mercredi 20 janvier 2016

Mohsen MARZOUK : L'ESPOIR AURA ÉTÉ DE COURTE DURÉE ?

Article paru dans : 
Al Huffingtonpost
Kapitalis

 « Aux hommes politiques qui se trompent, l’Histoire ne pardonne pas. Le responsable qui dirige la lutte d’un peuple ou la politique d’un Etat doit, coûte-que-coûte, réussir. Rien, ni aucun argument ne pourraient justifier son échec. Quand on est responsable des destinées d’une nation, on n’a pas le droit de se tromper »
Bourguiba - le 25 Juillet 1967, au Bardo.

Quand on a vu Mohsen Marzouk quitter Nidaa Tounes et se préparer à créer un nouveau parti, beaucoup ont repris espoir de voir enfin un homme qui reconnaisse les erreurs stratégiques de Béji Caïd Essebsi qu'ils n'ont cessées de dénoncer; et qui semble en avoir tirer des leçons. 

Ils se sont dit aussi : voilà le moment de clarifier la situation et de mettre fin à l’ambiguïté de la politique tunisienne du fait des Frères musulmans qui font tout pour diviser les "progressistes"; usant de tous les moyens pour corrompre leurs adversaires dont beaucoup tombent dans leurs pièges par manque de personnalité ou pire par manque de conviction !

Beaucoup ont cru que la scission avait pour moteur essentiel le refus de toute alliance avec les islamistes car cette alliance de deux conceptions diamétralement opposées de la société, ne pouvait qu’être paralysante et interdire tout progrès au pays.

Cette alliance était, par ailleurs, la mise en œuvre d’une sorte de nouveau parti unique avec l'impossibilité d’alternance véritable ce qui prélude d'une nouvelle forme de dictature qui se donnerait l’apparence de la démocratie.

Mohsen Marzouk semblait sur cette analyse; et dans un entretien accordé à Myriam Belkadhi, sur la chaîne Al Hiwar Ettounsi, il employait même les termes de « parti unique », de « fin de la démocratie ».

En réalité il faut lire l’entretien complètement, pour voir qu'il contient une phrase qui met à néant tous ces espoirs.

Que dit précisément Mohsen Marzouk ? Il est tout à fait contre l’alliance avec Ennahdha pour les élections municipales et il affirme son refus de listes communes, en précisant qu'une telle alliance ruinerait la démocratie. Fort bien !

Mais il ajoute, que si l’on peut gouverner avec Ennahdha au niveau du gouvernement, on ne doit pas faire alliance pour les municipales !
Autrement dit, on ne peut pas faire alliance quand il s’agit de gérer des routes, des équipements municipaux, des projets locaux ... mais que l’on peut parfaitement faire une alliance gouvernementale avec les islamistes. Reviendrait-on à la case de départ ?
Allez comprendre en quoi il différerait alors de Béji Caïd Essebsi ! 

A la limite, c'est l’inverse qui serait possible : on peut, peut être, s’entendre sur un projet local.
Mais absolument pas sur une politique nationale ni sur un projet de société !

Cet entretien a le mérite de faire la clarté sur les réelles intentions d’un homme politique dont beaucoup se méfient en raison des ses liens passés avec le Qatar et les EU.

Le salut du pays ne viendra donc pas de Mohsen Marzouk et de son nouveau parti, s'il persiste à croire en une démocratie au rabais, comme il nous la proposait quand il était encore membre de Nidaa Tounes. Il n'est pas sûr que  tous ceux qui l’ont suivi, continueront à le suivre après cette clarification accordée à Myriam Belkadhi. 
A moins qu'il dise clairement son refus de s'allier avec un parti diamétralement opposé au sien, puisqu'il se dit bourguibiste et progressiste ! 

Donc stop aux ambiguïtés que nous avaient déjà servies Mustapha Ben Jaâfar, Moncef Marzougui et dernièrement Béji Caïd Essebsi, les autres "démocrates progressistes" de la scène politique tunisienne !

En tous cas, nous voilà éclairés par Mohsen Marzouk sur son éventuelle alliance avec les Frères musulmans.
Ceux qui ne veulent pas être une nouvelle fois trahis, en tireront toutes les conséquences.

Rachid Barnat

2 commentaires:

  1. RIEN A ATTENDRE DE M. MARZOUK

    Bourguibiste nationaliste écrit :

    Voilà ce que nous écrivions dans un commentaire du 21 mai 2015 suite du voyage de Marzouk aux Etats-Unis, lorsqu’il avait accompagné le président BCE et lorsque il a signé un document qui engageait l’Etat tunisien, signature qui avait alors suscité des critiques.

    Nous écrivions ceci :
    L’épisode de la signature et l’affaire Marzouk nous permet d’en tirer quelques enseignements:
    1. Mohsen Marzouk est un opportuniste qui s’est forgé l’image de celui qui veut concilier islamisme et démocratie.
    Cette carte lui a permis de se faire bien voir par les Américains.

    2. Mohsen Marzouk est devenu l’homme des Américains, à côté de Ghannouchi. Il a accepté la FEUILLE DE ROUTE écrite et imposée par les Américains.
    L’essentiel de cette feuille de route est d’intégrer dans la démocratie les groupes ethniques et les sectes religieuses.
    En d’autres termes, il a accepté que les islamistes partagent le pouvoir avec les modernistes et veut faire coexister les modernistes que les Américains appellent « les conservateurs » qui sont les islamistes.

    3. Mohsen Marzouk est un ambitieux et son but est de devenir président de la République en s’appuyant sur les islamistes avec le soutien américain.

    4. Mohsen Marzouk risque de conduire le pays à la paralysie politique, sociale et économique.

    5. Mohsen Marzouk ne voit pas ou ne voit pas voir que les intérêts américains n’ont rien à voir avec les intérêts de la Tunisie.

    J’ajoute à ce commentaire du 21 mai 2015 ceci : il n’y a rien à attendre de Marzouk car il est dans la continuité de Nidaa et dans la logique de l’alliance avec les islamistes.
    Cette alliance est dictée et exigée par les Américains et par l’UE.

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  2. Y-A-T-IL EN TUNISIE DES HOMMES POLITIQUES DIGNES DE CE NOM ?

    Jean-Pierre Ryf :

    J'avoue que je ne comprends absolument plus rien à la politique tunisienne !

    - D'un côté Béji Caïd Essebsi semble faire un virage, en disant assez clairement que tous les maux de la Tunisie viennent des islamistes mais n'en tire aucune conséquence sur son alliance contre nature avec Ennahdha
    - Et de l'autre, Mohsen Marzouk déclare qu'il pourrait faire alliance avec Ennahdha pour gouverner "si cela est nécessaire".

    Je ne comprends plus !

    Mais mon sentiment de plus en plus affirmé, est qu'il n'y a en Tunisie aucun homme politique digne de ce nom, courageux !

    Ceux qui se bousculent pour le pouvoir, essayaient seulement d’y accéder sans ligne directrice, sans programme et sans valeurs !!

    Je crois que les deux veulent, une nouvelle fois, arnaquer les Tunisiens en leur faisant croire qu'ils s'opposent aux islamistes; et dés qu'ils sont élus, ne trouvent rien de mieux à faire que de s’allier avec eux.

    Dans ces conditions je ne donne pas cher de l'avenir de ce pays; et je le regrette.

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