lundi 16 juillet 2018

LES EUROPÉENS N'ONT-ILS PAS TIRÉ DE LEÇON DE LEUR STRATÉGIE PRO-ISLAMISTE ?

Article paru dans : Agoravox

Voilà un journaliste "Observateur" du Point qui suit de prés la vie politique tunisienne et une "Spécialiste" en Géopolitique des Islamismesqui semblent gober les discours du leader islamiste d'Ennahdha ! Naïfs ou manque de culture pour tomber dans son piège ? 

Après avoir gober et soutenu l'islamisme des Frères musulmans qu'ils qualifiaient de modéré, jusqu'à le vendre aux tunisiens sous ce label; de plus en plus de journalistes et de "spécialistes" français sont en train de gober la dernière trouvaille de Ghannouchi qui proclame que son parti est le parti des "musulmans démocrates" à l'instar de celui des "chrétiens démocrates" d'Europe, poussant la comédie jusqu'à s'agacer des médias occidentaux qui continueraient à le qualifier d'islamiste alors qu'il se dit musulman démocrate ! 


Après avoir joué de l'amalgame entre islam et islamisme; après avoir joué du concept "islamisme modéré"; après avoir renié son appartenance à l'organisation des Frères musulmans; après s'être défait de ses habits "religieux" les troquant contre costumes et cravates pour faire moderne; voilà qu'il cherche à jouer du concept "démocratie" que les Frères musulmans ont toujours rejeté pour son origine occidentale dont ils ne trouvent trace dans le coran !


Qui peut croire à toutes ces fadaises ? Ces journalistes et autres "spécialistes" n'auraient donc tiré aucune leçon de l'islamisme au pouvoir en Turquie depuis plus de 15 ans ?

Erdogan que Ghannouchi prend pour modèle, n'a pas suffit à leur ouvrir les yeux ? Est-ce qu'il leur faut d'autres "expériences islamistes" pour comprendre que l'islamisme ne peut ni être modéré et encore moins démocrate ?

Pourtant les discours de Ghannouchi usant et abusant de la "
taqîya", n'ont cessé de changer depuis son retour d'exil, pour les adapter aux tunisiens inquiets de la régression qu'il leur propose en se conformant à la chariaa et surtout aux occidentaux inquiets de l'islamisme qui s'installe chez eux et de ses conséquences.  

Si dans un premier temps pour se rassurer et pour ne pas heurter les Frères musulmans et leurs sponsors pétromonarques grands "amis" de la France, ces "spécialistes de l’islamisme" ont crée le concept d'islamisme modéré; faudrait-il qu'ils poursuivent ce jeu de dupe jusqu'à broder sur le concept de "musulmans démocrates", alors que l'Europe vit dans sa chair le terrorisme, cette arme imparable de l'islamisme ? ! 
Quel aveuglement et quelle inconscience ! 
Et dire que de plus en plus de "spécialistes" continuent à encenser Ghannouchi et les Frères musulmans. Ignorent-ils que la doctrine qui fonde tous les islamismes, n'est autre que le wahhabisme que soutiennent et financent les pétromonarques ? 

Or tout le monde sait que "Le Printemps Arabe", censé instaurer la démocratie, n'est qu'une supercherie et une succession de coup d'Etat dans des Républiques "arabes", organisés par des pétromonarques, à leur tête l'émir du Qatar, avec l'aval des EU & de l'UE, pour installer au pouvoir les Frères musulmans ! 


Autrement, qui peut croire un seul instant au désir réel des pétromonarques d'instaurer la démocratie dans ces pays, eux qui ne la pratiquent pas chez eux ? 

Il faut être naïf pour croire que le Qatar qui donne l'illusion d'un pays démocratique à travers Aljazeera TV et ses journalistes formés à la BBC analysant et décortiquant tous les régimes du monde "arabe" avec une liberté totale ... mais qui ne critiquent jamais le régime qatari; preuve s'il en est besoin que ce média est la voix de son maître ! 

Il faut être naïf pour ne pas voir dans la "politique-d'embrassons-nous-Folleville" de Ghannouchi, une postures pour amadouer les tunisiens récalcitrants à leur islamisme et amadouer un Occident inquiet de la montée de l'islamisme dans le monde "arabe" et de son  corollaire, le populisme chez eux ! Autrement qui peut croire à un virement de 180° de sa position envers les femmes "en cheveux", les juifs, les homosexuels qu'il n'y a pas si longtemps ses hommes harcelaient, s'ils ne les violentaient pas !

Ces "spécialistes" pour se rassurer, parlent de sécularisation de certains partis islamistes. Ne voient-ils pas qu'Erdogan cherche par tous les moyens d'en finir avec la laïcité du père fondateur de la Turquie moderne ? S'ils prêtent cette intention à Ghannouchi, le plus simple ne serait-il pas qu'ils lui demandent de l'annoncer clairement en acceptant que la laïcité soit constitutionnalisée ? Or on sait ce que son modèle turc en fait ...

L'hypocrisie de ces "spécialistes de l'islamisme", est qu'ils s'accommodent de l'islamisme "modéré" qu'ils disent compatible avec la "démocratie arabe", mais le refusent chez eux, l'estimant incompatible avec la démocratie occidentale; faignant d'oublier que l'islamisme s'installe aussi en Europe
Il suffit de voir la poussé agressive des islamistes dans certains pays de l'UE, qui cherchent à exister sur la scène politique par tous les moyens. Malheureusement, ils y arrivent petit à petit, la démographie jouant en leur faveur ! 
Les Anglais leur ont déjà accordé des tribunaux Islamiques où la chariaa prime sur le droit anglais en matière matrimoniale, sous prétexte de dégorger les Cours de Sa Majesté ...

Autrement, comment expliquent-ils que dans leur pays la priorité soit donnée à la lutte contre l'islamisme, celui là même qu'ils trouvent vivable chez les "arabes" ? Comment expliquent-ils le soutien de leurs gouvernants aux Frères musulmans, ceux-là même qui diffusent le wahhabisme aussi bien chez les "arabes" qu'en Occident ? Oublient-ils qu'il a déjà diffusé dans les populations françaises d'origine maghrébine ? Or s'ils estiment que l'islamisme des Frères musulmans est bon pour les "arabes", pourquoi ne le serait-il pas pour les français d'origine "arabe" ? Et s'il est bon pour les "français d'origine arabe" pourquoi ne serait-il pas bon pour les français ? Car leurs "analyses" confortent les Frères musulmans dans leur politique expansionniste.

Alors stop à toutes ces analyses stupides qui fleurent le racisme quand pour ces "spécialistes", les valeurs universelles sont à géométrie variable, adaptables aux "arabes".


Les peuples du sud de Mare nostrum aspirent aux mêmes valeurs universelles que ceux du nord ! Et malheureusement, tous ces peuples sont sur le même bateau pour la lutte contre l'islamisme, depuis leur invasion par le wahhabisme. Ce qui est arrivé dans les villes du sud de la Méditerranée est en train de se produire dans celles du Nord. Pour en mesurer l’étendue, il faut voir la vitesse exponentielle avec laquelle l’islamisme s'y repend : pour cela il suffit de voir le nombre de femmes voilées, porte-étendard de l'islamisme, envahir l'espace public !

Rachid Barnat



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Maghreb - Tunisie : Musulman-démocrate ou islamiste ?

Avec l'élection d'une femme à la mairie de Tunis, son parti Ennahda s'éloigne un peu plus de la pensée de Hassan al-Banna, fondateur des Frères musulmans, et tente de s'inspirer de l'expérience de la démocratie chrétienne allemande.

Depuis le Congrès du parti en mai 2016, Ennahdha se décrit comme un parti musulman-démocrate, une expression qui, d'après ses dirigeants, « représente son engagement en faveur d'une Tunisie démocratique et son utilisation de l'islam comme point de référence pour sa politique ». 

De quel nom relève le courant Ennahdha (« la Renaissance » en arabe) ? Est-ce un parti islamiste ? Une branche officielle des Frères musulmans ? Une mouvance qui avance cachée, dissimulant des projets totalitaires à moyen et long-terme ? L'AKP version tunisienne ? Ou, à l'image des « chrétiens-démocrates » allemands, des « musulmans-démocrates » dont le QG est à Tunis ? Tout dépend de quoi on parle. Si l'on ajoute que sa candidate élue à la mairie de Tunis, Souad Abderrahim, ne porte pas le voile. Si l'on s'en fie aux apparences, la confusion peut être exemplaire.

Un retour dans le passé s'impose.

Aux origines : un mouvement islamiste

Il faudra vingt-neuf années pour que le mouvement de la tendance islamique (MTI) devienne légal, dûment reconnu par l'État tunisien au lendemain de la révolution du 14 janvier 2011. Fondé le 6 juin 1981, il est l'ancêtre d'Ennahdha. Autre époque, autres mœurs. Le président à vie Bourguiba refuse de les reconnaître tout en ayant, durant les années 1970, facilité leurs actions dans les universités afin de contrer la gauche montante. Tactiquement vôtre.

Sous Ben Ali, tortures, assassinats et grands procès

Ben Ali n'était Premier ministre que depuis six semaines lorsqu'il décida de mener un coup d'État médical envers celui qui l'avait nommé, Habib Bourguiba. Un vent d'espoir souffla alors sur la Tunisie. Durant deux ans. Puis le voile noir de la répression s'abattit sur le pays. Les membres et sympathisants du parti Ennahdha furent arrêtés, torturés, certains jusqu'à la mort. Des procès retentissants furent organisés. Le mouvement islamiste fut décapité. Certains prirent la route de l'exil. Leur leader, Rached Ghannouchi, s'installa à Londres. Vint la révolution. En pas même un mois, la dictature Ben Ali fut balayée. Ennahdha devint un parti légal. Ghannouchi fut accueilli en héros par des milliers de sympathisants à l'aéroport de Tunis-Carthage. Le pouvoir leur tendait les bras. Fort logiquement, les principaux opposants à Ben Ali arrivèrent en tête aux élections constituantes de novembre 2011. Puis perdirent les législatives de 2014.

2016 : le parti se sépare de la prédication

La mue s'effectue en mai 2016 à l'occasion de son congrès. Le parti décide officiellement, devant militants et aréopage de diplomates, de cesser « son mandat religieux civique » (la prédication) pour devenir un parti politique démocratique, dont « l'islam n'est pas la finalité, mais un point de référence ».

Dans une Tunisie où tous les candidats à la présidentielle de 2014, communiste compris, expriment publiquement leur foi (citations du Coran, prière…), Ennahdha n'en fait pas démonstration plus que les autres. Selon eux « l'islamisme comme terme implique le militantisme, le fondamentalisme ou la violence. Ennahdha est un parti politique démocratique qui a participé, gagné et perdu des élections depuis le Printemps arabe. Il s'oppose à toute forme de violence et d'extrémisme ». 
Cette explication est envoyée aux rédactions qui le qualifient d'islamiste, terme « trompeur » et « dommageable » selon eux.


Un parti comme les autres ?

Démocratique, Ennahdha ? Oui. Vainqueur des premières élections démocratiques en 2011, il a cédé le pouvoir à un gouvernement de technocrates en 2014, avant la fin du mandat. Battu fin 2014, il a accepté de soutenir le gouvernement mis en place par Nidaa Tounes. Et depuis, est un fidèle allié. Il est même le seul à soutenir l'actuel chef du gouvernement Youssef Chahed. Victorieux des municipales du 6 mai dernier, il n'en a pas fait un argument de recomposition de l'exécutif. Patient, méticuleux, organisé, Ennahdha est sans doute le seul parti réellement structuré du pays. Ses militants sont disciplinés. Ils ont accepté, en tordant le nez, la loi de réconciliation administrative qui amnistie les fonctionnaires ayant fauté sous Ben Ali. Tant que Rached Ghannouchi préside le parti, la discipline règne. Lotfi Zitoun, son conseiller politique, « aujourd'hui, le cheikh entame son dernier mandat, qui s'achèvera en 2020. La ligne de consensus prônée par la direction du parti a provoqué une fracture ». L'homme va jusqu'à évoquer des primaires pour son parti. Pas certain que cela soit en phase avec le fonctionnement interne du parti.

Les autres partis islamistes au Maghreb

Au Maroc, le pendant d'Ennahdha est le Parti de la justice et du développement. Il a totalisé 27 % des voix aux législatives de 2016. Il évolue dans un système politique radicalement différent. Au royaume chérifien, pays du « Commandeur des croyants », rien ne se fait sans l'approbation du palais. En

Algérie, après la terrible guerre civile des années 1990 (plus de 100 000 morts), les islamistes pèsent peu dans les urnes.

Quant à la Libye, le Parti de la justice et de la reconstruction (les Frères musulmans) présidé par Mohamed Sowan n'a pas su conquérir les urnes. La situation libyenne ne peut être politiquement décryptée sur les seuls critères de calcul politique. L'affrontement est-ouest (Tripoli-Beida), l'absence d'unité nationale, les guérillas à répétition sont aujourd'hui le véritable enjeu.

Les conservateurs ne sont pas toujours ceux qu'on croit

Ennahdha est le seul parti d'origine islamiste à évoluer dans un environnement authentiquement démocratique. Si ses débuts (2011-2014) n'ont pas été exempts de dérapages (« l'excision en Afrique » serait une « chirurgie esthétique » selon l'un des historiques du parti, Habib Ellouze), le parti s'est recentré, écartant poliment faucons et radicaux. Pour ses détracteurs les plus acharnés, il s'agirait de duplicité. D'une « mascarade » visant à séduire l'Occident afin d'obtenir sa bienveillance. Bref : d'un double discours permanent.

Dans les faits, impossible de prendre en défaut les dirigeants d'Ennahdha depuis 2014. Ghannouchi est le seul dirigeant politique tunisien à avoir dit que « l'homosexualité est un phénomène naturel et qu'il ne faut pas s'ingérer dans les agissements des individus ». Cette liberté individuelle est passible de trois ans de prison. Le président de la République, Béji Caïd Essebsi, a pour sa part refusé la décriminalisation de l'homosexualité.

Quant à la première femme élue maire de Tunis, Souad Abderrahim, elle ne porte pas le voile. Cette ex-députée constituante Ennahdha met à bas tous les clichés en portant pantalon, chemisier et léger maquillage. Au point que toute la presse a noté cette absence de voile. Ennahdha est le seul parti à avoir présenté une femme tête de liste dans la capitale tunisienne.

Musulman-démocrate ou islamiste ?

Pour trancher, il faudra attendre le prochain congrès, en 2020, et l'irruption d'une nouvelle génération aux commandes. Une génération qui n'aura pas été dans le combat. Le terme « musulman-démocrate » fait directement lien avec les « chrétiens-démocrates » allemands. Voire à la démocratie chrétienne italienne. Des partis historiques, nés au lendemain de la Seconde Guerre mondiale.


Wait and see.


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Plus les sociétés deviennent islamistes, plus les individus rompent avec la religion

A la suite des « printemps arabes », trois pays ont vu les islamistes accéder au pouvoir : la Tunisie, le Maroc et l’Egypte. La chercheuse, Anne-Clémentine Larroque, raconte comment cette expérience a changé ces partis et les a menés vers une relative sécularisation.
Les « printemps arabes » ont donné aux partis islamistes des opportunités pour accéder au pouvoir, notamment en Tunisie, en Egypte et au Maroc. Après plusieurs mois de terrain dans ces trois pays, la jeune chercheuse et historienne Anne-Clémentine Larroque livre un ouvrage dans lequel elle examine comment ces mouvements ont évolué avec l’expérience du pouvoir (1). En Tunisie, elle a étudié les effets du pouvoir sur Ennahdha qui a fait partie du gouvernement d’union nationale de 2011 à 2014, et qui se définit aujourd’hui comme un « parti de musulmans démocrates ». 
Les Frères musulmans, qui influencent tous les mouvements islamistes depuis un siècle, font partie de l’histoire nationale de l’Egypte, où ce mouvement transnational a été fondé. Le 20 janvier 2012, le parti islamiste qui en émane, le Parti de la liberté et de la justice (PLJ), dirigé par Mohamed Morsi, a remporté les élections législatives, son gouvernement est renversé par l’armée en juillet 2013. Depuis 2014, le général Al-Sissi réprime durement les Frères musulmans. 
Enfin, la jeune spécialiste raconte l’histoire plus atypique du Parti de la justice et du développement (PJD), qui a remporté les élections législatives en 2011 au Maroc et doit composer avec le pouvoir du roi qui est aussi Commandeur des croyants. 
Ces trois partis islamistes ont profité de la même opportunité des printemps arabes pour accéder au pouvoir. Ensuite, ils ont vécu des expériences différentes. Ils ont en commun une certaine sécularisation et du même coup des ruptures souvent définitives avec leur frange la plus extrémiste.

Pourquoi parlez-vous d’islamismes au pluriel ?

D’abord, parce que la famille islamiste se divise en plusieurs branches dont les ramifications ont évolué depuis 2011. Il y aurait donc plusieurs idéologies islamistes. Dans mon livre, en analysant l’évolution de la dimension politique des partis islamistes élus, j’évoque automatiquement le cheminement de la branche originellement quiétiste : les salafistes et l’explosion médiatique des islamistes radicaux appelés jihadistes.

Les trois partis islamistes dont je parle, le PJD au Maroc, les Frères musulmans en Egypte (PLJ) et Ennahdha en Tunisie, même s’ils ont certaines inspirations communes, représentent trois expériences différentes du pouvoir.

Chacun des partis a été hissé au pouvoir par les urnes, en revanche, leur maintien n’a pas été expérimenté de la même manière. Si les islamistes l’ont perdu en Egypte, ils sont encore associés au pouvoir en Tunisie, et le partagent au Maroc actuellement. Ajoutons que les dernières élections locales en Tunisie en mai 2018 ont consacré à nouveau le parti Ennahdha comme première force politique en Tunisie, devant Nidaa Tounes, pourtant à la tête de l’exécutif.

En Egypte, les Frères musulmans sont aujourd’hui diabolisés par le pouvoir. Le général Al-Sissi les a qualifiés « d’organisation terroriste ». Mais à force de les diaboliser, on oublie les difficultés qu’ils ont eues à gouverner quand ils étaient au pouvoir entre 2012 et 2013 avec Mohamed Morsi à la présidence. Ainsi, aux yeux de la population, l’illusion persiste. Plus il y a de répression et de diabolisation, plus le mythe, le fantasme des Frères musulmans, reste intact.

Vous racontez aussi comment l’expérience du pouvoir divise les mouvements islamistes.

En Tunisie, Ennahdha a fait le choix de couper les ponts avec les jihadistes d’Ansar al-Charia en 2013. Par conséquent, le parti s’est coupé de son électorat jeune qui recherchait justement la transgression des salafo-jihadistes et un idéal d’absolu. Cet exercice du pouvoir crée effectivement des divisions au sein des partis islamistes, des ruptures parfois définitives.

L’autre conséquence de l’expérience du pouvoir est que ces partis finissent par se séculariser ?

Les islamistes ont vécu deux phases, le passage de la prédication à la politique, puis de l’opposition au pouvoir. Ce sont les deux phases de leur sécularisation. C’est notamment le cas pour Ennahdha en Tunisie et le PJD au Maroc. Ainsi, la nouvelle Constitution tunisienne, élaborée entre autres avec Ennahdha, proclame la liberté de conscience. Et dans le sud de la Tunisie, certains islamistes se réclament aussi de l’ancien chef d’Etat, Moncef Marzougui (au pouvoir de 2011 à 2014), ancien militant des droits de l’homme et représentant de la gauche laïque.
Au Maroc, nous constatons aussi les prémices d’une sécularisation. Le roi et son entourage ont bien conscience que la société marocaine est en train de changer très rapidement. Il y a de plus en plus de porosités avec le monde occidental. Des femmes commencent à se dévoiler. Ce changement est accompagné de façon discrète par le pouvoir, le roi, Commandeur des croyants. Par pragmatisme, mais aussi par intérêt, car il est promoteur de partenariats avec l’Union européenne.
Dans tous ces cas de figure, je cite l’islamologue Adrien Candiard qui explique très bien à quel point toute islamisation de la société s’accompagne forcément d’une sécularisation.

Plus les sociétés deviennent islamistes, plus les individus, surtout des jeunes, rompent avec la religion et décident de ne plus pratiquer l’islam. C’est le cas en Egypte, beaucoup de jeunes gens s’éloignent de l’islam face à une salafisation qui vient du Moyen-Orient, et surtout d’Arabie Saoudite.

Malgré tous ces aspects de dialogue, de sécularisation, de démocratisation, la Tunisie reste le pays qui envoie le plus gros contingent de jihadistes à l’extérieur…

C’est l’effet balancier inverse de celui décrit par Adrien Candiard : en sécularisant, on islamise en même temps. C’est aussi la preuve qu’un dialogue se libère en Tunisie. C’est bien le signe d’une démocratisation en cours. Tous les extrêmes peuvent s’exprimer, et c’est toujours mieux de les laisser parler plutôt que de tenter de les étouffer. Ce dialogue ouvert ne peut être que cathartique. Ces oppositions ont lieu au sein même d’Ennahdha, et de la troïka [rassemblant trois partis politiques représentés à l’Assemblée constituante dans le but de former une majorité stable, ndlr], des gens qui sont aux antipodes les uns des autres échangent, même si c’est de façon conflictuelle. Ces discours a priori incompatibles ont eu des effets très sains sur l’évolution des mentalités.

La situation sociale reste explosive…

Parce que les réformes économiques et sociales qui étaient attendues ne se sont pas faites. Il y a un décalage en Tunisie sur les deux mots d’ordre de la révolution de 2011 qui étaient «Liberté» et «Dignité». Les progrès concernant les libertés existent mais ceux concernant la dignité, surtout socio-économique, ont été oubliés. Entre 2011 et 2017, les conditions de vie des Tunisiens se sont globalement détériorées, la dette publique est passée de 40 % du PIB à 70 %. D’où la relance de nouveaux mouvements de contestation qui risquent d’être plus extrêmes que ceux de 2011. 

L’Egypte rate donc cette expérience cathartique menée en Tunisie et revient presque en arrière avec Al-Sissi ?

Oui, et pourtant nous avons affaire à un peuple beaucoup plus politisé qu’au Maroc ou en Tunisie. Le peuple a plus de poids. Les Égyptiens ont eu le droit de protester avant les autres, même si c’est au sein d’un régime plutôt autoritaire. Ils ont aussi une vision plus géopolitique : ils ont connu le panarabisme, les accords de Camp David… Mais c’est pourtant en Tunisie et au Maroc, qu’on assiste à une libéralisation de la conscience politique. Sissi a gelé cette évolution en 2013 en se faisant le porte-parole du peuple.

Est-ce que cela ne risque pas de tourner aux années noires algériennes après l’interdiction du FIS ?

Sissi ne fait que donner du grain à moudre aux plus extrémistes, ou à ceux qui pensent que l’islamisme politique est la solution. Même s’ils ont été déçus par Morsi. Mais la révolution a été arrêtée, suspendue, ce qui ne veut pas dire qu’elle n’existe plus. Aujourd’hui, des gens continuent de s’organiser dans des quartiers populaires du Caire. Certes, les Frères musulmans se sont massivement exilés en Turquie, et un peu au Qatar. Mais en favorisant une clandestinité du mouvement, Sissi favorise aussi une plus grande radicalité.

Propos recueillis par Catherine Calvet
  1. Ministère de la Justice
  2.      
  3. CEDEJ - Centre d'Études et de Documentation Économiques, Juridiques et sociales
  4.      
  5. Sciences Po; Spécialiste en géopolique de l'islamisme.

Il faut laisser les printemps être arabes : quel bilan pour l'islamisme au pouvoir ?

(1) L'islamisme au pouvoir, Tunisie, Egypte, Maroc (éditions PUF)

2 commentaires:

  1. LES TUNISIENS N'ONT PLUS DE FRÈRES MUSULMANS :
    désormais ils ont des "musulmans-démocrates" !

    Et les sénateurs américains qui veulent inscrire les Frères musulmans sur la liste des organisations terroristes après avoir soutenu Ghannouchi et ses frères ... se retrouvent bredouille pour la Tunisie; pourtant premier pays exportateur de terroristes !

    Fethi Jelassi :

    Non Monsieur le Sénateur, nous n’avons pas de «FRÈRES MUSULMANS» en Tunisie, le dernier est devenu Démocrate pas plus tard qu’hier.

    Ça me rappelle l’histoire de l’explorateur parti à la découverte des cannibales. Débarquant dans une tribu africaine, le Chef du village lui répond :
    « Des cannibales ? Mais nous n’avons plus de cannibales. Tenez, le dernier cannibale nous l’avons...mangé hier !

    https://www.facebook.com/SkyNewsArabia/videos/2080109848705997/?hc_ref=ARQABwGeEHyNn-nJ0GPLcCklCxs1NGt8HXmds1hS4J3-8KxRcM8yODYEy1taDUB0pW0

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  2. LES FRÈRES MUSULMANS PARTENT A LA RECONQUÊTE DE L'ANDALOUSIE ...

    A Grenade, plus exactement dans l'Albaicín, la très jolie mosquée nouvellement construite, était déjà tenue par les islamistes.

    Et des espagnols du quartier, nouvellement convertis au wahhabisme, venaient y prier et apprendre l'islam de leurs ancêtres, persuadés de retrouver leur culture musulmane d'antan ... sauf qu'elle n'avait rien à voir avec le wahhabisme que le prédicateur/imam leur inculquait !

    https://www.realites.com.tn/2018/07/un-journal-espagnol-avertitennahdha-soutient-la-creation-dun-parti-islamique-en-espagne/

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