samedi 27 décembre 2014

Extraits d'une lettre ouverte à Tartour

Extraits d'une lettre ouverte au président d’opérette, le bouffon du Palais Moncef Marzougui.

Par Salem Ben Ammar

- Légitime ? Non ! Illégitime ? Oui ! 
- Ex patient de l’Hôpital parisien de Sainte-Anne, tous tes rêves les plus fous sont exaucés au grand malheur des tunisiens.
- Opportuniste, félon dans l’âme, assoiffé de revanche sociale, pique-assiette, après avoir profité de la générosité de tes amis parisiens et de l’accueil de la République française, tu as osé cracher dans la soupe, 
- Tu profites de la misère, après avoir tourné le dos à la tienne, d’un peuple affamé et exsangue. 
- Tu te nourris sans vergogne des fruits que Bourguiba a laissés en héritage à son peuple ...  et tu as poussé l’outrecuidance de l’ingratitude de le traiter de dictateur. Alors que sans lui, tu n’aurais jamais connu le bonheur de passer du statut de colonisé au statut de décolonisé.
- Complexé ... tu te comportes comme si tu étais le nouvel Hannibal de Carthage, alors que tu n’es rien d’autre qu’un homme de paille, un godillot au service de ses maîtres, un petit Caton à la solde du Qatar.
- Tu as rabaissé, déshonoré et avili l’image du peuple tunisien, en faisant la courbette à ton maître l'émir du Qatar en te prosternant devant lui, acceptant sans rechigner ses remarques désobligeantes sur le port de ton accoutrement carnavalesque, et surtout ses rappels à l’ordre et le respect que l’esclave doit à son seigneur.
- La Tunisie ce n’est pas toi, c’est lui, et c’est tout le drame de notre pays. Mais comme tout mercenaire en mission commandée, tu dois exécuter les ordres que tes commanditaires t’assignent. 
- Tu as fabulé sur tes relations tumultueuses avec Ben Ali alors que c’est lui qui t’a fait exister, pour t’ériger en chef de file de son opposition de salon, qui lui sert d’alibi démocratique. Tu lui as toujours servi de faire-valoir et de figurant pour son pluralisme politique.
- Tu as mythifié ton exil en France, en faisant croire que tu étais un exilé politique, alors que tu es un exilé familial, marié à une ressortissante française. Après avoir vécu à ses crochets, tu l’as répudiée.
- Tu voulais effacer d’un seul trait de plume l’amertume de ton séjour parisien, tes échecs professionnels, tes galères matérielles, tes infortunes, tes beuveries dans les bars du quartier latin, ta vie de bohème à squatter les amis.
- Pris dans le tourbillon du pouvoir, tu t’es déconnecté de ton propre vécu pour te noyer dans le calice du vin amer du raisin de la colère qui couve en Tunisie et qui finira par t’engloutir toi et tes complices comme il a englouti tous ceux qui l’ont trahie.
- Ta profession de foi sur ta conversion à l’Islam d’Ennahdha, comme si tu n’étais pas sa créature et son faux-nez, ne trompe personne; comme le sésame que tu lui as accordé pour sa prétendue conversion à la démocratie, allant jusqu’à l’assimiler à un parti démocrate-chrétien. Sais-tu de quoi tu parles ?
- Ennahdha n’est pas un parti politique, c’est une organisation mafieuse de type sectaire. Plus proche de l’Eglise de Scientologie et du Temple Solaire mais de tendance criminelle, terroriste ... Lui donner les apparats d’un parti politique est tout simplement une hérésie.
- Tu te sers de la laïcité comme tes maîtres se servent d’Allah pour dévoyer et transfigurer les dogmes de l’Islam.
- Tu as souillé le palais de Carthage symbole de la république tunisienne en le transformant en une cour de récréation pour la réception des prédicateurs-mercenaires-gourous;
- Toi président de la République ? Autant promouvoir Jha Empereur de Chine. 
- N’est-il pas temps pour toi de te tirer ta révérence et de retourner dans le néant d’où tu es sorti ?
- Tu ne pourras jamais graver ton nom comme Bourguiba que tu vomis, dans le marbre de la dignité nationale. A cause de tes bouffonneries, ton esprit charlatanesque, tes allures de poulbot embourgeoisé, et surtout tes inerties et ton manque de charisme, tu fais regretter aux tunisiens l’ancien despote déchu. 

Je te rappelle ce ver du grand poète Chabbi en guise de conclusion : 
"Ne vivra pas en Tunisie celui qui la trahira."

jeudi 25 décembre 2014

Lettre à Socrate


Par Inès Oueslati

Voilà des mois que vous nous avez quittés, victime d’un terrorisme sanglant ayant endeuillé notre pays. Vous qui, ravis à la fleur de l’âge, embaumez le jasmin, vous avez été à la révolution son plus fort prix et à la démocratie sa plus chère leçon. Pour que le peuple apprenne à choisir et donne en cela l’exemple, vous avez été le tribut lourd consenti en sacrifice. 
Socrate, je m’adresse à l’emblème que vous êtes devenu car, au-delà de vous-mêmes vous incarnez désormais une mosaïque de visages de jeunes tombés comme vous en proie à la bêtise humaine. Morts par dizaines à coup de balles et de mines, vous avez été vengés ce dimanche 21 décembre.


La majorité de vos compatriotes qui vous portent désormais dans le cœur ont écarté du pouvoir celui sous le régime duquel le terrorisme a pu se répandre, s’étendre et atteindre la Tunisie dans ce qu’elle a de plus cher : Vous, sa jeunesse. Ces Tunisiens qui vous ont vus partir, un à un, sur leurs écrans, n’avaient rien pu faire pour que cessent les pertes. Eux qui n’étaient jusque-là capables que de quelques pensées émues accompagnant la tragédie qu’en vous perdant ils vivaient, ils ont cessé d’être passifs en votant dimanche pour une alternative qui fera ses preuves prochainement.

A la tête de cette Tunisie dont vous avez été l’offrande, ce peuple a choisi de désigner le candidat le moins jeune d’une liste longue d’une vingtaine de noms. Car loin de voter pour une personne, la majorité a désigné un mode de vie, une vision et une dimension de la politique dépassant le politique vers le social dans une alchimie de conséquences avec le salut national. Pour vous, ceux-là ont choisi une vision unificatrice, loin de celle qui en disant privilégier les minorités les plus extrémistes, leur a permis de vous stigmatiser, de vous viser et de vous abattre.

Parce que tout va de pair, y compris le deuil et la joie, même nationaux, la Tunisie vit, en ces jours exceptionnels, la fin d’une étape et le début d’une autre. Nous dépassons ainsi les limites largement atteintes d’un régime politique pour en entamer un nouveau. Une étape qui a permis de prouver que la présidence d’un pays en mutation n’est pas aisée, que bon opposant et bon dirigeant, ne sont pas corollaires et qu’entre les idéaux et leur mise à exécution il y a un gap. Ce gap dépasse les ambitions personnelles et celles partisanes car il peut s’avérer fatal, quand le hiatus est grand entre la grandeur de la tâche et les petits calculs ego-centrés.

Parce qu’il ne s’agit justement pas de personnes ni d’ego, la majorité de la majorité n’a voué de culte qu’à un schéma pouvant la sortir de l’embrouille où, seule, elle s’était mise, un certain octobre 2011. Écarter les islamistes and co de la sphère décisionnelle, ne pas les occulter comme variante composant la société tunisienne et sa scène politique, et choisir une voie nouvelle en faisant abstraction de critères de choix qui auraient pu être éliminatoires, la majorité l’a fait !

Vous avez été, Socrate, comme nos autres martyrs, l’objet d’un pragmatisme qui mènera le pays vers une nouvelle étape. Vous, la perte de la Tunisie, devenus sa plus grande gloire, vous avez été présents dans les esprits quand il s’est agi de cocher une case et de glisser un bulletin.

Les Tunisiens n’ont pas choisi celui qui vous vengera parce que pareil dessein est désormais dépassé, mais ils ont choisi d’éliminer celui qui regardait ailleurs quand on vous achevait un à un. C’est en soi une vengeance, Socrate, une vengeance qui ne sera effective qu’avec une promesse ferme que le pays ne tombera pas si bas, que des martyrs ne tomberont plus par dizaines pour des causes qui ne sont incontestablement pas les bonnes, que l’effort se concentrera sur nous, cercle élargi et non sur celui restreint de la complaisance.

Si tout cela est réalisé, nous vous aurons vengés, martyrs de cette Nation. Vous les frères, fils, maris et pères, vous le jasmin de cette terre qui de pourpre l’avez arrosée, vous l’illustration d’un hymne dont plus que jamais nous avons compris le sens, vous son rythme et sa quintessence, nous vous entendons, d’ici, entonner « Nous mourrons, nous mourrons, pour que vive la patrie ! ». Et la patrie vivra.

mardi 23 décembre 2014

APRES CARTHAGE : TARTOUR DEVIENT UN COUCOU !

Article paru dans : Kapitalis


On est atterré par le discours de Moncef Marzouki à ses troupes, mardi 23 décembre 2014, à l'Ariana. On avait déjà peu d'estime pour le candidat malheureux au 2e tour de l'élection présidentielle, ses échecs et ses lubies politiques... mais là on se rend compte que ce que l'on disait de lui est vrai: c'est un véritable malade mais c'est aussi un factieux.

Il y a des lois contre ce genre de comportement, qui consiste à porter atteinte à l'unité du pays et à vouloir le plonger dans une guerre civile.

Alors que toutes les organisations, nationales et internationales, ont clairement conclu que les élections avaient été transparentes, alors qu'il a lui-même adressé ses félicitations au vainqueur, reconnaissant implicitement sa défaite, alors qu'en cas de perte des élections il disait se retirer de la vie politique, ne voilà-t-il pas qu'il déclare qu'il y a eu des dépassements et qu'il demande à ses troupes d'agir !

Dans quelle démocratie (mot dont il se gargarise à longueur de discours) voit-on ainsi un opposant contester le résultat de cette manière ? Dans les républiques bananières certainement où seuls les coups d’Etat permettent d’accéder au pouvoir et de s'y maintenir. Est-ce là l’image qu’il veut donner de la Tunisie ? Est-ce là un comportement responsable ? 
Poser la question c’est y répondre.

Cette attitude est indigne et ses amis dans le monde, dont les socialistes français en particulier, hélas, qui devraient lui conseiller d’aller se faire soigner et de ne pas rajouter aux difficultés du pays les ferments de la division et de la "fitna" (discorde). C’est une attitude tout simplement anti-patriotique. Mais il est vrai que ce partisan utopiste du panarabisme se soucie comme d'une guigne de la Tunisie.

Là où son projet absolument irresponsable risque de prendre du plomb dans l’aile, c’est qu’il veut maintenant s’approprier les voix des islamistes qui l’ont soutenu pour alimenter son nouveau partiMouvement du peuple des citoyens (sic !). Son ancien parti le CPR ayant été laminé aux élections législatives, Ennahdha l'ayant soutenu en mettant à sa disposition ses électeurs, tartour a fini par se prendre au jeu pour se croire populaire chez les nahdhaoui et prétendre devenir calife à la place de leur calife ! 
Abdelfatah Mourou : rends nous notre million d'électeurs.
Moncef Marzougui : ils sont mon butin !

Après que Ghannouchi ait lâché sa marionnette, celle-ci se rebiffe; et tel le coucou, Marzougui voudra faire son nid dans celui de son marionnettiste ... ce qui promet du grabuge avec les nahdhaouis ! Ingratitude ? Tel est pris qui croyait prendre.
Il n’est pas sûr que les instances dirigeantes d'Ennahdha voient cela d’un bon œil et restent les bras croisés en se laissant dépouiller.

Par ailleurs ce nouveau parti est, nous dit-il, créé pour réunir ceux qui veulent lutter contre la dictature. Mais où voit-il une dictature ? Il hallucine grave ! Sans attendre les moindres décisions du nouvel élu et de la nouvelle assemblée, il décide comme tartarin de Tarascon allant à la chasse au lion, de s’opposer à une dictature qui n’existe et n’existera que dans son esprit malade.
Marzougui parle de "peuple de citoyens" c'est tout simplement une imposture. ne serait donc citoyen dans son esprit, que ceux qui le soutiennent ? Par ailleurs ce parti de "citoyens" qui devrait organiser la surveillance pour empêcher le retour à la dictature, il existe déjà; et il aurait pu s'en rendre compte : c'est la société civile tunisienne qui a montré son dynamisme, sa vigilance et son efficacité dans de nombreux moments, qu'il est inutile de rappeler, tant les Tunisiens les ont gardés à l'esprit.
En réalité M. Marzougui ne veut pas de cette société civile car elle a montré clairement qu'elle ne voulait pas de son projet. Alors il fait comme si elle n’existait pas alors que c'est elle, cette société civile majoritaire, qui l'a chassé du pouvoir!
Croit-il que  son parti de "citoyens" aura belle allure avec les voyous-partisans de ses LPR (Ligues pour la protection de la révolution) et avec un certain nombre d'imams obscurantistes qui se sont affichés avec lui pendant la campagne ? Est-ce là le véritable peuple de la Tunisie ?

M. Marzougui est un mauvais perdant, un utopiste pour qui la réalité n'existe pas. Durant les quartes années, depuis son retour en Tunisie, il a démontré aux tunisiens qu'il n'a rien d'un socialiste et encore moins d'un démocrate. Et pour cause, il n'a été que le crypto-islamiste au service de Ghannouchi; et son ancien parti le CPR n'a été qu'un Ennahdha-bis, comme le dit Om Ziad cofondatrice de ce parti et qui fut la première à le quitter en découvrant la supercherie de Tartour et en réalisant que son parti grouille de crypto islamistes ... son secrétaire général Imed Daimi !
Tartour appelle tous les démocrates dont la cause est la défense des libertés, des droits et de la dignité, et non de l’aspect superficiel qu’ils appellent modernisme, qui est lié aux apparences et à la haine de l’identité arabo-musulmane .... de le rejoindre ! 

Nous y voilà : c'est donc le pan arabisme, cette vieille lune qu'il veut instaurer en Tunisie ... en rejetant la " tunisianité " des tunisiens à laquelle ils sont attachés; puisque par trois fois ils ont rejeté sa vielle lubie en le dégageant lui et son CPR !
Comme s'il n'avait pas retenu la leçon de l'histoire de cette néfaste idéologie expérimentée déjà par Gamel Abdelnasser, Hafez el Assad, Saddam Hussein, Muammer Khaddhafi ... et qui avait séduit Salah Ben Youssef ! 

Adnan Mansar, le conseiller de Tartour, nous précise qu'il ne s'agit pas d'un nouveau parti mais plutôt d'un nouveau "mouvement populaire" : de qui se moque-t-il ?

Oui, on peut qu’être absolument atterré par ces initiatives contraires à la réalité du moment, contraires aux intérêts du pays et qui, personne de sérieux n’en doutera, sont destinées à faire un énorme flop comme tout ce qu’il a entrepris depuis son retour en Tunisie.


Rachid Barnat

Révolutions et contre révolutions dans le monde "arabe" !

Très instructif : Une vidéo de 15 mn, où Jean-Pierre Filiu fait un survol clair et précis de 2 siècles de l'histoire du monde dit "arabe", mettant en perspective "les révolutions et les contre révolutions" qui l'ont traversé.
Les pétromonarques, pour dominer les peuples "arabes", appliquent le dicton de Karl Marx : " Une fin effroyable, plutôt qu'un effroi sans fin " ! D'où leur sauvagerie et leur barbarie  pour réprimer les révoltes du "printemps arabe" !!
Or les Frères musulmans sont instrumentalisés par les uns (Qatar) et combattus par les autres (Ibn Saoud) ... d'où le danger de Ghannouchi pour la révolution tunisienne !
R.B

Jean Pierre Filiu,

Transcription de l'exposé de Jean-Piere Filiu, par Hamida Barnat :

Le pétrole est et a toujours été la pire malédiction pour les peuples arabes dans la voie de leur libération.
Je vous parlerai du monde arabe entre révolution et contre révolution. 

Le monde arabe est entré depuis l'hiver 2011 dans une période longue de révolution que je ne réduis pas à une variation saisonnière telle que le printemps qui a fait florès dans les colonnes de nos commentateurs favoris. 
Je savais parfaitement qu'après le printemps, viendrait l'automne, inévitablement islamiste; et l'hiver fatalement intégriste. Et même si la référence du printemps était initialement fondée et renvoyait à celle du printemps des peuples en 1848, elle ne pouvait que sombrer dans ces ornières d'observateurs un peu myopes.

Comme historien, je vais convoquer devant vous la longue durée d'une révolution qui prend ses racines dans plus de deux siècles. Une révolution qui aujourd'hui affronte une contre- révolution féroce, voire barbare. J'avoue volontiers avoir initialement sous-estimé la sauvagerie de la contre-révolution que nous voyons aujourd'hui dans le monde arabe.

Ce temps long de plus de deux siècles, remonte à l'intervention du Général Napoléon Bonaparte en Egypte en 1798, c'est ce qu'on appelle la "Nahdha", la renaissance en langue arabe. Cet événement Janus, était à la fois une irruption coloniale avec toute la violence qui pouvait l'accompagner, mais aussi un choc de civilisation qui a profondément mis en cause les fondements de l'Empire Ottoman. 
Or, les ottomans, à l'époque, depuis Istanbul, étaient hégémoniques dans le monde arabe  :
- soit parce qu'ils le dominaient directement au Moyen Orient et au Proche Orient, 
- soit indirectement en Afrique du Nord avec l'exception majeure du Maroc qui leur avait échappé.

La "Nahdha", donc cette renaissance arabe, va d'abord prendre la forme de deux dynasties modernisatrices qui vont s'autonomiser de l'empire Ottoman pour mettre en place des programmes de modernisation autoritaire. On n'est pas dynastique pour rien. C'est à la fois l'Egypte et la Tunisie qui d'ores et déjà étaient à l'avant garde il y a donc près de deux siècles :
- On avait la dynastie des Khédives en Egypte; et 
- la dynastie des Beys en Tunisie, c'était les Husseinides, 
ils avaient pris le pouvoir avant la Nahdha, mais c'est néanmoins avec la Nahdha qu'ils donnent toutes leurs mesures. 

En Egypte, les Khédives vont mettre l'accent sur la réforme foncière, une industrialisation volontariste, la constitution d'une armée moderne ; 
Alors qu'en Tunisie ce sera essentiellement la question constitutionnelle qui sera à la base de cette Nahdha, avec l’abolition de l'esclavage en Tunisie deux ans avant la France Républicaine et l'élaboration en 1856 de la première constitution du monde arabe.

On voit donc trois pôles de cette renaissance arabe au 19ème siècle : 
- un pôle qui donne la priorité à la problématique étatique en Egypte ; 
- un autre la problématique de la constitution, donc du rapport à la religion en Tunisie ; 
- et enfin un pôle plus culturel, linguistique, avec une renaissance multiforme, dans ce qu'on appelle le Levant ou la grande Syrie, c'est à dire le pays d'Echam, ou bilad Echam, Echam étant en arabe, d'ailleurs comme en turc, aussi bien le nom de Damas que de la Syrie.

Cet élan émancipateur, modernisateur n'est pas brisé par je ne sais quel obscurantisme inhérent à la civilisation islamique, mais par l'intervention coloniale dans ce qu'elle a de plus brutal, le protectorat français en Tunisie en 1881 et l'occupation militaire britannique en Egypte en 1882. 
On est face à ce moment là, à un mouvement impérialiste de colonisation, là aussi très violente :
- qui a commencé dès 1830 en Algérie avec bientôt une colonisation de peuplement et 
- qui va s'achever en 1906 avec le protectorat français sur le Maroc; 
- et en 1911 avec l'intervention italienne en Libye.

Pendant tout ce 19ème siècle, le courant émancipateur, le courant de la Nahdha, est habité par deux grandes familles politico-intellectuelles que nous pourrions qualifier par des termes qui n'étaient pas employés à l'époque :
- d'une part comme courant nationaliste, 
- d'autre part comme courant islamiste. 

Pour les islamistes, il s'agit de rénover l'islam face à la décadence des Ottomans en mettant en avant un calife arabe, face donc à ces turcs décadents. 
Pour les nationalistes, il s'agit en fait de transférer le nationalisme à l'européenne sur la base d'un peuple, d'une langue et d'une identité, mais appliqué cette fois-ci au peuple arabe dans sa diversité.

Ces deux courants vont fusionner en 1916 dans le soutien à une figure commune, la figure du chérif Hussein, le gouverneur de la Mecque qui gérait la ville sainte aux noms des Ottomans et qui va se rebeller contre eux. Ce sera la révolte arabe.
Mais en arabe ça s'appelle la révolution, la "thaoura". 
Ce chérif Hussein est :
- le héros du nationalisme arabe vu qu'il meteffectivement, en avant leurs droits nationaux, 
- mais il est aussi le champion de l'islamisme arabe vu que, comme descendant du prophète, il a tous les titres à faire valoir pour se substituer aux califes turcs.

Ce nationalisme arabe a été encouragé par la France et la Grande Bretagne contre les Ottomans qui alors étaient les alliés des empires centraux. Il sera trahi à deux reprises : 
- La première trahison ce sont les accords secrets conclus entre la France et la Grande Bretagne pour se partager le Proche Orient.
- La seconde trahison c'est la déclaration dite Bal-four, quand le ministre des affaires étrangères de sa gracieuse majesté annonce le soutien de l'Angleterre à l'établissement d'un foyer national juif en Palestine.

Après la première guerre mondiale et les "traités de paix", qui la suivent, les arabes ottomans sont les victimes absolues vu qu'ils deviennent partout des arabes colonisés. Il n'y a qu'une seule exception, c'est l'Arabie bientôt Saoudite, ce secteur d'Arabie centrale qui a échappé aussi bien à la domination directe ottomane qu'à la colonisation occidentale et où s'est développé en vase clos et dans l'indifférence générale une théorie de l'islam et une pratique du dogme qui est une machine de guerre à l'encontre de la renaissance arabe, qu'elle soit nationaliste ou islamisteCette doctrine, qu'on appelle le "wahhabisme", est de façon inédite dans l'islam sunnite, une religion d'Etat dans ce qui va devenir l'Arabie Saoudite, donc le seul pays du monde où les citoyens, plutôt les sujets, sont désignés par le nom de la dynastie régnante. Si on ne comprend pas cela, on peut difficilement comprendre pourquoi aujourd'hui l'Arabie Saoudite est le principal bailleur de fond de la dictature égyptienne contre les islamistes égyptiens.

Les Etats arabes vont émerger progressivement de 1922 à 1971. C'est donc un demi siècle de conquêtes progressives et très douloureuses de l'indépendance arabe, après la première guerre mondiale contre ces pays occidentaux qui ont succédé à l'empire ottoman. 
Ce processus est lancé en Egypte, là encore par une révolution "thaoura", même si on l'appelle "révolte" en 1919, qui a énormément de points communs avec la "révolution de Tahrir" en 2011. 
Il s'agit en 1919, comme en 2011, d'une révolution citoyenne, non violente qui transcende les classes sociales et les communautés confessionnelles. Elle est réprimée sauvagement par les britanniques, comme "tahrir" sera réprimée sauvagement par Moubarak. Mais néanmoins, les britanniques sont contraints de concéder l'indépendance de l'Egypte en 1922. Cette indépendance sera inaboutie, inaccomplie car les coloniaux continuent de contrôler une grande partie de la politique égyptienne. D'où une réaction avec la création en 1928 du mouvement des "Frères Musulmans" contre cette domination britannique. 

En 1925-1926, là encore révolution ("thawra" pour les arabes, "révolte" pour les coloniaux) en Syrie, s'est écrasée sous les bombes de la république française et du cartel de gauche, qui prétend combattre, je cite, le "fanatisme". A l'époque la France fait voter, comme Bachar El Assad fait voter dans un pays en ruine et à feu et à sang. La plupart des quartiers de Damas et de sa banlieue bombardés à l'époque par les français, ont été la cible des attaques chimiques d'août 2013.

Ce processus sur un demi siècle va être marqué en 1945 par la création de la Ligue des Etats Arabes. Il n'y a à l'époque que sept états arabes indépendants : l'Egypte (on a vu que son indépendance était inaccomplie), la Syrie, le Liban, le Yémen, l'Iraq, l'Arabie Saoudite et la Trans-Jordanie. 

En 1948 la création de l'Etat d’Israël, va encore plus déstabiliser un système déjà extrêmement vulnérable. 

De 1949 à 1969, toutes ces différentes indépendances sont détournées par des dictatures militaires : 
- en Syrie c'est le premier coup d'état dès 1949 ; 
- en Egypte ce sont les officiers libres en 1952 ; 
- en Algérie dès l'été 1962 de l'indépendance l'armée des frontières écrase la résistance intérieure pour prendre le pouvoir à Alger 
- et en Libye, en 1969, Mouammar Khadhafi éjecte le monarque qui avait conduit le pays à l'indépendance.

A chaque fois ces cliques militaires compensent leurs défaites effectives contre Israël par une répression intérieure féroce. C'est le règne des "moukhabarats", le terme générique pour qualifier les services de renseignements. 

Ces différents régimes ont beau être odieux, ils bénéficient de la compréhension du monde extérieur et notamment de la gauche, au nom d'un soit disant socialisme, pourtant liberticide, vu qu'il s'agit, comme toujours, d'écraser le fanatisme bien connu sous le nom "d'islamisme". 

Une première crise de ces régimes intervient concomitamment à la chute du mur de Berlin et à l'effondrement de l'Union Soviétique de 1988 à 1991. Le pays qui souffre le plus est l'Algérie où, plutôt que de laisser faire la transition démocratique, les généraux, ceux qu'on appelle là bas les "décideurs", vont précipiter le pays dans une guerre civile atroce qui fera au moins 100 000 morts. 

Ce système arabe totalement corrompu, totalement vermoulu, bénéficie cependant de l'aubaine stratégique du 11 septembre, puis de l'invasion américaine de l'Iraq en 2003, qui permet à tous ces dirigeants, voir à leurs enfants comme en Syrie, de se présenter comme le seul rempart face au chaos.

La crise de 2011 est donc une crise de système où se mêlent à la fois les revendications des citoyens pour la liberté individuelle, mais en même temps la revendication collective pour une indépendance réelle.

La première contre-révolution a lieu en mars 2011 à Bahreïn. C'est l'Arabie Saoudite qui la parraine directement et à partir de ce moment là, l'Arabie Saoudite va devenir une forme de bastion de la contre révolution à la fois en opposant :
- nationalistes contre islamistes, comme c'est le cas en Egypte ; ou 
- chiites contre sunnites dans toute la région.    

La Syrie a choisi le modèle algérien de jihadisation de la révolution pour refuser de répondre aux revendications populaires. Il est à craindre que l'Egypte s'engage sur la même voie.

Il y a pourtant une alternative, on le voit aujourd'hui en Tunisie, où après trois ans qui ont été effectivement assez tendus, une constitution de vivre ensemble a été élaborée fondamentalement par un pacte entre nationalistes et islamistes. 
La grande force de la Tunisie, au delà de son mouvement social, est qu'elle n'a pas une goutte de pétrole. On peut donc, à ce moment là, espérer une gestion citoyenne et non plus une redistribution de la rente. 

Il est évident qu'aujourd'hui si le pétrole était à 30 dollars au lieu des 110 actuels, la plupart des régimes que vous voyez aujourd'hui dans le monde arabe seraient déjà tombés. 
Le pétrole est, et à toujours été, la pire malédiction pour les peuples arabes dans la voie de leur libération !

Mais je peux vous assurer qu'après :
- la renaissance arabe contre les ottomans du 19ème siècle, 
- après les combats des indépendances du 20ème siècle contre les puissances occidentales,
la révolution qui s'est ouverte, ou rouverte en 2011 contre ces différents régimes dictatoriaux, ne fait que commencer et c'est pourquoi la contre-révolution qui lui fait face est aussi barbare ! 
Car ces régimes se savent condamnés.
Et comme disait Karl Marx, " plutôt une fin effroyable qu'un effroi sans fin ".






lundi 22 décembre 2014

Que de paris gagnés en si peu de temps !

Il reste aux tunisiens d'interdire les partis qui instrumentalisent la religion à des fins politiques, et plus particulièrement les Frères musulmans nahdhaouis qui font parti d'une organisation internationale dont l'agenda et les objectifs passent par dessus la jambes les intérêts de la Tunisie !
Bourguiba très tôt a compris la nocivité et le danger des "Frères" 
pour la jeune République Tunisienne ... puisque la constitution de 1959 interdisait déjà de tels partis. 
Ce que les égyptiens ont fini par comprendre après une année d'essai des "Frères" pour arriver au constat que de tels partis n'ont pas leur place dans les Républiques ni dans les démocraties !
Les tunisiens seraient-ils plus bêtes que les égyptiens ? Il faut que la classe politique et les journalistes cessent de jouer aux naïfs pour croire et faire croire aux tunisiens qu'Ennahdha doive revoir son islamisme pour pouvoir rester dans le jeu politique ! 
Que peut-on attendre des Frères dont le programme est immuable : Coran + chariâa ? 
R.B

Quelles que soient les résultats qui sortiront des urnes ce soir, la Tunisie aura été jusqu’au bout de son processus électoral et aura passé avec succès le test des élections libres, plurielles et transparentes. Un test que malheureusement aucun autre pays arabe, notamment parmi ceux qui étaient censés vivre leurs printemps démocratiques, n’a réussi. En ce sens, on peut affirmer sans attendre les résultats du scrutin, que les Tunisiens ont gagné leurs paris.

Le premier pari gagné par les Tunisiens est celui de la démocratie. Ils ont cru, du moins les plus engagés dans l’action politique d’entre eux, que l’autoritarisme, le despotisme et le népotisme ne sont pas une fatalité. Ils ont résisté énergiquement, héroïquement, parfois même passivement à des décennies de pouvoir du parti unique et de pouvoir personnifié. Certains parmi ces militants n’ont pas eu la chance de voir leur rêve se concrétiser. Des centaines de noms reviennent en ce moment. On ne citera personne pour ne léser personne. D’autres ont eu plus de chance. Les larmes de Ali Ben Salem le jour de la séance inaugurale de l’ARP sont un hommage à tous ces militants. Aujourd’hui, les Tunisiens ont donné la preuve qu’ils méritent leur démocratie, qui n’est certes pas parfaite mais qui est assurément perfectible.

Les Tunisiens ont aussi déjoué les desseins de ceux qui ont parié que le pays sombrerait dans la nébuleuse islamiste s’il ne se soumet pas à la dictature. L’islamisme politique est certes une réalité politique et sociale en Tunisie. Les élections du 23 octobre 2011 ont porté les islamistes au pouvoir pendant trois ans. Mais il est clair aujourd’hui et compte tenu des résultats des élections du 26 octobre 2014 que les Tunisiens sont décidés à ne tolérer la présence de l'islamisme que dans un cadre politique balisé qui ne mettrait pas en danger le caractère moderniste de la société. La société civile plus forte que l’on ne croyait, les femmes magnifiquement déterminées à défendre les acquis de la modernité, ont fait bloc quand cela était nécessaire face aux tentations hégémoniques de l’islamisme. En somme, la Tunisie est un pays arabe et musulman mais c’est un pays différent des autres pays arabo-musulmans dans le sens où son arabité et son islam ne constituent pas un frein à son intégration dans la civilisation moderne.

Le troisième pari gagné des Tunisiens se situe sur le terrain de la lutte contre le terrorisme. Pas plus tard qu’hier, ces fous d’Allah, porteurs de la haine et du sang ont essayé d’intimider, de jouer les troubles fêtes en vain. Ils avaient essayé dès le début de la révolution de s’imposer par la violence et la mort dans le paysage politique. Mais le tissu social les a bannis et confinés dans les recoins les plus reculés des montagnes du nord ouest. Ni l’argent dont ils disposent, ni les soutiens dont ils ont bénéficié ne leur ont servis à s’implanter dans la vie de tous les jours. Par moments, ils nous ont fait pleurer pour la perte de nos martyrs, nos soldats, nos enfants. Mais le plus souvent, par le courage et l’abnégation de nos militaires et nos forces de l’ordre, ce sont les terroristes qui ont essuyé les plus lourdes pertes. Aujourd’hui, force est de constater que nous avons réussi à cantonner le terrorisme dans des dimensions résiduelles avant même qu’il ne s’amplifie.


Nous avons perdu pour toujours Chokri Belaïd, Mohamed Brahmi, Socrate Cherni et des dizaines d’autres martyrs. Mais ce sont des pertes qui balisent les chemins de la liberté car ces martyrs se sont convaincus que la liberté est un bien précieux et ils ont accepté d’en payer le prix. Ils nous ont montré la voie. 

dimanche 21 décembre 2014

C'EST LA FIN DE TOUS LES PROVISOIRES : LE DIVIN ENFANT EST NE !

Hannibal : " Si nous ne trouvons pas le chemin, nous en créerons un " !
Et c'est ce qu'ont fait les tunisiens pour déjouer toutes les forces contre-révolutionnaires, aussi bien internes qu'externes, qui cherchaient à avorter leur révolution !!
Article paru dans : Kapitalis

Une situation provisoire qui a miné le moral des Tunisiens !! 

Après la fin de l'ANC, et le départ des constituants,
Voilà la fin du président provisoire !
Enfin, la transition démocratique se termine. OUF ! Le divin enfant est né malgré toutes les difficultés et toutes les forces antirévolutionnaires qui ne voulaient pas de démocratie en Tunis. Les tunisiens ont eu le grand mérite de résister et de déjouer tout seul par leurs seuls moyens mais à mains nues, tous les complots et tous les stratagèmes des forces contraires que sont les EU et de l'UE, réputés pays démocratiques mais aussi le Qatar et autres pétromonarchies célèbres par leur "régimes démocratiques"! 

Le mérite revient à une société civile de qualité et surtout aux "hrayers tounes", les femmes tunisiennes émancipées qui luttaient aux premiers rangs et auxquelles les tunisiens doivent beaucoup.

Le 21 décembre est le jour le plus court dans le calendrier grégorien, mais aura été le plus long pour les tunisiens dans l'attente de savoir sur quel pied danser : BCE ou tartour ? Puisque le zélé Chafik Sarsar président de l'ISIE, diffère les résultats définitifs au lendemain, pour intégrer les bulletins du dernier bureau au fin fond du monde et qui n'a pas encore fermé ses portes ! 

3 longues et pénibles années se terminent avec le "dégagement" du tartour de manière civilisée puisque par les urnes; et que les tunisiens découvrent islamiste pire que Ghannouchi

Enfin, c'est la première fois en Tunisie que les tunisiens élisent directement leur président de manière libre et démocratique ! Fait historique puisqu'il constitue une première même dans le monde dit "arabo musulman" !

BCE est donné gagnant* ... avec un grand ou un petit écart : peu importe; puisque Mohsen Marzouk directeur de campagne de Béji Caïd Essebsi dit que BCE a gagné avec un grand différentiel, alors que Adnéne Mansar directeur de campagne électoral de Marzougui reconnait le classement des concurrents mais insiste sur le faible différentiel ! Quand aux taux de participation il est annoncé honorable dans la moyenne des vieilles Démocraties.

L'essentiel est d'avoir dégagé Tartour le crypto-islamiste après avoir dégagé les Frères musulmans nahdhaouis du pouvoir !!

Au final ce sont les Tunisiens qui ont gagné d'avoir malgré tous les obstacles réussi à terminer leur processus démocratique sans trop d'encombres comparés à d'autres pays où les bains de sang sont quasi quotidiens ! Puisque tel Sisyphe, ils ont défendu leur acquis un à un !

Tout compte fait, ce sont les tunisiens qui ont sauvé leur révolution. C'est une chance que ce peuple ait déclenché une révolution dont aucun parti ne puisse en revendiquer la paternité !
L'autre chance de ce peuple est d'être imprégné par le bourguibisme et ce qui le fonde : le nationalisme ! Si le peuple tunisien semblait désorienté par les événements depuis le 11 janvier 2011 et tiraillé entre tous les courants politiques et toutes les idéologies des plus farfelues aux plus dangereuses qui les fondent, son intelligence bourguibienne l'a sauvé de l'errement ... puisqu'au final, il revient à ses fondamentaux !

Bourguiba : « Je suis optimiste, je crois que j’ai fait quelque chose de solide qui tiendra, après moi ». Ce que les tunisiens ont confirmé à 3 reprises : aux élections législatives et lors des 2 tours des présidentielles !

Maintenant que la la Tunisie a terminé sa transition démocratique, il lui reste à faire grandir le nouveau né ! Pour cela les tunisiens et la société civile doivent rester vigilants pour que leur jeune démocratie évolue bien.

Je dédie cette victoire à mon père feu Haj Boubaker Barnat qui a rêvé, milité et sacrifié sa jeunesse pour voir un jour son pays accéder à la démocratie, mais aussi à tous ceux qui nous ont quittés trop tôt et qui n'auront pas cette joie de voir leur pays enfin accéder à la démocratie. 

Une pensée particulière à Abdelwahab Meddeb qui a lutté bec et ongle contre l'obscurantisme que les défenseurs de la démocratie que sont les EU, l'UE et les pétromonarchies voulaient voir se diffuser en Tunisie .... au nom de la démocratie !

Rachid Barnat

Résultats définitifs :
- Taux de participation : 60,1 % des inscrits,
BCE : 55,68 %, 
- Tartour : 45,32 %.
Tartour mauvais perdant, pense refaire le coup du 1er tour : des recours ! Ce qu'il fera pour se rendre encore plus ridicule !! 
Curieux score tout de même pour quelqu'un dont le parti CPR n'a obtenu que 4 sièges au parlement !
Preuve s'il en est besoin, que tartour a bénéficié une fois de plus du soutien des islamistes et des voix de leurs électeurs !
Poussera-t-il l'outrecuidance jusqu'à revendiquer de devenir calife à la place du calife Ghannouchi maintenant qu'il dispose des voix d'Ennahdha ? C'est possible de la part de quelqu'un prêt à tuer père et mère pour rester au pouvoir. D'autant qu'il n'a plus rien à perdre lui qui a perdu son parti CPR laminé lors des élections législatives et que les tunisiens viennent de dégager démocratiquement !


samedi 20 décembre 2014

Un militant idéaliste qui demeure dans ses rêves

Aziz Krichen développait déjà, la thèse décrite dans son article sur sa page Facebook courant 2011. A l'époque, étant mon e-ami, j'ai attiré son attention sur le fait qu'il "oubliait" que les Frères musulmans et les islamistes en général ne sont pas fiables puisque le mot Démocratie ... leur est étranger car il ne figure pas dans le Coran, vous assurent-ils; et que leur Vérité ils la détiennent d'Allah et que leur programme Coran + chariâa est immuable et indiscutable !  
C'est ce qu'il va découvrir tant du côté de Ghannouchi mais aussi du côté de Marzougui dont il découvre la réalité : un crypto islamiste qui va laisser libre court à son islamisme, en s'entourant des plus radicaux des salafistes d'Ennahdha et autres barbus de la pire engeance !

Malheureusement, et malgré l'échec, il continue à espérer de voir les islamistes fonctionner comme un parti ordinaire ... ce que les Frères musulmans ne seront jamais, car leur idéologie est insoluble dans la démocratie ! Puisque Aziz Krichen rêve que Nahdha soit associé au pouvoir par Nidaa Tounes !!


R.B


Voilà pourquoi j'appelle à voter massivement pour Béji Caïd Essebsi

J’ai exercé les fonctions de ministre-conseiller de Moncef Marzouki durant deux ans, de début 2012 à début 2014. Beaucoup de personnes ne comprennent pas pourquoi j’ai accepté de le faire, et, l’ayant fait, beaucoup, parfois les mêmes, ne comprennent pas pourquoi je me démarque de lui aujourd’hui. On me reproche, par conséquent, une chose et son contraire.

Je veux revenir ici sur les raisons de mon comportement. Non pour me justifier – ce serait dérisoire –, mais parce que ces raisons sont de nature à éclairer les vrais enjeux de la transition démocratique, que j’estime de mon devoir de rappeler en cette dernière semaine de campagne électorale.

Je me suis engagé en politique voilà longtemps, comme militant et comme intellectuel. Ce qui signifie que je n’ai jamais séparé l’action de la réflexion. Dans nos années de jeunesse, nous considérions que l’essentiel de l’effort théorique devait consister à copier et transposer chez nous des modèles et des schémas élaborés ailleurs, au nom d’une conception aliénée de l’internationalisme et de l’universalisme. Devant le peu de résultats d’une telle démarche, la maturité aidant, j’ai commencé à comprendre qu’un tel effort ne pouvait être valable que s’il procédait d’une pensée personnelle, organiquement liée aux spécificités réelles de notre société et de notre culture. En d’autres termes, j’ai fini par saisir que l’universel émanait de la fidélité au particulier et pas de son occultation.

Etant donné les circonstances – la dictature et la répression –, l’apprentissage fut long et pénible, et le plus souvent solitaire. Au bout du compte, l’entreprise devait déboucher sur deux constats fondamentaux et sur une conviction. Faute de temps, je suis obligé de résumer au maximum le propos. Les deux constats se rapportent à des réalités observables, que les événements ont amplement confirmé depuis le soulèvement de décembre 2010. La conviction est le fil rouge qui donne leur unité et leur cohérence à mes différentes prises de position politiques.

Le premier constat porte sur la caractérisation de notre système économique et social. Celui-ci fonctionne selon une logique implacable de division et d’exclusion. Cette espèce d’apartheid intérieur a été poussée si loin ces dernières décennies que la Tunisie apparaît désormais séparée en deux univers distincts. Le pays s’est scindé en deux pays différents, très éloignés l’un de l’autre.

Nous avons d’un côté un pays minoritaire, concentré dans la capitale et les villes du littoral, rattaché de manière subordonnée à l’économie mondialisée, reproduisant de façon embryonnaire les groupes sociaux constitutifs des formations capitalistes-bourgeoises modernes, s’efforçant d’imiter leurs modes de vie et de reproduire leurs échelles de valeurs – avec son administration, ses entreprises, ses partis, ses syndicats, ses médias, ses associations … C’est la Tunisie dite « structurée ».

Et nous trouvons de l’autre côté un pays majoritaire, celui des laissés-pour-compte qui peuplent les régions de l’intérieur et les périphéries urbaines, tous issus d’un monde rural asphyxié et saccagé, acculés au chômage de masse et au travail précaire, enfermés dans des stratégies de survie. Des stratégies de désespoir, qui les condamnent à chercher refuge dans l’économie souterraine, avec ses trafics en tout genre, marqués par l’illégalité, qui se conjugue parfois avec la criminalité et la violence… C’est la Tunisie dite « informelle » ou « parallèle ».

Ce qui réunit par endroits ces deux mondes divergents – reproduction actualisée de l’ancienne opposition entre bled makhzen et bled siba –, ce n’est plus l’Etat central, mais des réseaux mafieux occultes, dont la montée en puissance a commencé sous Ben Ali, et qui ont littéralement proliféré au long des quatre années de transition chaotique que nous venons de traverser. Lorsqu’on laisse l’anarchie s’installer à l’intérieur d’une partie du corps social, elle finit par le gangrener tout entier.

Mon premier constat concerne donc le principal problème de fond du pays, sa fracture économique et sociale. Cette fracture est à l’origine de notre révolution (et elle est d’ailleurs à l’origine des soulèvements qui se sont produits en 2011 dans les autres pays arabes, les mêmes causes entraînant les mêmes effets). Seule sa résorption permettra à nos compatriotes d’obtenir la dignité qu’ils réclament et pour laquelle des centaines de nos enfants ont donné leur sang. Elle seule est en mesure d’ouvrir devant nous les portes de l’avenir et de pérenniser notre jeune et fragile démocratie, parce que les libertés ne peuvent être durablement protégées sans un réel développement économique et sans un minimum de sécurité matérielle pour le plus grand nombre.

Le deuxième constat se rapporte à une autre division, mais celle-ci ne concerne que les élites politiques et culturelles, pas l’ensemble de la société. Il s’agit de la fameuse bipolarisation identitaire, qui oppose les partisans du Destour et les partisans de Nahdha et, plus génériquement, les «modernistes» et les «islamistes».

D’une certaine façon, cette seconde division n’est rien d’autre que le reflet de la première, la manifestation de la fracture économique et sociale dans le domaine de l’idéologie. La difficulté pour nous tous vient de ce que ces deux expressions antagoniques sont également partielles et unilatérales, et qu’elles ne proposent, ni l’une ni l’autre, de projet d’ensemble capable de rassembler la population et de sortir le pays des contradictions où il se débat.

Leur commune incapacité s’explique par plusieurs raisons ; je n’en retiendrai que deux, qui cumulent leurs conséquences négatives. La première raison a trait aux standards de croissance dont ils se réclament. Il suffit aujourd’hui de comparer les programmes économiques de Nahdha et de Nidaa Tounes pour s’en convaincre. Ces programmes sont quasiment identiques et reprennent les choix ultralibéraux – et les pratiques clientélistes dont ils sont le paravent – appliqués en Tunisie depuis les années 1980, qui sont précisément au départ de l’éclatement structurel du pays.

Voilà deux partis importants, prétendument ancrés dans des référentiels diamétralement opposés, qui partagent néanmoins les mêmes options de base en matière d’économie – des options dont l’expérience a montré qu’elles étaient objectivement antinationales et antipopulaires. Comment pourrait-on attendre d’eux qu’ils apportent de vraies réponses aux défis que pose la masse des exclus et de marginalisés ? En dehors du verbiage habituel sur la « nécessité d’intensifier les investissements dans les régions défavorisées », leur logiciel partisan est vide, en effet. Dangereusement vide.

La deuxième raison est d’une portée plus grave encore, parce qu’elle entraîne un effet de paralysie qui interdit toute possibilité de renouveau effectif de la vie publique. La bipolarisation identitaire a pour conséquence automatique de figer la confrontation des idées et des politiques en la réduisant à un tête-à-tête exclusif entre les deux termes de l’équation.

Lorsque les « modernistes » (PSD puis RCD) étaient au pouvoir et qu’ils assignaient aux « islamistes » le rôle de l’ennemi principal, cette désignation équivalait à une légitimation de fait. Elle refoulait le gros des mécontents vers Nahdha, dès lors perçu comme la véritable alternative au régime, ce qui disqualifiait en retour les autres formations d’opposition qui ne pouvaient plus accéder au rang d’acteurs politiques de premier plan.

De la même façon, lorsque Nahdha se retrouva aux commandes et qu’il signala Nidaa Tounes comme l’adversaire à abattre – cela juste après la création de ce parti en 2012 et alors qu’il ne pesait pas plus lourd que d’autres groupes hostiles à la troïka –, cette mise en avant délibérée contribua fortement à faire de lui le chef de file de l’opposition, reléguant rapidement les autres mouvements à une place subalterne.

La bipolarisation identitaire fonctionne, par conséquent, comme une machine de verrouillage implacable. Elle permet aux « destouriens » et aux « islamistes » d’exister, avec un statut de protagonistes majeurs ; elle prive d’espace et d’initiative tous les autres intervenants, ne leur laissant de choix qu’entre devenir une force d’appoint ou végéter et disparaître.

C’était mon deuxième constat. Si l’on juxtapose maintenant les deux analyses, on obtient le tableau suivant : on a d’un côté un pays déchiré, fracturé dans ses structures fondamentales ; en vis-à-vis, on trouve une classe politique composée de deux partis dominants et rivaux, dont aucun ne dispose d’un projet national adéquat pour régler les questions économiques et sociales, mais dont la surenchère idéologique provoque un tel clivage dans l’opinion qu’elle bloque la constitution d’un troisième pôle politique, éventuellement capable de répondre aux attentes réelles de la population.

Ce tableau proprement démoralisant renvoie à une sorte de rupture, de décalage considérable entre le peuple et ses élites actuelles, qui donnent un aperçu de l’écart immense qui sépare ce que celui-là demande de ce que celles-ci ne peuvent pas lui donner. Nous en avons eu de nombreuses illustrations accablantes depuis décembre 2010.

Comment sortir d’une impasse aussi radicale ? Comment, malgré tout, se frayer un chemin ? Comment déverrouiller le cadenas bipolaire ? La conclusion que j’ai tirée de mon double constat est qu’il fallait coûte que coûte, pour espérer entreprendre la construction de l’alternative politique dont le pays a besoin, qu’il fallait coûte que coûte parvenir d’abord à tempérer, à apaiser, à pacifier l’antagonisme identitaire divisant les élites – cette modération n’étant pas une fin en soi, mais un préalable indispensable avant de pouvoir s’attaquer enfin aux vrais problèmes.

C’est cela la conviction intime à laquelle je suis parvenu il y a près de vingt ans ; et c’est cette conviction qui fonde depuis lors tous les engagements successifs que j’ai pu prendre.

Comment atténuer la bipolarisation, comment la réduire ? La seule méthode envisageable était d’amener progressivement les « islamistes » et les « modernistes » à travailler ensemble, en les poussant à faire prévaloir leur intérêt politique sur leurs préventions idéologiques.

M’engageant dans cette voie, je savais d’avance que la bataille serait longue et rude et que je m’exposais à devoir subir les doutes et l’incompréhension de tous ceux qu’une pareille démarche risquait de perturber. Et ils étaient – et restent – nombreux. Mais je ne voyais pas d’autre issue et j’étais sûr, en ce qui me concerne, que la main tendue à l’égard de Nahdha n’entraînerait jamais que je m’aligne sur ses positions et me mette à sa remorque.

Avant 2011, il n’était évidemment pas question de pactiser avec le régime en place, qui s’était transformé en tyrannie mafieuse. La pacification idéologique qui me semblait indispensable ne pouvait concerner que les forces d’opposition. C’est ainsi que j’ai appelé, en 2002, à la constitution d’un large rassemblement, incluant les islamistes, pour faire barrage à la quatrième candidature de l’ancien dictateur.

Entre 2005 et 2007, dans le même esprit, j’ai soutenu l’Initiative du 18-Octobre – un accord de coopération politique avalisé par le PDP, le POCT, Nahdha, Takattol et le CPR –, tout en ne me faisant pas trop d’illusions quant aux arrières pensées de la plupart des signataires.

Au lendemain du 14 janvier 2011, j’ai tout de suite demandé la formation d’un front commun regroupant toutes les formations et les personnalités qui s’étaient démarquées du système Ben Ali.  Au mois de mai suivant, j’invitais ces formations et personnalités à aller ensemble aux élections, pas seulement avec un programme commun, mais avec aussi des listes communes, précisant que tout le monde devait sortir victorieux de l’épreuve des urnes, et prévenant qu’au cas contraire, les gagnants et les perdants passeraient leur temps à se quereller, au lieu de s’occuper du pays et de réaliser les tâches de la transition . Comme chacun sait, ces avis restèrent lettre morte. Pourtant, l’avenir devait rapidement confirmer mes craintes…

Vinrent les élections du 23 octobre 2011, la victoire de Nahdha, la mise en place de la coalition tripartite avec le CPR et Takattol et l’installation de Moncef Marzouki à Carthage. Pouvais-je me dérober lorsqu’il me demanda de rejoindre son cabinet fin décembre ? Je savais l’affaire mal engagée. Les anciennes victimes de la répression n’étaient plus réunies, mais divisées en opposition et majorité. A l’intérieur de la troïka, Nahdha avait déjà commencé à manifester un hégémonisme dangereux et les deux partis alliés, au lieu de lui résister, faisaient de la surenchère dans la soumission. La menace de la bipolarisation planait de nouveau sur nos têtes.

En dépit de cela, j’ai accepté d’intégrer le staff présidentiel. Parce que le moment était crucial. Et que les discussions menées avec Moncef Marzouki – que je ne connaissais pas directement avant 2011, contrairement à ce que prétend la rumeur qui fait de nous d’autres « amis de trente ans » – m’avaient conduit à penser qu’il existait une grande convergence de vue entre nous. Il m’avait affirmé, en effet, qu’il entendait exercer ses fonctions en restant au-dessus des partis et de leurs clivages, et qu’il voulait faire de la charge qui était la sienne le symbole de l’unité du pays, de façon à toujours indiquer un horizon politique qui dépasserait les conflits identitaires.

Avec ces assurances, je n’avais plus de motif pour refuser les responsabilités qui m’étaient proposées. Si le chef de l’Etat rejetait lui aussi la bipolarisation, son combat rejoignait le mien et j’étais dans l’obligation de le soutenir du mieux que je pouvais. Ceci pour dire qu’en devenant ministre-conseiller, je ne me mettais pas au service d’un homme mais au service d’une politique, sur la foi d’un accord de principe qui ne souffrait aucune ambiguïté.

Je ne m’attarderai pas sur les divers événements qui se produisirent ensuite. Je dirai simplement que l’accord fut globalement respecté durant l’année 2012 et jusqu’au printemps 2013. A ce moment-là – approximativement depuis son voyage au Qatar en mars –, Moncef Marzouki commença à changer d’attitude et à s’aligner sur les positions de Nahdha dans son conflit avec les forces « modernistes » d’opposition. Ce conflit était devenu celui du président de la République. Ce dernier n’était plus extérieur à la bipolarisation, mais un acteur de plus en plus actif dans son exacerbation.

Le contrat était rompu. Et il n’était pas rompu par moi. Fin juin, je pris des dispositions pour préparer mon départ. Sur ces entrefaites éclata la crise de l’été 2013, consécutive au putsch militaire en Egypte (3 juillet) et à l’assassinat du député Mohamed Brahmi (25 juillet). La conjoncture était explosive. Les débordements insupportables de Nahdha, l’incompétence de la plupart des ministres, le laxisme dans la lutte contre la terreur, la dégradation accélérée des conditions d’existence des gens, tous ces faits avaient soulevé un vent de colère sans précédent dans l’opinion. La crispation était partout palpable. Dans les deux camps, l’opposition et la majorité, les partisans de la manière forte donnaient de la voix, les uns s’imaginant qu’ils pouvaient répéter à Tunis ce qui était arrivé au Caire, les autres voulant étouffer dans l’œuf la matérialisation d’un tel scénario. Bref, l’incendie couvait et ne demandait qu’à s’étendre.

Je faisais partie du comité de liaison politique de la troïka, une structure informelle regroupant une dizaine de personnes, les trois présidents, les trois chefs de partis,  les trois responsables des groupes parlementaires et moi-même. Transformé en cellule d’urgence – la session restera pratiquement ouverte de fin juillet à fin août –, ses membres devaient définir une réponse collective adaptée à la gravité de l’instant.

Invité à donner mon avis, je déclarais dès le premier jour que la sortie de crise exigeait deux décisions fortes : la démission immédiate du gouvernement Larayedh et l’ouverture de pourparlers avec les forces d’opposition, pour le remplacer par un gouvernement de large coalition, avec une représentation paritaire des principaux partis, Nidaa Tounes compris.

Ma proposition fut enregistrée, sans provoquer de commentaires. Le choc était trop brutal. L’indécision du comité se prolongea plusieurs jours. Début juillet, après en avoir donné copie aux trois présidents, je publiais un texte  où je développais longuement mes arguments. En franchissant ce pas, je cherchais à faire bouger les lignes.

Les lignes commencèrent enfin à bouger environ une semaine plus tard, grâce à Rached Ghannouchi, qui affirma qu’il fallait soutenir l’initiative du Dialogue national et que la question du changement de gouvernement ne devait plus être considérée comme taboue. A partir de quoi le rapport de force au sein du comité de liaison allait rapidement basculer en faveur d’une sortie de crise négociée et pacifique. On avait frôlé le désastre, mais on était finalement parvenu à l’éviter.

Je ne reviendrai pas sur les différentes phases de cette sortie de crise, qui se termina par la mise en place du gouvernement Mehdi Jomâa après son investiture le 29 janvier 2014. Je dois cependant préciser que c’est lors des semaines fatidiques de l’été 2013 que ma route se sépara définitivement de celle de Moncef Marzouki.

L’ouverture de négociations avec les partis d’opposition, notamment avec Nidaa Tounes, était une nécessité absolue pour restaurer le calme dans le pays. En même temps, le refus du passage en force et la recherche d’une formule de compromis signifiaient que la troïka – Nahdha en premier lieu – prenait désormais en compte les nouveaux équilibres du paysage politique. Moncef Marzouki, au lieu de s’en réjouir, en tira au contraire la conclusion qu’un tel dénouement jouait contre ses intérêts.

La chose devint manifeste après la rencontre « parisienne » de Rached Ghannouchi et de Beji Caïd Essebsi. Il estima qu’il serait inévitablement marginalisé si ces deux hommes, à la tête des principales formations politiques, parvenaient à tisser des rapports de collaboration entre eux. Il en sortirait des arrangements qui ne lui laisseraient plus qu’une place mineure, correspondant à son poids véritable dans le nouveau contexte partisan.

Or Moncef Marzouki tenait à préserver un rôle d’acteur central dans la distribution, ce qui passait par le maintien du soutien de Nahdha à sa personne . Si Rached Ghannouchi commençait à regarder ailleurs, c’en était fini de ses ambitions concernant les prochaines élections présidentielles (celles qui se déroulent actuellement). La stratégie de riposte qu’il imagina fut de passer des accords de soutien mutuel avec les ultras de Nahdha et divers courants de la mouvance salafiste, pour mettre en échec la ligne de conciliation que Rached Ghannouchi et d’autres autour de lui voulaient maintenant imposer à l’islam politique tunisien.

Il y avait d’une part les intérêts du pays et ceux de la poursuite du processus de transition pacifique, qui réclamaient de faire baisser les tensions. Et il y avait de l’autre les intérêts de Moncef Marzouki tels qu’il les comprenait, qui exigeaient de faire l’inverse. Il choisit les siens, sans scrupules excessifs. La sécurité de l’Etat, la stabilité du pays, cela ne comptait pas devant son désir de pouvoir.

Mon implication à ses côtés n’était plus possible. Si je suis pourtant resté plusieurs mois encore à Carthage, c’est sur l’insistance expresse des dirigeants de Nahdha et de Takattol (ainsi que de plusieurs responsables dans l’opposition et parmi le quartet) qui me demandèrent de rester à mon poste pour tenter de contrecarrer les actions de sabotage du Dialogue national qu’il n’allait manqué de faire, directement ou par le biais du CPR. Et ils ne se sont pas trompés. Les manœuvres n’ont pas manqué, en effet, et cela sans répit. Je suis donc resté encore plusieurs mois par devoir, dans un rôle étrange, comme une sorte de sapeur-pompier politique. Lorsque l’investiture fut accordée à Mehdi Jomâa, après une ultime mise en garde, j’ai enclenche la procédure de démission, en en informant mes principaux partenaires dans les partis et les syndicats.

Je passe rapidement sur les événements marquants de 2014 : l’entre en fonction du gouvernement non partisan, l’atténuation sensible de la conflictualité idéologique qui en a résulté et, enfin, les dernières élections législatives. J’ai commenté leurs résultats de façon très positive, en indiquant :

1) que c’était une bonne nouvelle pour Nahdha, qui ne pouvait plus se laisser aller à ses penchants hégémoniques ;
2) que c’était une bonne nouvelle pour Nidaa Tounes qui, même s’il était arrivé en tête et même s’il le voulait, ne pourrait pas se permettre de reproduire les pratiques d’exclusion de l’ancien régime :
3) que c’était aussi une bonne nouvelle pour l’avenir du mouvement démocratique. En précisant que l’effondrement électoral des partis se réclamant de ce mouvement ne marquait pas la mort du projet, il annonçait au contraire que la voie était maintenant libérée pour construire une alternative politique mature, capable de transcender les clivages identitaires.

C’est dans ce contexte de relatif apaisement que se situe l’actuelle élection présidentielle. Chacun sait que Moncef Marzouki ne s’est qualifié au second tour qu’en réactivant à son profit la bipolarisation, sur la base d’une alliance avec les cadres les plus rétrogrades de Nahdha et certaines franges extrémistes de la nébuleuse salafiste.

On dira que c’est son choix. Il est aux antipodes du mien. C’est la raison pour laquelle je le combats. Il n’y a dans mon attitude à ce niveau aucune volonté de vider un contentieux personnel, parce qu’il n’y a jamais eu ce genre de contentieux entre lui et moi. Il y a simplement une profonde divergence politique. Et j’ai fait ce que je fais toujours lorsqu’il me semble que le sort du pays est en jeu : je me sers des seules armes que je m’autorise, la parole et l’écrit. Que cela soit bien ou mal interprété par certains est une autre question : je ne peux pas grand-chose pour ceux qui projettent sur moi leurs préjugés et leurs frustrations.

Nous sommes à la veille du second tour. En politique, comme dans la vie réelle, quand on est amené à trancher, on le fait en fonction de ce qui existe et non pas selon ce que l’on aurait souhaité voir exister.

Entre voter Moncef Marzouki ou voter Beji Caïd Essebsi, il m’est interdit de céder aux états-d’âme. Le second représente objectivement aujourd’hui la possibilité d’un progrès dans la stabilité et la réconciliation nationale. Le premier s’est inscrit de manière irréversible dans une trajectoire d’outrances populistes et de division. On ne peut pas, on ne doit pas hésiter.


Je demande que l’on vote massivement en faveur de Caïd Essebsi. J’ajouterai qu’il est souhaitable qu’il devance nettement Moncef Marzouki. L’écart qui les séparera risque, en effet, d’avoir une incidence immédiate sur l’éventualité de la participation de Nahdha au futur gouvernement. Une participation que j’appelle de mes vœux. Parce qu’elle va dans le sens de l’intérêt général. Et parce que je milite toujours contre la bipolarisation.