Table des matières : http://latroisiemerepubliquetunisienne.blogspot.fr/2014/04/tables-des-matieres-de-mon-blog.html ...... Ce nouveau blog est ma contribution à la réussite de la révolution tunisienne. PS : J'utilise la rubrique "commentaires" pour "actualiser" l'article, par des commentaires piochés dans FB, ou par des liens vers d'autres articles pour un autre éclairage ...
lundi 22 février 2021
LE MALENTENDU DES TUNISIENS A PROPOS DE GHANNOUCHI ...
jeudi 18 février 2021
Et si la France devenait le phare de l'islam éclairé du monde musulman ?
La France a tout pour inventer l’avenir de
l’islam
La réforme de l’islam étant actuellement impossible dans les pays musulmans, ce qui se passe en France, à travers la charte des imams, peut offrir un modèle « universel » et une chance pour cette religion de se libérer des conservatismes, estime l’écrivain Kamel Daoud.
Le protestantisme est né en Allemagne, pas au Vatican. Et si la très attendue réforme de l’islam venait de France et non des pays musulmans ? L’Hexagone a tout pour inventer l’avenir de cette confession : une communauté musulmane importante, une crise profonde des identités en confrontation, le martyre causé par le terrorisme, un statut de cible de l’internationale des radicaux et un Etat qui veut sortir de la culpabilité et de l’amnésie coloniale.
En face, la réforme de l’islam s’avère impossible dans les pays musulmans à cause du manque de liberté, de soutien et de sécurité pour les progressistes et les penseurs divers. Ce qui se passe en France est donc une chance pour cette religion. Bien que la naissance laborieuse du Conseil des imams français paraisse secondaire dans le contexte des crises sanitaire et économique actuelles, cela n’enlève rien à l’enjeu.
Si un islam français et républicain, entre pressions et négociations, est enfin rendu possible, la France n’en sera pas l’unique bénéficiaire. Tous les pays où cette question constitue un enjeu pourront s’en inspirer. L’islam français ne sera pas seulement français. Il sera, comme la Révolution, une possibilité « universelle », une solution envisageable pour tous, un cas d’école. Au risque d’être accusé d’exagération, on peut tout de même l’affirmer.
La preuve ? Il faut vivre dans un pays musulman et
lire, assis chez soi, à l’ombre des orthodoxies sévères et des lois punissant
l’apostasie, les bribes publiées sur la future charte des imams.
Respect de la République
Les représentants de l’islam de France y affirment leur volonté, au moins formelle, de veiller à ce que cette religion respecte la République, la force et l’esprit de ses lois, l’égalité hommes-femmes, le droit à l’altérité et à la différence. Il s’agit là d’une formulation osée, loin de ce qu’on désigne comme « l’islam des territoires et des caves », à l’opposé de l’islam figé par les radicalités et les conservatismes dans beaucoup de pays musulmans.
Cette « compatibilité », j’en rêverais pour le pays où je vis : voir cette religion accorder la primauté à l’humain et non au divin, voir enfin ses « élites » se faire les avocats de la liberté de conscience et non d’un califat fantasmé, démontrer aux miens qu’il est possible de vivre sa foi sans tuer le droit à la différence ou supprimer des vies.
Anecdotique, coupée des réalités, inefficace sur le terrain : sur la charte des imams, on peut certes multiplier les réserves à l’envi. Il n’en reste pas moins vrai que « c’est dit » et que cette déclaration de bonne volonté, si elle ne change pas le monde, permet au moins de voir qui se range du côté de la République et qui se range contre elle.
Si la France réussit à mener à bien la réforme, les
penseurs libéraux du « Sud », aujourd’hui isolés et menacés, se sentiront
beaucoup moins seuls. Un modèle pourra être proposé pour illustrer la
possibilité d’un islam sans guerre sainte ni décapitations, sans arnaques
victimaires ni délires de reconquête.
Attaques des décoloniaux
Des imams soumis à la loi française ? Il faut d’ores et déjà s’attendre à trois attaques. Celle des décoloniaux en général, car il est « interdit » de décoloniser l’islam, de le dissocier de la mémoire culpabilisante de la colonisation – et de la rente qu’elle assure. Vieille antienne que celle de présenter l’islam comme la propriété des victimes de la colonisation et de dénier par conséquent toute possibilité de réflexion sous peine d’être accusé d’agression, d’islamophobie ou d’intelligence avec l’ennemi colonisateur.
Dans la perpétuelle guéguerre entre les différentes factions de l’islam français, chacune sous l’emprise d’un pays décolonisé, les tentatives opérées depuis Alger, Rabat ou Tunis pour garder des leviers d’influence ne sont pas les seules choses à craindre. Il y a aussi cet a priori que l’islam est la religion des victimes de la colonisation. Un islam de France ne peut naître si on ne coupe pas ce lien. Il faut donc replacer la religion musulmane dans son universalité, pour permettre à ses croyants de vivre leur foi sans en faire une collection de stigmates.
Viendra ensuite l’attaque de ceux qui nourrissent
l’idée que l’islam est une religion « externe » à la France, contraire à la
francité. Un a priori qui met à mal l’intégration, en assignant les musulmans à
leur statut d’étrangers : l’islam n’est pas français, vous ne l’êtes donc pas
et ne le serez jamais.
Faire oublier le présent
Restent enfin les attaques des pays tiers – Etats embusqués, comme la Turquie d’Erdogan, les principautés du Golfe ou les pays du Maghreb qui exacerbent la mémoire pour faire oublier le présent. Car un islam français et républicain empêchera le califat d’Istanbul de donner libre cours à sa vocation expansionniste, et le privera d’un ennemi idéal pour étayer sa théorie de la persécution universelle des musulmans.
Pour ces raisons et pour d’autres, il faut imposer ce Conseil des imams, cette « réforme» – fût-elle lointaine et bureaucratique –, favoriser la naissance de ce clergé autochtone et défendre la primauté de la République sur les cultes. Il faut « libérer » l’islam, paradoxalement, de ceux qui veulent le soumettre à leurs désirs, à leurs mémoires, à leurs blessures ou à leurs calculs.
Au « Sud », cela nous aidera à libérer cette religion de ceux qui l’ont « privatisée » et à prouver qu’il est possible de la vivre sans risquer les tribunaux pour hérétiques, traîtres et espions à la solde de la colonisation. La France, pour en avoir souffert, peut aujourd’hui offrir au « Sud » musulman, comme aux pays de l’Occident confrontés à ces questions, la solution la plus pertinente. Un coup de balai dans les temples trop chargés de reliques, de faux pauvres, de rentiers de la mémoire et de sournois prêcheurs de haine.
Car si l’islam est déclaré compatible au « Nord », une
solution est possible au « Sud ». Faute de mieux, on peut se permettre d’être
enthousiaste, sans pour autant fermer les yeux sur les difficultés.
dimanche 14 février 2021
Le projet des Frères musulmans : conquérir le monde !
Les Frères musulmans très habiles, savent retourner les valeurs occidentales contre l'Occident pour mieux s'y implanter et prospérer, en vu de la réalisation de leur projet : répandre le wahhabisme en Occident comme ils le répandent dans les Républiques "arabes", prélude à leur prise du pouvoir sur les peuples !
R.B
Alexandre del Valle et Emmanuel Razavi
Le Projet : La
stratégie de conquête et d’infiltration des Frères musulmans en France et dans
le monde
Cet essai d’Alexandre del Valle et Emmanuel Razavi est
essentiel : il est clair, précis, documenté, complet et surtout effrayant. Il
détaille « le projet » des Frères musulmans selon le titre d’un document
découvert par la police suisse. Ce projet n’est cependant nullement secret ;
tout est sur la table depuis 1924, comme l’étaient les desseins d’Hitler dans Mein Kampf.
Le « projet » vise à l’instauration universelle
de la charia et l’unification de la planète sous un califat islamique. En
réaction à l’abolition du califat ottoman par Atatürk, un jeune instituteur
égyptien, Hasan Al-Banna, a fondé « les Ikhwans » (Frères
musulmans) et lui a donné son corpus idéologique. Il a soutenu le grand mufti
de Jérusalem Al Husseini, qui a combattu Juifs et Anglais en Palestine avant de
se réfugier en 1941 à Berlin et d’aider Hitler à recruter des divisions
Waffen-SS musulmanes.
Al-Banna a, en 1946, permis au grand mufti de se réfugier
au Caire ; il a été assassiné en 1949 par le gouvernement égyptien. Sayyid
Qutb, le maître à penser reconnu de tous les jihadistes actuels, a exercé un
temps une influence déterminante sur les Ikhwans avant de rompre avec
eux. Saïd Ramadan, le gendre d’Al-Banna, a dû s’exiler en Suisse d’où il
contrôlait la branche européenne des Frères. Très proche de François Genoud,
exécuteur testamentaire d’Hitler et converti à l’islam, Ramadan était soupçonné
de terrorisme tout en étant ménagé par les Occidentaux qui espéraient s’en
servir contre Nasser. Ses fils Hani et Tarik, eux, se sont rapprochés des
milieux de gauche, stratégie désormais appliquée en Occident.
L’essai relativise l’influence de Tariq Ramadan, déjà peu
importante avant même que n’éclatent les affaires de mœurs le visant. Les Ikhwans
sont une nébuleuse mondiale. Ils contrôlent l’université El-Azhar du Caire, qui
joue un peu le rôle du pape chez les sunnites. Ils inspirent des partis au
Maghreb et au Moyen-Orient ainsi que l’AKP en Turquie et le Hamas qui contrôle
la bande de Gaza. L’ancien président égyptien Morsi appartenait à leur
mouvement.
Les Frères sont financés par le Qatar et combattus par
l’Arabie saoudite, le Koweït et les Émirats arabes unis, qui les classent parmi
les mouvements terroristes. En Occident, les Ikhwans sont représentés
par des associations soi-disant modérées et partisanes d’un islam moderne,
alors qu’ils veulent revenir à la religion des origines ; ils condamnent les attentats
islamiques. Ils sont, de ce fait, favorisés par les gouvernements occidentaux
qui voient en eux (à tort) un rempart contre le terrorisme. Ils pratiquent
l’entrisme et la dissimulation, s’appuient sur l’islamophobie pour « désarmer »
moralement l’Occident.
En France ils inspirent l’UOIF, devenue en 2017 les
Musulmans de France et le CCIF, le comité qui multiplie les procès contre de prétendus « racistes ».
L’essai présente des fatwas édifiantes prises par des
conférenciers invités dans des réunions organisées par les Frères. Elles
demandent sans ambiguïté la mort pour les apostats, les homosexuels et
conseillent de battre les femmes rétives. En étudiant les Frères musulmans, on
retrouve le mode de fonctionnement des totalitarismes léninistes, stalinistes
et nazis qui s’appuyaient, eux aussi, sur le mensonge et la dissimulation.
samedi 13 février 2021
Panarabisme & Panislamisme : histoire d’un double échec
Gamel Abdel Nasser, raïs du panarabisme ou nationalisme arabe.
Les deux idéologies politiques rivales ont dominé le monde arabe tout au long du siècle dernier. En dépit de leur grande popularité, ni l’une ni l’autre n’ont su répondre adéquatement aux défis de la modernité
La Syrie a quasiment cessé d’exister en tant qu’État-nation, et ce qui s’y est passé après 2011, est l’expression même du choc de deux idéologies rivales qui sont entrées en conflit à partir des années 1960. Ces deux idéologies sont nées au milieu du XIXe siècle, face à la domination européenne qu’ils ont combattue de manière différente.
La première voulait adopter la formule de l’État-nation européen et ses institutions administratives : elle a été formulée par des élites urbaines qui cherchaient en même temps à renouer, dans certaines limites, avec leur patrimoine culturel et religieux. Commencée avec les réformes de Mouhamed ‘Ali Pacha et les idées de Rifâ‘at al-Tahtâwî, elle a abouti à la
création du premier parti nationaliste en Égypte dans le dernier
tiers du XIXe siècle. Même s’il
n’a jamais rompu avec l’Islam, qu’il utilisait comme un moyen pour mobiliser
les foules, le nationalisme arabe naissant s’est nourri de la pensée européenne,
notamment de l’idéalisme allemand de Herder et Fichte.
Le courant rival a été soutenu, lui, par les couches traditionnelles attachées à l’Islam, qui dans un premier temps ont espéré le retour du Califat pour éviter le démembrement de la Oumma musulmane en différentes nations étrangères entre elles. À la base de ce programme, l’idée que les sociétés musulmanes se sont affaiblies parce qu’elles se sont éloignées du véritable Islam. Par conséquent, la solution pour se défendre et exister, est le retour à l’Islam des origines (salaf) et à la charia.
Il
est important de rappeler que l’origine de ces deux mouvements est la Nahda (Renaissance) dont la figure principale est le
cheikh Mouhamed Abdou (1849-1905).
Ce que les nationalistes ont retenu de la pensée de Mouhamed Abdou, c’est la légitimation du concept européen d’État-nation et de ses institutions, tandis que les culturalistes, que l’on appellera plus tard islamistes, ont mis l’accent sur sa défense de l’Islam. Nationalistes et culturalistes n’étaient pas opposés sur le point de la place de la religion dans l’espace public.
Pour les premiers, la politique doit primer pour restaurer la grandeur de l’Islam ; pour les autres, c’est la religion qui prime pour défendre l’authenticité sur laquelle doit être bâti l’État.
Les deux courants ont contribué à la lutte idéologique qui a mené aux indépendances
des pays arabes colonisés ou sous protectorat. Dans la lutte contre la
domination coloniale, les nationalistes ont été plus efficaces dans la mesure
où ils maîtrisaient les concepts de la grammaire politique moderne et avaient
le sens des rapports de force internationaux. Cela explique pourquoi ce sont
des nationalistes qui ont dirigé l’État indépendant.
Mais, quelques décennies plus tard, avec l’échec des promesses des régimes
postcoloniaux, les islamistes ont défié les nationalistes, se proposant de
libérer la nation de l’influence culturelle occidentale. Mais s’ils les ont
défiés, c’est parce que les régimes nés de l’indépendance, dirigés par les
élites militaro-civiles, avaient perdu leur crédibilité aux yeux des masses
populaires en raison de leur incapacité à réaliser leurs promesses de
développer l’économie et de moderniser la société. Cet échec est
à imputer aux limites idéologiques du nationalisme arabe.
Les limites idéologiques du nationalisme arabe
Pourquoi, alors qu’ils jouissaient d’une popularité certaine,
les régimes nationalistes autoritaires n’ont pas réussi à développer l’économie
et à moderniser la culture ? L’argument de la pénurie de ressources
financières n’est pas valable pour les pays pétroliers comme l’Irak et
l’Algérie. La réponse à cette question est que les
nationalistes – dirigeants et intellectuels – n’avaient pas compris en quoi
consistait la modernité promise à leurs peuples. L’analyse des
textes idéologiques de Sâti‘ al-Husrî et Michel ‘Aflaq, et des discours de
Nasser, Assad, Saddam, Boumédiène … indiquent un volontarisme qui a empêché de
réfléchir aux facteurs qui avaient conféré à l’Europe sa puissance.
Pour eux, cette
puissance se réduisait à son aspect économique et militaire : ils pensaient donc qu’il suffirait d’importer des usines
et d’acheter des armes pour rattraper le retard. Ce qu’ils ignoraient, c’est
toute la trame de la modernité par laquelle la société civile crée le marché et
l’État régulateur. La
matrice de la modernité occidentale c’est la société civile,
qui s’organise économiquement comme marché et politiquement comme État de
droit. L’histoire de l’Europe indique que ce sont les sociétés qui créent les
richesses et donc le développement économique. L’État accompagne ce processus
ou l’étouffe. Les dirigeants
arabes n’en étaient pas conscients : ils ont empêché le
développement économique par leur hostilité à la société civile et au marché.
L’économie de marché a été rejetée, pour empêcher l’émergence d’un pouvoir
économique et d’un pouvoir syndical qui risquaient de limiter l’action du
pouvoir exécutif. Cette tendance autoritaire cherchait à subordonner tous les
pouvoirs sociaux, y compris celui religieux, au pouvoir exécutif, lequel tirait
sa légitimité de l’armée.
Le discours socialiste
n’était qu’une rhétorique et une stratégie pour justifier idéologiquement cette
politique officiellement anticapitaliste.
L’enjeu réel était le pouvoir politique que les militaires détenaient et qu’ils
voulaient mettre à l’abri de tout contrôle et de tout contre-pouvoir. À cette
fin, il n’est pas question de compétition électorale, ni d’autonomie du pouvoir
judiciaire. Le système fonctionnait comme une formation précapitaliste,
rappelant la « société
hydraulique » du despotisme oriental dont avait parlé
Karl Marx. Soutenu économiquement par le mécanisme de la rente provenant de
l’exportation des hydrocarbures, ou d’autres formes de revenus extérieurs comme
les transferts des travailleurs émigrés, le régime ignorait les acteurs sociaux
à qui il imposait des rapports paternalistes et autoritaires.
Mais un système rentier précapitaliste, fonctionnant dans un
environnement économique mondialisé, sera forcément soumis à des pressions
financières insupportables. Car ce système n’a pas l’autonomie que le Moyen Age
assurait aux sociétés locales. L’Égypte,
l’Algérie, l’Irak sont insérés dans une économie mondiale régulée par un
système de prix international qui a des répercussions sur les prix du marché
local. Le prix d’un quintal de blé ou d’une tonne d’acier est
le même au Caire et à New York, par-delà les parités monétaires des devises.
Pour se rendre autonomes du système international de prix, les régimes arabes
ont dû subventionner les produits de consommation courante. Après deux ou trois
décennies, ces subventions sont devenues un lourd fardeau pour le budget de
l’État, et à la longue ont érodé le pouvoir d’achat des consommateurs.
L’Occident a imposé au reste du monde le modèle d’accumulation économique caractérisé par une structure politico-économique qui veut que le pouvoir d’État soit public et que l’activité marchande soit privée. Il n’y a qu’une seule exception à cette règle, et c’est la Chine dont les dirigeants ne sont pas issus des urnes. Mais la Chine a encouragé le développement d’un secteur privé dont la production à l’origine était dirigée vers l’exportation.
La contradiction qui a miné les régimes
arabes républicains, c’est qu’ils ont privatisé ce qui est public par vocation
(le pouvoir d’État) et rendu public ce qui est privé par nature (l’activité
marchande). À partir des années 1970, pour surmonter cette
contradiction, les régimes arabes ont libéralisé l’économie en abandonnant le
monopole de l’État sur le commerce extérieur (politique dite de l’infitâh / ouvertoure). Mais cette libéralisation
n’a pas créé un patronat lié à la production comme en Chine ; elle a créé
une bourgeoisie d’affaires qui accumulait une richesse monétaire sur la base de
la spéculation et des services. Cela a libéré une dynamique de corruption
généralisée qui finira par rendre les régimes encore plus impopulaires et
renforcer l’opposition islamiste. Celle-ci, à partir d’une posture morale,
dénoncera les dirigeants accusés d’avoir encouragé la corruption et d’avoir
creusé le fossé entre les riches et les pauvres.
La montée et le déclin de la protestation islamiste
Il y a une nombreuse littérature sur l’islamisme dont une partie
s’est focalisée sur ses manifestations à l’extérieur des sociétés musulmanes.
Sans sous-estimer l’impact qu’il a comme acteur sur la scène internationale, il
faut le replacer dans son contexte historique qui est celui de sociétés
musulmanes en voie de sécularisation. L’islamisme est
une forme de résistance à la sécularisation, ou tout au moins
une tentative de négocier la place de la religion dans l’espace public en
construction. C’est un phénomène qui s’inscrit dans la durée, celle nécessaire
aux mentalités et aux psychologies sociales pour s’adapter à un monde
désenchanté où les institutions religieuses et les saints n’ont plus le pouvoir
de peser sur le cours des événements. Ce n’est pas vers un monde sans dieu que
se dirigent les sociétés musulmanes ; c’est plutôt vers un monde où Dieu
n’est plus la figure publique qui dit ce qu’il faut faire et ne pas faire dans
la vie quotidienne. Ceci dit,
l’islamisme est une utopie et une idéologie politique.
L’utopie consiste à vouloir créer un monde où les contraintes
sociales et l’égoïsme individuel n’existent pas. Elle suppose que chacun
vivrait dans le bonheur si les richesses abondantes fournies par la nature
grâce à Dieu étaient mieux réparties et si les hommes devenaient bons. L’utopie est à la recherche de la société idéale où tous les hommes
sont égaux et parfaits. Dans le passé, cet idéal était
recherché par les soufis qui se retiraient du monde. L’homme parfait ne pouvait
vivre en société, car celle-ci était trop imparfaite. Il se retirait dans le ribât, la forteresse-monastère, pour que la
société n’empêche pas son cheminement vers Dieu. Le soufisme a
dépéri pour des raisons historiques et sociologiques mais l’utopie qu’il a
incarnée a été captée par l’islamisme qui l’a,
paradoxalement, sécularisée. L’islamisme ne prône pas le retrait de la
société ; au contraire, il pousse à s’y investir pour la changer, pour en
faire le lieu de la morale indiquée par la chariaa. L’objectif est de
transformer la société en une communauté de frères et de sœurs où l’égoïsme
individuel n’a pas sa place. Cette utopie a attiré vers l’islamisme des foules
nombreuses rêvant d’un monde meilleur et lui a permis de se transformer en
idéologie mobilisatrice populaire.
L’islamisme est aussi
une réaction politico-culturelle à la domination occidentale. Son élaboration comme projet idéologique remonte à la Nahda dont se réclame Rachîd Ridâ, considéré comme le disciple légitime
de Muhammed ‘Abduh. L’un de ses étudiants, Hassan al-Bannâ,
créera en 1928 en Égypte, l’organisation des Frères musulmans. Son mot d’ordre
était de rétablir le Califat qui venait d’être aboli par Mustapha Kemal en
Turquie en 1924. Hassan al-Bannâ était plus un militant activiste qu’un
idéologue, et n’a pas laissé de corpus qui fonde l’idéologie du mouvement.
Celle-ci sera étoffée par le Pakistanais Abû al-A‘lâ al-Mawdûdî (1906-1979) et l’Égyptien Sayyid Qutb (1906-1966).
Ces deux auteurs ont commenté le Coran et ils en ont fait une
arme idéologique contre les non-musulmans, en particulier ceux qu’ils appellent
les judéo-chrétiens, mais aussi ce que Qutb appelle « les musulmans
sociologiques », c’est-à-dire des musulmans qui ne montrent pas de passion
pour la foi. Pour ces deux
auteurs, la domination coloniale et néocoloniale est le prolongement des
Croisades du Moyen-Age qui visaient à détruire l’Islam. Le
motif de la conflictualité entre les deux rives de la Méditerranée serait
principalement religieux. Dans les années 1970 et 1980, leurs livres étaient
lus par une jeunesse qui avait bénéficié de la scolarisation massive après
l’indépendance. Leurs écrits étaient faciles à lire car ils ne contenaient pas
l’érudition des théologiens. Mais ni Mawdûdî
ni Qutb n’avaient une formation en sciences religieuses islamiques :
l’un était journaliste et l’autre professeur de littérature.
L’islamisme s’est développé dans les campus universitaires en
raison du désert intellectuel apparu après les
indépendances. En Égypte, en Syrie, en Algérie, les militaires
avaient interdit les débats intellectuels, qui auraient pu limiter l’influence
des islamistes. Avant l’arrivée du colonel Nasser au pouvoir, il y avait en
Égypte une activité culturelle et artistique de haut niveau, concentrée au
Caire et à Alexandrie. Le Caire était la capitale du monde arabe au niveau
universitaire, littéraire, musical, théâtral et cinématographique. Les militaires égyptiens ne supportaient pas la liberté
d’expression qui régnait dans ce milieu ; sous prétexte de
combattre les inégalités sociales ils ont nivelé la société par le bas. Et
c’est ainsi que les militaires ont créé une situation où un individu qui
mémorise quelques versets du Coran devient une autorité intellectuelle dans son
voisinage.
L’islamisme est aussi
un produit contradictoire de la modernité : il est moderne dans la mesure où il fait entrer les masses
populaires dans le champ politique, mais il contredit cet aspect moderne en
refusant la notion de souveraineté humaine et en proclamant que la loi est
divine. En refusant de prendre conscience que la source de la loi et du pouvoir
est la société, l’islamisme s’est condamné à être une idéologie
intellectuellement pauvre. C’est cette pauvreté intellectuelle qui a empêché les islamistes de
prendre le pouvoir (à l’exception de l’Iran), alors qu’ils étaient très
populaires. Ils n’ont pas été capable de forger des catégories pour lire la
réalité historique et donc pour l’influencer. Leurs discours sont composés de
fragments de réalité mélangés à des mythes religieux. Mais l’islamisme, c’est
aussi différentes générations qui ont vécu différentes expériences.
Depuis le milieu des années 1990, il y a un effort d’élaboration d’une pensée islamiste qui veut dépasser la pauvreté intellectuelle des années 1960. Des courants comme Al-Wasat en Égypte, le parti Ennahdha de Ghannouchi en Tunisie ou le mouvement Rachâd en Algérie veulent rendre compatible l’Islam avec la liberté de conscience et l’égalité entre les hommes et les femmes. Pour ce faire, ils déconstruisent ce qu’ont écrit leurs prédécesseurs ; une tendance que les chercheurs ont appelée « post-islamisme ». Mais de manière plus générale, il y a des remises en cause y compris de la part de théologiens qui expriment leur insatisfaction vis-à-vis du discours de la théologie officielle. Les critiques à l’endroit de al-Ghazâlî, Ibn Taymiyya et Mohamed ‘Abdal-Wahhâb, impensables il y a quelque temps, aujourd’hui s’expriment librement dans les universités et les journaux à grand tirage.
Le monde musulman est à la
veille de débats théologiques susceptibles de mener vers une remise en cause de
la lecture officielle héritée du Moyen-Age.
Ghannouchi recycle les anciens du RCD
Ghannouchi a combattu Ben Ali et son parti le RCD durant les 23 années de son règne ! Après le départ de Ben Ali le 14 janvier 2014, Ghannouchi a tenu à dissoudre le RCD en recourant à la Justice; alors que s'il était démocrate, il aurait pu attendre le verdict des urnes qui l'aurait éliminé tant les Tunisiens avaient souffert du régime policier de Ben Ali; et s'il avait tant que ça confiance en lui et en son parti Ennahdha; puisqu'il s'est présenté aux Tunisiens, à son retour de Londres, en "chevalier blanc", "intègre", "l'homme qui craint Allah", qui allait mettre fin à la corruption et la dictature en instaurant la démocratie !
Mais sa stratégie était de récupérer les ex du RCD après dissolution de leur parti, pour diviser les destouriens et les affaiblir ! Ainsi lui et ses Frères musulmans désignaient de "azlem" (larbins) ceux qui refusent de renier leur appartenance à cette famille et refusent de le rejoindre et les "repentis" que Ghannouchi a absout après les avoir humiliés à demander son pardon voir à se racheter une virginité contre monnaie sonnante et trébuchante, pour servir Ennahdha ! Dont la dernière recrue, le secrétaire général du RCD, Mohamed Ghariani devenu conseiller personnel de Ghannouchi.
Malheureusement pour lui, les destouriens authentiques ont refusé d'entrer dans son jeu; et si certains ont préféré se retirer de la vie politique, d'autres ont repris le flambeau des destouriens pour libérer la Tunisie de l'emprise islamiste ! Comme Abir Moussi et les adhérents à son parti, le PDL !
R.B
Pourquoi Ennahdha recycle les «azlem» et les «mounachidine» ?
Ennahdha, contrairement à ce que disent ses dirigeants, aime les « azlem » (rescapés de l’ancien régime), les « mounachidine » (qualificatif donné à ceux qui, en 2009, avaient appelé publiquement Ben Ali à se représenter à la présidentielle de… 2014) et les propagandistes et serviteurs zélés de l’ancien régime. Et pour cause : elle les tient tous par des dossiers de corruption ou autres malversations. Aussi, et au lieu de les faire juger pour le mal qu’ils ont fait au peuple tunisien, le parti islamiste fait pression sur eux et, par un vil marchandage, obtient leur coopération avec son projet de dictature religieuse.
Ennahdha et RCD, c’est kif kif
Comme il s’agit, dans la plupart du temps, d’individus sans scrupules et sans principes, prêts à servir n’importe quelle partie du moment qu’ils y trouvent leurs comptes, et qui considèrent qu’Ennahdha et RCD c’est kif kif, du pareil au même, il n’y a aucune difficulté à les recruter et à les mobiliser. Les devises de ces girouettes professionnelles, on les connaît; ils se conforment aux adages tunisiens : « Allah younsor min sbah » (Dieu est avec les gagnants), « Eddinya maa el waqef » (Le monde appartient aux gens debout), « Idha rit el-bey rakeb âla forka, qollou mabrouk hal-hassan » (Si vous voyez le Bey chevaucher un balais, félicitez-le pour son beau cheval !), etc. Les mêmes devises qui ont justifié, à leurs yeux, leur servilité pour Ben Ali.
Dans les médias, les gens d’Ennahdha ne cessent de se plaindre hypocritement sur les plateaux des télévisions des méfaits de la « sahafa safra » (les journaux jaunes) ou « sahafat al-majari » (la presse de caniveau).
En fait, les journaux de ce type, qui existaient sous Ben Ali et qui s'étaient spécialisés dans la diffamation des opposants au dictateur, ont prospéré depuis qu’Ennahdha est au pouvoir. Et ce sont les mêmes «plumitifs» qui, hier encore, louaient leurs plumes empoisonnés à Ben Ali – et qui étaient pour la plupart des informateurs de la police politique – s’acharnent, aujourd’hui, avec la même verve assassine, sur les opposants à Ennahdha.
Ennahdha blanchit les listes noires
On comprend dès lors pourquoi Ali Lârayedh, ministre de l’Intérieur, et Lotfi Zitoun, conseiller politique du gouvernement en charge du dossier de l’information – le Abdelwaheb Abdallah du nouveau régime –, refusent de faire publier la liste noire des journalistes qui faisaient des rapports quasi-quotidiens sur leurs collègues à la police politique de Ben Ali, liste que seul le ministère de l’Intérieur est capable de fournir sinon à l’opinion publique, du moins à la justice. Mais qu’il refuse de faire…
En fait, Ennahdha veut, aujourd’hui, utiliser ces mêmes éléments pour asseoir sa propre dictature. Et les premiers signes concrets de cette politique sont déjà perceptibles, à travers la nomination à la tête de certains médias publics ou semi-publics d’éléments connus pour avoir été plus flics que journalistes et dont l’œuvre au service du « makhloû » (le déchu), sont connus de toute la profession.
Pis encore : le nouveau régime recourt aux mêmes pratiques de l’ancien. Exemple: il fait publier des CV complètement bidonnés de ses nouveaux promus, où les œuvres benaliennes de ces derniers sont transformées, par un coup de baguette nahdhaouie, en des actes de militantisme contre Ben Ali ! Même l’ex-dictateur, qui est, on le sait, un très mauvais musulman, n’a pas osé verser dans autant de falsification et de mensonge !
Et nous ne sommes qu’au début d’un « âhd jadid » (nouvelle ère), qui nous rappelle tellement un autre avec lequel nous croyions, sans doute à tort, avoir définitivement rompu un certain 14 janvier 2011.

