vendredi 31 mai 2019

Elections européennes, une victoire, une fausse défaite et trois enterrements

Macron a réussi son coup : après la gauche, c'est au tour de la droite "traditionnelle" d'entamer son déclin. Voilà ce qui arrive quand on court après le populisme. Quant à la gauche, ces élections ont confirmé sa mort clinique. Et dire que Melenchon se voulait l'opposant en titre à Macron : Lui comme Ruffin peuvent aller se rhabiller, leur cirque n'amuse plus grand monde ! Leur haine pour Macron, ne fait pas un programme politique ...
R.B
Résultat de recherche d'images pour "jean-françois kahn photos"
Bien que je n’ignorasse point que cela revenait à éternuer dans une clarinette, j’avais pointé, ici même, l’ambivalence d’une jaune effervescence dont les grands profiteurs seraient, inévitablement, le lepénisme et le macronisme.

On y est. Bravo les blaireaux : pour un succès c’est un succès. Que dis-je, un triomphe ! Horace, blessé, confronté à trois Curiaces (PS, LFI, LR) qui lui courraient sus, a réussi, comme l’autre, à les tuer tous les trois (« ces choses-là sont rudes, il faut, pour les comprendre, avoir fait des études »). Hélas pour lui, il y en avait un quatrième. Un Curiace coriace qui lui est passé sous le nez.



Donc la droite Trocadéro se prend une branlée. On leur avait dit, à ses électeurs potentiels, « Bellamy c’est top ! ». Intéressés, ils ont jeté un œil, ils ont vu Laurent Wauquiez, le Benoît Hamon du conservatisme, l’homme qui à force d’aboyer était déjà aux abois. Epouvantés, l’œil, ils l’ont aussitôt refermé.



Mélenchon, lui, en vrille, perd son corps et ne garde que son ombre. Il y a deux ans, quatre points le séparaient de Macron, l’écart a bondi à 16 points. Désormais en danger, comme Wauquiez, sent-il le fagot ? Pas forcément : une secte sacrifie rarement son gourou.



Wauquiez comme Mélenchon, une fois de plus d’accord, ont d’ailleurs trouvé une explication à leur déconvenue : c’est la faute à Macron. Tu l’as dit bouffi ! C’est exact : notre défaite de 1940 ce fut d’ailleurs la faute des Allemands.

Les socialistes qui avaient atteint le fond de la piscine ont commencé à creuser en-dessous. Glucksmann ? Une Gluckswoman à la Taubira aurait fait mieux.

Pour faire preuve d’une telle dextérité stratégique il fallait non des Bonaparte, mais des Gamelin : on les a trouvé.

La liste Macron n’a donc reculé que d’1,5 point en deux ans (la liste de droite de 12 points) et cela bien qu’elle ait été portée par une tête de liste aussi charismatique que nos anciens profs de math, se soit dotée d’un programme hiéroglyphique, ait conduit une campagne à réendormir les morts, bien que les médias, cette fois, ne lui ait rien épargné et qu’elle ait engrangé le soutien déclamé de Bernard-Henri Lévy ce qui aurait dû être rédhibitoire.

La crise des « gilets jaunes » s’est donc non seulement soldée par un triomphe lepéniste mais elle a renforcé, en prime, la normalisation du face-à-face Macron-Le Pen dont il s’agissait de se libérer. Qui sera en mesure, en effet, d’empêcher que la prochaine élection présidentielle ne nous laisse le choix qu’entre une réélection d’Emmanuel Macron ou l’accès au pouvoir d’un néofascisme soft et relooké ?

Qui aurait imaginé, surtout, qu’en pleine radicalisation d’une révolte sociale apparente, toutes les gauches, écologistes non compris, culmineraient à 18,5 % des suffrages, l’étiage le plus bas de toute l’histoire de la République ?

Une débâcle d’une telle ampleur exigerait que les protagonistes de ce Waterloo politique regardassent enfin – enfin ! -, avant qu’il ne soit trop tard, la réalité en face : c’est-à-dire que les mini-bureaucraties moribondes qui ne se prorogent qu’en gérant des dépôts de bilan se dissolvent, que tous les petits chefs épuisés, dont les espaces d’influence ne dépassent pas celui des plateaux télé, dégagent pour permettre l’émergence d’une nouvelle force novatrice et réunificatrice. C’est-à-dire, surtout, que les gauches affrontent la cruelle énumération des fautes effarantes qu’elles n’ont cessé d’accumuler et des innombrables cadeaux dont elles ont si généreusement couvert l’extrême droite.

Ne serait-ce qu’en lui abandonnant sans combat, et presque avec jubilation, l’une après l’autre, toutes les valeurs qui constituaient le socle des grandes luttes démocrates-progressistes : la nation, la République, la laïcité, l’identité, la sécurité, la souveraineté, le travail ; en désignant compulsivement, sous l’appellation de « populisme », tout ce qui échappait à leur préjugés normatifs, donnant ainsi à croire que c’était la référence au peuple qui leur était insupportable ; en sacrifiant non seulement aux positions libertaires petites-bourgeoises, la conquête de nouvelles libertés effectives en faveur des plus défavorisés, mais également en substituant un révolutionarisme sociétal rhétorique à toute véritable réforme sociale ; en normalisant, s’agissant de la social-démocratie, le renoncement à toute confrontation avec le néocapitalisme, voire en trahissant, purement et simplement, en sa faveur ; en se refusant, par confort intellectuel, à se saisir de la question des immigrations et des migrations, quitte à en abandonner l’exploitation démoniaque aux séides de l’extrême droite et de la droite extrême ; en portant eux-mêmes, par automatisation des surenchères, des coups mortels aux causes les plus dignes d’être défendues jusqu’au bout : ainsi le féminisme en transformant « me too » en « balance ton porc ! » ou l’écologisme en le dissolvant dans le néo-anarchisme zadiste. Et, marron sur le kouglof, en soutenant sans le moindre recul critique, par démagogie ou par lâcheté, un mouvement ambigu qui s’avère, pour cette gauche, moins offrir un tremplin qu’ouvrir un tombeau.


mercredi 29 mai 2019

Fallait-il l'islamisme pour que les musulmans aspirent aux Lumières ?

Les Frères musulmans sont une catastrophe pour les musulmans. Ceux qui ne le savaient pas, désormais ils le savent pour les avoir vus aux manettes en Tunisie, en Egypte, à Gaza, en Turquie ...
Faut-il rappeler que Hassan El Banna, le fondateur de cette organisation était un grand admirateur de Hitler ? Et qu'il s'est inspiré de l'organisation nazie pour élaborer sa stratégie "politique" pour prendre le pouvoir dont le recours à la violence et au terrorisme. Si le nazi doit avoir foi en Hitler, El Banna lui instrumentalise la religion, la foi et le sacré religieux pour enrôler et endoctriner les frères, transformant les adeptes en bigots obéissants aux consignes du parti, bigots réels ou feignant de l'être, ce qui va développer l'hypocrisie et le mensonge chez les convertis; puisqu'ils craignent plus les Frères qu'Allah.
R.B


 « Un peuple qui n’est pas éclairé par des philosophes est trompé par des charlatans » !
Condorcet
" Écrasez l'infâme * " !
Voltaire

* L'obscurantisme sacré.
Résultat de recherche d'images pour "hashem saleh photos"

Les Frères musulmans sont le mouvement le plus dangereux de l’histoire de l’islam, la « mère » de l’EI, Al-Qaïda et des talibans.

L’intellectuel syrien Hashem Saleh a considéré, dans une interview diffusée sur la chaîne Sky News Arabia (Abou Dhabi) le 19 avril 2019, que les Lumières avaient surgi en réaction à la plaie des guerres communautaires, sans lesquelles, selon lui, les gens n’auraient pas osé contester la religion. Il a souhaité que l’Etat islamique, Al-Qaïda, les Frères musulmans et les autres groupes islamistes radicaux finissent aussi par déclencher, en réaction, un mouvement d’éveil similaire dans le monde arabe. Il a estimé que le problème majeur des Arabes et des musulmans était de nature « théologique » et considéré les Frères musulmans – « mère » de groupes radicaux tels que l’Etat islamique, Al-Qaïda et les Talibans – comme le groupe le plus dangereux de l’histoire de l’islam. Il a ajouté que la civilisation arabe devait abandonner les Frères Musulmans et leur idéologie pour pouvoir renaître.

Hashem Saleh : Le mouvement des Lumières a émergé en réaction au mal propagé par les guerres communautaires. Sans ce fanatisme, les penseurs n’auraient pas osé poser de questions sur l’héritage sacré et sur la religion. C’est pourquoi je dis que l’Etat islamique générera un mouvement aux antipodes de ce qu’il est. L’EI, les mouvements affiliés aux Frères musulmans et à Al-Qaïda, et tous ces mouvements fanatiques accéléreront le rythme de l’histoire arabe et un fort mouvement de lumières arabe islamique émergera. Ceci est mon opinion personnelle. Bien entendu, c’est là mon espoir, mais je pense que cela se produira dans les prochaines années.

Journaliste : Mais Dr Hashem, d’un autre côté, certaines personnes pourraient demander : « Pourquoi ne tirons-nous pas de leçons de l’expérience des autres ? Devons-nous traverser les mêmes tragédies et les mêmes guerres communautaires que les autres pour apprendre ? »

Hashem Saleh : J’aurais aimé que, comme vous le dites, nous apprenions de l’expérience des nations plus développées, qui ont connu ces catastrophes, et que nous évitions de tomber dans le même piège. Mais malheureusement, il semble que les gens n’apprennent que lorsqu’ils paient de leur propre sang. Actuellement, le problème le plus grand et le plus profond auquel les Arabes et les musulmans en général sont confrontés – je ne parle pas seulement des Arabes, mais ils sont la source de l’islam – est un problème théologique. Les gens disent que le problème est politique, économique, social, ou le résultat d’une affreuse pauvreté. Tout cela est peut-être pertinent, mais d’abord et avant tout, le problème fondamental – ou la question fondamentale à laquelle fait face le monde arabe et islamique – est d’ordre théologique.

Journaliste : Vous considérez les Frères musulmans comme le groupe le plus dangereux de l’histoire de l’islam.

Hashem Saleh : Oui. Je pense que les Frères musulmans ne sont pas l’avenir des Arabes. De cela je suis sûr. Les défauts et les dangers des Frères musulmans ont été aujourd’hui mis au jour. Ils se présentaient comme modérés. Ils sont parvenus à en convaincre l’Occident [en disant] : « Nous sommes modérés, et nous allons vous protéger de ceux qui sont plus dangereux que nous, ceux qui sont plus fanatiques que nous, comme Al-Qaïda, l’EI et les talibans. » Mais la vérité est qu’Al-Qaïda et l’EI ont tous émergé des Frères musulmans. Qaradhawi lui-même a admis que le prétendu « calife » Al-Baghdadi était issu des Frères musulmans. C’est la mère de ces groupes.

Journaliste : Certains disent que ces groupes extrémistes sont la branche armée des Frères musulmans.

Hashem Saleh : Ils partagent tous la même idéologie. Ils partagent tous la même interprétation erronée de l’islam, la même interprétation sombre et étroite du grand héritage de l’islam. Par conséquent, il est devenu impératif d’abandonner [les Frères musulmans], afin que les Arabes puissent progresser et se relever, et que le soleil de la civilisation arabe puisse à nouveau se lever.

lundi 27 mai 2019

ELECTION EUROPÉENNE : LE POPULISME EN RÉPONSE A L'ISLAMISME ...

Article paru dans : Agoravox

En Europe la campagne électorale pour les élections européennes, était dominée par deux thèmes majeurs : l'écologie et l'immigration ! Immigration s'entendant celle des musulmans fuyant leur pays où l'islamisme, autrement dit le wahhabisme, fait des ravages et où les jihadistes terrorisent les populations. 

Résultat des courses, les verts font une percée notable mais l’extrême droite gagne aussi du terrain puisqu'elle est même en tête en France où le populisme progresse aussi bien qu'en Europe, en réponse à l'islamisme envahisseur.

La faute à qui ? 

Aux partis dits traditionnels "droite-gauche", dont les responsables ne respectaient plus les valeurs qui les fondent; et surtout dont le mépris pour leurs électeurs, devient de plus en plus intolérable.

C'est eux qui ont fait le lit de l'extrémisme aussi bien chez eux que chez les "arabes".

Faut-il rappeler que ce sont ces partis de droite comme de gauche qui ont soutenu et continuent de soutenir les islamistes, au populisme encore plus dangereux parce qu’ils instrumentalisent la religion. Ils veulent imposer les Frères musulmans aux "arabes" du fumeux "printemps arabe".

Faut-il rappeler qu'ils ont laissé les pétromonarques répandre leur poison wahhabite, chez les "arabes" mais aussi en Occident.

Faut-il rappeler qu'ils ont abandonné les cités et quartiers dits difficiles aux Frères musulmans en fermant les yeux sur leur prosélytisme pour le wahhabisme.

Faut-il rappeler qu'ils ont permis à l'islam politique, autrement dit à l'islamisme de submerger les républiques "arabes" mais aussi de s'installer en Occident, avec pour gourou Tariq Ramadan le petit-fils de Hassan El Banna, fondateur de la confrérie des Frères musulmans ... provoquant une islamophobie grandissante chez les "arabes" mais aussi en Occident; apportant par la même, du grain à moudre aux extrémistes de droite.

Faut-il rappeler qu'ils ont participé au chaos créateur du monde "arabe" déclenché en Irak par les américains. 

Faut-il rappeler que, ce faisant, ils ont provoqué les migrations massives des populations qui fuient leur pays en guerre ... immigrations qui feront le beurre des extrémistes de droite. Les français peuvent dire merci à Sarkozy qui a transformé la Libye en porte ouverte sur l'Europe pour tous les migrants d'Afrique et d'ailleurs.

Alors par dépit ou par défiance, les peuples se tournent, sans trop de conviction parfois, vers les extrémistes de droite dont les discours populistes les rassurent ... mais pour combien de temps ? Les anglais regrettent déjà d'avoir écouté leurs populistes et voudraient revenir sur le Brexit ...

Si on réfléchit bien, l'Europe récolte le fruit du laxisme, de l'inconscience, de l'amateurisme ou pire de l'électoralisme de ses dirigeants, de droite comme de gauche, durant ces 30 dernières années, dont la politique hasardeuse et aventureuse leur revient à la figure comme un boomerang !

Ces élections ont marqué le recul de Jean Luc Melenchon et de Laurent Wauquiez qui ont  joué la carte populiste en se rapprochant des Gilets Jaunes; ce qui a coûté à la France Insoumise et au LR (les républicains), leur descente aux enfers ! Car comme dit Le Pen père, pourquoi préférer la copie à l'originale. Quant au PS et aux Communistes, leurs scores signent leur fin et la mort de Benoît Hamon le frondeur qui a enclenché la mort du PS.

Et une fois de plus, Macron a réussi son coup : en finir avec les partis "classiques" responsables de tous les problèmes de la France, qui par manque de courage n'ont pas voulu faire les réformes devenues indispensables, mais n'ont que trop flirté avec les pétromonarques ! 

Il veut maintenir le cap et poursuivre le programme pour lequel il a été élu. C'est un président persévérant  qui tient à faire ce qu'il a dit. Ce qui est nouveau pour les français trop habitués à des présidents qui n'ont pas le courage de leur programme parce qu'ils n'y croyaient peut-être pas, eux-mêmes. Mais tirera-t-il les leçons de la politique de ses prédécesseurs "amis" des pétromonarques, à l'origine de l'islamisme en Europe ? Cessera-t-il le soutien aux Frères musulmans qui ont transformé la Tunisie en pays exportateur de terroristes ? Car si les talibans du Pakistan sont loin géographiquement de la France, les enfants de Ghannouchi sont à portée de la France ! 

La France et l'Europe doivent cesser donc de semer le chaos dans les républiques "arabes", s'ils veulent tarir le flot des migrants; comme ils doivent ouvrir les yeux sur ce que font les pétromonarques en matière "religieuse", aussi bien chez eux que dans les républiques "arabes" !

Rachid Barnat

samedi 25 mai 2019

Abir Moussi, une femme de conviction !

Dans le marasme où l'ont mise les Frères musulmans, la Tunisie a besoin d'une forte personnalité pour la sortir de cette ornière. Et qui mieux qu'un destourien pour reconstruire ce pays libéré et bâti par des destouriens
Il se trouve que c'est une femme et tant mieux, car s'il y a révolution ce serait celle-là, qu'une femme enfin dirige ce pays !
Si sa popularité augmente de jour  en jour, cela prouve bien que le peuple tunisien n'est pas aussi bête qu'on le croit. Déçu de tous les politicards prétendument progressistes, il commençait à désespérer de la classe politique, jusqu'à ce que Abir Moussi sorte du lot avec sa fermeté, ses conviction et son attachement revendiqué au Destour et aux partis qui en sont issus, revendiquant à la fois leurs réussites et elles sont nombreuses mais aussi leurs échecs dont elle tirera les leçons. Alors que d'autres destouriens ont fait profil bas ou pire ont rallié leur ennemi juré : les frères musulmans !
Son discours est audible par tous les tunisiens qui voient leur pays régresser à tous les niveaux. Elle a pointé du doigt toutes les causes de cette régression, la première étant Ghannouchi et ses Frères musulmans, leur entrisme, la Constitution et le mode électoral qui rendent le pouvoir totalement impuissant; ce qui fait leur jeu avec un pays devenu ingouvernable, incapable d'avoir une politique ferme et sérieuse. 
Et de cela, les Tunisiens en ont des exemples tous les jours !
C'est pourquoi sa rectitude dérange et sa fidélité de destourienne agace ceux qui n'ont pas de principes !
R.B
Bourguiba a libéré la femme tunisienne. 
C'est la femme tunisienne 
qui libérera 
la Tunisie de l'islamisme.
Résultat de recherche d'images pour "abir moussi photo"
Préservons le legs destourien et respectons-en l'esprit  


Abir Moussi, portrait d’une Benaliste convaincue

Elle vante l’ancien régime, fustige la révolution et jure d’éradiquer l’islamisme. A priori bien placée dans les sondages, Abir Moussi, présidente du Parti destourien libre, est une énigme. Portrait.

Moins de deux mois après la chute de l’ancien régime, dans une Tunisie en pleine effervescence révolutionnaire, la scène marque les esprits. Au tribunal de première instance de Tunis, ce 2 mars 2011, se tient le procès de dissolution du Rassemblement constitutionnel démocratique (RCD).

Une avocate, une seule, a accepté de représenter le parti de Ben Ali : Abir Moussi. Elle s’avance dans une salle chauffée à blanc qui la hue et l’insulte. À la levée de l’audience, elle est prise à partie par ses confrères. La foule la poursuit jusque dans la rue, la rouant de coups et lui tirant les cheveux. L’avocate manque d’être ­lynchée. Par chance, elle trouve refuge dans une estafette de police.

La scène illustre l’engagement d’une femme se battant seule contre tous. Une femme qui affiche sans crainte sa fidélité à Ben Ali, tout en se réclamant du fondateur du premier Destour, Habib Bourguiba. Sa grande taille et sa corpulence en imposent. Son look de fille du peuple fait son effet. Son audace, son franc-parler et ses ruades contre ses adversaires lui forgent l’image d’une pasionaria. Surnommée la « Lionne », elle incarne ce qu’on appelle en tunisien la r’jouliya : le courage viril.

Respect de la loi et de l’autorité

Depuis ce procès, pas un jour sans qu’Abir n’essuie attaques, insultes et ­harcèlement judiciaire. Qu’à cela ne tienne. Elle est décidée à dénoncer les ­trahisons politiques, les coalitions d’intérêt et ­l’opportunisme en tout genre qui minent le pays. La défense de l’ancien régime est la pierre angulaire de ses apparitions. « Abir Moussi n’a jamais dévié de cette ligne ni retourné sa veste », dit d’elle le chroniqueur politique Lotfi Laamari. À se demander d’où lui vient ce caractère obstiné qui confine parfois à la rigidité.

Née en 1975 d’une mère institutrice du Sahel et d’un père originaire de Béja, dans le nord-ouest du pays, Abir Moussi est la dernière d’une fratrie élevée dans le respect de la loi et de l’autorité. Le papa travaille à la Sûreté nationale. Et milite dans ­l’encadrement de la jeunesse ­destourienne : « C’est de lui que me viennent l’amour de la politique et l’attachement à Bourguiba. » À la maison, les murs du salon sont ornés de l’uniforme de son père et d’une photo de Bourguiba en robe d’avocat.

Mademoiselle mène un parcours scolaire sans faute. Brillante mais tête de mule. On veut l’orienter vers les sciences, elle préfère les lettres. On la voit médecin ou ingénieur, elle rêve de devenir avocate « pour faire de la politique, comme Bourguiba » : « Changer d’orientation universitaire a été mon premier acte de militantisme. » Pari gagné : en 1997, elle est reçue première au concours Capa sur 5 000 candidats. À son entourage, elle lance : « Maintenant, j’ai deux choses à faire dans ma vie : le barreau et la politique. »

Ennemie politique n°1 d’Ennahda

Deux dates marquent à jamais son parcours : le 14 janvier 2010, quand elle est nommée secrétaire générale adjointe du RCD et, un an plus tard, le jour de la chute du régime de Ben Ali. Contrairement à d’autres dirigeants du parti, Abir refuse de jeter l’éponge ou de renier ses convictions. Elle réclame alors un droit d’inventaire et retrouve sa famille politique au sein du Mouvement destourien, créé par l’ancien Premier ministre Hamed Karoui, qui réunit en son sein certains dignitaires de l’ancien régime.
Le parti connaît un échec cuisant aux législatives d’octobre 2014. Karoui décide de passer le flambeau à une nouvelle génération. Le congrès se tient le 13 août 2016, le mouvement prend le nom de Parti destourien libre (PDL) et élit à sa tête Abir Moussi. Aussitôt, elle désigne ses ennemis, au nombre de trois : le parti islamiste Ennahdha, dont elle est devenue l’ennemi politique numéro un, quiconque a une main dans « le soi-disant Printemps arabe » et les « faux défenseurs des droits de l’homme et autres révolutionnaires de la 25e heure ».
Et, enfin, toute personne ou obédience qui remet en question les principes du code du statut personnel, même si, paradoxalement, peut-être pour séduire les conservateurs, elle se dit opposée à l'égalité dans l'héritagz et à la dépénalisation de l'homosexualité. 

Adversaire du nomadisme parlementaire

De quoi inspirer le scepticisme de ses opposants, qui lui reprochent de dire « ce qu’elle ne veut pas » sans faire de propositions constructives. Les mêmes ricanent de sa prétention à effacer les islamistes d’un coup de baguette magique. La suspectent de vouloir restaurer l’ancien régime. Critiquent la virulence de son discours et l’accusent de manquer de consistance.
En réponse, elle brandit son projet de nouvelle Constitution, qu’elle rendra public à l’occasion de la campagne pour les législatives et la présidentielle. Abir Moussi assure, aussi, avoir réfléchi à des réformes politiques, ­économiques et sociales. Elle veut rétablir l’autorité de l’État et enclencher un audit interne des finances publiques.

Elle propose de remplacer le régime ­parlementaire par un régime ­présidentiel en ­renforçant la ­méritocratie et le ­mécanisme de ­surveillance ­institutionnelle. Interdire les partis qui se réclament de la religion. Empêcher le nomadisme ­parlementaire : tout député quittant son parti devra être déchu de son mandat.

Un discours économique convenu

Sur l’économie, son discours reste convenu. Stopper l’hémorragie de la dette et mieux gérer les deniers publics figurent au programme de tous les partis ou presque. Tout comme encourager les PME et le secteur privé par des incitations fiscales et substituer la production à la rente. Des réformes qui nécessitent au préalable de se mettre autour de la table des négociations avec l’UGTT, principal syndicat. « J’ai demandé à les voir, je n’ai pas eu de réponse », confie Abir Moussi.

Rencontrer et convaincre ses électeurs reste sa priorité. Ils se recruteraient, dit-elle, parmi les indépendants, les destouriens « qui ont mal parce qu’ils se sont tus ou ont été humiliés et désirent retrouver leur maison et leur identité », une partie des déçus de la gauche, « toujours ambiguë, et qui ne joue pas son rôle », d’anciens commis de l’État, les familles des sécuritaires, les femmes – « nous sommes le seul parti qui respecte la parité dans ses instances » –, les jeunes enfin, pour qui elle a créé une Académie politique : « Ils voient mon âge et se disent : “Celle-là, au moins, nous pouvons avoir un avenir avec elle.” »

Les derniers sondages placent son parti en cinquième position aux législatives. Pour la présidentielle, elle-même arriverait quatrième.

Le comité national du PDL comprendrait également des figures connues de la société civile, des intellectuels et des artistes, qui préfèrent pour le moment ne pas se prononcer publiquement par crainte de sanctions des administrations ou ­ministères dont ils dépendent. Abir Moussi a également rencontré l’ambassadeur de France et espère que d’autres diplomates suivront… Elle a déjà tenu un premier meeting à Paris, en février.

Verbe haut

Un ex-haut responsable du RCD, ­plusieurs fois ministre, concède : « Abir est une vraie militante et a une sacrée ­personnalité. Mais elle devrait ­chercher à rassembler et gagnerait à être plus ­nuancée. » 

« La nuance, tout le monde fait ça ! On m’attaque, je réponds », réplique la « Lionne ». 

C’est peu dire que la jeune femme ne fait pas l’unanimité dans les rangs de sa formation d’origine. Peu de caciques de l’ancien régime la soutiennent. « Je suis allée vers eux, ils ne m’ont jamais prise au sérieux, tranche-t-elle. Maintenant que je monte dans les sondages, ils me font des appels du pied. S’ils veulent me rejoindre, c’est à la condition de ne plus frayer avec le parti islamiste. » 
« Qu’elle critique les anciens destouriens est son droit, mais qu’elle ne les insulte pas », met en garde l’ancien dirigeant.

De son côté, Moussi sait qu’elle a le vent en poupe et surfe sur cette notoriété. En peu de temps, son parti a réussi à s’imposer sur l’échiquier ­politique. « Quand un chauffeur de taxi et un homme d’affaires me disent qu’ils vont tous deux voter pour elle, je me dis qu’elle a des chances », confie Lotfi Laamari.

À moins que les attaques ne redoublent de vigueur. Car l’omniprésence d’Abir Moussi agace. « Je veux bien que d’autres aillent s’exprimer à ma place, se défend-elle, mais ce sont les médias qui exigent ma présence. Et les masses aiment que la présidente vienne en personne leur parler. » Elle cite ce proverbe arabe : « La persévérance vient à bout du marbre. »

Si elle n’a pas honte de son passé, elle assume aussi son présent, assurant vivre à la manière du Tunisien moyen : « J’ai des dettes, comme tout le monde. Mes parents m’aident depuis que j’ai fermé mon cabinet et perdu mes clients. Je circule dans une petite voiture. Je n’ai pas de quoi envoyer mes enfants dans des écoles privées. » Ses efforts se concentrent sur la préparation des législatives d’octobre : « Nous serons présents dans toutes les circonscriptions, nos commissions travaillent depuis un an. »

Des alliances, mais « sans concessions »

Abir Moussi n’exclut pas des alliances, mais « sans concessions. Celui qui partage nos principes et notre programme politique peut se joindre à nous ». Le vent, dit-on, soufflerait en sa faveur du côté du Sahel, du Nord-Ouest et du Cap-Bon. « Il nous reste à soustraire le Sud à la mainmise islamiste », sourit-elle.

En attendant la présidentielle ? Elle botte en touche sur sa candidature éventuelle : « Je ne suis pas autorisée à vous le dire. Mais sachez une chose : je ne suis pas là pour devenir un chef, mais pour que le parti gouverne réellement et dans l’intérêt du pays. »

Reste, en outre, à convaincre les électeurs qu’une femme est légitime à Carthage… « Les Tunisiennes représentent une importante force électorale et ont fait la preuve de leur compétence, insiste Abir Moussi. Beaucoup d’hommes pensent que la période actuelle nécessite leur présence au sommet de l’État et semblent même attendre que les femmes les sauvent ! »

Libertés et polémiques

Abir Moussi a-t-elle un problème avec les féministes ? Ses attaques récurrentes contre Bochra Belhaj Hmida interrogent. Cette dernière, présidente de la Commission pour les libertés individuelles et l’égalité (Colibe), lutte, entre autres, pour l’égalité successorale et la protection des homosexuels. Moussi se dit favorable au principe de l’égalité dans l’héritage, mais pas tel que défini par la Colibe, car, dit-elle, cela légitimerait les enfants nés hors mariage, lesquels pourraient alors hériter.

La Colibe la dérange aussi sur la forme : « Une commission qui a exclu les destouriens, porteurs plus que d’autres des valeurs égalitaires, et qui ne comporte aucune personnalité d’envergure ! En outre, elle n’a pas procédé à des consultations populaires ni lancé un large dialogue pour convaincre de son projet. »
Faux, répondent les intéressés : société civile et experts ont été entendus par la Commission, et les députés pourront amender le texte en séance. 

Quant à l’homosexualité : « Je ne légiférerai pas sur la vie privée des gens. J’interdirai le test anal, sauf s’il s’agit de viol et de crime. » Populisme, crient ses opposants. « Aucunement ! répond-elle. Je défends le peuple et n’instrumentalise pas les causes. »

Haute sécurité

« L’idée d’être assassinée n’est pas dans mon logiciel. Et puis, à y songer, dans ce pays, tous les matins, il faut se lever en préparant son linceul. » 

Abir Moussi fait partie des personnalités publiques tunisiennes à qui le ministère de l’Intérieur a affecté une protection. Des vigiles la suivent à la trace, en meeting, dans son bureau et jusqu’à son domicile, où elle retrouve le soir ses deux filles, âgées de 12 et 10 ans, et son époux, haut cadre dans la sécurité.

Un juge cède aux intégristes religieux dans un pays laïc !

L'intégrisme religieux, dicterait-il ses lois en France aussi ? Après les Frères musulmans qui tentent d'imposer la "chariâa" (corpus de lois édictées par des religieux) et le model sociétal importé d'Arabie berceau du wahhabisme, aux français; voilà que les catholiques intégristes, eux aussi, tentent un nouveau coup de boutoir dans la laïcité et ses règles !
R.B
Résultat de recherche d'images pour "VéroniqueFournier photos"
VéroniqueFournier
Vincent Lambert, le chagrin et la honte

C’est la médecine qui accompagne les hommes dans leur fin de vie. Et non les juges, les avocats, les médias, ou la société.

Mais que s’est-il donc passé en France pour que la médecine ait eu par deux fois en quelques années ordre de la justice de rebrancher Vincent Lambert et d’interrompre un accompagnement de fin de vie qu’elle avait dûment réfléchi et déjà entrepris ? Aurait-elle agi trop légèrement ? Ou serait-ce la justice qui abuserait de son pouvoir ? Comment en sommes-nous arrivés là ? 

Nous tous, citoyens, sommes rivés aux informations et n’en croyons pas nos oreilles. Nous tous nous effrayons de ce que nous ressentons obscurément comme une dérive et prions le ciel pour ne pas en être victimes demain. Nous tous ressentons chagrin et honte pour Vincent Lambert, du sort que nous lui faisons subir, à lui, à ses proches et aussi aux soignants qui l’accompagnent. Chagrin et honte parce que nous nous sentons confusément coresponsables. A nous être invités à son chevet depuis des années, avec nos passions et nos déchirements, à nous exprimer trop souvent à tort et à travers, sans pudeur et sans frein, nous avons peu à peu fait de cette mort une affaire publique et collective, lui faisant perdre toute possibilité de recueillement et d’intimité. Qui d’entre nous voudrait de cette fin-là ? Nous avons petit à petit fait en sorte que Vincent Lambert ne puisse mourir que si tous nous sommes d’accord pour qu’il meure. 

Non seulement nous en France, la société tout entière, non seulement l’Europe qui s’est exprimée à plusieurs reprises par la voix de la Cour européenne des droits de l’homme, mais maintenant la communauté internationale aussi, interpellée au travers des Nations unies. En effet, depuis peu, Vincent Lambert est sommé d’obtenir l’accord pour mourir du Comité international des droits des personnes handicapées, dont aucun d’entre nous ne connaissait ni l’existence ni les missions jusqu’à la semaine dernière. Chacun comprend pourtant qu’il y aura toujours quelqu’un pour ne pas être d’accord, ici ou ailleurs, que les lois comme les règlements internationaux ne sont là que pour donner un cadre général et non pour descendre dans la singularité d’une histoire. Car chaque cas est unique, fait de chair et d’os, d’hommes et de femmes, de convictions parfaitement respectables et humaines, mais parfois incompatibles. 

Qu’on le veuille ou non, in fine, c’est la médecine qui accompagne les hommes dans leur fin de vie, et non les juges, les avocats, les médias, ou la société. Certes, les médecins ne doivent pas être au-dessus des lois. Ils ont à respecter comme tout citoyen les règles de la République. Mais la potion est bien amère lorsqu’il faut obtempérer alors que la justice elle-même a été instrumentalisée, à l’aide de recours utilisés pour bloquer toute décision et gagner du temps. Le procédé est habituel, mais il y a ici un homme qui paye au prix fort ces allers et retours. N’est-ce pas indécent de le débrancher puis de le rebrancher sans vergogne ? Il ne faut pas que les médecins soient rendus impuissants par la justice. Sinon, nous le paierons cher un jour. Car comment continuer de croire à son métier de soignant à être ainsi maltraité dans ses engagements professionnels les plus fondamentaux ? La décision d’arrêt des traitements prise il y a quelques jours pour Vincent Lambert l’a été par le médecin qui l’a en charge, en accord avec son équipe, avec un courage qu’il convient de saluer. Ils l’ont prise au nom de leurs convictions cliniques les plus profondes, forgées sur l’expérience qu’ils ont de Vincent Lambert au quotidien, dans la vraie vie, et non au nom de grandes idées ou de grands principes. 

En faisant si peu cas du sens intime de la décision médicale prise, la justice contribue à fragiliser la confiance que la population met en ses soignants. Et quel jeune demain choisira encore ce beau métier si ce n’est plus pour servir au plus près son patient, ce qu’il croit en toute conscience être le mieux pour lui, en engageant à ce titre sa responsabilité la plus respectable à la fois d’homme et de professionnel et en étant fier de le faire ?

* Cardiologue, présidente du centre national des soins palliatifs et de la fin de vie

vendredi 24 mai 2019

Qui veut étouffer les révolutions "arabes" ?

On s'en doutait que le printemps arabe est une grande fumisterie organisée par les EU + UE + Israël et leur larbin qatari, à fin de déstabiliser les républiques "arabes" et chasser leurs dictateurs, pour installer des dictatures religieuses qui leur sont acquises. Quand les EU ont lancé leur projet du "chaos créateuren Irak et que Bush rassurait le monde qu'il vise à installer la démocratie qui contaminera les pays de la région, cela avait fait beaucoup sourire; d'autant qu'il s'appuyait sur des pétromonarques, grands démocrates devant l’Éternel, pour étendre la démocratie aux républiques "arabo-musulmanes" ! 
Mais quoi de plus normal que les pétromonarques cherchent à tuer dans l’œuf toute velléité de démocratie que veulent ces peuples qui aspirent à plus de liberté ? Leur grande crainte étant la contagion "révolutionnaire" et que leur peuple à leur tour les dégagent. Les véritables responsables de ce chaos "arabe", ce sont les occidentaux toujours aussi cyniques; les pétromonarques n'étant que leurs serviles exécutants, qui plus est, financent leurs guerres et les fournissent en chair à canon. 
C'est pourquoi, les peuples qui aspirent à la démocratie ne doivent compter que sur eux-mêmes !
R.B
L’image contient peut-être : 1 personne

Les Émirats, maîtres de la contre-révolution arabe

De l'Algérie au Yémen, Abu Dhabi soutient par tous les moyens les pouvoirs autoritaires pour étouffer toute contestation démocratique dans le monde musulman.


À voir ce qu'il se passe depuis plusieurs semaines dans le monde méditerranéen musulman, de l'Égypte à l'Algérie en passant par le Soudan, bien mal inspiré celui qui pourrait donner un pronostic sur les chances de démocratisation de cette région en grande difficulté. Pourtant, les Émirats arabes unis s'érigent aujourd'hui en médiateur idéal dans les situations de crise et appliquent le même remède partout : l'étouffement démocratique. Au début de ce que l'on avait appelé, à tort, les « Printemps arabes », en 2011, le vent d'espoir et de liberté qui soufflait sur la Tunisie, le Maroc, la Libye, la Syrie, le Yémen et l'Égypte, notamment, pouvait laisser présager le meilleur. Aujourd'hui, à part quelques pays miraculeusement rescapés comme la Tunisie « sous assistance » et « sous influence », les espoirs soulevés dans les pays qui ont connu une révolution victorieuse ont fait long feu.

La perception que l'on a des Émirats arabes unis (EAU) comme un îlot libéral au milieu de l'archipel de monarchies conservatrices du Golfe est un mythe. Dans l'ombre des gratte-ciel clinquants et d'une image soigneusement travaillée, les EAU se sont transformés ces dernières années en un État policier – un État autoritaire qui ne cherche pas seulement à renverser les acquis des révolutions arabes, mais encore plus d'imposer son idéologie en réalité plus intransigeante et machiavélique que celle du royaume saoudien sur laquelle on a tendance à se focaliser. Les Émirats ne font pas que préparer le lancement d'une sonde sur Mars : ils s'acharnent également à étendre leur influence dans le monde et à mener une campagne contre-révolutionnaire de plus en plus active et radicale. C'est le plan mis en place par Mohamed Ben Zayed, prince héritier d'Abu Dhabi, pour externaliser et « glocaliser » sa doctrine sécuritaire dans tous les pays qui ont espéré la démocratisation. Cette « doctrine MBZ » a déjà transformé en partie le pays en « petite Sparte » du Golfe, certes puissante sous l'Antiquité, mais bien peu réputée pour son pacifisme.








Soutien ou ingérence ?

Abu Dhabi est omniprésente dans la vie politique de l'ensemble des pays en crise de la région, de sorte que chacun des pays du Printemps arabe a quasi réglé la situation de déstabilisation qu'il a pu connaître en 2011. La Tunisie s'est stabilisée et a entamé sa transition démocratique par une nouvelle Constitution, une vie politique active et des élections fin 2019. Mais dans ce pays, Abu Dhabi soutient clairement la présidence actuelle bien mal en point et largement critiquée à l'intérieur, contre le premier parti du pays, la formation islamiste Ennahda. Quant à la Syrie, après des années de guerre, elle est revenue à l'autoritarisme stable avec le maintien de Bachar el-Assad au pouvoir et la défaite de Daech : l'accord du 15 mars 2019 entre la Russie et les Émirats ouvre les portes de ce pays détruit à Abu Dhabi, qui est désormais son premier partenaire. L'Égypte, elle, après une révolution du 25 janvier 2011 pleine d'espoir a tout perdu avec le putsch contre le président Mohamed Morsi en 2013 et l'installation du nouveau raïs, le maréchal Abdelfattah Sissi, jusqu'à au moins… 2030. Le pays doit son retour à la dictature au soutien des Émirats arabes unis.

En Algérie, pays qui a enfin entamé son nouveau printemps algérien, après celui de 1988, elle voit son chef d'état-major Gaïd Salah – un général qui effraie les Algériens en quête de démocratie – être en contact permanente avec le puissant Mohammed Ben Zayed. Et le militaire algérien ne cache même plus ses nombreux allers-retours à Abu Dhabi. Quid du Yémen et de la politique « humaniste » qu'Abu Dhabi prétend mener sur place depuis cinq ans avec le concours de Riyad ? Cette guerre a provoqué la pire catastrophe humanitaire du monde avec près de 100 000 enfants morts et des millions de déplacés : tout cela pour venir à bout de la « rébellion » houthiste, soutenue par l'Iran.

Et nous arrivons enfin à la Libye, pour laquelle les Émirats arabes unis prétendent détenir la solution. Ce pays, dans lequel le renversement de Muammar Khadafi a provoqué un chaos quasi régional, n'est arrivé à rien en huit ans de conflit. À la décharge des Émirats, personne d'autre n'a trouvé de solution à ce jour. La guerre comme la lutte de clans et de gouvernements entre Tripoli et Benghazi n'en finit pas et la communauté internationale gère l'ingérable : l'intrusion de tous dans une histoire politique qui devrait être réglée par les Libyens en premier et en dernier ressort. Les dernières révélations de la BBC sur les crimes de guerre pratiqués par Abu Dhabi en Libye, après celles il y a deux ans des prisons émiriennes au Yémen où seraient pratiquées la torture, n'ont pas fini de faire des remous.

Derrière le soutien émirien à une nouvelle Libye à son image, un homme : le peu commode Maréchal Khalifa Haftar. Il est accusé ces dernières semaines de crimes de guerre dans la ville de Derna, alors que les combats font toujours rage dans la capitale du pays. Basé à Tripoli, le gouvernement d'Union nationale dirigé par Fayez el Sarraj, reconnu par les Nations unies, est chaque jour menacé par celui qui n'est autre que la main des Émirats dans l'Ouest libyen. Le désastre humanitaire qui guette pourrait être, à l'image du Yémen, la prochaine grave crise à venir. Les chiffres parlent d'eux-mêmes : à ce jour, près de 18 000 Libyens ont été déplacés à Tripoli, ville qui compte un million d'habitants. L'offensive d'Haftar à venir sur Tripoli, après plusieurs tirs d'intimidation à la mi-avril 2019, pourrait entraîner des dizaines de milliers de morts et des centaines de milliers de déplacés.

Que ce soit l'Arabie saoudite ou les Émirats arabes unis, l'expertise de ces deux pays en règlements de conflits depuis cinq ans s'avère douteuse, à l'image de celle de leur mentor américain. Puisque le droit international ne prévaut plus actuellement, nul besoin de gagner une guerre pour mener la danse. Mais doit-on continuer à observer, dans l'indifférence la plus totale, le redécoupage du Moyen-Orient tant rêvé par Abu Dhabi, peu importe le nombre de morts et le chaos ? Le « projet » émirien : dessiner une carte avec de nouveaux pouvoirs autoritaires partout dans la région et empêcher la démocratisation, source de bien trop d'instabilités, par tous les moyens. Mais en agissant de la sorte, Saoudiens et Émiriens ont mis le doigt dans un engrenage infernal dont il sera difficile de sortir : celui de la contagion des pouvoirs armés contre les peuples en alerte.

* Sébastien Boussois est chercheur en sciences politiques associé à l'Université libre de Bruxelles.