mardi 7 avril 2020

LE BOURGUIBISME, SURVIVRA-T-IL A BOURGUIBA ?

Article paru dans : Kapitalis
Hier les tunisiens commémoraient le 20 éme anniversaire de la mort du bâtisseur de la Tunisie moderne et de sa République, survenue le 6 avril 2000. Occasion pour beaucoup de faire le point sur le bourguibisme et sur Bourguiba tant décrié et critiqué; et qui semble avoir fait des petits jusque parmi ses ennemis : les islamistes, les arabistes et les communistes; puisque beaucoup d'entre eux se réclament désormais, de son héritage et se prétendent bourguibiste !

L'islamiste Ghannouchi tout comme les arabistes Moncef Marzougui, Kais Saied ou le couple diabolique Abbou ... ont tenté de salir la mémoire de Bourguiba, allant jusqu'à lui faire un procès ridicule, mais sans succès. Ils découvrent qu'il fait partie de la mémoire collective des tunisiens qui lui sont toujours reconnaissants; et faute de le déboulonner, ils se sont mis à le "récupérer", populisme et électoralisme obligent.

Si les islamistes n'ont jamais partagé le pouvoir qu'ils se sont accapré au début de la phase "post-révolutionnaire", il a suffit qu'ils perdent les élections de 2014 pour qu'ils se "souviennent" subitement, qu'une société musulmane se gère de manière consensuelle en référence au fameux majless echoura  dans la Oumma musulmane ! 

Et pour partager le pouvoir avec les destouriens, ils ont imposé le consensus à Béji Caid Essebsi qui a bien fini par l'accepter sous les "encouragements" des EU et de l'UE ! 
Ce qui a permis à Ghannouchi de se maintenir au pouvoir malgré la gestion calamiteuse par les Frères musulmans dont ont fait les frais leurs partenaires de la troïka, Moncef Marzougui du CPR & Mustapha Ben Jaafar d'Ettakattol; et de poursuivre l'islamisation par la wahhabisation de la société tunisienne, seule stratégie payante sur le long terme, pour prendre le pouvoir et le conserver !

Devant la gestion catastrophique du pays par les islamistes, de plus en plus de déçus, en colère contre les crises successives qui ont mis à genoux le pays et ébranlé ses institutions, les Tunisiens commencent à se remémorer l'âge d'or du bourguibisme et regrettent d'avoir mal jugé Bourguiba, quand ils comparent la Tunisie d'alors avec ce qu'en ont fait en 10 ans les Frères musulmans ou quand ils comparent l'homme d'Etat qu'il était à Ghannouchi et à une classe politique médiocre soumise au bon vouloir des Frères musulmans. 

Si au lendemain du coup d’État du 14 janvier 2011, ourdi par l'émir du Qatar et à la faveur duquel il a installé les Frères musulmans au pouvoir; et devant la vague déferlante des islamistes, beaucoup de Destouriens se sont éclipsés ou exilés; d'autres se sont rapprochés de Ghannouchi en retournant leurs vestes dans l'espoir de miettes du pouvoir; mais rares sont ceux qui n'ont pas déserté et ont choisi la résistance à l'envahisseur et à la nouvelle colonisation qui ne dit pas son nom.

Ghannouchi se sachant impopulaire, il tire sa force de la faiblesse de ses opposants et s'accroche donc à la stratégie du "consensus" qui permet aux Frères musulmans de demeurer au pouvoir, d'autant que Béji Caid Essebsi a fini par banaliser ce concept et à le justifier aux yeux des Destouriens comme indispensable et incontournable pour la "transition démocratique" !

D'où, d'élection en élection, sa recherche d' "oiseaux rares" parmi les progressistes auxquels il pourra dicter sa politique et leur en faire porter la responsabilité et son impopularité auprès des tunisiens. 

Machiavélique, il sait qu'il faut diviser pour régner ! Il fera tout pour diviser les progressistes et en premier les Destouriens, pour garder la main sur le pouvoir. Il encourage même certains Destouriens "consensuels" à créer leur propre parti politique pour neutraliser l'irréductible Abir Moussi et affaiblir le PDL, les seuls à lui tenir tête et qui refusent catégoriquement le consensus et tout particulièrement avec les Frères musulmans !

Dans ce contexte, on se demande si le bourguibisme survivra à Bourguiba. La réponse devrait, en toute logique, être positive quand on voit l'attachement des Tunisiens à Bourguiba mais c'est à la condition qu'ils sachent ce qu'est le bourguibisme fondamentalement et qu'ils adhérent à cette conception de la politique. 

Bourguiba voulait avant tout que son pays entre dans le progrès et fasse partie de ces nations ouvertes et libres. C'est pourquoi il était fondamentalement opposé aux islamistes et regardait plutôt vers les valeurs universelles. 
Bourguiba était pour un pouvoir fort, efficace qui puisse mener le pays au progrès par l'éducation, l'émancipation totale des femmes et la mise en place d'une administration neutre et performante. 
Bourguiba, était un nationaliste et se méfiait des utopies pan-arabiste et pan-islamiste. 

Le Bourguibisme survivra si ces objectifs restent ceux des Tunisiens et qu'ils prennent le parti de s'opposer clairement, de manière déterminée, aux islamistes et autres panarabistes, ennemis de la République et de la nation tunisienne. En un mot, qu'ils soient patriotes. 

Seuls les partis qui feront ce choix, seront fidèles à Bourguiba.

Pour cela, c'est aux Tunisiens de choisir lequel des deux Bourguiba ou Ghannouchi, qui leur convient; plus exactement, s'ils souhaitent poursuivre dans le progrès avec le bourguibisme et s'ils veulent la régression et son obscurantisme avec les islamistes !
  
Rachid Barnat
Хаби́б Бурги́ба






lundi 6 avril 2020

Hommage de l'ambassadeur de France à une tunisienne

Leila Menchari n'est plus ! Victime du CoVid-19, cette tunisienne, amie d'Azzedine Alaia, a apporté de la couleur à la Maison Hermès. "Le carré Hermes", qu'elle avait dessiné pour la reine d'Angleterre que lui avait offert De Gaulle, est toujours demandé par les élégantes du monde entier !
Elle aimait rappeler que le Tunisien est le produit de toutes les civilisations qui ont transité par la Tunisie. Pour elle il n'y a pas de frontières. Les frontières ne sont que la cicatrice de l'Histoire, disait-elle.
R.B
La magicienne des vitrines Hermès | Tout Pour Les Femmes
Leïla Menchari

Carré Hermès d’Élisabeth II 
dessiné par Leila Menchari
La Tunisie, la vertu et le bien-être, Tribune Libre de SE Olivier ...

Leïla Menchari, ma reine de Carthage

Une très grande Tunisienne est partie ce samedi 4 avril. J’ai connu Leila Menchari, à Paris, alors qu’elle était la décoratrice attitrée d’Hermès, fidèle aux quatre rendez-vous annuels de la vitrine la plus magique de la capitale, celle du 24 Faubourg Saint Honoré. Je l’ai invitée à la radio, alors que je dirigeais France Culture, j’ai partagé des moments avec elle et Jeanne Moreau, alors même que Josée Dayan réalisait un étonnant entretien entre les deux femmes: M par M, ou Jeanne Moreau et Leila Menchari. La veille de mon départ comme ambassadeur en Tunisie, fin août 2016, j’ai passé la soirée chez Azzedine Alaïa, à ses côtés, à boire et à l’écouter longtemps. Amoureux sans réserve.

Elle m’a parlé cette nuit-là de sa mère, Habiba Menchari, féministe accompli, qui savait aller plus loin dans ses engagements que Bourguiba, d’Abderrahman, son père juriste, de ces années trente à Tunis, à l’école des sœurs missionnaires d’Afrique à Carthage, dans la médina, lorsque naissant, la petite Leïla découvre un pays fait de murmures, d’ombres et de lumière. Une enfance et des voyages sur la côte, les parfums des fleurs d’oranger du cap Bon et comme elle le raconte à Michèle Gazier dans le très beau livre «Leïla Menchari, la Reine Mage», un monde de contes et de légendes «les histoires que nous racontait ma tante, le soir, pour nous endormir, étaient parfumées d’ambre et de tabac».

Sa Tunisie natale était présente à chaque moment de sa vie et de sa création: l’amour des artisans tunisiens, les chansons à la mode, les forgerons du boulevard Bal El-Menara, les plages de la banlieue sud, alors les plus belles, où, sublime de beauté, elle va nager, puis l’Ecole des Beaux-arts de Tunis où elle est la première femme étudiante.

A peiné arrivé en Tunisie à l’automne 2016, je suis allé sur ses indications au Jardin, à Hammamet, où elle avait sa maison. Dans ce paradis végétal, dans la mémoire des grands visiteurs de la Tunisie d’avant, les Flaubert, Gide, Wilde ou Klee, elle allait rencontrer, pendant les vacances scolaires, Jean Cocteau, Serge Lifar, Man Ray, Cecil Beaton, Luchino Visconti… chez celui qui allait devenir un ami  très cher, Jean Henson, et chez qui elle apprendra le dessin, l’amour des bouquets, des compositions, des couleurs. Une maison, un Jardin, qui inspireront fortement Michel Tournier lorsqu’il écrira ses Météores.

La Tunisie, c’était son pays. Mais pour elle, les frontières n’existaient plus, elles étaient devenues des cicatrices de l’histoire. Elle se savait également française. Ferida, sa grande sœur, l’avait précédée sur la rive nord de la Méditerranée, elle l’avait naturellement suivie, pour rejoindre l’Ecole des Beaux Arts de Paris où elle restera quatre ans, sans rejoindre la Tunisie, sans son Jardin, sans les amis Eyquem, Zehrfuss… Leïla deviendra rapidement, par sa beauté et son élégance, l’égérie de Guy Laroche, et son mannequin préférée. Sa rencontre avec Annie Beaumel, la décoratrice d’Hermès, sera déterminante. Elle lui succèdera dans les années 70, et réalisera des dizaines de vitrines, dont l’exposition «Les Mondes de Leïla Menchari» nous rappellera à l’automne 2017 au Grand Palais l’extrême beauté.

Mon dernier souvenir, alors que je veux rendre un hommage affectueux à cette très grande Tunisienne, c’est cette soirée, à Aix en Provence, le 6 juillet 1998, lorsque dans la programmation du festival d’art lyrique, le metteur en scène, Marcel Bozonnet monte «Didon et Enée» d’Henry Purcell. Leila Menchari est là, dans les coulisses, elle a fait les costumes de la reine Didon, sa compatriote, une robe magnifique en étamine de laine brodée, comme ceux de tous les chanteurs et acteurs du spectacle. Un petit verre réunit les artistes à la fin de cette bouleversante représentation. Je vois, sans la rencontrer, pour la première fois, Leila Menchari, rayonnante.  Je la dévore des yeux. Elle m’aimante. De ce jour, tu resteras, Leïla, ma plus belle tunisienne, ma reine de Carthage.

jeudi 2 avril 2020

Ghannouchi tire sa force de la faiblesse de ses opposants

Les Destouriens se sont faits gruger par Ghannouchi ! Tous ? Non ! Heureusement Abir Moussi et le PDL, résistent aux Frères musulmans !
Merci à Lotfi Maherzi pour ce bon récapitulatif de la stratégie de conquête du pouvoir par les Frères musulmans en Tunisie qui ont su exploiter la faiblesse de leurs opposants !
R.B 
Le silence des Tunisiens face à la grande révolte populaire en Algérie

Comment l’islam politique a pris le pouvoir en Tunisie

S’il fallait un premier symbole de la rupture politique et culturelle en Tunisie depuis la révolution du Jasmin de 2010, tant célébrée à l’étranger, c’est bien l’affirmation de la puissance de l’islam politique et son parti Ennahdha, mouvement affilié aux Frères musulmans, qui devient la première formation politique avec une position de force au gouvernement, au Parlement et aux municipales. Une véritable consécration des islamistes tunisiens qui, désormais, contrôlent tous les échelons sensibles du pouvoir politique grâce à une influence certaine sur les rédactions de la Constitution et des lois institutionnelles mais aussi à une entreprise de noyautage et de remise en cause de l’État de droit, une attitude de complaisance avec les salafistes radicaux et une volonté tenace d’islamisation et de rupture identitaire avec l’héritage de Habib Bourguiba, père de la Tunisie moderne.

La Constituante décidée par le mouvement populaire a permis aux islamistes d’arriver démocratiquement au pouvoir alors qu’ils n’ont joué aucun rôle dans le déclenchement et le succès de la révolution

Au lendemain de la révolution, le problème de la gouvernance transitoire était confronté à plusieurs propositions institutionnelles : gouvernement provisoire suivi d’élections présidentielles, gouvernement d’union nationale, gouvernement de salut public. Mais tous ces choix étaient considérés par la rue comme autant d’habillages d’un système révolu.
Le peuple encore mobilisé, refuse ces changements dans la continuité et exige l’adoption d’une Assemblée constituante pour rédiger la nouvelle Constitution et la dissolution du gouvernement provisoire et de l’Assemblée des députés. C’est ce choix populaire qui a été retenu et officialisé le 3 mars 2011 par le Président par intérim Fouad Mebazaa.

Sept mois après, le 23 octobre 2011, le parti islamiste Ennahdha, de plus en plus influent grâce à ces actions caritatives et de prédication dans les mosquées, est le grand gagnant des premières élections libres de l’Assemblée constituante. Une victoire considérée par les démocrates et laïques comme inattendue et injuste d’autant que les militants d’Ennahdha n’étaient pas aux premières loges du soulèvement populaire et que leur chef, Rached Ghannouchi, devenu deuxième personnage de l’État, auto-proclamé «Président de tous les Tunisiens», est revenu en Tunisie le 14 janvier 2011, bien après la chute du président Ben Ali.

Fort de son succès, Ennahdha devient désormais numériquement et politiquement la force la plus importante et la plus influente de l’Assemblée constituante chargée de rédiger la nouvelle Constitution. Sans doctrine économique fiable ni expérience du pouvoir réel et en fin stratège, elle désigne, en octobre 2011, un gouvernement de coalition baptisé «Troïka», composé d’islamistes et de sociaux-démocrates qu’elle place en première ligne sur le terrain social et de contestation, tout en s’octroyant les postes régaliens les moins risqués et les plus sucrés du gâteau.

Hamadi Jebali, figure historique des islamistes tunisiens, devient Premier ministre. Un cauchemar pour les démocrates qui rappellent le discours lyrique de ce dernier dans lequel il évoquait, le 13 novembre 2011, la victoire d’Ennahdha comme un « moment divin, une nouvelle étape civilisationnelle avec l’avènement prochain du sixième califat, inchallah ».
Un imaginaire de violence et de conquête qui incarnerait pour Hamadi Jebali la résurrection des valeurs islamiques de l’Empire ottoman, abolies par Kemal Atatürk, grand inspirateur de l’ancien président tunisien Habib Bourguiba.

Ennahdha profite des deniers de l’État et de financements opaques pour récompenser et fidéliser sa base électorale

Dès son arrivée au pouvoir, Ennahdha est accusé d’utiliser les dispositions relatives à l’amnistie générale adoptées au lendemain de la révolution, pour favoriser ses partisans et militants recrutés dans les classes moyennes, les cités populaires et les régions défavorisées. Une base populaire estimée entre 15 et 20% au moins des électeurs, partagée entre des militants qui adhèrent aux référents religieux du parti et ceux qui se sentent abandonnés par le gouvernement et les partis politiques.

Un électorat qu’Ennahdha tient à fidéliser et récompenser en pratiquant le clientélisme. Plus de 200 000 partisans et sympathisants, souvent incompétents, ont été placés dans l’administration publique et dans d’autres secteurs stratégiques afin d’en prendre le contrôle. Les témoignages de la presse tunisienne abondent sur d’autres cadeaux faits à ses électeurs sous forme de moutons du sacrifice, d’ouverture de patente, de licence de taxi ou de circoncisions groupées.

Alors d’où vient l’argent et la puissance financière sans commune mesure avec les budgets des autres partis de l’opposition ? Ennahdha a en fait toujours refusé de communiquer sur l’origine de ses fonds et la comptabilité du parti, soutenant simplement que ses ressources proviennent des contributions de ses adhérents.
Mais les rapports des magistrats de la Cour des comptes tunisiens mettent en évidence l’opacité de la comptabilité du parti et alimentent la thèse de financements occultes en violation de la loi. De son côté, la presse tunisienne a toujours soupçonné les islamistes de percevoir des fonds provenant d’intérêts étrangers dont le Qatar, pays qui s’est impliqué bien avant la révolution comme le bailleur de fonds le plus important des islamistes tunisiens. Aide qui semble se poursuivre aujourd’hui, avec le financement par l’ONG Qatar Charity, d’innombrables réseaux associatifs d’Ennahdha dans le but non avoué est d’islamiser la société par le bas.

L’on comprend dès lors les nominations dans le premier gouvernement de la Troïka contrôlé par les islamistes de personnalités tunisiennes proches du Qatar à des postes-clés, comme on comprend également l’emprise qatarie sur des secteurs stratégiques de l’économie tunisienne. 
En plus des largesses des émirs, Ennahdha a mobilisé, en février 2020, ses députés pour défendre la création d’une caisse de compensation intitulée «Caisse de la dignité et de dédommagement» d’un montant de 10 millions de dinars, destinée à l’indemnisation de ses militants.
Selon les députés de l’opposition, au total, Ennahdha aura coûté au contribuable tunisien pas moins de 12 milliards de dinars, l’équivalent de presque 4 milliards d’euros durant les dix dernières années.

Voilà comment les islamistes profitent de leur réseau qatari et de leur prise de pouvoir pour abuser des deniers de l’État, s’y financer et financer les associations de charité écrans qui se proposent en théorie de secourir les pauvres et les moins démunis. Un leurre qui masque l’ADN d’un parti fondamentalement conservateur qui prône un système économique néolibérale caractérisé par la domination des riches sur les pauvres. Il ne peut prétendre à la posture du parti des pauvres et des exclus quand il encourage une politique économique de bazar et de l’informel ouverte aux intérêts du capital étranger avec, à terme, la destruction de la production nationale.

Ennahdha insiste pour que les règles religieuses soient inscrites dans la Constitution

Dès le début de la rédaction du premier projet de la Constitution de juillet 2012, les rapports entre le politique et le religieux sont au cœur du débat entre députés modernistes et islamistes. Ces derniers, devenus la principale force au sein de la Constituante, font le forcing pour s’attaquer à l’héritage de Habib Bourguiba, avec comme objectif essentiel la remise en cause du Code du statut personnel décrété le 23 août 1956. Un code historique à l’avant-garde du monde arabe qui interdit la polygamie et la répudiation, institue le divorce judiciaire aux mêmes conditions pour les femmes et les maris, fixe l’âge minimum du mariage à 17 ans pour les filles et exige le consentement de la femme pour la validité de son mariage.

A la place, les députés islamistes ne cachent pas leur ambition d’imposer la charia comme source de la législation dans le cadre d’un État religieux ni celle d’appliquer l’idée moyenâgeuse de la «complémentarité de la femme avec l’homme au sein de la famille et en tant que véritable partenaire de l’homme dans la construction de la nation». Ils se sentent pousser des ailes lorsqu’en plein débat sur la rédaction de la Constitution, les partisans de l’islam politique, toutes tendances confondues, salafistes, jihadistes, Frères musulmans, multiplient les manifestations de rue, les prêches dans les mosquées, voire les coups de force pour faire pression sur le gouvernement et la Constituante pour mettre en place une Constitution islamiste. Mais ces pressions s’expriment dans un contexte socio-économique alarmant. Sur le plan sécuritaire, la situation est gérée avec passivité, voire avec des procédés en sous-mains d’entente entre Ali Larayedh, ministre de l’Intérieur affilié à Ennahdha et les salafistes jihadistes dont le groupe le plus violent, Ansar al-Charia, est impliqué dans les assassinats de personnalités politiques, des attaques contre des femmes, des artistes et les forces de sécurité. De plus en plus visibles, les salafistes envoient massivement les jeunes Tunisiens pour le jihad en Syrie et en Irak avec le laisser-faire actif d’Ennahdha. Sur le plan économique, le bilan est calamiteux ; chômage, corruption, abus de pouvoir, dégradation des services publics, économie informelle, injustice sociale plongent la Tunisie dans la crise économique et financière la plus grave depuis la chute du président Ben Ali en janvier 2011.

Cette cascade de dérapages a massivement mobilisé les femmes tunisiennes et le camp moderniste attachés à la défense d’une Tunisie tolérante et laïque au point de contraindre Ennahdha, affolé de voir le scénario égyptien se répéter en Tunisie, à se retirer de la coalition au pouvoir au profit d’un gouvernement de technocrates. Comme ces mobilisations immenses ont acculé les députés d’Ennahdha à accepter un projet de Constitution plus consensuel en cédant sur une Constitution qui reconnaît le caractère civil de l’État et qui ne fait aucune référence à la charia initialement proposée comme source de droit.

Enfin, ils ont accepté également que la Constitution garantisse la liberté de conscience et consacre l’égalité homme/femme. Mais ce recul stratégique ne remet en cause ni l’idéologie d’un parti dont la visée primordiale demeure l’instauration d’un État islamique avec des positions rigides, liberticides et non négociables sur les questions relatives à l’identité, à l’égalité dans l’héritage, à la dépénalisation de l’homosexualité ou à la consommation du cannabis ou encore à l’abolition de la peine de mort. Comme toujours dans le discours islamo-populiste, c’est une ligne rouge défendue au nom de la charia, des textes religieux et de la souveraineté du peuple. Une escroquerie intellectuelle qui a embarqué Ennahdha indéniablement dans le chemin de l’homophobie, de l’intolérance, du racisme et du terrorisme. En témoignent les menaces envers les démocrates comme celle faite par l’islamiste Noureddine Bhiri, ancien ministre de la Justice durant la «Troïka» et actuel député au Parlement, qui déclarait en 2012 : « Si vous êtes 50 000 policiers, nous avons 100 000 kamikazes.»

Ennahdha a imposé le régime parlementaire et le mode de scrutin proportionnel car ils lui permettent d’être en position de force dans le véritable pouvoir : l’Assemblée des représentants du peuple

Entre un régime parlementaire, pré-Constituante, fortement influencés par leurs collègues d’Ennahdha, ils ont finalement opté pour un régime parlementaire afin, insistent les islamistes, de se prémunir contre un retour possible de la dictature. 
Ils procèdent alors à une nouvelle répartition des pouvoirs accordant à l’Assemblée des représentants du peuple (ARP) une place au centre du pouvoir institutionnel. Désormais, le chef du gouvernement dispose de prérogatives plus larges que celles du président de la République puisqu’il est chargé de fixer la politique générale de l’État et n’est plus constitutionnellement sous la tutelle du président de la République mais seulement responsable devant le Parlement. 
Un système idéal pour Ennahdha, car il lui permet de se présenter en force dans la future ARP désormais devenue le véritable lieu du pouvoir.

Même bénéfice avec l’adoption, en 2014, de la loi qui établit un mode de scrutin proportionnel à un tour et au plus fort reste pour les élections au Parlement. Les rédacteurs de cette loi, toutes tendances confondues, considèrent que le multipartisme est nécessaire et que le scrutin à la proportionnelle favorise justement une représentation plus large des tendances politiques au sein du Parlement.
Mais en réalité, le scrutin proportionnel est le mode le plus favorable aux islamistes. Pour trois types de raisons : d’une part, il permet de donner plus de poids aux considérations religieuses qu’aux références partisanes, les électeurs et la base islamiste du parti vont voter plus pour celui qui avance la pensée politico-religieuse du parti que pour un député anonyme.
D’autre part, les islamistes sont conscients que le scrutin proportionnel entraîne une Assemblée très divisée qui rend très difficile la formation d’une majorité stable au sein du Parlement. Avec sa majorité relative assurée, Ennahdha sait pertinemment qu’il devient incontournable dans les jeux d’alliance avec des partis aux programmes antagonistes.
Il sera en position de force pour négocier des compromis sans être obligée de traduire en programme, en réalisations, en projets ses intentions politique. 
Enfin, Ennahdha sait également que le scrutin proportionnel va contribuer à transférer le pouvoir du Parlement aux chefs des partis politiques pour la plupart sans pouvoir électoral réel, donc incapables de constituer des majorités de coalition sans la présence dominante d’Ennahdha.

Avec «Ettawafek» (le compromis), Ennahdha brouille le paysage politique tunisien, bonifie sa présence au sein de la société et s’octroie des espaces de pouvoir de décision

Depuis l’automne 2014, l’expérience chaotique de la «Troïka» a cédé la place au compromis «Ettawafek» entre Ennahdha et les partis modernistes ou centristes comme Nidaâ Tounes, Tahya Tounes, Qalb Tounes et d’autres au nom de la sacro-sainte stabilité du pays.  
A l’origine, Ennahdha avait le choix entre deux stratégies : devenir le principal parti de l’opposition parlementaire ou contracter des alliances avec les démocrates et plus précisément avec son ancien adversaire aujourd’hui décédé, Beji Caïd Essebssi, leader du parti Nidaâ Tounes, arrivé à la tête des élections législatives.
Le choix des islamistes pour la seconde option était en fait dicté par l’expérience chaotique de leur gestion de la «Troïka». Ils ont compris qu’ils ne pouvaient exercer seuls le pouvoir et accepter la responsabilité d’un échec probable. Ils sont aussi conscients qu’ils ne disposent d’aucun programme crédible autre que des promesses électorales peu opérantes, qu’ils ne pourront pas répondre aux attentes immédiates de la population et qu’ils ne résoudront pas à eux seuls les problèmes colossaux des Tunisiens. 
Alors, ils ont préféré mettre, dans le jeu politique, cette nouvelle carte du compromis ou "consensus" et de l’unité nationale afin de bonifier leur présence au sein de la société et mieux négocier les espaces de pouvoir, transformés en transactions politiques opaques entre états-majors d’Ennahdha et les autres partis démocrates avec pour seul objectif, le partage de position d’influence pour la conquête du pouvoir.

Les Tunisiennes et Tunisiens qui ont opéré le vote utile au profit des partis démocrates pour s’opposer aux islamistes voient dans la présence de ces partis dans les cohabitations avec les islamistes une erreur politique qui s’apparente à une trahison, sinon à une capitulation idéologique et politique. D’autres encore accusent l’ancien président Beji Caïd Essebssi et les autres partis démocrates d’avoir affaibli, voire disloqué le front unitaire en acceptant le deal avec les islamistes alors qu’ils avaient toujours proclamé, haut et fort, que jamais, au grand jamais, il n’y aurait d’accord gouvernemental avec les islamistes s’ils ne renonçaient pas officiellement et dans les faits à leur projet islamiste.

Ennahdha a utilisé les démocrates comme sous-traitants pour les accompagner discrètement à prendre tous les pouvoirs

A l’évidence, ces compromis, ces arrangements secrets, ces effets pervers qui caractérisent le paysage politique tunisien depuis 2014, n’ont rien coûté politiquement aux islamistes ; pire, ils les ont bonifiés. Ils leur ont permis d’avoir un brevet de respectabilité avec ce double souci masqué : obtenir la caution de partis démocrates, dont la présence précieuse dans les alliances gouvernementales leur procure une posture fréquentable puis se servir à terme des démocrates comme sous-traitants, voire marchepied à leur conquête politique du pouvoir. 
Entreprise aisée, car Ennahdha sait que dans le compromis qui les lie aux démocrates, elle est dans un rapport de forces où ses partenaires démocrates sont loin d’avoir l’avantage numérique, encore moins la décision politique. Leur représentation modeste ne leur donne aucune légitimité pour négocier ou exiger une quelconque concession ou condition, notamment sur le plan des libertés civiques et d’opinion, à un parti hégémonique qui s’est renforcé avec l’accès aux responsabilités premières. 
Dans les faits, cette hégémonie contraint les démocrates à un statut de marginalité. Les ministres qui les représentent, sont davantage des supplétifs que des partenaires. Ni le président de la République ni le chef du gouvernement ne peuvent décider ni s’engager dans les dossiers importants, autrement qu’en négociant avec le Parlement, présidé par Rached Ghannouchi, le chef d’Ennahdha.

Et puis, les islamistes savent que leur supériorité sera maintenue grâce notamment à l’impuissance des partis modernistes à occuper le terrain de la contestation populaire, car incapables de gérer les phénomènes du sacrifice et du volontariat qui les dépassent. Ils savent qu’ils sont incapables de transformer la mobilisation sociale des citoyens en vraie mobilisation politique susceptible d’inverser les rapports de force dominants. 

Enfin, ils connaissent la nature des rivalités des partis démocrates associés à l’action gouvernementale. Ils savent qu’ils ne disposent pas d’une culture ou d’une tradition unitaires ni de vision politique et économique commune. Et quand bien même auront-ils cette volonté, il leur manquera toujours la vision stratégique de l’union nécessaire pour se maintenir ensemble assez longtemps pour faire la différence.
Pour de nombreux Tunisiens, les dirigeants des partis démocratiques ont été incapables de défendre dans le cadre du compromis, un État respectable et respecté garant des fonctions régaliennes, des droits fondamentaux et solidaires avec les plus défavorisés. 
En fait, loin de bâtir un contre-pouvoir à l’hégémonie d'Ennahdha et de fournir des réponses concrètes pour freiner son influence débordante, ils se présentent comme une sorte de pragmatiques opportunistes, prêts à tous les silences, toutes les complaisances et autres capitulations, du moment que cela peut les maintenir dans l’échelle illusoire et provisoire du pouvoir.

Ennahdha recrute une multinationale américaine pour relooker discours et stratégie de communication

La crainte d’un possible scénario à l’égyptienne, le bilan catastrophique de leur gestion durant la «Troïka», leur implication dans la violence politique et les assassinats de personnalités politiques tunisiennes, poussent les islamistes à normaliser leur image en changeant la forme et le contenu de leur communication.

Pour y parvenir, ils se sont offert les services d’une multinationale de la communication, spécialisée dans la gestion de crise et de lobbying international. Selon la presse internationale, (Humanité, Jeune Afrique, Kapitalis…), le contrat a été conclu pour un montant de 18 millions de dollars via le bureau d’Ennahdha à Londres.  
La prestation visait à « assister le parti dans ses activités de sensibilisation des médias et à soigner ses relations publiques aux niveaux national et international. Le maître-mot de ce lifting politique est de changer la perception des islamistes désormais qualifiés de parti « musulman démocrate » et non « islamiste », terme jugé dommageable. 
Le contrat prévoit également que la multinationale américaine veille à ce que les médias du monde entier accordent à l’information une place privilégiée en soulignant l’importance démocratique de cette évolution.

Depuis, Ennahdha a fait un vrai travail de fond sur sa communication et le vocabulaire utilisé. Elle rhabille sa radicalité islamiste d’un voile de respectabilité complètement adapté à la rhétorique du compromis et de l’unité nationale. Rached Ghannouchi et son état-major lissent leur discours et cultivent une image de concorde et de compromis, loin des déboires, des dérives et des assassinats durant leur gouvernance.

Désormais, leur référence idéologique n’est plus officiellement la confrérie des Frères musulmans, mais le Parti de la justice et du développement turque (AKP), considéré par Ennahdha comme respectable et fréquentable car il a su allier démocratie et islamisme sans jamais mentionner que le président turque Recep Erdogan a été contraint par la Constitution d’Atatürk qu’il a d’ailleurs largement grignotée depuis son arrivée au pouvoir en 2003. 

Sont-ils sincères ? Bien évidemment non, répondent de nombreux Tunisiens, car ils n’ont ni la culture démocratique ni la volonté de réforme. C’est plus un virage en trompe-l’œil qui masque un programme qui fait toujours primer le religieux sur le politique.

Le compromis entre les démocrates et Ennahdha a accordé aux islamistes le temps de noyauter discrètement les institutions de l’État et d’entreprendre une islamisation rampante avec la volonté de changer la vie des Tunisiens dans le domaine vital de leur identité arabo-musulmane.

Les processus de compromis entre les gouvernements successifs et les islamistes d’Ennahdha ont accordé à ce parti le temps d’opérer un quadrillage de terrain et de noyauter discrètement et avec patience les départements de la Justice, de l’Intérieur, de l’Education et bien d’autres secteurs stratégiques comme les lieux de culte. Les islamistes ont placé leurs imams convertis en porte-voix du parti dans l’indifférence et le silence des gouvernements successifs.

Cette pratique de tromperie est au cœur de leur stratégie pour infiltrer la République et élargir leur base. D’ailleurs, leur masque est tombé le jour où leur chef spirituel, actuel président du Parlement, Rached Ghannouchi, filmé à son insu, demandait aux salafistes pressés d’en découdre, de la patience et de la raison, le temps de terminer le job (noyautage) et de contrôler l’armée.

Dès lors, rien ne les arrête pour imposer par la dissimulation, le mensonge et le double langage une islamisation imperturbable sur fond de manifestations symboliques de religiosité. Ainsi, le hijab est devenu l’uniforme féminin de référence, conseillé sinon imposé par des militants aux aguets. Dans les mosquées, les appels à la prière se font à coups élevés de décibels suivis dans certaines mosquées salafistes de prêches virulents qui exigent l’application de la charia, l’interdiction de la vente d’alcool et le lancement de fatwas contre les festivals de musique qualifiés de sataniques.

L’héritage laïque du président Bourguiba semble complètement bousculé par cette ré-islamisation grandissante et de longue haleine de la société tunisienne. Une islamisation dont le révélateur le plus fort est l’activisme des réseaux caritatifs et associatifs d’Ennahdha qui, en toute impunité, implantent sur tout le territoire de centaines d’écoles et de jardins d’enfants coraniques. Une stratégie discrète encouragée par une figure-clé d’Ennahdha, Abdelfattah Mourou, réputé pour sa féconde tunisoise et ses blagues, qui promettait en février 2012, sous le ton de la confidence, au prédicateur salafiste égyptien, grand militant de l’excision féminine Wajdi Ghanim de « séduire les enfants pour mieux les opposer à leurs parents ». Car, dit-il, « nous n’avons pas besoin des parents, nous avons besoin des enfants ».

Mais depuis les dernières élections législatives, Ennahdha n’est plus le seul à mobiliser les populations à travers la référence religieuse. Il est concurrencé par un parti d‘extrême droite fasciste « Iitilaf al-karama » (recouvrons notre dignité), qui a fait une irruption fulgurante sur la scène parlementaire, bousculant l’échiquier politique interne, faisant montre d’un activisme verbal violent et appelant l’éradication de toute influence étrangère avec comme objectif l’islamisation de la société tunisienne. Idéologiquement et affectivement proches d’Ennahdha, des députés de ce parti sont allés jusqu’à appeler, au Parlement, au meurtre en invoquant l’apostasie (takfir) à l’encontre de la présidente du Parti destourien libre (PDL) Abir Moussi, parce qu’elle a osé critiquer et dénoncer le dirigeant d’Ennahdha et les Frères musulmans. Alors que l’apologie de la violence et du terrorisme est un crime puni par la loi, les partis dits démocrates au Parlement qui, normalement, s’emparent de chaque occasion pour s’indigner, ont choisi le silence pour ne pas froisser leurs partenaires islamistes au gouvernement.

Tous ces faits démontrent que la Tunisie connaît une contre-révolution silencieuse avec le triomphe d’une version salafo-frériste de l’islam qui impose sa norme à l’islam malékite tunisien tout en encourageant une violence symbolique incroyable contre la société tunisienne et les valeurs de l’héritage de Bourguiba. 
C’est une entreprise qui soulève le problème encore plus important de la cohésion nationale. Ce n’est pas seulement la Tunisie et son identité musulmane qui sont en péril, mais également la civilisation et laculture arabo-judéo-berbéro-musulmane dont elle est porteuse. Sans doute, le vivre-ensemble, élément-clé de la vie sociale de la Tunisie, a désormais un avenir de plus en plus incertain.

En résumé ...

En résumé, depuis son accession au pouvoir, Ennahdha a favorisé un parlementarisme impuissant, un code électoral pervers, des cohabitations contre-nature, un délitement économique et social, une stratégie de ruse, de dissimulation et de double langage dans le seul but est de promouvoir une non-gouvernance chaotique et anarchique dans laquelle les lois ne sont pas respectées ni appliquées. 

Cette stratégie a sans nul doute permis aux islamistes de rendre problématiques les libertés individuelles et collectives arrachées par la révolution, comme la liberté de croyance, d’opinion et l’indépendance du pouvoir judiciaire.

La remise en cause, en toute impunité, de l’État de droit voulu par la Constitution, est un signe suffisant pour accréditer la thèse d’une contre-révolution conservatrice avec une volonté de conquête forcée et violente de tous les pouvoirs. 

Aussi, faut-il être crédule et naïf pour espérer qu’Ennahdha et ses réseaux islamistes en Tunisie et dans le monde, laisseraient aujourd’hui un gouvernement de coalition, fragile et sous contrôle, démanteler leurs acquis idéologiques, politiques et financiers. 
Ils ne céderont pas et ne pourront céder sur ces points car ils constituent la quintessence de leur projet.





DROGUE & RELIGION, OPIUM DES PEUPLES OU ARMES D’ÉTAT ?

Les pays qui luttent contre la drogue, contre l'islamisme et la violence liée aux deux, comme les EU, l'Angleterre, la France ..., font sourire quand on pense que leurs Etats ont promu et organisé le commerce de la drogue et exploité l'islamisme à des fins politiques !

Trois documentaires sur Arte, rappellent l'histoire de la drogue dont se sont servis les empires coloniaux pour coloniser et dominer leurs nouvelles colonies. 

Avant leur arrivée en Chine, l'empereur de Chine découvrant le ravage de l'opium sur ses sujets, avait interdit la culture du pavot. Anglais et Français qui avaient des comptoirs de commerces en Chine, n'étaient pas de cet avis. Ils y ont vu une entrave à leur commerce et à leurs affaires. 

Ils vont faire la guerre à la Chine et soumettre son peuple à leurs lois. Pour cela, ils vont exploiter la drogue. L'expansion de la culture du pavot va transformer tout un peuple en héroïnomane, pour le grand bien des nouveaux colonisateurs de la Chine ...
L'argent de la drogue leur servira à financer la colonisation des pays asiatiques ...
Pour entretenir le réseau de ce trafic, ces Etats ont fait appel aux malfrats et bandits en tout genre, pour assurer sa bonne marche.

Ce commerce florissant, donnera des idées à d'autres pays comme les EU, le Japon pour prendre la place des empires coloniaux dont le déclin a commencé en 1913. 
Les américains s'en serviront dans leurs guerres du Vietnam et lors de celle d'Afghanistan.
Ces Etats se comportant comme des voyous en faisant appel à des voyous, donneront des idées à d'autres Etats voyous comme le Mexique, la Colombie ...

Intéressant de voir l'imbrication du trafic de la drogue, dans l'action politique et l'action militaire, jusqu'à générer des réseaux parallèles de trafiquants qui se sont "émancipés" des Etats qui les utilisaient. La mafia après avoir été instrumentalisée par les américains, sera combattue par ceux-là même qui lui ont permis de se développer; puisque les américains ne faisant pas confiance aux fascistes italiens et ayant une peur phobique du communisme, ont préféré "traiter" avec elle !

Evidemment la cupidité et la stupidité de ces Etats seront payées en retour; puisque la drogue leur reviendra comme un boomerang dans la figure quand elle touchera leurs peuples et plus particulièrement leurs jeunesses !

On ne peut s'empêcher de faire le parallèle entre l'instrumentalisation de la drogue et l'instrumentalisation de l'islamisme, les deux ayant servis aux anglais pour disloquer l'empire Ottoman et assurer leur domination sur leur empire colonial; que reprendront à leur compte les américains pour assurer leur impérialisme qui supplantera les empires coloniaux !

Et là aussi, l'arroseur sera arrosé; puisque drogue et wahhabisme qui fondent l'islamisme, leur reviendront comme un boomerang à la figure depuis que le wahhabisme s'installe chez eux, alors qu'ils le croyaient cantonné aux pays "arabes" !

Karl Marx disait que la religion est l'opium du peuple. Or après avoir vu ce documentaire très bien fait sur la drogue, on peut dire que drogue & religion sont les opiums des peuples mais aussi des armes d'Etat ... ce qu'ont parfaitement bien compris les islamistes dont les Frères musulmans, puisqu'ils se servent des deux pour dominer les peuples ! 

Tout le monde a en tête l'image du jihadiste qui exécute les crimes les plus horribles dans une hilarité totale, le Captagan remplaçant souvent le hachiche (canabis) de ses prédécesseurs les "hachachines", dont se sont inspirés les Frères wahhabites qu'utilisa Lawrence d'Arabie pour faire la guerre aux Ottomans et installer les Ibn Saoud sur le trône d'Arabie, puis les Frères musulmans ... jusqu'aux américains qui vont généraliser l'usage de la drogue et l'instrumentalisation du wahhabisme dans leur guerre contre le communisme ! 

Rachid Barnat


Histoire du trafic de drogue : 




mercredi 1 avril 2020

La bêtise des imbéciles

L'ignorance et l'obscurantisme, font le lit des épidémies. Taiwan est l'unique pays à avoir gérer correctement l'épidémie du CoVid-19 : 4 morts et une quarantaine de porteurs du virus testés positifs dans une population de 24 millions d'individus ! Pourquoi ? Tout simplement parceque l'Etat a joué la transparence totale de suite, dés l'apparition des premiers cas en Chine. Les informations à tout point de vue, sont données au peuple : épidémiologique, médicales ...
Les consignes données par le gouvernement, ont été respectées à la lettre par un peuple instruit et cultivé. L'esprit citoyen a joué à fond par un peuple qui comprend l’intérêt général, montrant une discipline citoyenne admirable.
Or le citoyen ne l'est amplement, que s'il est instruit et cultivé, pour prendre conscience totalement de ses droits et de ses devoirs ! Voilà pourquoi il est à craindre que dans les pays où l'obscurantisme est entretenu politiquement par des gouvernants incultes eux-mêmes, l'épidémie fera des ravages. Ce qui est le cas de la Tunisie gouvernée par les Frères musulmans; puisque les consignes de confinement demandées par Fakh Fakh et le couvre feu établi par KS, sont contournées par les islamistes qui se réunissent le soir dans des séances de "takbir" (glorification d'Allah) pour conjurer le mal ... A moins qu'ils soient instrumentalisés par Lotfi Zitoun (ministre nahdhaoui), pour ridiculiser le président & le premier ministre en leur rappelant que l'unique pouvoir est entre les mains de Ghannouchi depuis qu'il s'est autoproclamé "PRÉSIDENT" de tous les Tunisiens !
R.B

Alain Finkielkraut : sa théorie du complot sur #balancetonporc ne ...
Alain Finkielkraut

La bêtise des Intelligents

Tout le monde, les médecins comme les profanes, le gouvernement comme les citoyens, a été pris au dépourvu par l’irruption du nouveau coronavirus. On a cru d’abord que l’épidémie resterait cantonnée à la Chine. Les hautes autorités médicales elles-mêmes ont longtemps été rassurantes. Le professeur Raoult, notre Pasteur, n’était pas le dernier à railler les alarmistes. 
Quand l’Europe a été atteinte, on a tiré du fait que 98% des malades guérissent la conclusion réconfortante qu’il s’agissait d’une grippe saisonnière carabinée. 

Et nous voici, tous autant que nous sommes, assignés à résidence pour une durée indéterminée. Cet événement dont personne n’avait prévu l’ampleur ni la virulence nous invite à la modestie. Nous devrions nous dire avec Péguy : « Tout est immense, le savoir excepté ; tout arrive, il suffit d’avoir un bon estomac. » 

Eh bien non, l’heure est au procès des politiques. Ils ont réagi trop tard, disent les uns ; ils en font trop, disent les autres. Ceux-là dénoncent leur incurie, crient au scandale et parlent même de crime d’Etat. Ceux-ci fustigent l’instauration de l’état d’exception et s’insurgent de voir les libertés élémentaires anéanties par ce qu’ils appellent, après Michel Foucault, le « biopouvoir ». Ils savaient et ils n’ont rien fait, hurlent les premiers. Ils érigent une simple grippe en peste noire pour mettre toute la population sous surveillance, affirme sans sourciller le disciple autoproclamé d’Hannah Arendt, Giorgio Agamben : « Il semblerait qu’une fois le terrorisme épuisé comme justification des mesures d’exception, l’invention d’une épidémie puisse offrir le prétexte idéal pour étendre celles-ci au-delà de toutes limites. » Et si les gens obéissent sans broncher, ajoute Agamben, c’est parce que notre société ne croit plus qu’à la survie : « C’est un spectacle vraiment attristant de voir une société tout entière, face à un danger d’ailleurs incertain, liquider en bloc toutes les valeurs éthiques et politiques. » 

Les faire-part de décès remplissent dix à douze pages des journaux italiens et voilà ce qu’ose écrire l’une des stars du campus mondial ! Peter Sloterdijk, le plus grand philosophe allemand d’aujourd’hui, n’est pas en reste : « La crise corona affiche tous les symptômes d’une prise de pouvoir par la « sécuritocratie » camouflée sous les apparences d’une médicocratie bienveillante. » Alors que « le nouveau virus de provenance chinoise n’est que l’un des multiples pseudonymes de la mortalité moyenne », le souverain instaure l’état d’urgence. Et entre autres « diktats démesurés », il ferme les écoles « en sachant que les enfants ne sont guère menacés parce qu’ils disposent d’une immunité naturelle ». 

Sachant, pour ma part, que les enfants immunisés transmettent le virus à ceux qui ne le sont pas, je reste confondu par une aussi péremptoire ignorance. Et apprenant que Sloterdijk propose contre « nos solutions soi-disant raisonnables », l’invention d’une nouvelle science, « la labyrinthologie », je pense à cette formule admirable de Gombrowicz : « Plus c’est savant, plus c’est bête. »

Car le XXe siècle nous l’a appris, la bêtise n’est pas le contraire de l’intelligence, il y a une bêtise de l’intelligence, une bêtise des intellectuels qui prend la forme de l’esprit de système. La différence du naturel et de l’artificiel ayant été abolie ou, pour le dire avec les mots de Hans Jonas, « la cité des hommes, jadis une enclave à l’intérieur de la nature non-humaine, s’étant répandue sur la totalité de la surface terrestre », la modestie n’est plus de mise. Si l’homme, en effet, est impliqué dans tout ce qui arrive à l’homme, si rien n’échappe à la magistrature de l’histoire alors, disent les intelligents, l’absurde et le tragique n’ont plus de place dans la pensée, l’homme ou certains hommes doivent être tenus comptables de chaque événement, épidémie comprise. 
Odo Marquard l’a dit mieux que personne : « La philosophie de l’histoire, qui ne parle plus de Dieu et ne veut plus parler de la nature, mais doit parler de l’homme, découvre, comme figure décisive, les autres, les hommes qui empêchent le bien voulu par les hommes : les adversaires, les ennemis. » 

Ainsi, il y a bien une guerre pour ceux-là même qui, comme Sloterdijk, font grief à Emmanuel Macron d’utiliser un vocabulaire martial : c’est la guerre contre le pouvoir omniscient et maléfique. Confrontée à une pandémie sans précédent, la bêtise de l’intelligence incrimine non le virus mais les gouvernants. Peu importe les immenses efforts que ceux-ci déploient pour sauver les entreprises et pour éviter les licenciements. On tient pour rien que ces serviteurs du capitalisme international, comme les appelle Michel Onfray, aient choisi de figer l’économie pour sauver les vies des plus vulnérables et qu’ils n’aient aujourd’hui qu’une obsession : ne pas se trouver, à cause de l’engorgement des hôpitaux, dans la situation de faire le tri entre les malades. 

Dans un monde peuplé de volonté, ces gouvernants sont coupables du malheur qui nous échoit. Qu’on m’entende bien : il est tout à fait légitime de pointer les défaillances de l’exécutif et de critiquer sa communication ou ses tergiversations. Mais la haine qui tient lieu aujourd’hui de critique repose sur l’oubli que l’incertitude est le lot de la condition humaine. Et cet oubli est impardonnable.

En tout cas, ceux qui s’inquiétaient de la restriction de nos libertés devraient être rassurés : jamais tant de féroces inepties n’ont été proférées sous le drapeau de la liberté d’expression que pendant cette crise. 

Quant à la discipline imposée par le confinement, elle ne nous infantilise pas, elle fait appel à notre sens des responsabilités. Ce sont les libertaires en colère qui ressemblent à des enfants soudain privés de leur bac à sable ou de leurs autos-tamponneuses.

Imaginons un instant que le pouvoir soit confié aux accusateurs méprisants des gouvernants tâtonnants. On subirait alors, en plus de l’horreur de l’épidémie, les ravages de l’incompétence. Et permettez-moi de regretter qu’en ces temps si difficiles, Causeur ait choisi d’être le rendez-vous des indignés. Il y avait mieux à dire et à faire. 

L’anticonformisme systématique est aussi un réflexe pavlovien.