mardi 17 juillet 2018

LE MULTICULTURALISME, SONNERA-T-IL LA FIN DE LA CIVILISATION OCCIDENTALE ?


Si le multiculturalisme à ses débuts partait d'un bon sentiment pour permettre aux immigrés en panne d'intégration et ostracisés après les trente glorieuses, pour qu'ils se sentent un peu chez eux en France, en autorisant le regroupement familial ; très vite il va prendre des orientations que les politiques n'avaient pas prévues.

D'abord au nom du respect de leur culture et pour ne pas se faire traiter de racistes,  les autorités françaises vont tolérer, voire fermer les yeux sur ce que certains des immigrés vont importer de leur mode de vie en France : comme l'excision des fillettes, le mariage forcé des adolescentes, la polygamie jusqu'à trouver des logements séparés pour les épouses sur un même palier sinon dans le même immeuble pour permettre au père de surveiller sa nombreuse marmaille. Et jusqu'au crime d'honneur qui ne semble pas émouvoir plus que ça la justice française ... 

Multiculturalisme qui desservira les bénéficiaires qui finiront par tomber dans le communautarisme, les marginalisant encore plus ! Ce qui en fera des proies faciles pour les islamistes, du moins pour les "musulmans" d'entre eux !

Et voilà comment le multiculturalisme et son pendant le communautarisme constitueront une aubaine pour les Frères musulmans pour récupérer ces populations laissées pour compte par tous les responsables politiques de droite comme de gauche, pour s'installer dans le paysage politique français ; aidés en cela par le très médiatique et charismatique Tariq Ramadan, petit-fils du fondateur de cette organisation !

Les anglais pousseront le concept encore plus loin jusqu'à faire de Londres la 
capitale de l'islamisme où les islamistes de tous poils trouvent refuge !

En Belgique, en Allemagne, jusqu'en Scandinavie ... les responsables politiques ont joué l'ouverture eux aussi, dans laquelle les islamistes se sont très vite engouffrés pour rejeter les lois du pays d’accueil qu'ils veulent remplacer par la chariâa.

Au Canada, le concept changera de nom mais l'
accommodement raisonnable raisonnable garde le même esprit, tolérant tous les modes de vie, islamiste compris.

Voilà comment les Frères musulmans vont mettre en échec cette politique généreuse d'ouverture en Occident !

Comment s'étonner dès lors que les Européens vivent mal ce choc des civilisations, qui risque de leur coûter leur civilisation occidentale, parceque des islamistes visent à la détruire pour imposer le model wahhabite qu'ils projettent de répandre dans le monde entier ? Comment s'étonner de la montée du populisme et des partis d'extrême droite chez des peuples inquiets de l'agressivité de l'islam, confondant l'islam avec l’islamisme ; islamisme dont leurs responsables politiques ont laissé se déployer en Europe le wahhabisme qui le fonde et dont ils soutiennent ses promoteurs que sont les Frères musulmans et leurs sponsors les pétromonarques, aussi bien chez les "arabes" qu'en Occident ?

Quant aux attentats du 11 septembre, qui ont inspiré sa thèse à Huntington, ils ont démontré aux américains que de jouer avec le feu, il y aura tôt ou tard un retour de flemme. Or ils ont cru pouvoir instrumentaliser le wahhabisme pour contrer le communisme chez les "arabes", persuadés que cette doctrine ne touchera pas l'Occident. Ils se sont bien trompés et le monde entier est en train de payer leur erreur stratégique ; puisque cette doctrine est devenue le nouveau cancer du siècle !

Pourtant les musulmans ont toujours combattu cette obédience soutenue par un Occident cupide, sinon stupide.

Rachid Barnat


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Qu'est-ce que le « choc des civilisations »?

I - La thèse de Huntington

Une thèse qu'il avait exprimée en 1993 dans un article paru dans la revue Foreign Affairs avec un point d’interrogation; puis dans son livre The Clash of Civilizations and the Remaking of World Order paru en 1996, sans point d’interrogation (Sa traduction chez Odile Jacob paru en 2000 "Le Choc des civilisations"); sont devenus des références obligées depuis le 11 septembre 2001.

En substance, Huntington prétend que depuis la fin de la guerre froide, ce sont les identités et la culture qui engendrent les conflits et les alliances entre les États, et non les idéologies politiques. Le monde a ainsi tendance à se diviser en civilisations qui englobent plusieurs États. Il n'y a donc pas de coïncidence entre État et civilisation. Pour Huntington, la civilisation représente l'entité culturelle la plus large. Elle « est le mode le plus élevé de regroupement et le niveau le plus haut d'identité culturelle dont les humains ont besoin pour se distinguer des autres espèces. Elle se définit à la fois par des éléments objectifs, comme la langue, l'histoire, la religion, les coutumes, les institutions, et par des éléments subjectifs d'auto-identification. ».

Selon Huntington, sept à huit civilisations se partagent le monde, quoiqu'il n'en nomme que cinq, la chinoise, la japonaise, l'hindoue, la musulmane et l'occidentale. Il ne voit pas l'Afrique comme une civilisation en soi (au contraire de Fernand Braudel). À l'égard de l'Amérique latine, il adopte une position ambivalente. Tantôt il la considère comme une sous-civilisation de l'Occident, tantôt il y voit une civilisation distincte, menaçante pour les États-Unis.

Le monde international de l'après-guerre froide est devenu multicivilisationnel selon Huntington, parce que l'Occident a cessé de dominer le système international avec la fin de l'impérialisme colonial et la cessation des hostilités entre États occidentaux. Si grands qu'aient été la puissance de l'Occident et l'attrait de sa culture sur les autres civilisations, la diffusion des idées occidentales n'a pas suscité une civilisation universelle. Les civilisations exposées aux idées de l'Occident lui ont emprunté ses savoir-faire sans pour autant en épouser toutes les valeurs, comme l'individualisme, l'État de droit et la séparation entre le spirituel et le temporel. Ainsi, la modernisation des États non-occidentaux n'a pas entraîné leur occidentalisation mais plutôt renforcé l'attachement à leur civilisation propre. Il en est de même de la démocratisation de plusieurs pays non-occidentaux ; la démocratie a mis au pouvoir des partis hostiles aux valeurs occidentales ; de même il met en doute l'idée que la libéralisation du commerce préviendrait les conflits.

Ainsi est en train de s'établir selon Huntington un nouveau rapport de forces entre civilisations. Alors que l'Occident voit son influence et son importance relatives décliner, les civilisations asiatiques gagnent en puissance économique, militaire et politique et réaffirment leurs valeurs propres. 

Connaissant une croissance démographique rapide, l'Islam est en proie à des rivalités intestines et déstabilise ses voisins. La poussée démographique de l'Islam s'accompagne d'une résurgence de la religion islamiste qui, dans plusieurs pays, s'est illustrée par la montée du fondamentalisme, en particulier chez les jeunes. 

Huntington décrit ensuite l'émergence d'un ordre mondial organisé sur la base de civilisations. Les États coopèrent d'autant mieux les uns avec les autres qu'ils ont en commun des affinités culturelles, tandis que les efforts faits pour attirer une société dans le cercle d'une autre civilisation échouent. Au sein d'une même civilisation, les États s'unissent autour d'un État phare. La Chine, l'Inde et le Japon dominent chacun leur propre sphère civilisationnelle. L'Occident connaît deux puissances dominantes, les États-Unis et l'axe franco-allemand, la Grande-Bretagne occupant une position médiane entre les deux. Certains pays, comme la Russie, la Turquie et le Mexique, ont tenté de s'occidentaliser, au prix toutefois de déchirements qui ont souvent mis en échec ce processus.

Enfin, Huntington lance à l'Occident un appel au ressaisissement. Il estime que la survie de l'Occident dépendra de la capacité et de la volonté des Américains à réaffirmer leur identité occidentale fondée sur l'héritage européen. La persistance du crime, de la drogue et de la violence, le déclin de la famille, le déclin du capital social, la faiblesse générale de l'éthique et la désaffection pour le savoir et l'activité intellectuelle, notamment aux États-Unis, sont autant de signes indiquant le déclin moral de l'Occident.

Le livre de Huntington est une critique du multiculturalisme comme politique intérieure. Huntington reproche aux multiculturalistes américains de vouloir un pays aux civilisations multiples, c'est-à-dire un pays n'appartenant pas à aucune civilisation et dépourvu d'unité culturelle. Il croit que l'affrontement entre les partisans du multiculturalisme et les défenseurs de la civilisation occidentale constitue le " véritable conflit " aux États-Unis. Si ces derniers devaient se désoccidentaliser, l'Ouest se réduirait alors à l'Europe, elle-même aux prises avec l'irruption de l'Islam. Pour enrayer le déclin de l'Occident, l'Europe et l'Amérique du Nord devraient envisager une intégration politique et économique, de même qu'aligner les pays d'Amérique latine sur l'Occident, empêcher le Japon de s'écarter de l'Ouest, freiner la puissance militaire de l'Islam et de la Chine en maintenant la supériorité technologique et militaire de l'Occident sur les autres civilisations.

Dans un monde multicivilisationnel, la prévention de la guerre repose sur trois principes :
1 - l'abstention, les États phares devront " s'abstenir d'intervenir dans les conflits survenant dans des civilisations autres que la leur ";
2 - la médiation, les États phares devront s'entendre pour " contenir ou stopper des conflits frontaliers entre des États ou des groupes, relevant de leur propre sphère de civilisation ".
3 - L'Occident devra également renoncer à l'universalité de sa culture, croyance par ailleurs fausse, immorale et dangereuse, accepter la diversité et rechercher les points communs avec les autres civilisations.

II - Il faut expliquer un tel succès d’une théorie aussi approximative

- invention de civilisations latino-américaine, bouddhique, etc. pour les besoins de la démonstration ;
- non-prise en compte des travaux de Braudel sur l’existence de civilisations Africaine et Méditerranéenne ;
- ignorance du rôle de l’Occident dans le développement de l’ Islamisme, notamment wahhabite (choix du soutien à l’ Arabie saoudite intégriste aux dépens des partisans d’Etats-nations arabes : Nasser, etc.) ;
- ignorance de l’aspect pluriculturel de toutes les civilisations, et de leur fonds commun universaliste propre à l’espèce humaine et permettant leur dialogue.

Si le simplisme de cette thèse explique en grande partie son succès auprès des médias, les vraies raisons nous en semblent surtout politiques.

Dès 1972, l’avocat Lewis Powell (devenu depuis juge à la Cour Suprême) décrivait l’ " adversaire « parvenu au cœur des centres qui influencent l’opinion : les campus, les médias, la communauté intellectuelle, les politiciens, ; le temps est venu pour le business américain de mobiliser ses capacités, sa lucidité, pour les retourner contre ceux qui veulent le détruire ; l’enjeu, c’est la survie de la libre entreprise " ; et de définir quatre grands domaines pour cette contre-offensive :  L’Université, les médias, l’establishment politique, le système judiciaire » . 

III - La situation actuelle et l’avenir

Dans ce nouveau rôle d'hyperpuissance, les Etats-Unis se heurtent à deux obstacles majeurs :
- l’obligation de compenser leur dépendance économique croissante vis-à-vis du reste du monde (déficit annuel de la balance des paiements voisin de 5% du PIB, endettement extérieur colossal, obligation de drainer 80% de l’épargne mondiale) ;
- une fuite militaire en avant qui remet en cause les principes traditionnels de l’ordre international, et qui, radicalisant (entre autres) le monde arabo-musulman, risque de donner une réalité à la guerre des civilisations qui lui a servi de prétexte.

Or, ces deux obstacles ne pourront être surmontés dans la durée, car les Etats-Unis n’en auront pas éternellement les moyens financiers ni militaires. L’Amérique n'a pas plus qu'avant-hier les moyens de contrôler l'Irak, et a fortiori la planète. Il y aura un moment où le monde s'apercevra que la société américaine est une société de consommation dont l'entretien coûte trop cher aux autres pays, qu'elle est devenue un facteur de désordre économique et géopolitique. Or, un empire n'est acceptable que s'il assure l'ordre des territoires qu'il prétend dominer.

Heureusement, la tradition démocratique issue du New Deal est toujours ancrée dans l’Histoire des Etats-Unis : l’avènement des néocons’ n’est qu’une des oscillations périodiques de l’Histoire longue.

Mais, en attendant, l’inévitable contre-révolution conservatrice, nous sommes bien en plein dans cette révolution.

IV - Le deuxième livre de Huntington

En 2004, Huntington approfondit sa thèse par un 2ème ouvrage :« Who are we ?» (« Qui sommes-nous ? »), qui va en agacer plus d’un. Ici, nous trouvons la suite logique de l'argument précédent : s'il existe des civilisations diverses et destinées à le rester, chacune d'entre elles doit pouvoir décrire son identité spécifique. Après avoir expliqué, dans son premier ouvrage, pourquoi il ne croyait pas au monde lissé et nivelé sous des valeurs universelles, il décrit ici ce qu'il entend par l'identité américaine.

Pas de doute : c'est l'événement du 11 septembre qui incite les Américains à se demander qui ils sont, suite cohérente de la première question qui vient à l'esprit après l'attaque des tours : pourquoi nous haïssent-ils ? Donc : qui sommes-nous pour que l'on nous haïsse à ce point ? Etre pris pour cible vaut preuve d'existence, et d'une existence marquée, non pas anodine ou remplaçable. Les terroristes n'ont pas visé les tours de Kuala Lumpur...

La présence même de ce livre nous laisse entrevoir l'évolution inattendue des mentalités américaines au tournant du siècle. Les thèses de Molnar ou de Baudrillard, pour ne citer que ces deux classiques, volent en éclats. Beaucoup de nos préjugés vont s'en trouver meurtris. A commencer par celui-ci : nous avons longtemps pris les Américains pour des matérialistes avérés, intéressés seulement par la taille de leur frigidaire. La réalité est moins simple que cela, et même très différente. C'est au contraire son esprit religieux qui domine.

L'auteur en trace les contours par des chiffres. Il rappelle les références religieuses dans les textes fondateurs et les institutions en général, et l'importance de la religion pour le peuple américain dans son ensemble. Environ 80 % croient en Dieu, 65% se disent pratiquants, 50% croient aux anges.

A cet égard, les Etats-Unis présentent deux caractéristiques introuvables ailleurs : seul pays à se trouver en dehors de la courbe qui lie inéluctablement la pauvreté à l'esprit religieux ; seul pays à "combiner admirablement ... l'esprit de religion et l'esprit de liberté", dit Huntington en reprenant les mots de Tocqueville.

Par ailleurs, la religion se double ici d'une religion civile, au sens où les Américains se pensent volontiers investis d'une mission universelle, divinement sanctionnée : naturellement, cela nous fait sourire, car nous ne croyons plus à la "France-fille-aînée-de-l'Eglise" ou aux fariboles des soi-disant peuples élus. Disons plutôt que nous avons sécularisé notre religion civile, bien loin de l'abandonner : la France se croit ou se croyait encore il y a peu, investie d'une mission universelle, au nom des Lumières, laquelle croyance ne diffère guère de celle de l' "axe du Bien". Ce qui permet d'expliquer pour une part l'animosité de la France à l'égard des Etats-Unis : ceux-ci sont en train de lui voler la vocation universelle, dont elle se pensait investie pour les siècles.

Le livre de Samuel Huntington vise entre autres à démontrer que la culture anglo-protestante est centrale dans l'identité américaine : l’Amérique est née protestante, et le catholicisme ne s'est greffé ensuite que comme une secte parmi d'autres. L'auteur ne fustige pas l'immigration – ce serait impossible dans un pays pareil. Il fustige les groupes d'immigrés qui refusent l'intégration. Toute immigration est bonne venant de celui qui veut être américain, qui ne cherche pas seulement à profiter du welfare et des programmes de l'action affirmative... Il en résulte, selon l'auteur de « Who are we ?», que les Mexicains constituent un danger pour l'identité américaine : par leur nombre, leur proximité, leur concentration régionale, leur fertilité, leur réticence à apprendre l'anglais. Les Mexicains expriment avec acuité leur caractère latin et sudiste, par exemple dans le « syndrome de manana » (« demain tout ira bien ») : fatalité, manque d'initiative et d'ambition.

Le lecteur français, qui, en général, prend parti pour l'intégration des immigrés et non pour les ghettos à l'anglo-saxonne, devrait être satisfait par le discours de Huntington. Pourtant, il ne le sera pas : car cette intégration se justifie ici par la volonté, peu appréciée ici, de sauvegarder des valeurs nationales.

Cette société qui semble avoir échappé au désenchantement du monde nous apparaît sottement candide, et le livre de Huntington en témoigne largement. Elle a pour ainsi dire plus d'âme que nous, en même temps qu'elle peut se prêter aux fanatismes dont l'âme est capable. Baudrillard disait qu'en dépit de ses extravagances néfastes il ne pouvait s'empêcher de lui trouver un air de matin du monde.
Et il en voyait méchamment les bienfaits à travers les insuffisances : « Il nous manque l'âme et l'audace de ce qu'on pourrait appeler le degré zéro d'une culture, la puissance de l'inculture.» Le caractère primitif et sauvage de l'Amérique se voit encore confirmé par les pages du « Who are we ?». Comme il nous paraît vieillot de vouloir se définir face aux autres, et de défendre une identité menacée... Huntington parle au nom d'une Amérique qui aime la vie et qui s'aime elle-même. Il veut montrer que le pays n'a finalement pas été refaçonné par les libéraux, au sens américain du terme. Ceux-ci, largement concentrés outre-Atlantique dans les universités, cherchent, depuis les années 60, à concrétiser l'image d'une Amérique sans qualités, définissable seulement par le mélange, une Amérique métisse et sans autre caractère. Ils utilisent pour cela les moyens de l'affirmative action (pour l'auteur, une nouvelle forme de racisme), et la doctrine du multiculturalisme, niant l'existence d'un bien commun. Huntington les appelle des déconstructionnistes, laissant entendre qu'ils détruisent – ou déconstruisent – des caractères typiques davantage qu'ils ne favorisent une neutralité déjà significative.

Écrasés par la mauvaise conscience et le ressentiment, ils voudraient, nous explique Huntington, effacer la culture même qui les a nourris. Ils voudraient s'identifier au monde entier et non pas à leur pays en particulier, et pensent que le patriotisme est moralement dangereux : nouvelle trahison des clercs, dit l'auteur, cette fois par les cosmocrates.

L'audience de Huntington montre que les multiculturalistes ne détiennent pas seuls la parole en Amérique. Molnar est dépassé, qui décrivait le pays comme un conglomérat d'individus toujours déferlant de partout, vague à laquelle il n'existe pas d'idée nationale pour faire obstacle.

Cette thèse nettement néoconservatrice (qui, écrite par un Français, serait sans doute considérée comme d'extrême droite) montre bien à quel point l'événement du 11 septembre a contribué au déploiement de tout ce qui peut répondre à un danger : l'union sacrée, l'appel à Dieu, l'interrogation sur ce qui en soi mérite de survivre. Elle pourrait nous confirmer dans la crainte du nationalisme qui monte outre-Atlantique. Pourtant, le nationalisme n'a pas le même sens dans la jeune Amérique et dans la vieille Europe, qui en a déjà connu les délices et les poisons. Huntington abhorre le cosmopolitisme, par lequel l'Amérique se dilue dans le monde, et l'impérialisme, par lequel l'Amérique refait le monde. Il défend la nation pour échapper à la fois à l'indifférenciation et à la domination.

Or son ouvrage dépasse la description de l'évolution de l'Amérique. Il s'inscrit dans un courant néoconservateur transnational. Autre préjugé dont il nous faudrait nous défaire : la démocratie américaine n'aurait rien de pluraliste, parce que dénuée d'idées...

On aperçoit clairement ici le débat et même le combat entre deux visions du monde – deux visions du monde qu'en France on nommerait la droite et la gauche. L'évolution américaine que révèle, entre autres, ce genre de texte, nous contraint à interroger quelques idées reçues concernant le devenir de la modernité. Nous avons cru longtemps, à la suite des Lumières et du marxisme, qu'en augmentant à la fois leurs capacités économiques et leur liberté politique les peuples d'Occident se détacheraient de plus en plus des croyances religieuses et, simultanément, de l'esprit particulariste.

L'Amérique, dont les progrès technologiques et la richesse par habitant dépassent de loin tous les autres, ne suit pas ce chemin. Pour le dire autrement, il n'y a pas que les peuples misérables et arriérés pour tenir à leur identité et à leur religion. Ce constat ne peut que nous étonner. Tout se passe comme si l'on voyait le sentiment religieux et l'affirmation nationale, que l'on avait chassés par la fenêtre, revenir par la grande porte et tenir le haut du pavé, au sein même de la modernité dont la vocation était d'en démontrer la vanité.

Chevènementiste, cardiologue et ancien enseignant d'économie de la santé au CNAM. Il a également tenu un blog sur Marianne.net : "Quand Elie pense...".

2 commentaires:

  1. L'IMPUISSANCE DE LA PUISSANCE ...

    Océane :

    Le choc des civilisations s'est fait depuis quelques siècles au profit - temporaire - des Européens.
    Nous vivons l'exacerbation des contrecoups de ce choc.
    Pendant longtemps, les autres furent sonnés et subjugué.
    L'Europe aurait pu profiter longtemps encore de sa position dominante.
    Malheureusement, elle oublia très vite que les vaincus pouvaient se rebeller contre son arrogance.
    Dresser les peuples les uns contre les autres n'a jamais été et ne sera jamais une bonne idée; et on le paie chèrement.
    « L’impuissance de la puissance », voilà à quoi se réduit désormais l’Europe face aux conséquences de ses propres actes.

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  2. Pascal :

    Non, islam et islamisme ne sont pas la même chose. Même si la plupart des Musulmans prétendent détenir le « véritable » islam, très peu revendiquent une forme violente de l’islam. Tout le monde peut se revendiquer Musulman s’il respecte les 5 piliers de l’islam. Ce programme ne demande aucune croyance particulière autre que de l’unicité d’Allah et l’existence de Muḥammad comme prophète. Autrement dit, il existe presque autant d’interprétations du Coran qu’il y a de Musulmans. Beaucoup font le marché dans ce texte en rejetant ce qui ne répond pas à leurs convictions et très peu l’ont lu dans une langue qu’ils comprennent.

    Ce que nous appelons islamisme est une lecture littérale du Coran avec un retour à ce qui est supposé des origines (les salafs qui a donné salafisme, sont les disciples directs de Muḥammad).

    Tous les islamismes ne sont pas forcément violents. Le wahhabisme peut être violent envers les individus lorsqu’il contrôle la société, comme chez les Ibn Saoud.

    « Principes non chrétiens » :

    Nous ne pouvons leur demander d’être chrétien ! Le principe de base Chrétien est l’amour, mais celui-ci ne peut se commander. Il faut plutôt penser à la morale républicaine qui est la seule en théorie à pouvoir assurer un minimum de cohésion à une société, organisée non en groupes mais par individus.

    « Chateaubriand, Tocqueville et bien d’autres avaient déjà compris qu’il n’y avait pas de paix possible entre l’Islam et le Christianisme » :

    Oui, mais Voltaire encensait l’islam à cause de son anti-christianisme : « Le Mahométisme était sans doute plus sensé que le christianisme. On y adorait point un juif en abhorrant les juifs ; on n’y appelait point une juive mère de Dieu ; on n’y tombait point dans le blasphème extravagant de dire que trois Dieux font un Dieu ; enfin on n’y mangeait pas ce Dieu qu’on adorait, et on allait pas rendre à la selle son créateur […]

    C’était le simple théisme, La religion naturelle, et par conséquent la seule véritable […]

    Les musulmans par les armes et la parole, firent taire le christianisme jusqu’aux portes de Constantinople, et les chrétiens resserrés dans quelques provinces d’Occident continuèrent à se disputer et à se déchirer ».

    Bonaparte en a ajouté une couche du haut des pyramides en encensant une religion qui se traduit par « soumission » et c’est exactement le sens qu’il a donné au concordat.

    Lors de la colonisation de l’Algérie, l’Etat français a pris le contrôle de l’islam et interdit aux Chrétiens de convertir les Musulmans.

    Le problème n’est pas le conflit entre l’islam et le Christianisme, mais entre l’islam et la société française. L’islam est « dīn, dunyâ, daoula », ce qui signifie qu’il n’est pas seulement une croyance, mais aussi une morale et un Etat. Le Coran regroupe à 90% des principes d’organisation de la société (10% pour les règles morales et Allah) et ces principes qui fondent la charia nous ramènent à l’antiquité. Ils ne sont pas compatibles avec l’organisation de la société française.

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