ses plus audacieux thuriféraires, qui ont tiré hâtivement cette conclusion pour l'avoir vu ému de ce que lui disait son mentor quelques heures avant de mourir.

En réalité, il est l'homme de "ceux" qui, en Tunisie et ailleurs, veulent le maintien des Frères musulmans dans le jeu politique, et qui l'ont mis en avant en tant que "oiseau rare que cherchait Ghannouchi" pour remplacer Youssef Chahed ,dont "ils" ne veulent plus.

Les Tunisiens dont le souci premier est d'éliminer du jeu politique ce virus islamiste, ne doivent pas tomber dans le piège grossier qui leur est tendu. Et ne pas céder au sentimentalisme primaire, pour choisir la personne qui veut dégager les islamistes; source de tous leurs malheurs, depuis le 14 janvier 2011 !

Indéniablement, Abdelkerim Zbidi poursuivra la politique de son mentor Béji Caïd Essebsi : il acceptera le consensus avec les ennemis de la République et n'ouvrira aucun des dossiers qui fâchent Ghannouchi ! C'est en cela qu'il est son oiseau rare !!
D'ailleurs, ces dossiers, M. Zbidi n'en a jamais pipé mot; et on peut parier qu'il n'en parlera jamais car il restera ce qu'il a toujours été, un serviteur zélé des islamistes.

Quand on pense que Béji Caïd Essebsi, pourtant politique très chevronné, n'a rien pu faire contre Ghannouchi ; qui peut croire que ce technocrate sans charisme, sans autorité et sans expérience politique réelle, pourra le faire et surtout voudra le faire, lui qui a déjà déclaré lors de sa candidature qu'il se plaçait à égale distance de TOUS les partis ? Ce qui rassure avant tout Ennahdha. D'ailleurs, que savent ses laudateurs de ses idées et de son projet pour la Tunisie ? Rien !

L'élire, c'est accepter qu'il soit la nouvelle marionnette de Ghannouchi, comme le furent avant lui Mustapha Ben Jaafar, Moncef Marzougui, Béji Caïd Essebsi, Mehdi Jomaa et Youssef Chahed ! Combien d'expériences de ce genre faudra-t-il aux Tunisiens, pour enfin comprendre l'emprise des Frères musulmans sur le pays et leur machiavélisme ?

En conclusion, le choix des Tunisiens est maintenant simple, contrairement à ce que le foisonnement des candidatures (une centaine !) pourrait faire penser :

- Ils veulent la continuation du consensus avec les islamistes. 
Et là, ils ont l’embarras du choix au point qu'ils pourraient choisir directement les Frères musulmans au lieu de faire mine de choisir des progressistes dont la première action est de se coucher devant les islamistes.
- Ou bien, ils veulent changer radicalement.
Et ils choisiront Abir Moussi et son parti qui veut mettre un terme à cette comédie de "démocratie islamiste" que joue Ghannouchi parceque des forces étrangères veulent le maintenir au pouvoir coûte que coûte, sous la menace du terrorisme ou par le consensus, pour donner l'illusion d'une démocratie ... qui n'est en réalité qu'une démocratie au rabais ; puisqu'elle rend le pouvoir totalement impuissant, ce que malheureusement les résultats de huit années de gestion islamiste, démontrent amplement !


Quant à ceux qui rejettent Abir Moussi pour son "passé" d'RCD-istes et s'emballent pour Zbidi, faut-il leur rappeler que Abdelkrim Zbidi fut ministre de Ben Ali et de Ghannouchi ?

Rachid Barnat



mercredi 7 août 2019

Quand les Frères musulmans jouent aux progressistes ...

Le Caméléon aux cotés de Ghannouchi l'homme à la cravate ...

A l'approche des échéances électorales, les Frères musulmans tentent chaque fois de redorer leur image ... en jouant aux " progressistes" !
Ils mettent souvent en avant Abdel Fattah Mourou qui ne trompe plus les Tunisiens avec ses pitreries de " baldi " (citadin) ! D'ailleurs les Tunisiens le surnomment le caméléon.

Quant à Lotfi Zitoun, il nous joue le nostalgique des traditions tunisiennes et de la " tunisianité ", alors que depuis le 14 janvier 2011 les Frères musulmans n'ont cessé de critiquer les Tunisiens dans leur mode de vie et leur culture, pour leur fourguer le wahhabisme et le model sociétal qui va avec sous prétexte de leur faire recouvrer leur identité "arabo-musulmane", qu'ils auraient perdue ! Mais cela ne trompe plus personne !

Encore Lotfi Zitoun qui plaide pour une Cour Constitutionnelle, qui plaide la cause des homosexuels et qui est pour la dépénalisation des consommateurs de drogues ...
Et comme par hasard il n'en parle qu'à l'approche des élections mais plus du tout après ; alors qu'il est membre du bureau politique d'Ennahdha et longtemps il a été la tête pensante de Ghannouchi !

Idem pour les femmes "en cheveux", que les Frères musulmans exhibent durant leurs campagnes électorales et qui vont se rhabiller et remettent leurs voiles aussitôt les élections terminées ... comme ce fut le cas de la mairesse de Tunis, Souad Abderrahim !

Idem pour les homosexuels, idem pour les juifs ... qui deviennent fréquentables durant la campagne électorale, mais après les élections retrouvent leur statut de paria, pour être humiliés et poursuivis en justice ...

En somme, des Frères musulmans plus progressistes que les progressistes, tu meurs ! 
Mais qui peut encore les croire ? Islamistes & progressistes : deux notions antinomiques.

Comment voulez-vous qu'il en soit autrement, alors que le projet des Frères musulmans n'a guère changé depuis Sayid Qutb ! La preuve, Ghannouchi a beau s'habiller en costume-cravate et prétendre que son parti n'instrumentalise plus la religion pour devenir un parti civil ... les faits sont là : chassez le naturel, il revient au galop ! Il est constamment trahi par sa base et ses cadres qui sont toujours sur le logiciel Frères musulmans !

Alors méfiance, il ne faut pas prendre les vessies pour des lanternes et les Frères musulmans pour des modernistes progressistes ! Leurs beaux discours " progressistes " et leurs postures modernistes, font partie de leur " taqyia", dont il faut se méfier.

Le bel argument de Lotfi Zitoun : « J’ai vécu en Grande-Bretagne et le mensonge est le pire des crimes que l’on peut commettre. Mes enfants ont été élevés dans le respect de la vérité » ; ne dupe pas d'avantage les Tunisiens qui doivent le mettre sur le compte de la " taqyia " des Frères musulmans d'autant qu'ils sont habitués à ses gros mensonges et à la langue de bois !!

R.B

« L’islam politique divise plus qu’il ne rassemble », estime Lotfi Zitoun

De tous les purs et durs nahdhaoui, Lotfi Zitoun est le personnage le plus controversé. Ce diplômé des Sciences politiques, qui défend les droits des homosexuels, plaide pour la mise en place d’un cadre légal pour une consommation contrôlée du cannabis et appelle à séparer le politique du religieux, suscite le doute et la suspicion des Tunisiens progressistes et le gourou des islamistes invétérés.

A la question de savoir s’il n’est pas en train de jouer le rôle du « bon flic » pour flouer et séduire le Tunisien lambda, Zitoun s’indigne : « J’ai vécu en Grande-Bretagne et le mensonge est le pire des crimes que l’on peut commettre. Mes enfants ont été élevés dans le respect de la vérité ».
Entretien en trois actes.

Amel BelHaj Ali : Lorsque nous citons le nom de Lotfi Zitoun devant des observateurs avisés de la scène politique tunisienne, on nous dit souvent que vous représentez l’image éclatante d’Ennahdha, tolérante et démocratique. Vous avez été pendant des années le directeur de cabinet de Rached Ghannouchi et le détenteur de ses secrets mais pas sa boite noire qui, elle, serait de fait Saïd Ferjani. Qu’en dites-vous ?

Lotfi Zitoun : Cette idée que l’on se fait de nous peut se justifier par les longues discussions que j’ai toujours eues avec M. Ghannouchi. J’ai vécu longtemps en Grande-Bretagne, je lis beaucoup -lire est ma nourriture quotidienne. Ma bibliothèque est âgée de 25 ans et j’adore converser de mes lectures avec d’autres personnes venant d’horizons divers, dans un cadre collégial ou en tête-à-tête.
La Grande-Bretagne a donné refuge à tous les opposants non seulement des pays arabo-musulmans mais du monde entier, qu’il s’agisse de nationalistes, d’islamistes, ou encore de la gauche toutes tendances confondues.
Tout au long des dix dernières années, nous n’avons pas arrêté de débattre de l’avenir de l’islam politique, et le malheur est que lorsque nous sommes rentrés dans notre pays, nous sommes restés au même niveau de discussions. L’islam politique a prouvé qu’il ne peut se libérer de sa dimension violente. C’est ce qui a été confirmé par l’expérience de son exercice ces dernières années dans de nombreux pays arabes. Et en particulier ceux traversés par les révolutions du printemps.
Ceci prouve sa faillite idéologique, car il est devenu une partie du problème dans la région arabe et il n’a pas offert de solution. La plupart des pays arabes ont connu des crises aiguës illustrées par des affrontements violents entre l’État et le peuple.
En fait, cette violence a sonné le glas du Printemps arabe. Un printemps qui a modifié la nature même de l’État et a imposé le changement de ses substances politiques et idéologiques.

Je me souviens qu’en 2011, j’ai écrit, à la demande d’Ennahdha, un texte sur notre vision de l’avenir pour dire que nous ne nous présenterons pas en tant que mouvement aux élections mais que nous serons représentés autant que nous le pouvons au sein de plusieurs partis. Parallèlement, Ennahdha devait devenir un mouvement social de prêche opérant au sein de la société civile par des actions sociales.
Aujourd’hui avons-nous besoin d’un mouvement contestataire ? Ennahdha fait partie de l’histoire du pays eu égard à ses luttes et ses sacrifices, une fois que nous avons changé de régime, que nous évoluons vers une démocratie et que les libertés sont garanties, à quoi bon garder sa dimension hautement politique ?
Avec la nouvelle Constitution et la constitutionnalisation de la liberté de conscience, de quel droit un mouvement ou un parti se donne-t-il le droit de discuter des choix idéologiques, religieux ou du mode de vie de ses compatriotes ?
Le régime contre lequel nous nous sommes révoltés est tombé. Quelle est donc notre raison d’être ? Nous-mêmes, nous faisons partie du passé. En 2010, notre parti avait atteint ses 40 années d’existence. Nos choix économiques sont libéraux et ce qui nous a unis tous à Ennahdha n’a jamais été politique mais idéologique. Notre affiliation s’est faite sur la base de convictions purement idéologiques dans un pays où les libertés étaient manquantes.
Mais nous n’avons jamais discuté d’un modèle sociétal ou mis en place une vision et un projet socioéconomique pour notre pays. Toutes les démocraties sont construites sur la base de choix sociétaux, de gouvernance et de modèle économique et politique. Ce n’est pas notre cas.

Amel BelHaj Ali : A vous entendre, on ne peut croire que vous êtes tous d’accord dans le parti Ennahdha autour d’un modèle sociétal et encore moins sur la séparation du religieux du politique ?

Lotfi Zitoun : Effectivement, nous ne sommes pas d’accord sur le modèle de société, car dans le mouvement, il y a une partie conservatrice qui rejette même l’ouverture d’un débat sur la question. Quand je suis rentré en Tunisie, j’ai vu que nous devions communiquer avec notre peuple pour s’entendre sur les fondamentaux. Je suis allé à la rencontre de gens, je les ai écoutés, j’ai la chance d’avoir grandi à Bab Mnara et j’ai le contact facile et cela m’a permis de savoir ce que veut le peuple et ce qu’il attend des acteurs politiques.
Rached Ghannouchi qui vivait en exil comme d’autres adeptes du parti outre ceux emprisonnés ou libérés après des années d’incarcération, ont chacun eu un parcours particulier. Il aurait dû unifier les rangs surtout après le développement d’un courant salafiste extrémiste chez les jeunes qui se nourrissaient des chaînes satellitaires.
Il est malheureusement resté ancré dans l’année 1996, et c’est la raison de l’éloignement politique et intellectuel entre nous.
Pour revenir à votre première question : non, je ne suis pas la voix de Rached Ghannouchi, et à maintes reprises, j’ai exprimé des positions contraires aux siennes, le fait que j’ai été son conseiller politique ne veut pas dire que je colle à ses idées. Je reste intellectuellement et politiquement indépendant.

Amel BelHaj Ali : Vous n’avez jamais occupé un poste dans la sphère organisationnelle, vous opérez ailleurs.

Lotfi Zitoun : Vous l’avez dit, ma relation avec M. Ghannouchi ne relève pas de l’organisationnel. Après la révolution, je me suis comporté et agit en tant qu’indépendant, je me suis tenu à l’écart pendant une année sans aucune mission, mais le président du mouvement tenait à ce que je sois présent dans toutes les sphères organisationnelles et m’a nommé en tant que conseiller politique.
Toutefois, l’année dernière, il y a eu un différend politique à propos du consensus que j’ai toujours considéré comme une nécessité pour assurer la transition démocratique dans notre pays. La Tunisie a besoin de l’existence d’un équilibre entre les forces politiques sur place car l’hégémonie idéologique qui a approfondi les clivages entre nous autres Tunisiens est devenue dangereuse pour le pays. L’idéologie doit se traduire par un projet sociétal et un programme de travail, mais, sous la tyrannie, elle risque de devenir une arme de guerre dont certains peuvent user contre l’Etat.
C’est feu Béji Caïd Essebsi qui a été à l’origine du consensus. Au début, le parti Ennahdha était hésitant mais ses dirigeants ont compris qu’ils seraient les plus menacés s’ils n’acceptaient pas d’évoluer dans ce cadre. Et c’est grâce au consensus que les institutions de l’Etat ont continué à fonctionner, que les lois bloquées ont été votées et que la nouvelle Constitution a vu le jour.
C’est ce consensus qui a également permis l’organisation des élections municipales ; toutefois, pour nous, il a été réduit à un choix tactique et non un outil qui garantit la stabilité gouvernementale. Et conséquence : il n’y a pas eu de stabilité. Je n’ai pas apprécié et encore moins approuvé, tout comme j’ai désapprouvé qu’il n’y ait pas une séparation entre la religion et le parti.
La religion ne peut être utilisée comme une arme politique à partir du moment où la deuxième République s’est portée garante de la liberté de culte, et les menaces d’une oppression sur la base de la religion ont été définitivement éliminées.
En fait, il s’agit là d’une question fondamentale en rapport avec l’Etat et sa civilité. J’aime la religion mais je n’en suis pas le dépositaire car elle appartient à tous mes compatriotes. Elle fait partie de notre héritage et de notre identité.
Cette position a refroidi ma relation avec M. Ghannouchi, qui ne pouvait plus supporter cette liberté de pensée, alors j’ai décidé, pour ma part, de prendre de la distance car je ne pouvais supporter le choix de politiques que je réprouvais.
J’ai donc envoyé à M. Ghannouchi une lettre où j’énumérais les raisons de ma démission du poste de conseiller politique.

Amel BelHaj Ali : Justement, vous n’avez jamais parlé avec exactitude des raisons de votre démission, vos réponses ont toujours été empreintes d’ambiguïté lorsque l’on vous posait la question.

Lotfi Zitoun : Les raisons sont nombreuses. Certaines d’ordre personnel qui n’appartiennent qu’à moi, et d’autres relatives au fonctionnement du parti Ennahdha. Mais le point de rupture a été le “jeudi noir“ (25 juillet 2019, ndlr) et les événements qui ont succédé à l’hospitalisation de feu Béji Caïd Essebsi. J’en voulais à tous ceux qui ont bloqué les élections de la Cour constitutionnelle. Pendant 5 ans, je n’arrêtais pas de dire et redire que la seule institution garante du sauvetage du pays, d’une Constitution qui a institutionnalisé pour que des forces sur place n’arrêtent pas de se livrer des guerres aux dépens des intérêts de la Tunisie empêchant toute stabilité et tout progrès, c’est cette cour.
Le système politique est fragile, hybride et incapable de permettre une gestion saine de la Tunisie. Notre seul recours était la Cour constitutionnelle qui pouvait gérer tous les différends, de vérifier la conformité des lois, d’assurer un Etat de droit.
Je vous cite juste un point : Il y a un article de loi qui stipule que “le président de la République est le chef des forces armées“. Si nous devons prendre cet article à la lettre, nous dirons que les forces armées ne se limitent pas aux soldats mais concernent au même titre tous les agents de l’Etat qui portent des armes (la police, la douane et ainsi de suite). Il y a de nombreux textes de loi dans la Constitution qui ne peuvent être appliqués à cause de leur ambiguïté. La Cour constitutionnelle a pour rôle de les interpréter et de combler les lacunes.

Amel BelHaj Ali : Cela n’a pas empêché le succès du passage du pouvoir après la mort du président Essebsi.

Lotfi Zitoun : C’est une chance pour nous. Mais il n’y a aucun organe de l’Etat pour constater la vacance du pouvoir. En Tunisie, on a toujours respecté la forme, même à l’ère de la dictature, la transition entre Bourguiba et Ben Ali fut une transition constitutionnelle, une transition médicale. Comment pouvons-nous, nous qui avons prétendu avoir fait une révolution, violé aussi honteusement, aussi ignoblement la Constitution ? Qu’Ennahdha y soit, c’est inacceptable et inadmissible ! C’est ce qui explique ma démission.

Amel BelHaj Ali : Pensez-vous que la popularité du parti Ennahdha en a pris un coup ? Comment évaluez-vous votre place aujourd’hui sur la scène politique tunisienne ?

Lotfi Zitoun : Nous occupons toujours la première place, mais un vrai politicien ne voit pas les choses ainsi. Nous parlons là de l’avenir d’un pays, d’un modèle sociétal et d’une vision qui tient la route pour nous permettre d’assurer le bien-être de nos concitoyens et d’un projet d’avenir. Tout cela ne pourra pas se réaliser lorsqu’un parti est ancré dans l’idéologie. Les partis, les vrais, planifient sur 30 et 50 ans. Le parti travailliste britannique a 100 ans. Je veux vivre dans mon pays et le servir, mais voyez ce qu’il en est du parti Ennahdha : nous sommes passés de 1,5 million en 2011 à 500 000 en 2017 aux élections municipales.
Ils ne comprennent pas qu’à mesure que nous avançons dans la démocratie, la dimension idéologique recule. Les gens se rendent de plus en plus compte que ce ne sont pas en lesquels ils ont mis toute leur confiance et qui ont peur de Dieu n’ont pas résolu leurs problèmes et n’ont pas amélioré leur quotidien.
L’idéologie ne peut pas être un programme pour édifier un pays. A Gafsa ou à Kasserine à 45° température, cette idéologie ne peut pas équiper les foyers de climatiseurs ou de ventilateurs, elle ne peut pas résoudre les problèmes de bébés qui meurent dans les hôpitaux, ce qui n’est même pas arrivé du temps de la dictature
Les partis travailliste et conservateur en Grande-Bretagne ont des socles idéologiques mais ne travaillent pas sur cette base. Ils proposent des programmes socioéconomiques.
Ces partis donnent des solutions aux problèmes économiques et sociaux, ils travaillent sur les projets d’investissement, la lutte contre le chômage et l’ouverture du pouvoir d’achat et du niveau de vie.
Nous ne pouvons pas utiliser la religion et des années de répression pour justifier une mainmise sur la politique dans notre pays. La religion et le discours religieux ne doivent pas être au cœur des batailles politiques car ils relèvent de la sphère personnelle et privée. Le débat religieux doit avoir lieux entre érudits, chercheurs et penseurs sinon il se transforme en un instrument de division de la société.
En Europe, il y a eu des guerres religieuses sanglantes pour établir un État civil et laïc, mais dans nos sociétés, nous n’avons pas vécu de telles guerres, les mosquées sont ouvertes et personne n’est empêché d’entrer ou de pratiquer ses rites. A partir du moment où l’Etat devient le garant de la justice et de l’équité, la religion ne peut être que personnelle.
La religion appartient à tous et un jour viendra où l’on demandera à Ennahdha : qui vous a autorisé à parler au nom de la religion, et de quel droit vous la monopolisez ?
La toute puissance idéologique dans notre pays, qu’il s’agisse de partis de gauche ou de droite, est dangereuse. Pour que le processus démocratique réussisse, il faut que la bataille électorale se passe entre projets économiques et sociaux, mais que l’on dise “si je sors du pouvoir je serai“ jugé, c’est en fait le meilleur moyen de mettre fin à l’expérience démocratique.
Par ailleurs, il faut impérativement séparer la religion de l’exercice du pouvoir.



samedi 3 août 2019

NABIL KAROUI, LE BERLUSCONI TUNISIEN ?

Article paru dans : Kapitalis

Nabil Karoui était hier l'invité de Myriam Belkadhi dans son émission "Tounes El Yaoum", sur El Hiwar Ettounsi TV. Elle lui posait des questions, souvent celles qui fâchent comme elle dit, à propos de son action caritative qui est en train de devenir politique. Elle a beau insisté, mais son ex-patron éludait certaines de ses questions.

A la suite du décès de son fils Khalil, Nabil Karoui a voulu honorer sa mémoire à travers une action sociale pour aider les plus démunis à vivre et à se soigner. Il a créé l’association " Khalil Tounes ", le nom de son fils prenant tout son sens ici : l’ami intime des tunisiens.

En patron d'une chaîne de télévision, il a tenté de sensibiliser le pays à travers Nessma TV, à la grande misère qui s’est généralisée depuis le 14 janvier 2011; touchant les classes pauvres mais aussi la classe moyenne à cause de la gestion désastreuse de la Tunisie par les gouvernements successifs toujours dominés par les Frères musulmans, adeptes du capitalisme sauvage et de la paupérisation des peuples pour les pousser vers leurs associations caritatives. 
Son idée, était d’inciter les tunisiens à aider les plus démunis d’entre-deux et palier ainsi à l’absence de l’Etat dans les régions délaissées par lui. Il a crée ainsi une chaîne de solidarité. Et selon lui, ça marche; puisque même des médecins assurent des actes gratuits aux nécessiteux.

Devant le succès de son émission et de son association caritative, de plus en plus de bénéficiaires lui demandent pourquoi ne ferait-il pas de la politique avec un tel programme devenu une priorité pour tous les laissés pour compte.

Pour ne pas mélanger les genres, il a créé donc son parti sous un nom différent de son association caritative, qu’il a baptisé " Kalb Tounes " (Le Cœur de la Tunisie).

Sa popularité et les sondages en sa faveur, commençaient à agacer les Frères musulmans au point de tenter de l’éliminer de la course aux élections législatives et présidentielles, sous prétexte qu’il instrumentalise la pauvreté en pratiquant la " charity business " !
Curieux que les Frères s’en offusquent, eux qui ont fait par populisme de la pauvreté leur fonds de commerce et des associations caritatives un moyen d’acheter leurs électeurs ! Comme disent les tunisiens, " le dromadaire ne voit pas son cou tordu, mais voit bien celui des autres " ou encore " ما اخيبك يا صنعتي عند غيري ", (qu'il est mauvais mon vice chez les autres) !

Voilà quelqu’un qui a compris en huit ans d’islamisme, la nouvelle façon de faire de la politique introduite par Ghannouchi et ses Frères musulmans : instrumentaliser la pauvreté et la misère ! Mais il lui fallait être encore plus efficace en mettant au grand jour son action. Là où les "Frères" cherchent la discrétion, se limitant au bouche-à-oreille et aux lieux de culte, pour recruter de nouveaux sympathisants; lui, l'homme de médias, a su faire en conviant les caméras pour que ses actions soient filmées et partagées via sa chaîne de télévision par des milliers de tunisiens.

D’où la hargne de Ghannouchi à lui barrer la route en s’appuyant sur son allié Youssef Chahed qui découvre subitement " l'amoralité de la charity-business en politique ", bien que pratiquée par les Frères musulmans depuis leur retour d'exil; mais qui y trouve son compte puisque sa popularité baisse, alors que celle de Nabil Karoui monte.

Toujours en observant les pan-islamistes & leurs pendants les pan-arabistes, Nabil Karoui a rajouté à son discours en les copiant, celui de la " cause palestinienne "; toujours aussi vendeur auprès des peuples dits " arabo-musulmans " ! Il a bien rappelé ô combien cette cause, lui est chère, insiste-t-il ! Alors que nous savons les relations amicales qu'entretiennent les pétromonarchies avec les sionistes d'Israël et particulièrement celle de l'émir du Qatar avec Netanhyahu ! 

Ainsi Nabil Karoui instrumentalise ce qui réussit le mieux aux Frères musulmans : la pauvreté et la cause palestinienne. En somme il les concurrence sur leur propre terrain, l’instrumentalisation de la religion en moins car il a compris que leur impopularité vient de là et que l'islam politique ne paie plus !

Devant une classe politique qui a brillé par sa médiocrité et son incompétence depuis la fumeuse révolution, cédant au populisme à tout va; pourquoi reprocher à Nabil Karoui le sien, plus efficace encore ?

Au moment du choix crucial qui se présente devant les Tunisiens, comme tous les politiques, à l'exception d'Abir Moussi, Nabil Karoui ne dit rien des réels problèmes du pays et ne dit rien de ses alliances éventuelles ni de sa position face à ce qui est le problème majeur du pays : les Frères musulmans. Il laisse même entendre qu’il pourrait s’allier à eux, selon le résultat des urnes, n'étant l'ennemi de personne répète-t-il; d'autant qu'il a toujours gardé de bonnes relations avec Ghannouchi se rendant souvent au siège de son parti à Mont-plaisir et qu'il a été l'un des artisans du rapprochement de feu Béji Caïd Essebsi de Ghannouchi.

Il axe sa campagne sur l'aide qu'il veut apporter aux pauvres et détaille longuement ce qu'il a fait depuis le décès de son fils pour aider les pauvres. Certes c'est charitable et c'est utile aux pauvres mais malheureusement ce n'est pas de la politique. La charité n'a jamais fait une politique.

Aider les pauvres c'est mener une politique économique qui développe le pays, qui crée de la richesse, qui offre des emplois et qui permet d'avoir une monnaie qui a de la valeur. Le pays se portant bien, c'est encore mieux les aider que de leur faire de la charité sous forme de repas ou de vêtement. Aider les pauvres, c'est redonner à l'Education nationale ses moyens et sa compétence et permettre à tous les enfants, y compris les pauvres, d'aller à l’école et à apprendre en accordant des bourses par exemple.

Nabil Karoui se prend pour " la bonne dame charitable " du XIXème siècle, croyant faire de la politique ! C'est une tromperie manifeste. Son positionnement est de la démagogie et du populisme. Rien n'avancera avec ce genre de politique.

Alors comment lutter contre le populisme et ses dérives ? Il faut des responsables politiques sérieux patriotes et désireux de lutter contre ce qui le nourrit en mettant sur pied une réelle politique économique et sociale. Pas la charité, la justice sociale !

Vivement la Troisième République !

Rachid Barnat