lundi 24 août 2020

Que cache l'accord Israël - Emirats Arabes Unis ?

Point de vue d'un dinosaure !

En Israël, la fête médiatique n’aura duré que quelques jours. Le temps pour les envoyés spéciaux israéliens de décrire, en direct de Dubaï et d’Abou Dhabi, les hôtels luxueux, les centres commerciaux clinquants… et la chaleur étouffante. Les chaines israéliennes ont, très vite comparé les prix des séjours dans les cinq étoiles à Eilat et dans les Émirats Arabes Unis, et on est passé à autre chose. 

Que cache l’accord entre les deux pays qui n’étaient pas en guerre, qui sont distants de milliers de kilomètres, et avec qui la high-tech israélienne faisait déjà de bonnes affaires ? Il n’a pas fallu attendre longtemps. Le quotidien Yediot Aharonot et le New York Times ont révélé qu’en fait, en annexe à cet accord de normalisation avec Israël, le prince héritier émirati, entend acquérir des avions de combat américains F35 et d’autres pièces de quincaillerie militaire ultra moderne. Problème : pour réaliser cette juteuse transaction - 10 milliards – en période de crise économique, l’administration Trump doit avoir l’autorisation du Congrès. Or, selon la loi, l’Amérique ne peut pas vendre de l’armement à un pays arabe en faisant perdre à Israël sa supériorité technologique. L’État-major de Tsahal, exigera-t-il de Netanyahu qu’il demande à Aipac de faire campagne contre cette vente de F35 ?

Cela dit, les EAU présentent l’accord de normalisation avec Israël comme un grand succès en faveur des palestiniens. Ils auraient obtenu de Netanyahu qu’il suspende son intention d’annexer une partie de la Cisjordanie. En fait, cette menace de Bibi était purement électoraliste. À aucun moment le système sécuritaire, l’armée, le Shin Beth n’ont pris sur le terrain, les mesures nécessaires en vue d’une annexion formelle. Netanyahu a pu crier victoire. L’accord avec les EAU est la preuve, selon lui, qu’Israël peut établir des relations de paix avec le Monde arabe sans régler le problème palestinien. Des confrères y ont vu la réalisation de la « vision » de Netanyahu.

En fait, il n’a pas une « vision » mais une idéologie. Sa mission telle qu’elle a été définie par son père est d’empêcher la création d‘un état palestinien. C’est sa politique décrite dans ses livres. "A place among the nations", la version hébraïque et les diverses mises à jour.

Cette idéologie familiale est basée sur trois principes : 
- L’Arabe est l’ennemi héréditaire du peuple juif. En l’occurence, d’abord les palestiniens puis les arabes israéliens (Cf.la loi Israël-État-nation du peuple juif - qui discrimine les minorités non-juives) ensuite. Le reste du monde arabe et les iraniens. Si pour empêcher la création d‘un état palestinien, il peut faire une concession pragmatique de ci de là, comme par exemple, signer un deal avec un autocrate dans le Golfe. Pas de problème !
- Le second principe est le suivant : la gauche, (le socialisme, le communisme), est l’ennemi du sionisme.
- Enfin, toujours selon la famille Netanyahu : le peuple juif doit être dirigé par un homme fort. Bibi et les siens sont intimement persuadés que lui seul peut diriger et sauver Israël de ses ennemis, les arabes, les iraniens. Ceux qui le traduisent en justice pour corruption, fraude et abus de confiance, sont nécessairement de gauche et anti-israéliens.

Pour ma part, je suis intimement persuadé que l’avenir d’Israël est de conclure un accord avec les Palestiniens. Sans cela, ce sera l’état binational avec l’apartheid qui existe déjà sous la forme des lois d’occupation, et de la loi État-nation.

Je pense aussi que l’intérêt de l’Europe réside dans l’existence d’un État d’Israël indépendant, vivant en paix aux côtés d’un État palestinien et avec ses autres voisins. 
Intérêt ? En raison des importantes communautés musulmanes et juives existantes en Europe et aussi du point de vue moral après la Shoah.
La vision de Realpolitik du président Macron, et de ses représentants, conduit exactement au contraire de cela.

Les manifs à Balfour représentent pour la première fois un rejet d’ensemble de la politique de Netanyahu. Contre l’ultra libéralisme économique. Un million de chômeurs. Des panneaux dans la manif à Balfour disaient : « il est plus facile d’ouvrir une crèche qu'un stand de falafels », en référence à la demi-douzaine de crèches dont les assistantes sont sous les barreaux pour avoir martyrisé les enfants dont elles avaient la garde. Conséquence de l’ultra libéralisme. Cela coûterait un milliard de shekels pour mettre un place un système de contrôle des crèches privées. 

Contre les attaques de « Netanyahu, l’homme fort » envers le système judiciaire et ce qu’il appelle la « gauche ». Des manifestants disent : « nous venons au nom des valeurs morales originelles du sionisme » Et aussi contre l’occupation. Une majorité d’israéliens sont encore en faveur d’une solution à deux états. D’autres mouvements de revendications sont venus s’agglutiner au tronc commun de la manif « Balfour ».

Je me souviens des nombreux reportages sur le mouvement social de 2011 qui se revendiquait apolitique. Les manifs actuelles sont entièrement politiques… Ce n’est pas un carnaval aux odeurs de cannabis comme l’a publié un quotidien français, mais un phénomène social en plein développement.

Il faut voir les débats sur les chaines de TV : « Bibi représente la nouvelle élite, les quartiers défavorisés, les orientaux etc. », il lutte contre l’ancienne élite : « les juges, l’université les enquêteurs anti corruption etc. » 

Mais je suis un dinosaure à la retraite qui vient de la préhistoire et ne comprends pas le « nouveau journalisme ».





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