jeudi 18 juillet 2013

De la Saint Barthelemy de M.Sahbi Atig à l'inquisition de M.Noureddine Khadmi

Photo de Farhat Benaicha 


Le chef du groupe parlementaire d’Ennahdha à l’ANC, M. Sahbi Atig, a promis, le 13 juillet dernier, de « faire couler le sang, dans les artères de Tunis, de toute personne qui s’en prend à la légalité. » (La Presse de Tunisie, 14 juillet 2013).

« Qu’en termes galants ces choses-là sont dites ! »  se serait exclamé, narquois, Molière, face à ce langage si peu parlementaire! 

Pour notre député en fait, il s’agit moins de défendre M. Mohamed Morsi que de préserver le pré-carré de son parti. Ce qui remet en mémoire la nuit du 24 août 1572 à Paris quand les catholiques exterminèrent, au cours d’un affreux massacre, des milliers de protestants poursuivis jusque sous leur lit ! Le sang coula en abondance dans les rues de la capitale française et gagna ensuite la province. Quand la haine et le fanatisme dominent, la guerre de religion s’installe ainsi que les malheurs, les deuils et la ruine. 

M. Atig entrevoit-il un aussi horrible scénario pour notre peuple ? Est-ce à ce prix qu’il entend préserver les prébendes de son parti ? N’est-ce pas là la quintessence du sectarisme ? N’est-ce pas ainsi que l’on encourage certains excités à se draper du burnous d’une prétendue « police religieuse » dont les exploits au Hedjaz défraient régulièrement la chronique et qui minent, chez nous, les structures de l’Etat, semant le chaos ?
Il est clair qu’entre légalité et légitimité, nos nahdhaouis - tout députés qu’ils soient -  n’ont pas encore saisi la différence. Ils n’ont pas encore compris que le peuple est l’unique source de la souveraineté. Pour Maximilien Robespierre, la révolution est fondamentalement illégale… mais légitime parce qu’accomplie par le peuple, seul détenteur de la souveraineté. Si le peuple délègue sa souveraineté, il est en droit de la récupérer lorsque les élus qu’il s’est donnés menacent ses droits inaliénables. Robespierre reconnaît ainsi de façon on ne peut plus claire le droit à l’insurrection. En démocratie, point de chèque en blanc, M. Atig. Tenez-le-vous pour dit, une fois pour toute. Vous n’êtes pas là pour l’éternité ! La Commune de Paris, en 1871, a même institué le mandat de député révocable par les électeurs. 

D’ailleurs, à la place de M. Atig, je ne m’attarderais pas sur la question de la légalité… car on ne parle pas de corde dans la maison d’un pendu. Son mandat de député à l'ANC n’est-il pas forclos depuis le 23 octobre 2012. ? Alors, un peu de décence, s’il vous plaît. 

Ce que craint par-dessus tout M. Atig, c’est la contagion. Il craint par-dessus tout le jugement populaire. Il craint ce peuple qui est en droit de lui demander des comptes sur le chômage, la hausse astronomique des prix, l’état des hôpitaux, la corruption, l’inégal développement régional, la sécurité…

A quelque chose, malheur est bon, dit l’adage populaire. Les malheureux événements en Egypte auront en fait servi de révélateur en Tunisie : Ennahdha parle enfin sa langue favorite : violence et intimidation. On pensait que ce langage était l’apanage de M. Sadok Chourou qui coupe les mains et crucifie les opposants au pouvoir de son parti. M. Sahbi Atig – rejoint par cet orfèvre qu’est M. Lotfi Zitoun - nous prouve que c’est le langage « maison » en fait ! Un langage qui ne connaît ni la retenue ni la mesure et nous conduit droit à l’autoritarisme et au despotisme avec leur lot de peines et de malheurs.  Au XVIIIème siècle, Voltaire, encore horrifié par le massacre de la Saint Barthélémy, s’adressait ainsi à la reine de France pour attirer son attention sur la nocivité du mélange religion-politique : 

« Reine, l’excès des maux où la France est livrée  
Est d’autant plus affreux que leur source est sacrée : 
C’est la religion dont le zèle inhumain 
Met à tous les Français les armes à la main. 
……………………………………………………
Et périsse à jamais l’affreuse politique 
Qui prétend sur les cœurs un pouvoir despotique ; 
Qui veut, le fer en main, convertir les mortels ; 
Qui du sang hérétique arrose les autels ; 
Et, suivant un faux zèle, ou l’intérêt, pour guides, 
Ne sert un Dieu de paix que par des homicides ! 

Ces vers de Voltaire n’ont pas pris hélas une ride. Ils pourraient tout aussi bien s’adresser à M. Khadmi, notre ministre des affaires religieuses qui, par des menaces à peine voilées, cible les Tunisiens qui ne respectent pas le ramadan et incite les restaurants et les cafés à rester portes closes au cours du mois du jeûne. Depuis quand les bars et les gargotes relèvent-ils du Ministère des Affaires religieuses ? M. Khadmi devrait plutôt consacrer tous ses efforts à régenter les mosquées aujourd’hui entre les mains des salafistes. Ces derniers agressent les familles endeuillées et ajoutent à leur peine en voulant leur imposer des rites inconnus dans notre pays pour enterrer les morts. Certains enterrements ont donné lieu à des scènes fort regrettables en maints endroits.   

Les conseils religieux de M.Khadmi paraissent à géométrie variable : on ne l’a guère entendu à propos quand du mariage orfi (coutumier), de la prostitution halal pour le réconfort des combattants en Syrie - pourtant condamnés clairement par le mufti M. Othman Batikh qui vient d’être remercié sans autre forme de procès - ou sur la question de l’excision des fillettes. 
Assurément, M. Khadmi est docteur en théologie mais il est clair qu’il ignore tout du droit constitutionnel - grave lacune pour un ministre de la République - puisqu’il tord allègrement le cou au caractère civil de l’Etat que recèle le projet de notre Constitution en devenir. 

Or, ce caractère civil ne saurait distinguer entre Tunisiens jeûneurs et Tunisiens n’observant pas le jeûne. Que fait son Excellence de la liberté individuelle ? Que fait son Excellence de la liberté de conscience ? Que fait son Excellence des touristes et de leur apport à l’économie nationale ? Que fait son Excellence des Tunisiens non-musulmans ?

Durant le mois sacré du jeûne, on nous a toujours appris que l’Islam recommandait en toute circonstance la tolérance et l’amour du prochain et non l’installation des tribunaux de l’Inquisition, jadis chers à l’Eglise apostolique et romaine pour séparer les jeûneurs de ceux qui ne font pas le Ramadan. Du reste, à quoi servirait un jeûne fait sous la contrainte ? Il ne sert en fait qu’à autoriser certains réactionnaires à contrôler les consciences et imposer la dictature d’imams et d’ayatollahs en mal de pouvoir tout ce qu’il y a de temporel, ici, dans ce bas monde.  

Al Maâri a réglé leur compte à ces tartufes depuis longtemps quand il déclame :

« A celui qui fait la prière pour tromper sciemment son monde 
Dieu préfère celui qui, volontairement, ne l’a fait pas. »

Quant à ce grand militant de la tolérance qu’est Voltaire, il adresse cette supplique au Créateur dans son célèbre « Traité sur la tolérance » datant de 1763 : 

« Tu ne nous as point donné un cœur pour nous haïr, et des mains pour nous égorger ; fais que nous nous aidions mutuellement à supporter le fardeau d’une vie pénible et passagère ; que les petites différences entre les vêtements qui couvrent nos débiles corps, entre tous nos langages insuffisants, entre tous nos usages ridicules, entre toutes nos lois imparfaites, entre toutes nos opinions insensées, entre toutes nos conditions si disproportionnées à nos yeux, et si égales devant toi ; que toutes ces petites nuances qui distinguent les atomes appelés hommes ne soient pas des signaux de haine et de persécution… Puissent tous les hommes se souvenir qu’ils sont frères ! Qu’ils aient en horreur la tyrannie exercée sur les âmes, comme ils ont en exécration le brigandage qui ravit par la force le fruit du travail et de l’industrie paisible. »

M. Khadmi, apprenez que la Révolution française a introduit la tolérance quand elle a traité sur le même pied d’égalité tous ses citoyens catholiques, protestants, athées ou juifs. Ce qui a provoqué l’ire du pape qui condamna, le 10 mars 1791, cette décision qui supprimait la prééminence dont jouissaient les catholiques en France avant la Révolution de 1789.  Les prêtres favorables à la Révolution condamnèrent l’intervention papale et affirmèrent que le pape n’avait pas « qualité pour toucher au temporel. » (Jean Jaurès, Histoire sociale de la Révolution française, Editions sociales, Paris, 1969, p. 953-956).

Il vous faut réaliser, Excellence, que nous ne sommes plus au XVIIIème siècle !


mercredi 17 juillet 2013

LA NOUVELLE CONSTITUTION : ILS VEULENT TROMPER LES TUNISIENS.

Article publié par :


Au moment où commençait la rédaction de notre future Constitution j’avais indiqué dans un article ce qui me paraissait à la fois essentiel et conforme aux réels objectifs de la révolution.
J’avais indiqué que les éléments que je mettais en avant devraient constituer une grille de lecture du projet qui serait finalement adopté.
Je suis obligé de constater, et cela me paraît très grave, qu’aucun des objectifs nécessaires ne sont remplis et que plus grave encore, la majorité sous la houlette du fourbe neveu de Ghannouchi, essayent de tromper les tunisiens en les prenant pour plus bêtes qu’ils ne sont.

Les trois objectifs essentiels d’une Constitution d’un pays libre et démocratique ne sont pas atteints, loin s’en faut :

1°/ Le premier objectif que je soulignais, et il paraît assez évident à toute personne de bon sens, est qu’il fallait que la Constitution assure l’existence d’un pouvoir  fort de manière que les réformes dont le pays a besoin puissent être menées et que la politique choisie puisse réussir.
Je ne me prononçais pas sur la forme exacte de ce pouvoir (parlementaire ou présidentiel). Dans le projet il semble que l’on s’orienterait vers un régime mi présidentielle (Président élu au suffrage universel) mi parlementaire (Le Président n’a guère de pouvoir).  Les spécialistes  ont montré que le texte proposé va, au contraire, créer une grande difficulté de gouvernance et des conflits entre le Président et le Premier Ministre.
Or toute ambiguïté dans la répartition des pouvoirs et même toute division du pouvoir au niveau de l'exécutif sera source, sinon de paralysie du moins de retard et de difficultés a conduire une politique ferme et rapide dans le domaine économique, social et éducatif. La Tunisie a-t-elle besoin de ce genre de difficulté ? Est-ce cela que l’on souhaite ? Une Tunisie, paralysée par des conflits de compétence qui ne pourra  pas mettre en œuvre les réformes nécessaires ?
Je sais bien que la préoccupation avancée pour diviser les pouvoirs est d’éviter le retour à un Président dictateur. 
C’est un faux problème pour de nombreuses raisons. La véritable solution pour éviter le retour à une dictature, est que la Constitution garantisse vraiment les libertés d’expression, d’association, syndicales, l’indépendance réelle du pouvoir judiciaire et qu’elle organise de véritables élections libres qui permettront l’alternance, c'est-à-dire le changement d’un pouvoir qui aura démérité.

2°/ J’indiquais aussi qu’il fallait un Etat civil et je pensais, assez naïvement, compte tenu des déclarations d'Ennahdha que cela était acquis. C’était sans compter sur la duplicité permanente des islamistes qui n’ont aucune parole et qui tentent par tous les moyens de nous donner une Constitution islamiste. Et donc contraire aux libertés fondamentales.
Je ne peux que renvoyer ici aux analyses concordantes et très claires :
- même si, par la suite il a paru être plus en retrait; 
- à celles d’Abdelwahab Meddeb
- Et à celle limpide de Mohamed Ridha Bouguerra.

Nous sommes donc clairement devant une menace, sans précédent, contre les libertés et donc d’une Constitution qui est le contraire de celle que souhaitaient ceux qui ont renversés ZABA.

3°/ J’avais indiqué également qu’il fallait absolument que le Préambule de la Constitution se réfère expressément et clairement à la Déclaration universelle des Droits de l’homme; et là encore naïvement j’avais cru que cela ne poserait guère de problème, cette déclaration étant faite pour tous les peuples et Ennahdha ayant déclaré, à plusieurs reprises, qu’elle était pour les Droits de l’homme ! Grande naïveté de ma part !
Les islamistes et leur complices tout en formulant de grandes déclarations favorable aux droits de l’homme, ont tout fait pour en éliminer la portée.

Ce qui se conçoit bien s’énonce clairement et il était tout de même simple de dire clairement si l’on est ou non favorable à la Déclaration universelle des droits de l’homme. Or dans le Préambule tel qu’il est rédigé, l’on est dans l’ambiguïté totale ainsi que le met en évidence Amna Guellali.
Dés lors, il doit être clair pour tous les tunisiens que le pouvoir actuel veut les tromper, il biaise, il ruse, il met de l’ambiguïté dans son texte volontairement pour ensuite faire ce qu’il voudra. Il y a là un danger extrême ! Il faut résister, sans compter sur les prétendus défenseurs des droits de l’homme : Messieurs Marzouki et Ben Jaâfar qui laissent tout passer, avalant toutes les couleuvres de celui à qui ils doivent leurs postes, reniant par la même tous leurs principes !

Telle que se présente ce que l’on sait du projet de Constitution, on peut dire qu’il ne répond à aucun des objectifs d’une Constitution moderne, démocratique et protectrice des libertés. 
Si une telle Constitution passe, on ne pourra que regretter que la Tunisie n’ait pas saisi cette chance et ce moment; pour garder son rang éminent entre les nations musulmanes.
Même la Commission de Venise, des associations internationales des droits de l'homme et La Coordination des Associations en Tunisie ont émis des réserves importantes sur des dispositions ambiguës du projet de Constitution notamment en ce qui concerne la place de la religion.

Face à cela il n’y a pas tente six solutions.
Ou bien nous nous inclinons en espérant que  nos craintes sont excessives et que tout cela n’a pas grande importance et nous nous réveillerons plus tard malheureux mais impuissants.
Ou bien nous luttons contre l’adoption d’un tel texte rétrograde et, par notre action, nous obligeons les partis et l’UGTT et toute la société civile à se soulever contre cette tentative de restreindre nos libertés. Sinon les tunisiens n'auront d'autres recours que de se rebeller contre une constitution nahdhaouie et un pouvoir islamiste qui ne les respectent pas, comme l'ont fait les égyptiens qui, suite à leur mouvement "tamarrod", ont suspendu celle des "frères musulmans" et dégager les "Frères" eux-mêmes devenus illégitimes pour avoir dévoyé leur révolution!
Il en est temps mais il va être très vite trop tard.
Nous en souffrirons mais surtout nous entraînons nos enfants pour des années et des années, dans la régression et la souffrance. 

Rachid Barnat

dimanche 14 juillet 2013

LE DISCOURS (de haine) DE TROP !

Article paru dans :
Kapitalis

Le chapelet des "frères" nahdhaouis

Échec cuisant de la manif d'Ennahdha pour affirmer la légitimité du pouvoir et celle des constituants ! 
Voilà un parti en bout de souffle.

Les nahdhaouis n'arrivent plus à mobiliser : leurs mensonges ne dupent plus grand monde ! 
Malgré les bus publics mis à la disposition d'Ennahdha aux frais du contribuable, l'argent et le casse-croûte ... leur "million de manifestants spontanés" promis, n'a réuni qu'un millier tout au plus ! Pour scander entre autre un slogan pro-palestinien sans rapport avec la raison du rassemblement voulu par l'organisateur Lotfi Zitoun ... prouvant une fois de plus l'instrumentalisation qu'ils font de cette cause, comme ils instrumentalisent la religion : se servant de l'une et de l'autre comme les deux mamelles de leur populisme !
Une fois de plus la montagne aura accouché d'une souris car ce parti perd de sa crédibilité de jour en jour.

Mais c'était une occasion de plus pour les nahdhaouis de nous montrer leur vrai visage ! 
Puisque devant la tourmente que vivent les "Frères musulmans" depuis le limogeage de l'émir du Qatar qui les soutenait et les finançait, la disgrâce de leur chef spirituel, Youssef Qaradaoui et la chute de Morsi le chef de la confrérie égyptienne; le vent commence à tourner aussi pour les "frères" (khounjia) tunisiens aussi. 
Les responsables nahdhaouis perdent les pédales face à la tempête qui secoue les "Frères musulmans" d'Egypte, noyau de la nébuleuse islamiste, car ils savent qu'elle atteindra tôt ou tard leurs membres éparpillés à travers le monde et touchera aussi leur section tunisienne, présidée par Ghannouchi  ! 
Leur agressivité n'est que verbale, révélatrice de leur peur de tout perdre : simples fanfaronnades ... un coup de bluff de plus, qu'ils n'ont cessé d'utiliser face à une Opposition effarouchable, trop polie avec des incultes sans foi ni loi  ! 
Si les tunisiens réagissaient fermement à ce nouvel affront, ces nahdhaouis fuiront comme des lâches ! Ils seraient bien inspirés de battre le fer tant qu'il est chaud pour les dégager, comme l'ont fait nos amis égyptiens !! 

Sahbi Atig doit être immédiatement arrêté et traduit en justice pour ses propos de nature criminelle, puisqu'il incite au meurtre et à la guerre civile ... avec un mépris évident pour les tunisiens, qu'il foulerait aux pieds et pataugerait dans leur sang, dit-il, avec tant de haine ! 
Faut-il rappeler que Amina est toujours en prison juste pour un tag !
La sévérité envers cet individu, doit être aussi exemplaire que les islamistes la voulaient pour Amina ! 

En tous les cas, les masques tombent et les nahdhaouis sont débusqués. Ils montrent leur véritable visage. Et celui qui s'en charge, n'est autre que " l'intellectuel " et " le grand penseur" d'Ennahdha : Sahbi Atig !
Chassez le naturel, il revient au galop. Ils étaient terroristes, ils le resteront car ce sont des FASCISTES dans l'âme ! 
Voilà que face au monde entier on découvre la réalité des "pseudo-modérés", des "pseudo-légalistes" et des "pseudo-démocrates" ! Que vient hélas de soutenir François Hollande lors de sa visite officielle en Tunisie, qui nous affirme que ces gens-là sont aptes pour la démocratie et leur islamisme est compatible avec la démocratie !

Et pourquoi tant de haine de la part de Sahbi Atig ? Tout simplement parce qu'il pense que la légitimité que les constituants se sont accordés, est légitime !
Alors que la légitimité dont ils se gargarisent, leur vient du peuple qui leur a accordé un mandat d'UN AN, comme le reconnaît Ghannouchi lui même, et la leur retire à la fin du mandat fini le 23 octobre 2012, comme il se doit !

Qu'attendent les constitutionnalistes progressistes, républicains, démocrates ... pour démissionner tous ensemble ... comme l'ont fait les égyptiens ... et dire STOP à la farce islamiste ?
Et rejoindre les tunisiens dans leur rébellion (TAMARROUD) pour dégager ceux qui leur pourrissent la vie, leur volent leur révolution, les ruinent sans vergogne, les humilient et veulent instaurer un régime fasciste théocratique ? Sans eux, la troïka et l'ANC n'ont plus de raison d'être .. et doivent être dissoutes !

Où sont passés les responsables syndicalistes de l'UGTT dont les discours patriotiques nous réchauffaient le cœur de les savoir prêts à assumer leur rôle historique en protégeant la révolution et veiller à ce que ses objectifs ne soient pas dévoyés, puisqu'ils se revendiquent enfants du grand nationaliste Farhat Hached ?

Alors c'est le moment ou jamais de prouver votre patriotisme par des actes, messieurs les députés, messieurs les syndicalistes ... car la parole face à des autistes ne donne RIEN !! 
En deux ans vous en aviez eu largement l'occasion de le vérifier !! Puisque la seule attitude qu'adoptaient Ghannouchi et ses hommes, n'était que mépris pour vous !

Votre non-réaction sera considérée comme une complicité avec les islamistes !

Aux tunisiens : réveillez-vous et rebellez-vous ! 
C'est le moment ou jamais de vous débarrasser d'une bande de criminels dont la nature terroriste vient à nouveau de vous être confirmée par celui qui se prétend l'intellectuel d'Ennahdha et la tête pensante de Ghannouchi ! 
Ils vous méprisent, vous haïssent et avec arrogance veulent vous piétiner !

Rachid Barnat

PS : Les propos de Sahbi Atig (traduction) : " Toute personne qui piétine la légitimité en Tunisie, sera piétinée par cette légitimité et toute personne qui ose tuer la volonté du peuple en Tunisie ou en Egypte, la rue tunisienne sera autorisée à en faire ce qu’elle veut y compris de faire couler son sang (youstabahou) " !
Menaces trop graves tombant sous le coup de la loi. 

Pétition : fin de la légitimité des constituants

mercredi 10 juillet 2013

Egypte : un coup d'etat, acte II

OU LE POINT DE VU DE TARIQ RAMADAN SUR L'EGYPTE ... 
ET SUR LE "PRINTEMPS ARABE".

L'analyse que fait le petit fils de Hassan Al Banna, correspond probablement à la réalité de la situation en Egypte comme aussi à la réalité du "printemps arabe".
Ce qu'oublie de préciser Tariq Ramadan, après le constat de l'incapacité des islamistes à gérer les affaires d'un pays, c'est que les Frères musulmans n'ont jamais eu de programme politique, économiques ... puisque leur slogan est clair : "la solution est dans le coran et la chariâa", ce qui démontre leur naïveté, puisque lui même reconnaît qu'ils n'ont guère évolué depuis plus de 25 ans !
Comment le pourraient-ils d'ailleurs sans se renier, s'ils s'avisaient à renoncer à la chariâa, fondement même de leur "politique" ??
Mais Tariq est dans son rôle de dénoncer tous ceux qui refusent de coopérer avec des dangereux rêveurs illusionnistes que sont les islamistes; et de défendre un mouvement auquel il appartient et qui doit lui tenir à cœur pour des raisons affectives évidentes ... mais qui a mal évolué depuis le rapprochement des "Frères" de l'émir du Qatar qui grâce à son fidèle serviteur, le sournois Youssef Qaradhaoui membre de la confrérie, a su infuser le wahhabisme dans la doctrine des Frères musulmans !

Et l'obscurantisme et la régression que proposent les islamistes, ni les égyptiens ni les tunisiens n'en veulent ! 
Et tant mieux qu'un coup d'état, fut-il militaire, les en préserve !! 
Saint Juste disait à juste titre : " pas de liberté pour les ennemis de la libertés". 
Or en moins de deux ans, égyptiens et tunisiens ont vu leurs libertés confisquées eux qui aspiraient à plus de liberté ... en se révoltant contre leurs dictateurs ! 
Rachid Barnat



Depuis près de deux ans, on me questionnait sur les raisons de mon refus de me rendre en Egypte dont j’ai été banni depuis 18 ans. Je répétais inlassablement que les informations croisées qui étaient en ma possession (et que me confirmaient même des officiels suisses et européens) mettaient en évidence le fait que l’Armée égyptienne contrôlait la situation et n’avait, dans les faits, jamais disparu de la scène politique.

Je n’ai jamais partagé l’euphorie « révolutionnaire » générale, ni cru que ce qui advenait en Egypte, ni même en Tunisie, était le fruit d’un bouleversement historique soudain. Les peuples étaient maltraités - subissaient la dictature et la crise sociale – et ils se sont soulevés pour la dignité, la justice sociale et la liberté. Il faut saluer ce réveil, cette « révolution intellectuelle », et le courage des peuples. Cela ne peut néanmoins être accompagné, ou justifié, par une lecture naïve et simpliste des faits et des données des enjeux politiques, géostratégiques et économiques. Il y a près de trois ans, dans un livre puis une série d’articles, j’alertais mes lecteurs sur un certain nombre de faits troublants et de considérations géostratégiques et économiques très souvent absents des analyses politiques et médiatiques, lesquels apportaient quelques nuances à l’euphorie accompagnant le « printemps arabe ».

L’armée égyptienne n’est pas revenue dans le jeu politique, elle ne l’a jamais quitté. La chute de Moubarak fut un premier « coup d’Etat » militaire interne qui a permis à une nouvelle génération de militaires de se positionner de nouvelle façon sur l’échiquier politique, derrière l’écran d’un gouvernement civil. Dans un article du 29 juin 2012, je rappelais les propos du Commandement armé affirmant que les élections présidentielles étaient temporaires, pour une période de 6 mois à un an (le titre de l’article explicitait la prémonition : « Une élection pour rien ? »). L’Administration américaine a suivi l’ensemble du processus : l’allié objectif de l’Administration US en Egypte est clairement l’Armée et ce depuis plus de cinquante ans, et non pas les Frères Musulmans. Les révélations se multiplient désormais (International Herald Tribune du 5 juilletLe Monde du 6 juillet 2013) : la décision de renverser Muhammad Morsi a été prise bien avant le 30 juin et une conversation entre le Président Morsi et le Général al-Sissi révèle que ce dernier avait planifié le renversement et l’emprisonnement du Président Morsi des semaines avant le soulèvement populaire qui allait justifier le coup d’Etat militaire « au nom de la volonté du peuple ». Tiens donc : orchestrer des manifestations de plusieurs millions d’individus pour faire croire que l’Armée se soucie essentiellement du peuple ! Coup d’Etat, acte second.

Comment analyser la réaction immédiate de l’Administration américaine qui justement ne parle pas de « Coup d’Etat » (si elle le reconnaissait, elle ne pourrait soutenir financièrement le nouveau régime) ? Etrange situation d’une Administration qui, soi-disant surprise, dit exactement ce qu’il faut pour se donner les moyens politiques, économiques et légaux de soutenir les protagonistes du renversement. Les Administrations européennes vont leur emboiter le pas : l’Armée aurait simplement suivi le peuple et répondu, « démocratiquement », à son appel. La belle affaire ! Les coupures d’électricité que subissait le peuple depuis des mois, les pénuries d’essence et de gaz cessent étonnamment après la destitution. Tout se passe comme si on avait voulu priver le peuple des biens de première nécessité pour le pousser à se mobiliser. Amnesty International a même relevé l’étrange attitude des forces de l’ordre égyptiennes qui n’intervenaient pas dans certaines manifestations (alors qu’elles étaient à proximité et observaient les faits) et laissaient la violence empirer, comme à dessein. L’Armée va ensuite accompagner son intervention d’une opération de communication de grande envergure : c’est elle qui transmet aux agences de presse internationales les images prises de ses hélicoptères, montrant la population égyptienne criant et célébrant son rôle salvateur, comme nous en informe, entre autres, Le Monde.

Nous serions donc dans la poursuite du « printemps arabe » et de la « révolution » égyptienne… accompagnée et protégée par l’armée du Général Abdul Fatah Al-Sissi. Formé par l’Armée américaine, celui-ci n’a jamais cessé d’être en lien avec l’Administration US. LeInternational Herald Tribune (6 - 7 juillet 2013) nous révèle d’ailleurs que celui-ci est bien connu des Américains mais également du gouvernement israélien avec lequel lui et son cabinet, nous dit-on, continuaient « de communiquer et de coordonner » leurs actions alors même que Morsi était en charge de la présidence. Al-Sissi travaillait auparavant dans les Services de renseignement militaire au Nord du Sinaï et était le contact des deux Administrations américaine et israélienne. Les Israéliens, comme les Américains, ne pouvaient voir que d’un bon œil le déroulement des événements en Egypte. Voire davantage donc.

Ce qui surprend, a posteriori, c’est la naïveté, le manque d’expérience et la nature des erreurs de Muhammad Morsi, de ses alliés et de l’organisation des Frères Musulmans. Depuis 3 ans, je n’ai eu de cesse de faire la critique de la pensée, de l’action et de la stratégie du parti « Justice et Liberté » autant que des leaders des Frères Musulmans (par ailleurs depuis 25 ans, mes analyses et commentaires, en tant qu’observateur, ont été, et demeurent, sévères). En sus, le piège paraissait si évident et l’ensemble de mes écrits (livre et articles de mars à décembre 2012) relevait ces graves manquements. On ne peut reprocher au Président Morsi de ne pas avoir essayé d’établir des relations avec l’opposition et de les inviter soit au Gouvernement soit à un large dialogue national : ses initiatives ont toutes été rejetées et l’opposition n’a eu de cesse de s’opposer à toutes ses initiatives. Il demeure que la critique de sa gestion des affaires de l’Etat, de sa relation exclusiviste avec la direction de l’organisation des Frères Musulmans, de sa surdité envers le peuple et certains de ses conseillers, que ses décisions intempestives (dont il a admis que certaines étaient des erreurs après coup) doivent faire l’objet d’une critique sans concession. Plus fondamentalement, c’est l’absence de vision politique et de gestion des priorités quant à la politique économique, à la lutte contre la corruption et la pauvreté, à la gestion des affaires sociales et éducatives, qui fut le plus grave manquement. Les exigences du Fonds Monétaire International (et les atermoiements de ce dernier de la même façon) mettaient le pouvoir dans une situation intenable : le gouvernement de Morsi pariait naïvement sur un soutien de cette institution. Ce n’est pourtant qu’aujourd’hui, une fois le Président Morsi parti, que le FMI semble vouloir débloquer la situation (seulement trois jours après la chute du gouvernement démocratiquement élu).

On reste effectivement atterré par la naïveté du Président, de son gouvernement et des Frères Musulmans. Après plus de soixante ans d’opposition et de répression de l’Armée à l’encontre des membres de la Confrérie (avec la bénédiction directe et indirecte de l’Administration US et de l’Occident), comment ceux-ci ont-ils pu penser que ceux-là allaient soutenir leur accession au pouvoir, au nom de la démocratie ? N’ont-ils rien retenu de leur histoire, de l’Algérie et de la Palestine plus récemment ? J’ai été, et je demeure critique, quant au contenu (superficiel) du programme et à la stratégie politique discutable du Président Morsi et des Frères Musulmans (compromis avec l’Armée et l’Administration américaine, compromission sur le plan économique et jusqu’à la question palestinienne, etc.) mais c’est bien cette inconscience politique qui suscite la stupeur. Entendre le Président Morsi dire au Général al-Sissi, dix jours avant son renversement, qu’il pourrait, lui le Président, le révoquer (puisqu’il l’a nommé) et que les Américains ne « permettront pas ce coup d’Etat » est simplement sidérant, et simplement surréaliste.

D’aucuns furent également surpris de la position des salafis, notamment du parti an-Nur, qui a rejoint les militaires et se sont présentés dans le clans des « démocrates » anti-Morsi. Nous ne sommes pas loin d’une belle farce, et pourtant. Les agences de presse occidentales ont présenté les salafis « islamistes » comme les alliés des Frères Musulmans alors que dans les faits, ils ont été les vrais alliés des régimes des pays du Golfe, alliés régionaux des Américains. Il s’agissait de mettre à mal la crédibilité religieuse des Frères Musulmans et de les pousser à une surenchère. Au moment du renversement de Morsi, ils ne le trahissent pas mais révèlent leur stratégie et leur véritable alliance. Il n’est pas étonnant que les premiers pays à reconnaître le nouveau régime issu du coup d’Etat militaire soient les Emirats Arabes Unis, l’Arabie Saoudite et le Qatar dont les organisations finançaient, et financent encore, directement ou indirectement, les salafis égyptiens (comme tunisiens d’ailleurs). La lecture politique superficielle tendrait à faire croire que l’Arabie Saoudite ou le Qatar soutiennent les Frères Musulmans alors qu’ils sont essentiellement les garants d’une politique américaine dans la région : il s’agit de diviser les diverses tendances de l’islam politique et les pousser à des confrontations déstabilisant les différents pays de la région. Cette stratégie est double et fonctionne entre les organisations politiques sunnites comme par l’entretien de la fracture entre shiites et sunnites. Les Etats-Unis comme l’Europe n’ont aucun problème avec l’islam politique des salafis littéralistes des Etats du Golfe (avec leur refus de la démocratie, leur non respect des minorités, la discrimination des femmes, l’application d’un strict code pénal « islamique » qualifié de « shari’a ») : ils protègent leurs intérêts géostratégiques et économiques régionaux et leurs politiques répressives et rétrogrades s’appliquent surtout sur le plan intérieur dont l’Occident n’a cure.

Restera à préserver les apparences. Des millions d’Egyptiens ont soutenu la « deuxième révolution » et ont appelé l’armée qui s’est exécutée. Celle-ci va remettre le pouvoir aux civils : le chef de l’opposition, Mohammed El-Baradei, a joué un rôle central dans le processus et sa visibilité n’a eu de cesse d’augmenter. Il est en lien avec les jeunes ciber-dissidents et le mouvement du 6 avril depuis 2008 et des documents du Département d’Etat américain (que je cite précisément dans mon ouvrage) mettent en évidence ses relations avec l’Administration américaine. Sa visibilité s’est accrue selon une stratégie intelligente, et même s’il a refusé le poste de Premier Ministre (et annoncé qu’il ne se présenterait pas aux élections présidentielles - ce qui reste à vérifier), il est devenu un pion central de l’échiquier politique égyptien. Il a étonnamment – en démocrate – défendu et justifié les arrestations des Frères Musulmans, la fermeture de leurs télévisions et l’ensemble des mesures répressives à l’ encontre des citoyens pro-Morsi qui ne sont pas tous des Frères Musulmans (certains défendaient la légalité démocratique). Les semaines à venir révéleront encore davantage les différents scenarii envisagés pour faire accepter le caractère civil de cet Etat militaire : il faut rappeler que depuis des décennies l’Armée gère près de 40% du secteur économique et elle est le premier récipiendaire de la manne américaine annuelle de 1,5 milliard de dollars.

Le Président élu est tombé au gré d’un Coup d’Etat militaire. Il faut appeler les choses par leur nom. Le peuple, dans son désir légitime de vie et de survie, de justice et de dignité, a participé à une belle opération médiatico-militaire. La situation est grave et le silence des administrations occidentales est révélateur. Il n’y a pas de printemps arabe et les révolutions ont des parfums amers. Au demeurant, il est fréquent désormais, quand on ne partage pas les analyses consensuelles, ou l’effervescence populaire et médiatique, de se voir traiter de « conspirationniste » et de voir son analyse rejetée avant même d’avoir étudié les faits et les intérêts en présence. Ainsi donc à l’heure de la globalisation, des politiques de sécurité généralisées, des nouveaux moyens de communications, il n’y aurait plus de conspirations politiques, plus de stratégies malsaines et malveillantes, plus de mensonges politiques, plus de manipulations de l’information et des peuples ? « Conspirationniste », « complotiste » seraient les nouvelles insultes lancées à ceux qui pensent mal, et contre l’air du temps : des esprits un peu paranoïaques, qui prêteraient des pouvoirs occultes à des Etats (les Etats-Unis, les Etats européens, Israël, les dictatures africaines ou arabes, etc.) qui n’en auraient pas vraiment. On devrait donc oublier les manipulations et les conspirations caractérisées en Amérique du Sud ou en Afrique (de l’assassinat d’Allende à l’élimination de Sankara) ; négliger les mensonges de l’Irak aux massacres de Gaza (présentés comme de la légitime défense) ; omettre les alliances et soutiens occidentaux aux salafis littéralistes, et souvent rétrogrades, des pays du Golfe ; rester aveugles aux avantages qu’Israël tire de cette instabilité régionale et de ce dernier coup d’Etat en Egypte. Il faudrait même que nous restions naïfs et crédules en ne voyant pas que les Etats-Unis et l’Europe d’une part, et la Chine et la Russie d’autre part, se sont mis d’accord pour ne pas être d’accord en Syrie et qu’au fond la mort de 170 Syriens par jour ne vaut rien devant les intérêts stratégiques et économiques que ces puissance en tirent respectivement.

Il faut analyser les faits et cesser les simplifications dangereuses. Le contraire de la lecture simplificatrice des faits n’est pas la posture « conspirationniste » mais bien celle de l’intelligence qui veut convoquer l’histoire, les faits et l’analyse circonstanciée des intérêts en présence. L’interprétation proposée ici peut être erronée ou inexacte mais de nombreux faits concordants en ont confirmé la pertinence au gré des mois, et sous de nombreux aspects. De ceux qui la critiquent ou la contestent, il est attendu des analyses fondées sur des faits, des mises en perspective qui ne se contentent pas de dénigrements ou de slogans faciles. Quand on refuse d’appeler un coup d’Etat militaire « un coup d’Etat militaire » et qu’une majorité de medias font mine de n’en plus savoir la définition, il est l’heure de réveiller son sens critique.

mardi 9 juillet 2013

C'est le début de la fin de l'islam politique dans les pays du printemps arabe



historien, professeur à l'université de Tunis 
spécialiste des questions islamiques. 

Selon lui, ce qui se déroule en Égypte aura, à des degrès différents, des répercussions sur la Tunisie.

INTERVIEW -

LE FIGARO.  
La Tunisie peut-elle être influencée, voire contaminée, par ce qui se passe en Égypte?

Alaya ALLANI.  
En Tunisie, nous sommes entrés dans la deuxième phase de la révolution, que je qualifie de révolution corrective. L'Égypte est le premier pays à engager cette phase. Comme la Tunisie, d'où est parti le printemps arabe, a influencé l'Égypte, ce qui se déroule en Égypte aura des répercussions, à des degrés différents, sur la Tunisie. Au XIXe siècle, ces deux pays ont été les premiers dans le monde arabe à avoir adopté une Constitution. À cette même époque, dans ces deux pays, s'est affirmé un mouvement réformiste qui a touché l'islam et la politique. La Libye va être obligée de suivre et de se transformer graduellement. À terme, c'est toute l'Afrique du Nord qui est concernée par cette révolution en mouvement.

LE FIGARO.  
Est-ce à dire que les islamistes d'Ennahda vont prochainement perdre le pouvoir en Tunisie?

Alaya ALLANI. 
Ce qui se passe en Égypte annonce sans doute le début de la fin de l'islam politique dans les pays du printemps arabe. Le mouvement islamiste a démontré son incapacité à instaurer la sécurité ainsi qu'un développement économique et social. La sanction pour Ennahda viendra sans doute plus des urnes que de la rue. Mais des violences ne sont pas à exclure. Ennahda va être obligée de faire de nouvelles concessions, sans céder sur l'essentiel à ses yeux, la référence islamique. Les Frères musulmans confondent toujours la sécularité et la laïcité.

LE FIGARO.  
Les islamistes d'Ennahda sont-ils si proches des Frères musulmans égyptiens?

Alaya ALLANI. 
Rached Ghannouchi, le fondateur d'Ennahda, est le représentant tunisien à l'Internationale des Frères musulmans. Ennahda et tous les Frères musulmans ont les mêmes principes idéologiques. À l'origine, ces mouvements avaient le même mode organisationnel dans tous les pays du monde arabe. Les Frères musulmans croient à l'État islamique fondé sur la charia, mais chaque mouvement adopte son propre agenda, en fonction de la nature des différentes sociétés. Ennahda n'a pas renoncé à la charia, il a simplement reporté son instauration.

LE FIGARO.  
Ghannouchi fait valoir qu'Ennahda s'est alliée à des partis démocratiques «modernistes» et que cette stratégie permet d'éviter l'affrontement?

Alaya ALLANI. 
C'était plus une alliance de forme que de fond. Ennahda reste la pièce maîtresse dans la troïka. Tous les postes clés du premier gouvernement étaient confiés à des nahdaouis et 80 % des nominations dans la haute administration ont favorisé des islamistes. Dans le nouveau gouvernement, les ministères régaliens ont été cédés à des «indépendants», mais Ennahda a d'autres moyens de contrôle et s'est bien gardée de céder le ministère des Affaires religieuses.

LE FIGARO.  
Le poids et la nature de l'armée, en Égypte et Tunisie, sont toutefois une différence essentielle entre ces deux pays?

Alaya ALLANI. 
Assurément. L'armée n'est jamais intervenue dans les affaires intérieures tunisiennes depuis un demi-siècle, sauf deux fois, très ponctuellement, et à la demande du pouvoir politique. L'armée égyptienne n'est pas seulement une institution, c'est une force économique, qui peut prêter au gouvernement. Sa richesse est évaluée à 20 % du PIB. Ajoutons deux autres différences: la situation socio-économique est beaucoup plus détériorée en Égypte, même si la Tunisie a connu des mouvements de révolte dans les régions défavorisées qui avaient déclenché la révolution. La fragilité sécuritaire en Égypte est aussi beaucoup plus grande qu'en Tunisie.