lundi 24 février 2014

ENTRÉE OFFICIELLE EN CAMPAGNE ÉLECTORALE DE TARTOUR !

Article paru dans : Kapitalis

23 février 2014 : Tartour* entre en campagne électorale !

Quand un Président de la République accorde un entretien télévisé, c'est normalement qu'il a des choses importantes à dire au pays; et il fait, à cette occasion, au moins quelques annonces.
Vous avez entendu Moncef Marzougui. Qu'a-t-il annoncé ? Qu'a-t-il dit d'important ? Strictement rien. 
On doit dès lors se poser la question à quoi sert cette entretien ? La réponse est assez simple : il s'agit pour ce personnage de faire sa campagne électorale purement et simplement et pour cela il se contente de commenter l'actualité ! Mais il y a des journalistes pour cela ! 

Utilisant les moyens officiels de la République, usant de son titre de président provisoire, transformant le palais de Carthage en tribune électorale et n'hésitant pas à convier la chaîne nationale "Watania 1" et son journaliste dépêché par la chaîne pour lui servir la soupe ... doit avoir choqué beaucoup de tunisiens de voir ce président user et abuser des biens publics pour sa campagne personnelle ! 

Après s'être encensé pour le "travail" accompli en tant que chef de l'Etat et avoir encensé la troïka et plus particulièrement Ali Larayedh dont il a salué le "travail et la réussite" malgré les difficultés, prenant soin d'en réserver les mérites à celui auquel il doit son poste de président provisoire; il fait un bilan, évidemment positif pour qui en douterait, de son action; se donnant la part belle tel la mouche du coche, pour avoir aidé le pays à traverser les multiples crises politiques que ne cessaient de créer son parti le CPR et Ennahdha celui de son "frère" Ghannouchi ! Avec pour point d'orgue de leur "réussite", la Constitution fêtée dignement avec des pétards mouillés, en présence de 5 chefs d'états africains ! Evénement exceptionnel pour la Tunisie d'avoir l'honneur de 5 présidents de cette envergure et en même temps, précise-t-il ! 
marzouki hanafi 2 28 3

En bon pan arabiste, il expose son programme pour "les affaires étrangères" : concrétiser le Grand Maghreb ... dont personne ne veut; puisque dés la prise de ses fonctions il a lancé ce projet auquel l'Algérie et le Maroc ont répondu poliment non ! Mais persévérant et croyant dur comme fer dans sa lubie panarabiste, il revient à la charge et voudrait bâtir le Grand Maghreb qui sera son œuvre mais qui reste pour l'instant une veille lune !
Grand Maghreb qui ne sera que l'étape première pour le Grand Monde Arabe. Monde arabe qui incluerait évidemment ses frères Syriens et Égyptiens ... avec lesquels il a multiplié les bourdes depuis que Ghannouchi l'a installé à Carthage !
Comment ne pas se rendre compte que dans l'état actuel de tous ces pays, ce programme est tout simplement une lubie, une utopie et ne pourra que conduire la Tunisie au mieux au ridicule, au pire à des conflits. Dans l'état où l'ex-troïka nous laisse le pays et où, la priorité est le redressement de l'économie; est-ce vraiment un discours de raison de la part d'un président provisoire encore pour quelques mois ?

Tartour insiste que les élections restent l'unique priorité pour lui ! Il souhaite qu'elles aient lieu au mieux en septembre 2014 sinon avant la fin de l'année.
A l'entendre, la révision des nominations faites par la troïka, n'est pas une priorité !
Ce qu'il dit des nominations qui lui paraissent un problème secondaire, est bien la preuve qu'il accorde toujours son soutien aux islamistes, à leur politique de main mise sur l'administration par plus de 70 000 fonctionnaires partisans nommés par les deux gouvernements de Ghannouchidont il espère tirer profit d'une manière ou d'une autre dans sa campagne électorale !

Quant au social, le candidat à sa succession précise et insiste que tout le monde est libre de s'habiller comme il veut. La burqa a toute sa place en Tunisie; et l'idée de l'interdire dans l'espace public pour raison de sécurité, l'agace, lui le président honoraire de la Ligue des droits de l'homme ! 
Avec culot il se sert à nouveau et nous ressert son statut de "droit-de-l'hommiste", lui qui explique que la prison sauve Jabeur Majri de ses ennemis ! Lui qui a cautionné par son silence et son inaction les actions contre les artistes et les journalistes. De qui se moque-t-il ?

Quant aux jeunes tunisiens partis en Syrie ou en Libye faire le "jihad", il nous sert un pathos compassionnel qu'ils sont victimes de l'ignorance; et qu'il pense à leurs mères ... reprenant un langage paternaliste à la Ghannouchi pour qui les salafistes jihadistes sont "ses enfants" et dont le terrorisme lui rappelle avec émotion le sien à leur âge ! 

Les tunisiens pensent plutôt aux victimes de ce terrorisme aveugle et pensent au danger que représentent ces jeunes fanatisés par les prédicateurs obscurantistes invités de Ghannouchi, et que Moncef Marzougui recevait au Palais de Carthage, leur offrant même d'y donner des conférences ! 
Condamner l'obscurantisme des jeunes alors que dans le même temps il les livre à des prédicateurs obscurantistes reçus en grande pompe par la présidence de la République, relève de la schizophrénie ! 
La société veut ici des actes pour la protéger. Elle n'a que faire de cette compassion malvenue ! Il fallait empêcher le départ de ces jeunes pour servir de chair à canon à son patron l'émir du Qatar quand il était encore temps. Le retour de ceux-ci est indésirable en Tunisie; et il faut à tout le moins les isoler dans des centres de rééducation pour les empêcher de nuire à la société. En tous cas les mettre sérieusement sous surveillance ! 

Quant à l'éventualité de se présenter aux prochaines élections, Tartour joue la carte "suspens" : il avisera le moment venu dés que la loi électorale aura été rédigée, assure-t-il. Alors que son agitation nerveuse trahit son ambition de se succéder à lui même tant il semble avoir pris goût au faste de la fonction; d'autant que cette émission télé, n'a aucun intérêt sinon électoral !
De toute manière il est vrai qu'il ne peut rien dire car à lui seul, il ne représente strictement rien politiquement. Il a besoin d'être le candidat des frères musulmans nahdhaouis. Mais ceux-là voudront-ils encore de lui ? Voilà pourquoi il ne dit rien ! En attendant, il est hors de question qu'il démissionne, affirme-t-il ! Ce serait une trahison que le timonier abandonne son poste avant l'arrivée à bon port ! En homme "responsable", il ne peut déserter son poste ! Il estime sa présence "indispensable" pour le pays. Ce qui doit faire sourire les tunisiens ... du moins les plus indulgents ! 

Pour le reste, que du blablabla ... 
Toujours aussi bonimenteur ce Tartour, comme il a toujours su faire !

Pour la mise en scène d'une entrée en campagne électorale qui ne dit pas son nom, il n'a pas échappé au téléspectateur averti l'utilisation des symboles par un Tartour "aguerri" aux médias : 
- le choix du palais de Carthage, œuvre et résidence de Habib Bourguiba,
- la photo du bâtisseur de la Tunisie moderne et de la nation tunisienne qui trône en bonne place, n'est pas un hasard !
Car Tartour a bien saisi le message des tunisiens, qui contrairement à ce qu'il voulait et à ce que voulaient les frères musulmans nahdhaouis; continuent de respecter et d'honorer la mémoire de Bourguiba ! 
Tartour après qu'il ait cherché à salir la mémoire de Bourguiba et réalisant le grand attachement des tunisiens à cet homme, a choisi de s'en servir. 
Quelle bassesse !

Tout le monde a en mémoire les éloges qu'il faisait du bourguibisme après que ses critiques envers le grand homme avaient heurté une grande majorité de tunisiens ! Et voilà qu'il se fait filmer avec en arrière plan, la photo du grand disparu ! Qui l'eut cru de la part d'un homme qui vouait une grande haine à Bourguiba ? Que ne ferait-il pour demeurer le locataire du palais de Carthage ? Paris valait bien une messe disait Henri IV ! 

Il prend les tunisiens pour des idiots pour ne pas se rendre compte de la grosse ficelle de jouer le continuateur du bourguibisme, lui le pan-arabiste, allié aux islamistes qui sont très exactement le contraire du nationalisme de Bourguiba ! Qui pense-t-il encore duper par ces manigances ?

Que penser de cette nouvelle mascarade digne d'un Tartour ? 
Le génie populaire tunisien a vu juste en désignant par Tartour, celui qui se vante d'être le "premier président" dans l'histoire de la Tunisie à être l'élu du peuple ... lui qui ne fut élu que par 7000 voix en tant que simple constituant; et qui ne doit son poste qu'à la seule volonté de Ghannouchi ! Autrement dit, il ne serait rien sans les voix des nahdhaouis. Il retournera au néant si ceux-ci le décident et ont quelqu'un d'autre à mettre en avant ! 

Sur le seul problème qu'il a réellement abordé, les nominations, il faut que la société civile se mobilise clairement et rappelle à Mehdi Jomaa qu'il lui incombe de revenir sur ces nominations, comme le précise la feuille de route du quartet; car ce problème, contrairement à ce que prétend Tartour, n'est absolument pas secondaire.

Rachid Barnat


* Tartour : Le Don Quichotte tunisien ! Personnage insignifiant, de décor.

vendredi 21 février 2014

L'héritage de l'ex-troïka présidée par Ghannouchi



Néji Jelloul :
Professeur à l’université Mannouba

Bilan de la troïka : 
- 850 tonnes de déchets dans les rues,
- Inflation : multipliée par 7,
- Dégradation du pouvoir d'achat : divisé par 11,
- La dette de chaque tunisien à la naissance est passée à 2730 dinars !
- Plus de 900 000 familles endettées auprès des banques,
- Un million trois cent mille tunisiens souffrent de malnutrition,
- 2000 tunisiens ont du mal à se nourrir chaque jour,
- Déficit des caisses sociales : 1 600 millions de dinars,
- Taux de pauvreté : a augmenté de 30 %,
- Régression du tourisme : a baissé de 15 %,
- Dette extérieure : a augmenté de 180 %,
- Regression de l'investissement : de 25 %,
- Augmentation vertigineuse des consultations à hôpital psychiatrique "Razi",
- Des milliers de SDF,
- Paupérisation de 45 % des fonctionnaires de l'Etat,
- 41 % des tunisiens, dont le salaires ne suffit plus au delà du 12 du mois !
- Les tunisiens consomment 48 362 comprimés de Viagra,
- 100 milles élèves ont quitté l’école en 2012,
- Classement mondial par rapport à la corruption : La Tunisie parmi les plus corrompus !

- Violence et insécurité entretenues par la LPR *, milice de Ghannouchi & tartour.
- 3 assassinats politiques : Lotfi Naguedh, Chokri Belaid et Mohamed Brahmi !

Ce que les nahdhaouis et leurs sbires appellent pompeusement :
"Aqwa hukuma fi tarikh" **

* Ligue de la protection de la révolution

** Le meilleur gouvernement dans l'histoire de la Tunisie !

La grande débâcle des Frères musulmans

EST-CE LE DÉBUT DE LA FIN DU NOUVEAU CANCER DU SIÈCLE ?
Il est vrai que les peuples rejettent les frères musulmans !
Il n'y a que les partis d'Opposition qui continuent à traiter avec eux leur donnant plus d'importance qu'ils n'en ont ! Pourquoi ? Céderaient-ils aux injonctions d'un Occident qui veut les voir au pouvoir ??

Les tunisiens et la société civile doivent secouer ces hommes politiques prompt a céder aux pressions de l'Occident et à coopérer sinon pactiser avec des frères musulmans dont le projet n'a plus de secret pour personne : instauration d'une dictature théocratique !!
R.B


Grands bénéficiaires du Printemps arabe, les islamistes ont cru aux lendemains qui chantent. Las, partout où ils ont conquis le pouvoir, l'expérience a tourné au fiasco. Incapable de convaincre de sa capacité à gouverner, la confrérie rejoint donc son élément naturel : l'opposition. Quitte à entrer, comme en Égypte, dans la clandestinité.

Sortis de la longue nuit des prisons et des exils, ils avaient volé de victoires en triomphes. Du Printemps arabe, une vague verte s'était levée, qui avait porté les Frères musulmans et leurs alliés au pouvoir à Tunis en octobre 2011, à Rabat un mois plus tard. Fer de lance de la contestation en Jordanie et en Mauritanie, ils avaient eu un rôle prépondérant dans la révolution qui a fait choir, fin 2011, l'immuable président yéménite Ali Abdallah Saleh. En Syrie, ils étaient en première ligne de l'opposition politique et armée au dictateur Bachar al-Assad. Enfin, en janvier 2012, le Parti de la liberté et de la justice (PLJ), branche politique de la confrérie en Égypte, remportait une éclatante victoire aux législatives.

Ces élections, les plus démocratiques qu'avaient jamais connues les nations arabes, rappelaient au monde leur enracinement religieux et lui révélaient la puissance d'un islamisme trop longtemps condamné aux fers ou cantonné dans des sphères extrapolitiques. Le 24 juin 2012, le frère Mohamed, ancien détenu Morsi, devenait raïs au Caire. L'image du retour triomphal du Prophète à La Mecque s'imposait aux plus romantiques des barbus. C'était, pour la confrérie, la fin de l'exil, le premier pas vers la reconquête du monde musulman. La première marche vers l'accomplissement de l'apothéose islamique mondiale.

Depuis sa fondation, en 1928, par Hassan al-Banna, modeste et pieux instituteur né dans le delta du Nil, la confrérie rêvait du pouvoir. Elle l'avait effleuré avec Nasser, son allié aux premières heures de la République égyptienne, elle avait voulu l'arracher par les armes en Syrie entre 1976 et 1982, puis ses franges extrêmes avaient pensé s'en emparer en assassinant le président égyptien Sadate en 1981. Mais c'est par la force des urnes qu'elle l'a finalement conquis, trente et un ans plus tard.

Las, après avoir cru le Grand Soir venu, les Frères musulmans se sont réveillés dans la stupeur et l'effroi, le matin du 4 juillet 2013. Leur héros, Mohamed Morsi, avait été jeté en prison. S'appuyant sur un mouvement massif de mécontentement populaire, l'armée égyptienne, commandée par le pieux général Sissi, à qui les Frères avaient trop naïvement confié le portefeuille de la Défense, s'était retournée contre son raïs pour le destituer.

Humiliation suprême, Abdel Fattah al-Sissi, qui s'est depuis emparé du bâton de maréchal, a laissé entendre au quotidien koweïtien Al-Seyassah, le 6 février dernier, qu'il se présenterait à la présidentielle d'avril. Il en serait l'incontestable favori. Cinq jours plus tôt, en tenue blanche dans une cage grillagée, comme le dictateur renversé Hosni Moubarak deux ans avant lui, son prédécesseur déchu comparaissait devant la cour pour incitation au meurtre de manifestants. Cible de quatre procès, il encourt trois fois la peine de mort.

Depuis juillet 2013, une répression sans précédent s'est abattue sur les Frères égyptiens. La direction de l'organisation a été mise sous les verrous. Le 14 août, au Caire, les protestataires de la place Rabaa al-Adawiya ont été impitoyablement mitraillés - près de 400 d'entre eux y ont trouvé la mort. Depuis, des milliers de Frères ont été jetés en prison, et ceux qui en ont réchappé rasent les murs ou se confrontent aux forces de sécurité. Des centaines de victimes sont venues s'aligner aux côtés des "martyrs de Rabaa". Le 25 décembre, au lendemain d'un attentat-suicide à Mansourah, la confrérie a été officiellement déclarée "organisation terroriste", même si l'attaque a été revendiquée par un groupe jihadiste distinct.

La chute de Morsi aurait influencé le départ d'Ennahdha du gouvernement tunisien

En Égypte, la chute des Frères a été aussi vertigineuse que leur ascension. Une tonitruante débâcle qui a quelque peu occulté leurs revers et ceux de leurs alliés dans les pays récemment conquis. Le 9 janvier dernier, le parti tunisien Ennahdha (dont le leader, Rached Ghannouchi, est un membre éminent de la confrérie) quittait le gouvernement après deux ans et deux mois d'un pouvoir marqué par l'aggravation des problèmes économiques, deux assassinats politiques et une dégradation dramatique de la situation sécuritaire. Interrogé sur l'influence de la chute de Morsi sur ce départ précipité, Béji Caïd Essebsi, principal opposant aux islamistes, répond : "Cela a joué."

En Algérie, le Mouvement de la société pour la paix (MSP), branche des Frères musulmans, avait annoncé une vague verte aux législatives de mai 2012. Résultat ? Un camouflet. Au Maroc, le Parti de la justice et du développement (PJD), idéologiquement proche, a dû chercher un regain de légitimité dans le giron royal pour compenser sa perte de popularité. En Libye, où le Parti de la justice et de la construction (PJC), organe politique des Frères, domine le Congrès national grâce au ralliement de nombreux indépendants, le verdict est attendu le 20 février, date prévue de l'élection d'une Assemblée constituante de 60 membres. Mais pour Othman Bensassi, militant laïc et ex-membre du Conseil national de transition, "les islamistes ne sont pas aimés dans la rue, ils ne gagneront pas par les urnes".



Les Frères yéménites ont retourné contre eux leurs alliés d'hier

Même reflux à l'est du Nil. D'abord au Yémen, où le parti Al-Islah, l'un des principaux acteurs de la révolution de 2011, "n'a rien tiré de l'expérience de Morsi en Égypte", écrit le jeune journaliste, activiste et écrivain Farea al-Muslimi. Trop impatients et avides de pouvoir, accusés de népotisme, les Frères yéménites ont retourné contre eux leurs alliés d'hier et perdu la confiance populaire. Ensuite en Jordanie. Trop sûrs d'eux et de leur capacité à s'imposer au roi - au point de boycotter les législatives de janvier 2013 -, les membres du Front islamique d'action sont aussi en recul. Ils avaient misé à tort sur une chute rapide du voisin syrien, qui aurait amené leurs frères au pouvoir à Damas et auraient poussé Abdallah II de Jordanie à se soumettre à leur influence. Mais Bachar tient et, à leur grand dam, les Frères jordaniens commencent à être associés aux groupes extrémistes qui dominent l'insurrection syrienne.

Au pays martyr des Assad, la confrérie, interdite d'existence depuis des décennies mais seul mouvement organisé à la veille de la révolution, a un temps dominé la Coalition nationale syrienne (CNS), mais son étoile a pâli. En juillet 2013, c'est Ahmad Jarba, homme des Saoudiens, qui a ravi la présidence de la CNS au candidat du Qatar et des Frères musulmans. Le chercheur Thomas Pierret, spécialiste de l'islam et de la Syrie, explique : "Les alliances qu'ils ont contractées en dehors de la mouvance islamiste se sont nécessairement faites au détriment d'autres acteurs, qui ont dès lors été chercher du soutien à Riyad. Sans les millions que l'Arabie saoudite et les Émirats arabes unis ont déversés sur l'opposition, les Frères seraient toujours fermement aux commandes." Sur les champs de bataille, la Liwa al-Tawhid, grande brigade qui leur est liée, s'était signalée en lançant les premières offensives sur Alep, la deuxième ville du pays. Mais peu à peu, les groupes jihadistes, mieux financés, armés et aguerris, se sont imposés sur le terrain.

Comment expliquer cette déroute, même relative et peut-être provisoire, des Frères dans le monde arabe postrévolutionnaire ? "L'islam est la solution" : face à la réalité du pouvoir et aux graves problèmes socio-économiques qui ont poussé les peuples dans les rues, le slogan frériste a fait long feu. "Gérer l'économie, pacifier la société et être modérés, les Frères s'en sont montrés incapables pour des raisons idéologiques combinées à des problèmes d'incompétence", commente l'Égyptien Tewfik Aclimandos, chercheur associé au Collège de France. Outre leur arrogance conquérante qui leur a valu bien des ennemis, jusque parmi leurs alliés de la première heure, les nouveaux venus, bien peu rompus à la gestion des finances publiques et des économies en crise, ont hérité de situations catastrophiques, et les injections financières des États du Golfe n'ont pas permis d'inverser ni la courbe du chômage ni celle de la misère.

En Égypte, les contempteurs du coup d'État du général Sissi se fondent sur l'arrêt quasi miraculeux des pénuries incessantes d'électricité et de carburant, intervenu dès la destitution du président Morsi, pour affirmer que l'armée était elle-même à l'origine de sabotages afin de miner la crédibilité du pouvoir frériste. Une crédibilité déjà entamée par les problèmes de sécurité, laquelle a semblé s'évanouir avec la fin des dictatures et la désorganisation des services de renseignements. Les attaques jihadistes contre l'armée dans le Sinaï égyptien et la guerre des salafistes contre les forces tunisiennes dans le mont Chaambi ont été imputées à l'incompétence des pouvoirs islamistes, tandis que l'insoumission des milices en Libye et la barbarie de certaines brigades jihadistes en Syrie ont terni l'image des partisans plus modérés de l'islam politique.

Pour leurs ennemis, Frères et consorts ne seraient d'ailleurs pas étrangers à certaines de ces violences. S'agissant des attaques dans le Sinaï, Tewfik Aclimandos précise : "On peut légitimement supposer que Morsi avait les moyens de parler aux jihadistes et de leur dire d'agir ou de ne rien faire." En novembre 2013, un collectif d'avocats tunisiens accusait sept hauts responsables du ministère de l'Intérieur de complicité dans l'assassinat de l'opposant communiste Chokri Belaïd, et nombre de Tunisiens laïques ont prêté au gouvernement dominé par Ennahdha une complaisance, voire une connivence avec les auteurs salafistes de multiples agressions.

La dissimulation, un reproche fait aux Frères

Un idéologue phare de la mouvance frériste, l'Égyptien Saïd Qotb, exécuté en 1966, prônait le recours à l'excommunication (takfirisme) et à la violence contre l'impie rétif à la conversion. Et, après avoir rappelé que, selon l'aveu fait en 2012 par Ayman al-Zawahiri, le numéro un d'Al-QaïdaOussama Ben Laden avait fait partie de la confrérie, ses détracteurs ne manquent pas de rapporter que la plupart des membres du "bureau de la guidance", l'organe central du mouvement, sont des qotbistes qui cacheraient leurs convictions jihadistes sous des dehors plus policés.

La dissimulation est un autre des nombreux reproches faits aux Frères : dissimulation de visées transnationales malgré des discours patriotes ; dissimulation d'un projet de dictature de la charia derrière une façade démocratique ; dissimulation d'un "appareil secret" chargé de noires besognes ; dissimulation, enfin, de liens avec des groupuscules ou des individus clairement terroristes... De quoi alimenter les accusations de complots fomentés par les Frères... Accusations auxquelles les observateurs les moins "frérosceptiques" répondent en soulignant que la clandestinité à laquelle a été condamnée la confrérie, dès l'origine, a imposé à ses membres la culture du secret. Et les Frères, à leur tour, de voir dans les persécutions qui les visent toutes sortes de complots. Un cycle paranoïaque qui n'augure pas d'une proche et franche réconciliation entre compatriotes ennemis, du Golfe jusqu'à l'océan Atlantique.



Mehdi Jomaa, un nouveau Premier ministre tunisien trop beau pour être vrai

Par Nicolas Beau,


L'état de grâce dont bénéficie le nouveau Premier ministre, Mehdi Jomâa, aussi bien en Tunisie qu'à l'étranger, est fragile. Surtout si la transition vers les élections se prolonge au delà d'octobre 2014.

"Tout le monde se parle ici à Tunis", confiait Bertrand Delanoë, le maire de Paris natif de Tunisie, lors de la visite express que fit le président François Hollande, le vendredi 7 février, à l'invitation du président tunisien Moncef Marzouki. Il est vrai que la nomination d'un nouveau Premier ministre au dessus de tout soupçon, Mehdi Jomaa, est aujourd'hui à l'origine d'un vrai soulagement. On est sorti enfin du climat délétère qui régnait en Tunisie alors que le gouvernement des islamistes et de leurs alliés n'avait guère plus de prise sur le pays livré à l'insécurité et à des formes nouvelles de terrorisme. Le syndrome égyptien où le pays revient au point de départ, une dictature militaire, est pour l'instant écarté.
Monsieur Jamaa bénéficie en effet d'un certain nombre d'atouts. Après avoir vécu essentiellement à l'étranger, il n'a pas eu le temps de se faire beaucoup d'ennemis dans le microcosme tunisien. Sa qualité d'ancien cadre supérieur du groupe Total lui donne l'aura d'un "sauveur" au dessus des partis et des contingences. Enfin le fait qu'il se soit engagé à ne pas se présenter aux prochaines élections laisse de la place à tous les autres. En effet dans un pays qui a vu éclore une centaine de partis et où le président intérimaire, Moncef Marzouki, a fait baisser considérablement le niveau de la fonction exercée au Palais de Carthage, ils sont quelques dizaines au moins à se sentir investis d'un destin présidentiel.

Mehdi Jomaa, un "laïc islamiste"!
Cet état de grâce est salué en interne par le principaux responsables politiques qui ne tarissent pas d'éloges sur la personnalité et le parcours de Mehdi Jomaa, un véritable laïc islamiste, ou l'inverse. Voici un proche de l'ancien Premier ministre Beji, principale figure de l'opposition aux Frères Musulmans, qui décrit Mehdi Jomaa comme "un laïc" décidé à remettre les barbus à leur place. Mais du côté des islamistes, on salue de la même façon la hauteur de vues et l'intégrité du Premier Ministre. "C'est un véritable ami", confie Habib Mokni, un des fondateurs du Mouvement de la Tendance Islamique (MTI), l'ancêtre d'Ennadha. Lequel Mokni s'est opposé à l'autoritarisme de Ghannouchi depuis les années 2005-2006, notamment sur les modalités d'un compromis avec le régime de Ben Ali.
Une certitude, Jomaa, formé dans la grande école d'ingénieurs de Tunis très marquée par les idées fondamentalistes, avait dans sa jeunesse des sympathies marquées pour les islamistes. Ses cinq enfants ont fréquenté les écoles coraniques à Paris. Ce qui n'empêche pas la gauche sociale démocrate de se montrer tout aussi enthousiaste.  Les proches du président de la Constituante Ben Jaffar, membre de l'Internationale socialiste, affichent leur proximité avec lui. Sans parler de l'appui que lui ont apporté, unanimes, aussi bien le grand syndicat tunisien, l'UGTT, clé de voûte du système politique tunisien et l'UTICA, l'équivalent du Medef à Tunis. 
Admirable conciliateur, le Premier ministre fait coexister au sein de son gouvernement des ministres islamistes pur jus, notamment à l'Intérieur et aux Affaires religieuses des hommes de l'ancien régime, comme le titulaire du ministère de la Justice, et encore des personnalités compétentes et indépendantes, mais sans grande expérience politique. On dit que le frère du Premier ministre, ancien ambassadeur en Turquie, joue un rôle déterminant dans la nouvelle configuration politique. Espérons qu'il ne devienne pas un vice roi à l'égal du frère de Bouteflika en Algérie.  
Les alliés traditionnels de la Tunisie, les Américains en tête, veulent croire que le printemps arabe qu'ils avaient appelé de leurs voeux puisse trouver une fin heureuse en Tunisie. Nous l'espérons aussi. C'est que l'actualité en Egypte, en Syrie et en Libye n'a guère confirmé les espoirs de voir les dictatures du monde arabe basculer dans le pluralisme et la démocratie. Reste l'exception tunisienne que les Américains, en phase notamment avec la Turquie qui a beaucoup œuvré, en relation avec l'Allemagne, pour la nomination de Mehdi Jomaa, sont décidés à soutenir de toutes leurs forces. Le chef de la diplomatie américaine, John Kerry, a rendu visite le 18 février au nouveau Premier Ministre tunisien. Le président Obama, quelques jours plus tôt, lui avait téléphoné pour le féliciter de l'adoption de la constitution.

Mauvais présage
Hélas dimanche matin, la constitution d'un vrai faux barrage, à hauteur de la ville de Jendouba dans l'ouest du pays, a coûté la vie à quatre personnes, dont deux membres des forces de l'ordre. Cette tragique première en Tunisie est venue rappeler qu'une hirondelle nommée "Jomaa" ne ferait pas à elle seule le printemps (arabe).
Le risque sécuritaire s'est considérablement aggravé. Le départ d'Ennahda du pouvoir est vécu par certains dirigeants salafistes, y compris au sein du mouvement islamiste, comme un recul. De plus, la situation financière catastrophique laisse sans marges de manœuvre pour l'actuel gouvernement. Le budget de l'Etat est passé depuis trois ans de dix à seize milliards d'euros, les dépenses de fonctionnement sont structurellement déficitaires de quatre milliards d'euros par an ... Et pour cause, les traitements des fonctionnaires ont augmenté de 45% en trois ans.

Dans un tel contexte, il faudrait aller vite en besogne et accélérer le calendrier électoral. Or ce qui frappe aujourd'hui chez la plupart des responsables politiques et des intellectuels influents en Tunisie, c'est qu'aucun n'est conscient de l'urgence de la situation. La Tunisie des oubliés, une fois de plus, frappe à la porte. Mais les palabres dans les superbes restaurants de la "Principauté de La Marsa" et autres Gammarth couvrent les revendications pressantes, haletantes d'une société paupérisée ...

mercredi 19 février 2014

Algérie: quand des voyous mènent le bal

Les dirigeants du monde dit "arabe", sont "bêtes, moches et méchants" !
Un ramassis d'opportunistes et de frustrés, ce cheptel d'arrivistes, tous ces "morgueux" incultes et vulgaires, et beaucoup d'autres, parlent aujourd'hui au nom de l'Algérie et des Algériens. 
Et malgré cela, le cynisme diplomatique et la realpolitik, incitent les grandes puissances à les ménager, sinon à soutenir, ceux qui hypothèquent l'avenir des Algériens et de toute la région nord-africaine.
En lisant Mohamed Sifaoui, on ne peut que faire le constat qu'Algériens et Tunisiens c'est kif kif ! Que ces derniers, aient servi sous ZABA ou sous Ghannouchi !!
R.B

                                                      

Mohamed Sifaoui



Ce que je pense de Bouteflika et de son clan d'arrivistes avides de pouvoir et d'argent, je l'ai écrit dans un ouvrage paru en 2011 (Bouteflika, ses parrains et ses larbins); ce que je pense, par ailleurs, de la mainmise du DRS, les services spéciaux, sur l'État algérien, je l'ai consigné dans un autre livre publié en 2012 (Histoire secrète de l'Algérie indépendante: l'État-DRS) et qui reparaîtra en version poche et actualisée en mars prochain.


Dans ces deux livres, j'avais évoqué des faits et livré des analyses qui, quoi que répondaient les "critiques", parfois acerbes, lues ou entendues, ici et là, annonçaient le psychodrame (il vire à la tragédie) qui est en train de se jouer en Algérie.

Depuis quelques jours, en effet, la scène algérienne grouille de déclarations, de bruissements, de couinements et de coassements. En première ligne, ce cheptel qui sert "d'élite" politico-militaro-médiatique et qui est en train de faire de l'Algérie, la risée, non pas de la planète seulement, mais de toute la galaxie.
Certes l'Algérien est excessif. De nature, dit-on. Mais la chose ne prête plus à sourire tant les excès ne sont plus des excès et les polémiques ne sont plus des polémiques. Le pays est en train progressivement de virer vers quelque chose de grave et de vulgaire. Une vulgarité crasse, celle qui met mal à l'aise tous ceux qui ont un brin d'éthique et de décence ; celle qui met mal à l'aise le noble et réjouit l'abject ; celle qui indispose le digne et complaît à l'ordurier. Cette « élite » dirigée par le grossier et le trivial qui ne maîtrise d'autre culture que celle des maisons closes, cette « élite » spécialiste du vacarme et du tapage composant quelques ventricules au cœur du régime (ou à sa périphérie) est faite, disons-le clairement, de voyous, d'intrigants, de gouapes et d'autres comploteurs soucieux de leur devenir et inconscient quant à l'avenir de la nation algérienne. Les uns et les autres agissant au nom du clan, de l'intérêt étroit et mercantile, de la région, de la famille ou de la belle-famille, représentant ainsi une pâle copie des mafias. Pâle copie, car à l'inverse des parrains siciliens ou napolitains, ces petits morgueux, n'ont ni classe ni instruction ni intelligence ni dignité ni parole. Ils sont, comme le diraient la satire populaire, pour la plupart, "bêtes, moches et méchants". Malgré cela, le cynisme diplomatique et la realpolitik, y compris des Français, incitent les grandes puissances à ménager, sinon à soutenir, ceux qui hypothèquent l'avenir des Algériens et de toute la région nord-africaine.
Mais je ne veux pas rester dans l'insinuation. Ces gouapes qui mènent désormais le bal des incultes, des corrompus, des lâches, des frustrés et des immatures ont un nom.
  • Amar Saïdani [Secrétaire Général du FLN], arriviste fanfaron, affairiste avéré, larbin assumé d'un système corrompu et corrupteur, incompétent et fier de son état, hissé au rang de majordome de la présidence à travers un poste de Secrétaire Général du FLN, lance ses pavés dans la boue ;
  • Aboud Hichem [Ex-officier des services spéciaux, devenu « journaliste »], intriguant notoire, de carrière et de vocation, ancien petit serviteur prétentieux de la Sécurité militaire dont il était un petit gradé subalterne, spécialiste ès-rumeurs et propagande, opposant autoproclamé, dans un passé récent chef de cabinet d'un patron des « services », envoie des missives à ogive vulgaire au frère du Président Bouteflika, l'attaquant, entre autres, sur une sexualité qui selon, l'ancien troufion, ne cadre pas avec la culture locale ;
  • Le même frérot de l'autocrate agonisant, version algérienne de Leila Trabelsi (épouse de l'ex-dictateur tunisien), Saïd de son prénom, joyeux et fort de son patronyme, issu d'une « noblesse » des caniveaux qui a fait main basse sur l'Algérie, amant des affairistes et père spirituel des corrompus, répond indigné, à l'ex-bidasse Aboud Hichem, « journaliste » auto-déclaré, en allant jusqu'à prétexter qu'une attaque contre sa personne serait une offensive faite au peuple et à la Nation (Comment s'en étonner lorsque l'on dirige le pays aux côtés d'un petit monarque contrarié) ;
  • Amar Ghoul [Chef d'un parti islamiste, tendance frères musulmans], bigot convaincu, vendeur et revendeur d'islam politique, fond de commerce préféré d'un calculateur, parmi d'autres, devenu, l'espace d'une décennie, produit contrefait d'une caste qui a compris que certains hommes politiques algériens étaient à vendre et qu'il suffisait de mettre un prix ;
  • Amara Benyounès [ministre de Bouteflika], barboteur professionnel, spécialiste en drainage, non pas de vins, mais de ses pots, l'un des kabyles de service et des « services », « démocrate » de poche, plus fidèle aux poches qu'aux démocrates, préfère jouer à l'équilibriste, car comme tout opportuniste, il sait être proche de deux rives diamétralement opposés, puisque le grand écart est, chez lui, un sport roi.
  • Dahmane Abderrahmane [Conseiller du recteur de la Mosquée de Paris], dans un passé récent, serviteur zélé et incompétent de Nicolas Sarkozy, sachant retourner veste et burnous, aujourd'hui gravitant, la langue pendante, autour des Socialistes, de la Mosquée de Paris et de toutes les associations de France et de Navarre, quémandant, avec excitations, rencontres et offrant infos à toute officine susceptible de lui tendre l'oreille, le même hurluberlu, à l'appétit gargantuesque et dont le nom est cité régulièrement dans certaines affaires en Algérie (l'autoroute Est-Ouest n'a pas encore livré tous ses secrets) lance, à partir de Paris, tel un muezzin alcoolique, un communiqué pour prendre la défense du patron des « services » algériens. Le fameux général Mohamed Mediène dit Toufik devrait s'en réjouir. Lui qui a souvent fait la promotion de la médiocrité, le voilà attaqué par Amar Saïdani et défendu par Dahmane Abderrahmane.
  • Le premier ancien percussionniste, le second, éternel joueur de pipeau. Mohamed Samraoui, ex-colonel du DRS, ayant cautionné un système avant de se retourner contre lui, en raison d'une demande de mutation non satisfaite, autre opposant autoproclamé, récemment condamné en Allemagne, selon quelques articles de presse, pour une obscure affaire de faux en écriture, faisant avaler balivernes et couleuvres aux plus crédules (l'affaire du diplomate algérien accusé à tort par lui-même est encore vivace dans les mémoires), proche des parrains des égorgeurs à la barbe bien taillée se lance lui aussi, en piètre joueur d'échecs, dans la bataille des esprits étriqués ;
  • Gaïd Salah [chef d'état-major de l'armée algérienne], gérontocrate en chef et sous-chef de clan, général de corps d'armée de son état, dont les compétences s'arrêtent à un appétit qui ferait pâlir un troupeau porcin et à une vulgarité langagière qui ferait rougir toutes les ribaudes de l'hémisphère nord et toutes les gotons de l'hémisphère sud, vice-ministre de la Défense, qui ne défend, autre chose que les intérêts de sa petite chapelle, allant jusqu'à outrager l'honnête pour mieux honorer la fripouille, chef de l'armée et son boulanger en chef qui a trempé sa baguette dans toutes les sauces nauséeuses, veut à tout prix que le président, son patron grabataire, puisse continuer de faire main basse sur l'Algérie ; et j'en passe, car la liste est très loin d'être exhaustive.
Ce beau monde est la petite illustration de "l'élite algérienne", 52 ans après l'indépendance de ce pays, pourtant beau et à fortes potentialités, transformé, malgré lui et par la faute de la plupart de ses dirigeants, en un dépotoir à ciel ouvert, dissimulé derrière une vitrine alléchante dont on ne sait si elle est ainsi conçue pour mentir au peuple algérien, aux partenaires étrangers ou à soi-même. 
Ce ramassis d'opportunistes et de frustrés, ce cheptel d'arrivistes, tous ces morgueux incultes et vulgaires, et beaucoup d'autres, parlent aujourd'hui au nom de l'Algérie et des Algériens. 
Il y a plusieurs approches possibles ? Les ignorer ? Leur répondre ? Dire qu'ils ne sont pas représentatifs ? Que faire ?

Je crois qu'il est temps d'exiger des intellectuels, les vrais, qu'ils prennent leur plume ; qu'il est temps de demander aux journalistes, les vrais, qu'ils écrivent billets, articles et éditoriaux pour dénoncer l'infâme et le vulgaire ; qu'il est temps de demander aux hommes (et femmes) politiques, les vrais, qu'ils fassent des déclarations à consonance politique et seulement à consonance politique, sinon nous serions dans une trahison des clercs. Quoi que, nous y sommes déjà!
Pour ma part, je ne vois d'autres solutions que de demander aux voyous de se taire. Mais finalement comment leur en vouloir quand des gens dignes, des intellectuels compétents, des politiciens engagés ont préféré démissionner quitte à abandonner le débat et, du coup leurs responsabilités, laissant le pays en jachère entre les mains du voleur et du malpropre ? Comment en vouloir aux gouapes quand on sait que c'est un inversement de l'échelle des valeurs qui a permis aux uns et aux autres d'accéder à leur "statut social", à leur grade ou à leur fonction ? Comment Toufik, le patron du DRS, peut-il s'étonner aujourd'hui d'être traîné dans la boue par un percussionniste qui, dans un pays normal, n'aurait même pas pu être planton dans une sous-préfecture ? Qu'a-t-il fait, lui le premier responsable de la sécurité, pour empêcher un tel énergumène de s'accaparer le parti dont le sigle - et le sigle seulement - représente le cœur du récit national algérien ? Comment Saïd Bouteflika peut-il se plaindre des attaques, sous la ceinture, qu'il subit de la part d'une personne qui ne vaut guère mieux que lui, quand on sait que son frère (et lui-même) ont favorisé l'émergence d'une clientèle composée d'arrivistes, de vulgaires et d'incompétents ? Finalement, le triste spectacle que nous livre l'Algérie de Bouteflika, n'est que l'effet boomerang d'une politique d'abrutissement qui a exacerbé les régionalismes, érigé la corruption en norme et fait de la promotion de la vulgarité et du vulgaire une ligne de conduite ?

mardi 18 février 2014

L'IDENTITÉ PLURIELLE DES TUNISIENS

Article paru dans : Kapitalis


Les identitaristes n'ont rien à proposer 
sinon se cramponner à leur religion !

"A ceux qui me demandent d'où je viens, j'explique patiemment que je suis né au Liban, que j'y ai vécu jusqu'à l'âge de 27 ans, que l'arabe est ma langue maternelle, que c'est d'abord en traduction arabe que j'ai découvert Dumas et Dickens et "les voyages de Gulliver", et que c'est dans mon village de la montagne, le village de mes ancêtres que j'ai vécu mes premières joies d'enfant et certaines histoires dont j'allais m'inspirer plus tard dans mes romans. Comment pourrais-je l'oublier ? Comment pourrais-je m'en détacher ?

Mais d'un autre côté, je vis depuis 22 ans sur la terre de France, je bois son eau et ses vins, mes mains caressent chaque jour ses vieilles pierres, j'écris mes livres dans sa langue, jamais plus elle ne sera pour moi une terre étrangère. Moitié français donc et moitié libanais ? Pas du tout !!!

L'identité ne se compartimente pas, elle ne se répartit ni par moitié, ni par tiers, ni par plages cloisonnées. Je n'ai pas plusieurs identités, j'en ai une faite de tous les éléments qui l'ont façonnée, selon un dosage particulier qui n'est jamais le même d'une personne à l'autre."

Amin Maalouf 

Je ne comprends pas pourquoi certains s'obstinent à faire croire à l’existence d'un "monde arabe" ? Où sont passés les berbères d'Afrique du Nord, les Nubiens d'Egypte, les Phéniciens, les Touaregs, sans parler des noirs d'Afrique : les Soudanais, les Ethiopiens, les Sénégalais, les Maliens ... ou asiatiques : les Pakistanais, les Afghans ...

Est-ce parce qu'ils partagent une religion commune qu'ils sont pour autant tous devenus Arabes ? 

Cette appellation de « monde arabe » ou « arabo-musulman », est réductrice et trompeuse
; elle n'engendre que confusion dans les esprits, qu'entretiennent malheureusement beaucoup de médias occidentaux, par paresse intellectuelle ou par manque de culture
; à moins que ce ne soit à dessein pour certains journalistes. 

Pourtant la Tunisie fut terre chrétienne et même judéo chrétienne avant que les musulmans venant d’Arabie n’envahissent l’Afrique du Nord. Confondrait-on la Hollande avec la France parce que les deux sont de culture chrétienne ? Confondrait-on la Belgique avec la France parce que les deux sont francophones ? Alors pourquoi devrait-on confondre la Tunisie avec l'Arabie des Ibn Saoud, parce que les deux de culture musulmane ?  Que chaque nation soit identifiable par son histoire particulière. Autrement où sont passés nos berbères, nos ancêtres les phéniciens fondateurs de Carthage, les romains, les byzantins ... Que sont devenus les Andalous ? Et les Turcs de l'empire ottoman dont la Tunisie faisait partie ? Que fait-on de leur culture ? Puis les Français et leur culture ? Que fait-on des Tunisiens de confession juive et ceux de confession chrétienne ? Que fait-on des Tunisiens agnostiques et des Tuniiens athées ? Il faut que les partis islamistes cessent de nous bassiner avec leur identité arabo-musulmane qui n'est qu'une supercherie électoraliste pour mieux nous placer sous la tutelle de pétromonarque qu'ils espèrent installer Grand Calife de tous les musulmans !

Et pourquoi ces nostalgiques du Califat, veulent-ils d’un calife d'Arabie plutôt que d’un turc ; puisque le dernier en date c’était celui de la Sublime Porte ottomane ? Leur choix n’est-il pas monnayé par leur sponsor pétromonarque qui rêve du titre d’ « Émir El Moumnin » (Commandeur des croyants) ? 

L'identité de la Tunisie est PLURIELLE : multiculturelle mais aussi multiconfessionnelle !

Que ces aventuriers cessent donc de rêver à une hypothétique renaissance d’un Califat de l’âge d’or en la personne du roi Ibn Saoud, issu d’une tribu connue pour sa violence et d’une famille de dégénérés ! Autrement quelle commune mesure lui trouvent-ils avec les dynasties Omeyyade ou Abbasside qui font rêver tant ces « romantico-nostalgiques » d’une histoire qu’ils n’ont pas vécue ? Pour cela, ils voudraient nous faire croire que l’histoire de la Tunisie commence et s’arrête à la présence arabe depuis l’invasion des Béni Hilal ! Il faut rappeler que c’étaient des hordes de bédouins d’Arabie que les souverains moyen-orientaux au 11ème siècle pour s’en débarrasser, les ont orientées vers l’Afrique du Nord, pour réprimer les Zirides Berbères, mais aussi pour sévir, piller et transformer une région connue pour être « Le Pays Vert » ("Tounis Al Khadhra" = Tunisie, la verte) couverte de forêts, en terres désertes ou semi-désertes, par l’arrachage systématique de tous les obstacles rencontrés sur leurs chemins, à savoir les arbres et les forêts, étant eux-mêmes bédouins habitués au désert.

Les nostalgiques du Califat, veulent d’un calife comme le veut la tradition salafiste, gardien des lieux saints de l’islam. Mais cette règle salafiste veut aussi qu’il soit Quraychite, originaire de la tribu du prophète. Savent-ils que leur choix se porte sur un « gardien » qui n’est ni Quraychite et encore moins issu de la tribu du prophète ? Savent-ils aussi que c’est un usurpateur puisqu’il a chassé le roi Hachémite, ancien gardien des lieux saints ? Et savent-ils qu’Ibn Saoud a été installé par les Américains et les Anglais, contre un deal : l'exploitation du pétrole contre la sécurité de son trône ? Ou leur oubli n’aurait été que monnayé par le monarque Ibn Saoud qui rêve du titre d' « Émir El Moumnin » ?

Les Histoires officielles, les Tunisiens n’en veulent plus.  

Le tunisien est riche et fier de toutes les civilisations qui sont passées par son pays ! Il n’éprouve aucun complexe envers aucune d’elles ! Elles ont toutes contribué à sa spécificité et à façonner sa tunisianité.

La Tunisie par sa position géographique et par son histoire n'a pas vocation à être rattachée au monde dit « arabo-musulman » et encore moins à l’Arabie. C'est ce qu'avait déjà compris Bourguiba qui a toujours cherché à nous rapprocher davantage de l'Europe avec laquelle nous avons beaucoup plus d'histoire commune qu'avec le monde dit "arabo-musulman". La Tunisie c'est Carthage, mais aussi l'empire romain qui avait façonné les deux rives de la Maré nostrum ... d'autres civilisations sont passées par la Tunisie, comme les Vandales, les Byzantins ... jusqu’à l'arrivée des Arabes puis celle des Andalous et des Turcs et enfin des Français. D'ailleurs à la libération, Bourguiba pour marquer l'exception tunisienne, a adhéré la Tunisie à l'Organisation des Pays non Alignés pour marquer sa différence d'avec le monde dit "arabe".

Quant à l'islam, nous savons que Bourguiba le laïc, pour ne pas fâcher les traditionalistes religieux, a préféré inscrire dans la constitution que la Tunisie est une "République dont l'Islam est la religion", plutôt que d'inscrire "République islamique". Ce qui n’est pas tout à fait pareil. 

Il semble que les nostalgiques du panarabisme de Nasser ou du panislamisme n’ont pas tiré encore les leçons des échecs de ceux qui les ont voulus et les ont expérimentés pour leur peuple : Irak, Syrie, Egypte, Soudan, Libye, Yémen ... Sont-ce des exemples à suivre ? Et que dire des pays du Golfe et des richesses « du monde arabe » ? Des peuples spoliés des richesses de leur pays, dilapidées par des « princes nouveaux riches » avides et qui investissent massivement en Occident ; plutôt que dans leur pays pour éduquer leur peuple et développer sa créativité : sont-ce des modèles à suivre ? C’est un leurre que de croire que toutes ces richesses bénéficieraient aux peuples du « monde arabe ».

Le monde change et l’Histoire avance. Il ne sert à rien de ressasser le passé. Or l’époque des grands empires est révolue : tous les empires ont fini par éclater. Ce fut le cas de l’empire Ottoman comme de l’empire austro-hongrois puis de l’empire colonial anglais et de l’empire colonial français. Et tout dernièrement de l’empire soviétique. Place aux nations ! 

En ce qui concerne la double culture et la langue française qu’affectionnent beaucoup de tunisiens, il faut rappeler que l'enseignement voulu par Bourguiba a été le bilinguisme en inculquant aux tunisiens, sans complexe aucun, la culture française en plus de la culture arabe, y voyant un enrichissement pour son peuple. Certains ont maîtrisé l'arabe mieux que le français, d'autre ont fait l'inverse et bien d'autres, les deux à la fois. Alors où est le problème pour créer un ostracisme entre tunisiens ? Ostracisme entretenu par des complexés de l'Histoire, qui aspirent à effacer tous les acquis bourguibiens, dont : la double culture, le statut de la femme, la modernité... Il faut cesser donc avec ces complexes vis à vis de la France. 

L’éducation nationale devient schizophrène avec cette double culture mal maîtrisée par Ben Ali qui, pensant couper l’herbe sous les pieds des islamistes, a décidé de revenir sur le système de la double culture instaurée par son prédécesseur en arabisant l’enseignement et en réduisant l’apprentissage de la langue française à une simple langue étrangère. 
Sauf qu’une fois arrivé au niveau universitaire, beaucoup de filière sont enseignées uniquement en français, alors que beaucoup d’étudiants ne maîtrisent pas cette langue, ce qui complique leur formation.

Cela explique par ailleurs, la baisse du niveau général des étudiants formés dans le système public.

Pour échapper à cette « paupérisation » du savoir, les nantis orientent leurs enfants vers des écoles et des universités privés qui ont conservé pour la plupart d’entre elles, l’ancien système qui a donné ses preuves.

Or on entend certains islamistes jeter le discrédit sur des générations entières formées dans le système éducatif instauré au lendemain de l’indépendance de la Tunisie, allant jusqu’à douter de leur loyauté envers leur pays, qu’ils vendront à l’Occident, assurent-ils ; et prétendent même qu’ils ne peuvent être fiables pour construire la Tunisie moderne ! C’est faire injure à tout un peuple et à son élite.

Ceux-là mêmes, souvent inscrivent leurs rejetons dans des écoles privées en Tunisie et dans les meilleures universités occidentales, ce qui trahit leur hypocrisie. Il n’y a qu’à voir ce qu’il en est des enfants de Ghannouchi et de Moncef Marzougui alias, pour ne citer que ces deux leaders du pan-islamisme & du pan-arabisme en Tunisie !

Que les grincheux le veuillent ou non, ils ne vont pas réécrire notre histoire en effaçant notre héritage français ! Je ne vois vraiment pas au nom de quoi veut-on pénaliser les Tunisiens francophones maîtrisant mieux le français que l'arabe ? Ou obliger parfois ceux qui ne maîtrisent pas l’arabe à s’exprimer dans cette langue au point de bégayer parce qu’ils ne trouvent pas leurs mots. C’est le cas dans certaines émissions de TV, où des professeurs et des intellectuels ayant fait toutes leurs études en français, sont mis en difficulté par les animateurs de ces émissions, au point de les ridiculiser et brider leurs pensées, quand ils les obligent à ne s’exprimer qu’en arabe.     

Nous sommes tous tunisiens avant tout, et ce ne sont pas des complexés de l’arabité des pétromonarques qui vont décider d'exclure les Tunisiens francophones. 

Nous n’avons donc nul besoin d’inscrire dans notre constitution une identité tronquée « arabo-musulmane » en omettant notre origine berbère et tous les métissages culturels et ethniques qui ont jalonné l’histoire de notre pays. Cette revendication identitaire, n'est qu'un alibi pour les Frères musulmans et autres islamistes, qu’ils instrumentalisent par populisme !

Comme dirait aussi le professeur Eliés Jouini à propos de l'article 1er de la constitution qu'élaborent des constituants dominés par les islamistes : « nous n'y mentionnerons pas, non plus, que nous "respirons" ! » en admettant que la majorité des tunisiens est arabophone et musulmane ! 

C’est aux tunisiens de franchir le pas, pour inscrire cette fois-ci dans notre prochaine constitution : "République laique" ! Car seule la laïcité permet aux croyants de différentes religions, de différentes confessions, comme aux agnostiques et aux incroyants, de vivre ensemble sans que nul n’ait la tentation d’imposer aux autres la loi de sa communauté. La Laïcité, c’est ce qui sépare la foi de la loi. Les Tunisiens doivent adhérer aux valeurs humanistes et universelles pour ouvrir la voie vers le progrès et l’épanouissement réel des individus, condition sine qua non du progrès.

Or le comité libyen chargé de la transition, assure préparer une constitution pour une République Laïque. De son côté le roi Mohamed VI demande une séparation du religieux de l'Etat !

La Tunisie ne peut faire moins, elle qui a une longueur d’avance en la matière, sur ce pays et bien d’autres. 

Rachid Barnat


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Représentation de la Province d'Afrique à l'époque romaine.
Elle se distingue par cette peau d'éléphant avec les deux défenses.
Les Afer, l'une des tribus autochtones serait à l'origine du nom.
Ce nom va désigner tout un continent l' AFRIQUE.

Regardons donc vers ce continent qui représente l'avenir et soyons fiers de cette terre.

*****

A l'origine de la fête de la Saint-Valentin, ce fut le pape tunisien Gélase Ier, 49e pape de l'église catholique; né en Tunisie non loin du Kef, d'origine berbère, de la tribu Gelass, mort à Rome le 21 novembre 496.

Au Vème siècle, le pape Gélase Ier entreprend de contrer les Lupercales en mettant en place une fête de purification de la Vierge le 2 février, qui deviendra la Chandeleur, puis une fête de l'amour spirituel la veille des Lupercales, qu'on célèbre le 14 février. En l'occurrence, le jour de la Saint-Valentin.

Pour rappel, cinq Empereurs romains, deux des quatre Docteurs de l'Eglise et trois Papes, sont originaires de Tunis.

Ce qui prouve, s'il en est encore besoin, que la Tunisie par son histoire et sa géographie est plus proche de l'Europe que de l'Arabie à laquelle pan-arabistes & pan-islamistes s'obstinent à la rattacher en imposant aux Tunisiens le label identitaire d'"arabo-musulmans" ... alors qu'elle fut terre chrétienne et juive bien avant l'invasion des hordes des Beni Hilal venue d'Arabie !