mardi 3 avril 2018

LA TUNISIE SERA-T-ELLE LE DERNIER PAYS A ÉLIMINER L'ISLAMISME POLITIQUE ?

Article paru dans : Kapitalis

Le vent tourne pour les Frères musulmans et leur islamisme politique, sauf en Tunisie ! 
Pourquoi ?
En Syrie déstabilisée par les pétromonarques qatari et saoudien, Bachar El Assad reprend la main depuis le soutien effectif de Poutine. D'autant que Trump et son ami le prince héritier Ibn Saoud décident de se retirer de cette "mauvaise guerre" déclenchée par ses prédécesseurs.
Daech est en perte de vitesse sur tous les fronts.
Quant au Qatar qui a cru un moment pouvoir faire la pluie et le beau temps dans les Républiques du fumeux "printemps arabe", en soutenant à fond les Frères musulmans protégés de l'émir, se retrouve hors jeu; boycotté par les pétromonarques et mis à l'indexe en tant que pays terroriste par bon nombres de pays occidentaux.
En Egypte Al Sissi continue à faire la guerre aux Frères musulmans, dont bon nombre de leurs dirigeants sont en prison ou en fuite à l'étranger.
En Turquie, le monde découvre la réalité du Frère musulman Erdogan adulé par Ghannouchi et dont l'UE vantait l'islamisme modéré : un minable despote qui emprisonne tous ceux qui s'opposent à lui.
En Libye, après avoir découvert la réalité des Frères musulmans, les libyens s'en détournent de plus en plus leur préférant les anciens du régime d'avant, réduits à choisir entre la peste et le choléra.
Est-ce pour toutes ces raisons que le stratège Ghannouchi fait beaucoup de charmes pour séduire les tunisiens, depuis que l'Organisation internationale des Frères musulmans dont il est membre du bureau exécutif est mise à l'indexe et son pouvoir de nuisance est en net recul ... ce qui va tarir, entre autre, sa "contribution" à la guerre en Syrie par l'envoi de jeunes tunisiens pour rejoindre DAECH ?
Est-ce pour assurer la survie d'Ennahdha qu'il a changé son fusil d'épaule, jusqu'à renier son appartenance à l'Organisation des frères musulmans, hier encore revendiquée à cor et à cri ? D'autant que les tunisiens découvrent la corruption et l'affairisme des marchands du temple qui n'ont rien à envier à ceux du régime qu'ils avaient dégagé le 14 janvier 2011, sinon que ces rapaces sont pire ! 
Les Tunisiens ont découvert aussi l'homme à la cravate bleue, lui qui n'en portait jamais, le jour où il a commencé son opération de séduction dans l'espoir de faire oublier le Ghannouchi fraîchement débarqué de son exil londonien venu chevaucher une révolution à laquelle ni lui ni ses Frères n'avaient participée, et ses discours rétrogrades remettant en cause le statut des femmes ! Ils sont étonnés de son retournement de veste et de ses discours totalement à l'opposé de ceux qu'il leur tenait jusque-là ! 
Ils ont découvert son "ouverture" depuis qu'il s'est mis à courtiser les juifs, les homosexuels, les femmes "en cheveux" habillées et maquillées à l'occidentale, en perspective des élections futures ... qu'il n'y a pas si longtemps, sa milice "salafiste", bras armé d'Ennahdha, harcelait et attaquait; et que "ses" juges poursuivaient sans craindre le ridicule.

Pour rappel :
° Les femmes non voilées étaient insultées, vitriolées, lacérées avec des lames de rasoir .... les tunisiennes s'en souviennent encore !
° La Ghriba comme d'autres synagogues, les cimetières juifs, étaient régulièrement saccagés, brûlés !
° Les homosexuels étaient harcelés par "ses" policiers, poursuivis par "ses" juges, humiliés par des examens médico-légaux dégradant !

Alors les Tunisiens seraient-ils les derniers à conserver les Frères musulmans au pouvoir alors que le monde entier découvre leur sinistre projet de destruction et de chaos ? 
Se laisseront-ils séduire par les campagnes de charme que leur fait hypocritement Ghannouchi quand il leur joue " l'ouverture et la modernité ", lui qui les combattait il n'y a pas si longtemps ?

Pourquoi Béji Caïd Essebsi et Nidaa Tounes continuent-ils à composer avec Ghannouchi ? 
Seraient-ils naïfs pour croire qu'il a changé ? Ou en ont-ils toujours peur par crainte de son terrorisme ? A moins qu'ils restent alliés par opportunisme de peur d'être désavoués par les tunisiens après leur trahison !
Ils craignent que les Tunisiens ne leur fassent plus confiance d'où leur obstination à maintenir cette alliance contre nature pour rester au pouvoir. Ne se rendent-ils pas compte  qu'elle ruine le pays, qu'elle le fait le fait régresser comme jamais et qu'ils en porteront la responsabilité devant l'histoire, s'ils ne se reprennent pas ? Leur seule voie de salut est de rompre solennellement, fortement et vraiment avec ces arriérés. Les tunisiens leur en seront reconnaissants !

On peut vraiment se demander pourquoi en Tunisie les médias et les hommes politiques de tout bord, donnent encore tant d'importance aux Frères musulmans d'Ennahdha comme s'ils étaient indispensables à la vie politique ? Sont-ils aveugles ? Ne voient-ils pas où cela mène le pays ? Ou cèderaient-ils à l'opportunisme et au populisme, au détriment de l’intérêt suprême du pays ? 
La Tunisie peut et doit se passer de Ghannouchi, comme le reste des pays qui ont rompu avec l'islamisme politique porteur de division, de régression et de violences.
Gannouchi doit rendre compte de son sinistre militantisme et celui de sa bande qui a coûté la vie à beaucoup de tunisiens .... dont Chokri Belaid ! Il a conduit ce pays si ouvert, qui était sur la voie du progrès, à régresser et devenir un pays au bord du chaos; où la bigoterie et l'obscurantisme se développent depuis que les Frères musulmans nahdhaouis ont importé le wahhabisme et le diffusent activement dans une société ancestralement malékite. Modèle sociétal rétrograde qui a échoué partout et dont le prince héritier Mohamed Salman Ibn Saoud dit tout le mal qu'il pense
Oui, vraiment serons-nous les derniers à rompre avec cette idéologie néfaste ? 
Rachid Barnat

lundi 2 avril 2018

Amine Zaoui dénonce le wahhabisme et félicite le prince héritier des Ibn saoud pour ses beaux discours

Un intellectuel algérien dit sa colère contre les Ibn Saoud pour avoir propagé le poison wahhabi dans le monde et félicite le prince héritier qui reconnaît ce mal et dénonce à son tour ses méfaits. 
Sont-ils sincères l'un et l'autre ? Le premier, de croire qu'un prince élevé et éduqué dans le wahhabisme pourrait s'en écarter; et le second, de vouloir faire la "révolution" dans son pays, berceau du wahhabisme ? 
Le fait est que l'un et l'autre reconnaissent tout le mal qu'a fait et continue de faire le wahhabisme !
R.B
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Lettre ouverte au prince héritier saoudien Mohammed Ben Salman

Bonjour, Majesté le prince héritier saoudien Mohammed Ben Salman. 

Je suis fils de Tamazgha, un Algérien, arrière-arrière-fils de Chachnaq, de Juba 2 et de Massinissa, permettez-moi de vous écrire pour vous dire ce que j’ai, envers votre pays, et dans le cœur et sur le cœur.

Cette lettre, certes n’est pas diplomatique, elle n’est pas non plus habile, parce que  je l’ai voulue vraie et transparente, sans gant et sans rhétorique aucune ! Majesté prince héritier Mohammed Ben Salman : de toute ma vie intellectuelle, je n’ai jamais adhéré à la politique de l’Arabie Saoudite, culturelle soit-elle, religieuse ou politique, qu’importe. Dans mes écrits, j’ai toujours rangé l’Arabie Saoudite, plutôt le régime saoudien, dans le clan des méchants. Bien que le royaume de l’Arabie Saoudite (El Hejaz) soit située dans cette terre sur laquelle le Prophète Mohamed est né, a fait ses premiers pas, a accompli ses prières et ses guerres, la terre où le Prophète a reçu la Révélation, où il est mort, où il a été enterré, j’ai toujours assimilé cette terre au pays de Satan.

Quoique cette terre, dans l’imaginaire musulman, soit liée au sacré musulman, je l’ai toujours imaginée, vue, comme un lieu de complot, de corruption et de tricherie. Bien qu’il y ait sur cette terre la Kaâba avec la pierre noire, le sacré musulman par excellence, j’ai toujours vu cet édifice comme un lieu qui cache en lui, derrière ses prières, en ses prieurs et ses hajis, d’énormes enjeux politico-économiques impurs. À l’image de beaucoup d’autres observateurs, j’ai toujours pensé que cette terre riche par sa nature et par le Ciel, demeure l’essence de la malédiction qui frappe la femme, pas uniquement dans votre terre (l’Arabie Saoudite) mais aussi dans la nôtre et dans toute la terre d’Islam. 

C’est de cette terre sainte musulmane, à partir de votre pays, par les écrits de ses ulémas salafistes et acharnés, à travers vos prédicateurs pervers qui habitent les écrans de vos télévisions et les nôtres, que la foudre malédiction a été lancée contre la femme, contre sa liberté.
À cause de ces ulémas et leurs écrits, de ces chaînes de télévisons et de leur sermonneurs, le mot “musulman” a été souillé.
Par cette horde de charlatans religieux, votre islam violent à envahi le nôtre, et confortablement, il a été installé dans notre pays, dans nos mosquées, dans nos écoles, dans nos familles, dans nos plats et dans nos verres.
À cause de vos soldats islamiques wahhabistes, nous avons perdu notre culture identique et notre langue maternelle. 

Aujourd’hui, majesté prince héritier Mohammed Ben Salman, en écoutant, en lisant vos propos courageux et fracassants, après maintes hésitations, j’ai décidé de vous écrire afin de vous dire mes sentiments de satisfaction et ceux de la plupart des Algériennes et Algériens. Je vous dis : bravo. 

Bravo et merci pour votre position courageuse et intransigeante, d’abord, contre les frères musulmans. Ces mêmes frères musulmans étaient, et ils le sont toujours, la source de tous les maux, ou presque, dans notre pays, l’Algérie. Ils étaient et ils le sont toujours,  source du mal dans le monde musulman. Ils sont, ces mêmes frères musulmans, aussi la source du mal qui embrase l’Occident, là où les communautés musulmanes se sont installées dans l’espoir de vivre et de partager le bonheur humain. 

En toute franchise, Majesté le prince héritier, je vous dis aussi bravo. 
Bravo pour votre déclaration contre le mal du wahhabisme, semence diabolique. Cette idéologie fasciste qui a gangrené notre pays, le Maghreb, la terre de Tamazgha. 

En toute clarté, et sans nuance aucune, je vous dis bravo aussi pour avoir muselé les milices d’Al amr bil maarouf wa annahyi ani el monqar, cette police immoraliste gardienne de la morale. 

Bravo pour vos positions positives envers la liberté de la femme saoudienne. 

Bravo pour avoir appelé au retour de la musique, au retour de la fête dans le pays des Mu'allaqât, dans votre pays l’Arabie Saoudite.  

Bravo parce que vous avez décidé d’ouvrir les salles de cinéma aux Saoudiennes et aux Saoudiens, espaces interdits depuis la création du royaume. Chez nous, à cause de votre idéologie wahhabiste associée à celle des frères musulmans, à cause des prêches de vos prédicateurs dans nos mosquées et dans nos têtes, nous avons fermé six cents salles de cinéma !!! Et nous avons fait retourner les sœurs de Djamila Bouhired et les petites-filles de Djamila Bouhired à la cuisine et à la vaisselle !

Vous rêvez de faire de votre pays une terre de vie, une vie émouvante pour les vivants, et c’est légitime, en cette même heure, nous en Algérie, nous activons pour faire de la vie de notre peuple une vie du Jugement dernier ! 

L’Algérien qui représentait l’image de l’homme émancipé dans le Monde arabe et dans le Maghreb, s’est  métamorphosé en saoudien wahhabiste ou en khwandji, dans le costume, dans la barbe, dans les paroles, dans le rêve, dans la haine de l’autre. Vous, de plus en plus, vous détachez de vous-mêmes et nous, de plus en plus, nous collons à vous et nous nous détachons de nous-mêmes ! 

Nous sommes le pays de cheb Khaled et de Mohammed Dib, de cheikha Remiti et de Kateb Yacine, de Dahmane El Harrachi et de Tahar Djaout, de Maurice El Madioni et de de cheikha Titma et de Mohamed Khadda, de cheikh Raymond et de Mouloud Mammeri… ce pays de tout ce beau monde est devenu pays des choyoukhs wahhabistes et les prédicateurs des frères musulmans. Mais le combat est continuel. 

Majesté, prince héritier Mohammed Ben Salman, par vos propositions courageuses : contre le voile imposé aux femmes par la charia islamique politisée, contre le wahhabisme fascisant, contre les frères musulmans, contre les milices de la morale Al amr bil maarouf wa annahyi ani el monqar, votre pays avancera vers la lumière, le nôtre suivra. Nous vous suivrons, tout simplement parce que quatorze siècles durant vous nous aviez pollué la vie et vous nous aviez violé et volé notre histoire.  

L’Arabie Saoudite, votre pays, avec vous, avec vos idées modernistes, prendra dans ce début de ce siècle, la place qu’a occupée l’Égypte dans le siècle passé, celle des Taha Hussein, des Ali Abderrazak, des Qassim Amin, des Ahmed Chawqi, des Naguib Mahfoud ... 
L’Arabie Saoudite deviendra-t-elle la nouvelle Égypte de ce siècle ?

samedi 31 mars 2018

Quand les communautarismes se jouent de la laïcité

Sionisme et Islamisme ne peuvent prospérer que dans le communautarisme. Ce faisant, les français de confession juive tout comme les français de confession musulmane, voient leur religion instrumentalisée par le CRIF pour les premiers et par l'UOIF autrement dit par les Frères musulmans pour les seconds. Ils sont pris en otages autant que leur religion; puisque ces organisations s'expriment en leur nom !
Les deux ayant adopté une stratégie pour faire taire leurs opposants, en invoquant l'antisémitisme pour le CRIF et l'islamophobie pour les Frères musulmans.
Quand on voit l'alignement du CRIF sur la politique sioniste israélienne, on se demande s'il est au service des français de confession juive ou de celui des gouvernements d’Israël ! 
CRIF et UOIF remettent en cause la laïcité n'ayant de cesse de pourfendre les règles du vivre ensembles en réclamant des aménagements spécifiques pour leurs communautés respectives.
Il faut dire que les Frères musulmans n'ont fait que prendre exemple sur le CRIF et suivre la voie qu'il a ouverte pour imposer eux aussi leurs revendications aux responsables politiques obnubilés par leurs élections et leurs réélections.
CRIF & Frères musulmans aspirent-ils à devenir aussi puissants que le lobby juif américain pour faire et défaire les présidents ? 
R.B
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Le Crif, vrai lobby et faux pouvoir

Clermont-Tonnerre déclarait, le 24 décembre 1789, à la tribune de la Constituante, qu’«il faut refuser tout aux juifs comme nation dans le sens de corps constitué et accorder tout aux juifs comme individus…» Catégorique, il rejetait alors tout «communautarisme». Lorsqu’on se gargarise aujourd’hui en haut lieu ou dans les médias de communautarisme, on ne pense guère qu’aux Arabo-musulmans. Loin de toute langue de bois, disons clairement que ce mot est devenu synonyme de «musulmans». C’est vers eux que, du voile à la burqa en passant par l’identité nationale, tous les regards sont tournés, dans un pays pourtant laïque comme la France. Objet de cristallisation, comme les juifs l’ont été dans le passé, la nationalité française de nombre d’entre eux passe au second plan après leur religion.

En revanche, lorsque le Conseil représentatif des institutions juives de France (Crif) organise son dîner annuel et qu’il lance des fatwas contre les uns et les autres, quand les politiciens de tout bord, y compris le Président et le Premier ministre, y accourent, personne n’ose parler de communautarisme. François Fillon est allé jusqu’à dénoncer ledit communautarisme lors de ce même dîner, au prétexte qu’il «refuse l’égalité et la fraternité». Il faisait bien sûr référence au communautarisme musulman. Et pourtant, tous les ingrédients sont réunis pour parler aussi de communautarisme juif. Cette année, comme l’an passé, les mesures d’ostracisme ont visé le PCF et les Verts, au motif de leur campagne de boycott des produits israéliens. Comble de l’horreur, certaines municipalités communistes auraient fait citoyen d’honneur Marwan Barghouti, l’un des responsables du Fatah, en geôle à vie en Israël.

On en vient à se demander si le Crif n’est pas plutôt le porte-parole d’Israël en France, comme une seconde ambassade de ce pays. Il y a un siècle, ce qui aurait passé pour de la double allégeance s’appelle aujourd’hui soutien à Israël. Parce que les juifs de France collent, paraît-il, à la ligne politique d’Israël, qu’elle soit de gauche ou de droite, leurs institutions, dont le Crif, ne feraient que suivre le mouvement. Les voilà tous légitimistes. Après la victoire d’un Nétanyahou et de ses alliés en Israël, on ne s’étonnera donc pas de la forte droitisation du Crif, concrétisée entre autres par l’entrée dans son comité directeur de personnalités aux opinions radicales.
Mais qui représente véritablement le Crif et combien sont-ils en son sein ? On ne le saura jamais. Ce qui compte, c’est qu’il est perçu comme un lobby (mot horripilant en France) par les politiciens. Et considéré comme tel, il l’est bien, un lobby, en fait. Ceux qui s’agglutinent à son dîner croient vraiment qu’il joue un rôle important dans la machine électorale. On y vient à la pêche aux voix juives, et pour être adoubé par des juifs dont l’influence serait déterminante, en raison de la place qu’ils occupent, ou sont censés occuper, dans la société française. De cet appui ne bénéficieront bien sûr que ceux qui soutiennent le plus Israël et qui donnent des gages clairs dans le combat contre l’antisémitisme. Un combat certes indispensable, mais qui mériterait de n’être pas instrumentalisé pour faire accepter toute politique israélienne, y compris la plus blâmable. Projetant sur la scène française ce qui se passe entre Israéliens et Palestiniens au Proche-Orient, le Crif ne manque aucune occasion pour appuyer la politique antimusulmane du gouvernement. En revanche, il a ses bons musulmans, comme Israël a ses bons Palestiniens, les seuls avec qui il daigne «dialoguer».
Aussi peu représentatif qu’il soit, le Crif est sans doute au diapason des positions de bien des juifs français, de plus en plus conservateurs politiquement, supporteurs inconditionnels d’Israël en toute circonstance et se réfugiant dans la mémoire de la Shoah et dans la dénonciation de l’antisémitisme, qui vont de pair. Celles-ci, forces rassembleuses indéniables, contribuent surtout à la survie d’un judaïsme qui le plus souvent s’y résume, ayant par ailleurs grandement perdu sa pratique et la conscience de ses valeurs essentielles. Qu’est-ce que le Crif sinon un groupuscule endogamique qui se donne des airs de petit Etat indépendant, agissant à sa guise, faisant plier les uns et les autres, tant par le biais de l’autocensure, sensible chez bien des journalistes, craignant à juste titre d’être soupçonnés d’antisémitisme dès qu’ils oseront critiquer la politique israélienne, que par l’instrumentalisation de la culpabilité de la Shoah intériorisée par la classe politique ? Le pouvoir imaginé que cette minuscule institution a su se fabriquer se retourne hélas contre les juifs eux-mêmes, et d’abord contre ceux qui ne se reconnaissent nullement en elle. Il génère à son tour de l’antisémitisme et offre des arguments, certes fallacieux, à ceux qu’obsèdent les vieux thèmes bien rodés du pouvoir juif, du complot juif. La «servilité» de circonstance des professionnels de la politique face au Crif vient renforcer les anciens préjugés.
Cette foi trop partagée dans la puissance des juifs et de leurs instances représentatives n’augure rien de positif. Le dîner du Crif enfin déserté, ses menaces ramenées à leur juste proportion de dangerosité réelle, voilà des mesures prophylactiques qui seraient susceptibles d’enrayer en partie une hostilité antijuive se nourrissant de fantasmes
* Directeur d'études à l'Ecole des hautes études (Sorbonne) - Sénatrice d'Île de France

jeudi 29 mars 2018

Eugène Delacroix : tableaux coups de foudre

Le Louvre, rend hommage à Eugène de Lacroix principal représentant du romantisme en France.
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Dante et Virgile aux Enfers offrent à Delacroix un triomphe

«Je sors d'un travail de chien qui me prend tous mes instants depuis deux mois et demi. J'ai fait dans cet espace de temps un tableau assez considérable qui va figurer au Salon.» En 1822, âgé de 24 ans, Delacroix tente ce qu'il appelle «un coup de fortune» avec cette toile, premier envoi au salon de peinture, inspirée d'un classique de la littérature, La Divine Comédie de Dante. Si le sujet marque une appartenance à l'école classique, la référence à un auteur de la fin du XIIIe siècle participe d'un goût retrouvé pour l'époque sombre du Moyen-Âge. On est loin toutefois du style troubadour à la mode. La facture et le parti pris de déstructurer la composition pour un effet de tumulte, de chaos, empruntent à Géricault, l'aîné admiré, et rendent hommage aux maîtres absolus Rubens et Michel-Ange. Si le néoclassique Delécluze qualifie ce tableau de «vraie tartouillade», «aucun ne révèle mieux l'avenir d'un grand peintre», s'exclame Thiers. L'État achète la toile, Delacroix triomphe.
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Les Scènes des massacres de Scio allument la querelle du romantisme

Deux ans plus tard, retour au Salon et nouveau coup de maître. Cette fois Delacroix a choisi un sujet d'actualité, espérant un retentissement comparable à celui suscité par Le Radeau de la Méduse en 1819, toile de l'ami Géricault qui, la première, a traité d'un événement contemporain. L'insurrection des Grecs contre l'occupant ottoman, qu'un Byron, très écouté par la jeunesse, dénonce, résonne clairement en France comme une agression de la tyrannie contre la liberté. Scio allume ce qu'on va bientôt appeler la querelle du romantisme. Le coloris (d'autant plus éclatant que la toile vient d'être restaurée), la hardiesse du dessin, la composition à nouveau dénuée de centre et qui ne focalise pas sur l'action proprement dite heurtent jusqu'à la première génération romantique. Le baron Gros y voit le «massacre de la peinture». C'est que Delacroix privilégie alors comme personne le pouvoir expressif de la matière colorée et du geste créateur exalté par la brosse. Nouvelle acquisition par les musées royaux.
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«Merveilleux comme un rêve», selon Baudelaire, La mort de Sardanapale

Cette fois c'en est trop. L'immense tableau (4 x 5 m, resté accroché dans la grande salle rouge Mollien du Louvre), choque unanimement lors de sa présentation au Salon, en janvier 1828. Il faudra attendre un an pour que Hugo y voit «une chose magnifique et si gigantesque qu'elle échappe aux petites vues». Et 1861 pour que Baudelaire, trop jeune pour l'avoir vue avant, le consacre «merveilleux comme un rêve». La source, un drame écrit par un Byron martyr de la guerre d'indépendance grecque, est prétexte à tous les excès. Par cette allégorie du despotisme le plus cruel doublé d'un éloge de la démesure érotique - on y voit une orgie meurtrière où figurent nombre de corps nus féminins offerts à l'holocauste, toutes «les règles de l'art ont été violées» comme l'affirme un journal du temps. Formes informes, couleurs jetées furieusement, la toile détonne d'autant qu'elle se trouve accrochée à côté d'un autre grand format de Delacroix, sagement religieux celui-là (Le Christ au Jardin des oliviers). Surtout elle est placée aux côtés d'Ingres et de son Apothéose d'Homère«Donnerons-nous le titre de composition à cet amalgame incompréhensible d'hommes, de femmes, de chiens, de chevaux, de bûches, de vases, d'instruments de toute espèce, de colonnes énormes, de lit démesuré, jetés pêle-mêle, sans effet, sans perspective, et ne posant sur rien», s'enflamme donc un journaliste. La très ancienne confrontation entre le dessin et la couleur, l'effacement de l'artiste derrière le sujet ou l'affirmation de l'expression par la touche, se voit ravivée comme jamais. Bientôt les histoires de l'art vont opposer classicisme et romantisme. Pourtant jamais Delacroix n'a négligé certains traits du néoclassicisme, tel le culte de l'Antiquité (ici nous sommes dans un palais assyrien). Pourtant, même un Théophile Gautier, grande figure du romantisme, a parlé d'un «balai ivre» pour décrire le pinceau du maître.
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Femmes d'Alger dans leur appartement, de la fièvre de la découverte aux souvenirs

L'Orient existe mais il est surtout un doux rêve de couleurs éclatantes et de voluptés cultivé en atelier. Delacroix n'a pas attendu son voyage en Andalousie et au Maroc, avec escale en Algérie, pour prétendre que l'Antique vit toujours au sud de la Méditerranée. Son Scio et son Sardanapale ne chantent-ils pas déjà cet ailleurs? Ici, dans cette fausse scène de genre, il bénéficie certes de l'expérience du terrain. En 1832, une famille juive d'Alger lui a ouvert ses portes. Il a pu cueillir quelques bribes du quotidien d'un riad. Ses merveilleux croquis de voyage l'attestent. Mais lorsque Delacroix les rouvre en France, plus tard et jusqu'à la fin de sa vie, avec leurs annotations écrites et aquarellées, leurs traits posés dans la fièvre de la découverte, ce sont les souvenirs qui affluent. La toile rend ainsi moins compte de la réalité d'un harem que du travail filtrant du souvenir. Tel est ce qui la rend si poétique. Delacroix, une fois de plus, n'a livré qu'un fantasme celui de la peinture pure. Il se distingue certes des autres pionniers du courant orientaliste par le fait qu'eux n'ont encore jamais voyagé plus loin qu'au sud de la Loire. Mais plus encore: par le fait que la couleur est la principale charmeuse. Laines et coussins tissés, riches tuniques de vaporeuse soie brodée, complexes faïences: tout chatoie, tout accroche la lumière, contrastant avec le lourd rideau et la sombre silhouette d'une mulâtresse. Les chairs, en revanche, palpitent moins. Ainsi cette couleur est-elle le véritable sujet de cette œuvre, plus que son apparence réaliste ou la lascivité des houris. À vrai dire juste quelques tuniques traditionnellement décolletées, des sarouels qui découvrent normalement les mollets et des pieds nus convenablement déchaussés sur les tapis. Les femmes du Maghreb ne revêtent leur caftan qu'au dehors. Ici, dans leur foyer, détendues autour de la terre et du feu d'un brasero, de l'air et de l'eau d'un narghilé, elles sont au naturel.
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Le Christ sur le lac Génésareth par le chaman Delacroix

Bien que libre-penseur, Delacroix a peint de nombreuses scènes religieuses. Et pas nécessairement parce qu'il répondait à des commandes. Il varie à plaisir, par exemple, le récit évangélique de la traversée de Jésus sur le lac de Génésareth. Les peintres qui ont imaginé cet épisode dans le passé ont évidemment choisi le moment où le Christ menace les éléments pour calmer la tempête. Ici Delacroix privilégie l'instant précédent. Lorsqu'il dort encore, insouciant du danger tandis que les apôtres sont terrorisés et que l'esquif ballotté par les flots menace de sombrer. Tout tournoie donc autour du fils de Dieu, unique point stable parmi les corps, les éléments et les couleurs déchaînés. Sardanapale apparaissait déjà ainsi au sein du suicide collectif qu'il avait décrété pour sa cour. Ces personnages autour desquels vibrionnent la vie et la mort, les teintes des toges, des cieux et des eaux ici turquoise là émeraude, sont autant d'autoportraits. Ils disent la condition de l'artiste selon Delacroix. Un passeur d'histoire, un pilote né, qui, sage ou fou, gouverne entre les plaisirs et les souffrances de l'homme. Un chaman en somme.

Visite guidée de l'expo 

Eugène Delacroix - Le 28 Juillet. La Liberté guidant le peuple.jpg
Eugène Delacroix - Jeune orpheline au cimetière (vers 1824).JPG

mardi 20 mars 2018

Un chaos en Libye, juste pour éliminer un président gênant !


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Derrière le chaos libyen, un règlement de compte minable .... car Kadhafi menaçait de divulguer les financements qu'il avait accordés généreusement à son "ami" Sarko pour sa campagne électorale !
Donc tout çà pour çà ! Par ses conneries, il a créé un problème aux frontières de la Tunisie et de l'Egypte; comme s'ils avaient besoin de ça, ouvrant les vannes de l'immigration clandestines pour toute l'Afrique vers l'Europe créant un nouveau problème pour l'Europe comme si elle avait besoin de ça !
R.B
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Mouammar le Cruel, ou le calvaire de Nicolas Ier

La realpolitik n'a jamais paru en France avec tant d'éclat, que dans les premières années du règne de Nicolas Ier. Patrick Rambaud se souvenait, dans sa "Deuxième chronique", de la visite de Kadhafi à Paris, en 2008. C'est hilarant. Extrait

Les jours qui précédèrent aussitôt l’an 2008 méritent une sorte de panorama, parce qu’ils servirent de fondement à une suite de faits considérables. En hiver survint une calamité qui s’abattit droit sur Notre Foudroyant Monarque, et il faut ici détailler cette plaie dès son origine pour ne point rester sots.

A l’époque vivait dans le désert de Libye un calife redoutable de la tribu des Kadhafa ; on le connaissait partout sous le nom de Mouammar le Cruel. Grand au-dessus du commun, le teint jaunâtre, empâté des joues et parfaitement mal rasé, le museau flétri d’un rocker de Liverpool, avec l’air bédouin au possible dans son burnous en laine de chameau, il possédait un don particulier d’intrigue, de souterrains et de ressources de toute espèce.

Quarante années plus tôt, il avait profité de l’absence du vieux roi Idriss, qui prenait les eaux chez les Turcs, pour lui dérober sa place, son pays, son or, son pétrole et son gaz. Désormais enivré de sa dignité, Mouammar se fit tout seul colonel, puis il voulut réunir autour de sa personne le peuple entier des Arabes pour le mener, mais les autres chefs lui tournèrent le dos, alors, regardant vers le Sud, il essaya de ramasser sous sa gandoura de belle facture les potentats de l’Afrique, mais ils esquivèrent prestement ses caresses : «Passe ton chemin, Bédouin, tu ne nous inspires nulle confiance !»

Le colonel s’était à l’instant exalté ; lui qui espérait imiter le pharaon Nasser, un dieu, il vit soudain son rêve s’émietter : «Par la barbe teinte en rouge du Prophète ! Personne ne veut de moi ? Eh bien qu’Allah vous tripote, je ne veux pas de vous non plus !»

Dès lors Mouammar se consacra au désordre, il figura le Mal, ses manières piquaient, insultaient même, et il devint aussi fin à nuire qu’à se faire des ennemis ; son commerce sembla insupportable par son autorité brutale, ses humeurs, sa malice, avec un air de supériorité qui faisait vomir et révoltait en même temps.

Le sobriquet de Cruel était justifié par ses actes. Mouammar se plaisait à aider tout ce que les Etats comptaient de furieux et de névrosés graves ; il distribua des missiles, des bombes et des conseils pour exploser les aéronefs en vol, capturer les paquebots de plaisance, mieux abordables que des torpilleurs, et mieux rentables pour qui voulait en tirer une rançon ; il enseigna à trafiquer les otages, à les torturer, à les monnayer, parce qu’il possédait la vendetta dans le sang. […]

La lutte du trublion bédouin dura longtemps, mais un jour vint où, fatigué de la détestation universelle, il décida de devenir respectable pour se faire admettre parmi les peuples éclairés. Ce fut ainsi qu’il relâcha des infirmières bulgares cuites à petit feu pendant des années, et il en fit profiter Notre Prince Lumineux, arrivé toutefois bon dernier dans les âpres négociations, mais qui en tira tout le fruit, ce que nous avons raconté par le menu dans le Premier Livre de cette Chronique.

Pour remercier le calife de Tripoli de lui avoir permis un éclat dont elle tira gloire, Sa Généreuse Majesté l’avait invité en visite officielle à Paris afin qu’il brillât à son tour aux yeux de l’univers, et qu’on pût le fréquenter ouvertement sans honte. Hélas, l’initiative peu réfléchie s’avéra fâcheuse pour Notre Rapide Monarque ; il n’avait jamais su mesurer les conséquences des décisions qu’il prenait à la va-vite sans consulter quiconque.

Mouammar débarqua un lundi de décembre avec une flotte automobile et trois cents courtisans de sa suite, dont un bataillon d’amazones joufflues en tenues léopard. Il rangea devant le perron du Château son interminable limousine blanche aux vitres blindées, et ce blindage soulignait son rang, cela seulement, puisque aucun despote n’a jamais été tué par balle à l’intérieur de sa voiture, et puisqu’une bombe bien posée n’a que faire de cette protection […].

Dès le premier moment qu’il fut sur notre sol, il trouva le moyen d’être plus voyant, plus remuant, plus histrion que Notre Electrique Souverain. Sous le prétexte qu’il emmenait partout ses coutumes avec lui, il exigea qu’on plantât sa gigantesque tente beige dans un jardin en face du Château, quand lui allait loger à l’hôtel Marigny dans une suite façon Louis XVI.

Pire ! C’était à l’époque où des escouades de la maréchaussée traquaient les tentes que les sans-logis avaient essaimées dans la ville pour ne pas mourir gelés. Sa Majesté en rageait et demanda au chevalier de Guaino, qui lui enseignait la civilisation en même temps que l’art oratoire, de qui leur hôte se moquait.
- De personne, Sire, et de vous moins qu’un autre, me semble-t-il...
- Il est nul, avec son camping sur nos pelouses !
- Ainsi le veut la tradition bédouine, Sire.

Pour prouver ce qu’il avançait, le rutilant chevalier tira de sa bibliothèque un album des aven­tures de M. Tintin auxquelles il se référait en permanence afin d’y comprendre mieux le monde. Il ouvrit Coke en stock à la page 6, où il avait glissé un signet, et il expliqua avec l’assurance de celui qui sait :
- Sire, voyez la tente que les gardes du jeune prince Abdallah ont installée dans le grand salon de Moulinsart, ils tirent sur leurs narghilés, ils ont poussé les meubles et les bibelots, fiché un poignard sur le parquet ciré et font rôtir une volaille à la broche avec des airs mauvais. […]
- Ça veut dire quoi tout ça ?
- Qu’il faut subir en silence les farces de l’invité personnel de Votre Majesté.
- Mais y va foutre le souk !
- Sire, songez aux milliards que vous espérez lui ravir, songez aux contrats.
- Ah oui, les milliards des contrats...

Notre Prince Fougueux s’était embarrassé jusqu’à changer plusieurs fois de visage, mais il entendit avec une infinie sagesse la raison financière en ordonnant qu’on ne bronchât point. Horreur ! Mouammar le Cruel posa sitôt d’autres problèmes qui semèrent le désarroi. D’abord, la date de son voyage était fort mal choisie, des amateurs avaient dû s’en mêler, puisque le lundi de son arrivée coïncidait avec la journée internationale des droits de l’homme, droits que le Bédouin ne savait que par ouï-dire et négligeait avec superbe.

La veille, en escale à Lisbonne où il n’avait pas eu le loisir de monter sa tente, il avait déclaré à une tribune qu’il comprenait les faibles qui posaient des bombes pour se faire entendre des puissants, car ils n’avaient d’autre moyen, ce qui empuantit lourdement l’atmosphère et souleva de tous côtés des protestations criardes ; Notre Furieux Monarque fut contraint de défendre son invité : «C’est facile, hein, de donner des leçons d’droits de l’homme à la terrasse du café d’Flore et dans des endroits aussi chics que ça, alors que c’est quoi qu’y font, les intellectuels de Saint-Germain-des-Prés, ben rien, y font rien et moi je fais !» […]

Pendant une semaine entière, Mouammar, s’imposant chez nous en touriste, éclipsa par ses extravagances Notre Pétillant Monarque ; un député confia aux gazettes qu’il lui rappelait le peintre Salvador Dalí, réputé pour ses clowneries.

Le mardi il se rendit en cortège à l’Assemblée et rencontra dans un salon une vingtaine de représentants triés, puis il fila à l’hôtel Ritz pour plastronner devant des intellectuels dont on ne sut pas les noms, ainsi que devant des notables dont le professeur en Sorbonne qui avait dirigé la thèse de sa fille Aïcha. Il leur parla de Jésus, lança des imprécations contre l’Amérique et signa son recueil de poèmes.

Le même soir il était à l’Unesco dans un amphithéâtre bondé ; s’il eut droit à l’ardente ovation d’une foule en boubous colorés, c’était que la plupart de ces enthousiastes avaient été amenés en car d’un foyer de la Sonacotra, embauchés pour la claque et moyennant salaire.

Mouammar relança le lendemain son offensive en exigeant in extremis une promenade sur la Seine ; notre Préfecture dut fermer tous les ponts pour laisser flotter en dessous le lent bateau-mouche requis, parce que des malséants auraient pu, depuis le parapet, jeter un vilain crachat mouillé ou un bâton de dynamite sur le chapeau traditionnel du Bédouin. Il y eut d’autres embarras, des avenues interdites, des sirènes, des policiers fébriles quand le Grand Gêneur visita le musée du Louvre au pas de charge ; la Vénus de Milo lui parut bien abîmée.

Il fallut ensuite satisfaire de nouvelles lubies, organiser une chasse royale à Rambouillet, dont Mouammar profita peu : il manqua à bout portant les trois lapins malades et le faisan empaillé que des rabatteurs costumés en buissons lui envoyèrent dans les jambes. A Versailles, qu’on vida pour lui de ses visiteurs ordinaires, qui ne furent point remboursés de leurs tickets, il posa en doudoune fourrée et chapka devant le trône de Louis XIV, et, dit-on, la phrase en arabe qu’il calligraphia bellement sur le Livre d’Or, une fois traduite, révéla une bordée d’insultes saignantes et divers jurons.

Au long de cette épouvantable semaine, le Bédouin obtint partout la une des gazettes, ce qui plongea dans l’ombre et le ridicule Notre Prince Adulé, lequel se sentit dépouillé autant qu’un cerisier sur quoi se serait abattu un nuage d’étour­neaux ; il lui échappa quelquefois des mono­syllabes de plaintes amères là-dessus, mais il prit soin de ne plus se montrer en compagnie du fâcheux Libyen, qui avait levé le poing sur le perron du Château, et de ne point répliquer aux affreusetés dont il parsemait ses discours.

Ainsi, devant une assemblée tout entière féminine, dignement reçu par une jeune Vendéenne en crinoline du Grand Siècle, Mouammar évoqua la condition tragique des femmes d’Occident, et lorsque le sournois consentit à prononcer l’expression de droits de l’homme, ce fut pour demander si les immigrés, chez nous, étaient respectés ou menottés. Avant de s’en aller, il lâcha encore une flèche qui transperça de part en part Notre Merveilleux Souverain : «Pourquoi me recevez-vous comme ça ? A Tripoli, quand on reçoit, on reçoit bien. Ou alors, il ne fallait pas me faire venir.»

La visite officielle, prolongée en visite privée, arriva à son terme un samedi, et Notre Audacieux Monarque sentit toute la douceur de cette perspective, qui le délivrait d’une servitude secrètement insupportable. Pour expliquer son calvaire, et poser en victime plutôt qu’en dupe, Nicolas Ier se gonfla comme un dindon et dit qu’il fallait parfois supporter le pire pour empocher dix milliards d’euros de contrats, quand bien même aucun n’était réellement signé, tandis que Mouammar, sans bruit, sans exigences, fit escale deux jours en Espagne où il accorda des contrats plus gros encore pour des hôpitaux, des trains et des usines, parachevant le portrait de Notre Exquise Majesté en bouffon.

Quelques pauvres mois après son glorieux avènement, on l’aura compris, cet épisode aussi scandaleux que loufoque entamait grandement la bonne fortune dont Sa Majesté avait joui ; le Bédouin n’avait cessé de le contredire avec ses déclarations raides où pointait le narquois ; ses insolences avaient sonné à la façon d’un glas, et, comme pour verser de l’acide sur une blessure ouverte, au même moment, après s’être enfuie très colère du Château, l’ancienne Impératrice Cécilia peignait les noirceurs de Notre Prince Rejeté, le montrait en radin, volage, père au cœur sec et sans vraie noblesse, mal fait pour régner. Il dédaignait ces piques mais ne s’en lamentait pas moins à part soi : malgré sa hautesse, Nicolas Ier restait officiellement solitaire.

Bien sûr, il appelait l’une de ses favorites lorsqu’il faisait un cauchemar nocturne ou n’arrivait point à s’endormir dans sa couche devenue trop large, et il eut même recours, selon les mauvaises langues, à des instituts qui lançaient à la foule des noms de mannequins ou d’actrices fraîches pour connaître celles qui seraient le mieux capables de remplacer l’Impératrice disparue. Selon un principe fondateur du nouveau régime, en effet, un événement éclatant devait gommer un événement calamiteux ; il fallait recouvrir au plus tôt la terrible visite du Bédouin par une bluette afin d’éblouir ou d’attendrir le peuple, c’est-à-dire de lui rincer à grands jets la cervelle.