lundi 23 janvier 2023

« L’algérianisation » de la Tunisie

Depuis la fumeuse révolution du jasmin, du fumeux printemps arabe voulu par les EU & l'UE et mis en oeuvre par le Qatar, la Tunisie est devenue un bateau en perdition avec des capitaines nourris d'idéologies néfastes, de vieilles lunes auxquelles s'accrochent encore de prétendus militants ...
Il n'y a que les authentiques Destouriens qui pourraient encore sauver ce pays du désastre dans lequel l'ont plongé les islamistes et les arabistes. Les destouriens avaient libéré ce pays de la colonisation, il leur revient de le libérer à nouveau de ceux qui veulent ou projettent de le coloniser.
R.B


NicolasBeau

La Tunisie qui voici douze ans portait les promesses d’un printemps arabe démocratique, est de plus en plus sous l’emprise du pouvoir militaire algérien dont la police politique est omni présente à Tunis et ses recettes pour sortir le pays du chaos de plus en plus en vogue.

Sous le règne successivement de l’ex-président Bouteflika et de son successeur à la tête du pays, le général et chef d’état-major Gaïd Salah, l’Algérie menait une diplomatie aussi sophistiquée que pertinente à l’égard du frère tunisien. Dans ce petit pays qu’Alger a parfois considéré, non sans morgue, comme une de ses wilayas (préfectures), les dirigeants algériens encouragèrent après 2011 la participation minoritaire au pouvoir du mouvement Ennahdha.

Cette bienveillance pour les religieux s’explique par au moins trois raisons : 

- la première est une doctrine politique assez constante qui vit le pouvoir algérien diviser la mouvance fondamentaliste afin de s’appuyer sur ses éléments les plus modérés. 

- La seconde raison est l’estime dans laquelle Bouteflika * comme Gaïd Salah tenaient le leader des islamistes tunisiens, Rached Ghannouchi, dont l’intelligence politique et le charisme leur semble incontestables. 

- La troisième motivation du pouvoir algérien aura été la volonté de contrer, via ce rapprochement avec Ennahdha, la possible influence en Tunisie et en Libye des Émiratis et des Égyptiens qui vouent, eux, une haine tenace pour tout ce qui ressemble à un Frère Musulman.

Changement de cap 

Cette époque est révolue. Les trois années de mobilisation du Hirak qui ont ébranlé le pouvoir militaire algérien ainsi que le retour récent au pouvoir en Algérie de puissants cadres de l’ex DRS, les services secrets qui ont appliqué une répression féroce contre les partis religieux durant ce qu’on a appelé les années noires. Autant de raisons de changer du tout au tout leur politique à l’égard de la Tunisie et d’encourager le président Kaïs Saïed à tourner le dos aux libertés publiques et à tourner le dos à la démocratie.

Le chef de l’Etat tunisien, qui n’excelle que sur le terrain institutionnel, a copié sans fierté ni inspiration la propagande la plus éculée des généraux algériens. Bon élève, Kaïs Saïed voue désormais aux gémonies toutes les ONG et autres mouvements humanitaires et voit la main de l’étranger dans la moindre opposition à son régime devenu autoritaire.

Pour complaire à ses amis et voisins, on a même vu le président tunisien recevoir avec tous les honneurs le leader du Polisario avant d’accueillir, cet hiver, une délégation russe de haut niveau en partance pour le Maroc. Cette alliance de la Tunisie et de l’Algérie, deux pays liés par un accord de Défense, s’est traduite pour le meilleur par une aide économique massive à un État qui n’assure plus ses fins de mois et pour le pire par une présence accrue à Tunis des services secrets algériens.

Ce que perçoit mal ce Président enfermé dans son Palais de Carthage sans véritables interlocuteurs et une cheffe de cabinet comme Première ministre, c’est qu’un nationalisme subtil mais bien vivant anime le peuple tunisien, y compris ses élites qu’elles soient sécuritaires ou politiques. Ce que feu le général Ben Ali avait parfaitement apprécié lorsqu’il s’était rapproché d’abord de l’Irak de Saddam Hussein puis de la Libye de Khadafi, en jouant de la fibre nationaliste arabe qui traverse ce peuple moins occidentalisé qu’il n’en donne l’impression. 

L’image d’un Kais Saïed sous la coupe des Algériens devrait, les pénuries aidant, isoler encore un peu plus le Président tunisien.

* Bouteflika ex-Frère musulman, à l'origine de la loi d'amnistie pour les islamistes responsables des années noires, dont ceux du FIS (branche de l'organisation mondiale des Frères musulmans).

Lire La Guerre d'Algérie, Une Guerre Sainte ? de Roger Vétillard.

dimanche 18 décembre 2022

Kais SAIED, LE "DEMOCRATE" ...

Un peuple de moutons, finit par engendrer un gouvernement de loups ".   
                                                      Agatha Christie

Le 17 décembre 2022 : les Tunisiens sont appelés aux urnes pour élire leurs nouveaux députés qui feront de la figuration dans un parlement au pouvoir restreint, voulu par Kaïs Saïed.

Pour rappel, le 25 juillet 2021, Kaïs Saïed a mis à profit l'action salutaire de Abir Moussi en tirant les marrons du feu, en décrétant la fermeture du parlement et non sa dissolution; tout en faisant croire aux Tunisiens qu'il les débarrasserait de Ghannouchi et de ses Frères musulmans qu'elle n'a eu de cesse de dénoncer et de s'opposer à leur projet néocolonialiste qatari !
Une occasion pour Kais Saied pour s'installer nouveau dictateur en Tunisie en s'attribuant tous les pouvoirs et de poursuivre le projet des pan-islamistes mâtiné du pan-arabisme dont il est nourri !

Profitant de sa prétendue popularité virtuelle (FB et autres réseaux sociaux), il va fabriquer une constitution sur mesure qu'il soumettra au référendum virtuel; restaurant un régime présidentiel fort où le président n'a de compte à rendre à personne et surtout pas à la justice, à la fin de son mandat.

L'étape d'après, il voulait un plébiscite pour son parlement de godillots ... 
Et là, surprise : plus de 90 % des Tunisiens ont boycotté cette énième mascarade de l'apprenti dictateur !

Et ce, malgré toutes les magouilles pour mettre la main sur l'ISIE et pour mettre des bâtons dans les roues du PDL, son unique opposant ...

Une gifle de la part des Tunisiens qu'il n'arrive plus à duper !

En tirera-t-il les conséquences ? 
Ou transformera-t-il cet échec en victoire, comme le font les dictateurs ??

Les islamistes et leurs frères ennemis pan-arabistes mécontents qu'il ait gelé leur action au parlement et l'accusant d'un coup d'Etat; disent que cette élection législative le délégitime et par conséquent veulent qu'il démissionne. 

Le PDL quant à lui, qui dés l'arrivée de Kaïs Saïed à Carthage, n'avait cessé de dénoncer ses abus et de mettre en garde de la dérive dictatoriale que prenait sa présidence, demande qu'il avance la date des élections présidentielles.

Les ONG occidentales habituellement mobilisées en tant qu'observatrices de la bonne marche des élections, se sont abstenues cette fois-ci, pour ne pas participer à cette mascarade; hormis une ONG russe ! Ce qui en dit long sur cette élection législative organisée par Kaïs Saïed

Les pays démocratiques de l'UE, dont la France toujours soucieuse du respect de la démocratie, de l'Etat de droit et des Droits de l'Homme, continueront-ils à le soutenir malgré ce désaveu : selon l'ISIE, le taux de participation est de 8% ?

Wait and see !

Rachid Barnat

jeudi 15 décembre 2022

La démocratie trouve ses fondements en dehors de tout système religieux


Bernard Cazeneuve *

« Laïcité, liberté et démocratie sont un même mot ».

 « Sauf à prendre le risque de condamner l’humanité à ne plus jamais connaître l'altérité, la France ne peut accepter qu’un bâillon entrave la parole des professeurs ».

Les vagabondages mémoriels sont une mode de l’époque. Le plus souvent ils sont l’occasion, pour chacun qui croit que sa statue sera sculptée de son vivant, d’œuvrer à son autopromotion. À ce jeu de narcisse, la culture historique perd en rigueur ce que l’art de la mise en scène gagne en effets spéciaux. Les faits de l’histoire se font alors anecdotes, au point qu’il est possible d’en détourner le sens profond à son seul profit. Sans vergogne, on déambule dans le passé, on en convoque les grandes figures, avec pour arrière-pensée d’apporter la démonstration qu’on est indispensable à son temps.

C’est par ce moyen que Simon Bolivar surgit subitement dans l’imaginaire de la gauche française ou que certaines commissions d’historiens se voient assigner des objectifs diplomatiques et politiques, à la gloire de ceux qui les ont installées. Il faut donc se garder, pour la salubrité du devoir de mémoire, de distendre la relation intime que la Nation entretient avec les évènements de sa propre histoire, sauf à prendre le risque d’une crise profonde d’identité dont les effets, à terme, ne manqueraient pas de se révéler telluriques. À cette fin, l’histoire doit être enseignée et apprise, car comme science humaine, elle ne saurait souffrir la moindre inexactitude.

C’est fort de ce constat que j’ai pris connaissance, le 9 décembre dernier, d’une étude de l’IFOP révélant que 56% des professeurs avaient déjà été amenés à modifier leurs enseignements, de crainte de heurter les convictions philosophiques ou religieuses de leurs élèves. Il s’agit là d’une dégradation de près de sept points de la tendance constatée au cours de l’année 2020, qui vit notre pays affronter le tragique assassinat de Samuel Paty. À l’école donc, le maître se trouve désormais dans l’obligation de s’autocensurer, dans l’indifférence de la société à la blessure qu’il s’inflige à lui-même lorsqu’il renonce à transmettre certaines des connaissances accumulées au fil du temps par la philosophie, les sciences ou l’histoire. Jadis, cette somme de savoirs s’appelait les humanités, car sans elles, il n’était pas d’humanisme possible.

Sens commun 

Dans la France des Lumières, l’universalisme a toujours pris sa source dans l’ambition de faire accéder le plus grand nombre de jeunes consciences au libre arbitre, en donnant à l’école et à ses hussards noirs le soin de protéger chacun des pressions susceptibles de s’exercer sur lui, en le faisant accéder à la pensée rationnelle. L’enseignant n’avait alors rien à redouter de son élève, car il était son meilleur protecteur face à quiconque avait pour projet d’entraver son accession au statut de citoyen éclairé. Alors que l’islamisme peut parfois conduire jusqu’à la déscolarisation des enfants, vouloir à tout prix les protéger de ce fléau n’est pas une mauvaise manière qu’on leur fait. C’est au contraire le témoignage du respect dans lequel on les tient, guidés par la promesse républicaine, maintes fois réitérée, de donner à chacun sa chance.

On pourra toujours se consoler des résultats de cette enquête, en relisant le très beau discours que Jean Jaurès prononça à Castres, le 30 juillet 1904, lorsqu’il célébra la laïcité en lui donnant cette portée singulière, qui en fit un principe d’émancipation dans le grand sanctuaire qu’est l’école. On trouvera dans cette adresse à la République bandant ses forces, la volonté de ne jamais rien céder à l’air du temps, qui pourrait lui faire perdre de vue sa promesse. Rappelant que « la démocratie n’est autre chose que l’égalité des droits », Jaurès soulignait « qu’il n’y a pas d’égalité des droits si l’attachement de tel ou tel citoyen à telle ou telle croyance, à telle ou telle religion, est pour lui une cause de privilège ou une cause de disgrâce ». Et de poursuivre avec une ardeur qu’on aimerait voir renouvelée par l’affirmation que la démocratie trouve ses fondements en dehors de tout système religieux, car elle suppose « l’égale dignité des personnes humaines appelées aux mêmes droits et invitées à un respect réciproque ». Cette voix juste et forte pouvait alors pousser le raisonnement politique jusqu’à son terme, en donnant à la laïcité et à la démocratie un sens qui leur est commun et qui fait aujourd’hui cruellement défaut. Dans la République, dont elles constituent les piliers, ces deux valeurs demeurent à tout jamais indissociables.

Le grand défi existentiel qui se présente à la Nation est bien celui qui animait Jaurès, lorsqu’il posait la seule question qui vaille : « comment l’enfant pourra-t-il être préparé à exercer sans crainte les droits que la démocratie laïque reconnaît à l’homme, si lui-même n’a pas été admis à exercer sous forme laïque le droit essentiel que lui reconnaît la loi, le droit à l’éducation ? »

Replis communautaires 

On ne peut espérer faire longtemps société si ceux qui aspirent à devenir citoyens ne déposent pas, aux portes de l’école, les croyances religieuses ou philosophiques – mais aussi marchandes ou politiques – que des fardeaux familiaux ou culturels inscrivent mécaniquement dans le parcours de chaque être humain. Vouloir à tout prix revendiquer sa seule identité comme un horizon indépassable, se résigner à ne jamais la confronter à la connaissance scientifique et à l’aspiration au progrès, c’est non seulement renoncer à la liberté, sans laquelle il n’est pas de démocratie possible, mais c’est aussi favoriser tous les replis communautaires, en prenant le risque de la séparation voulue et de la confrontation généralisée.

Nul ne saurait s’épanouir pleinement à travers la seule revendication de ce qu’il est, dans un enfermement numérique et une hostilité déclarée à ce que sont tous les autres, à raison de leurs appartenances philosophiques ou religieuses. Sauf à prendre le risque de condamner l’humanité à ne plus jamais connaître l’altérité, la France ne peut accepter qu’un bâillon entrave la parole des professeurs. La censure qu’ils s’imposent à eux-mêmes, lorsqu’ils transmettent leurs savoirs, interpelle la Nation tout entière. C’est pourquoi il relève du devoir de l’État de leur permettre d’exercer librement leurs missions. Le dire c’est déjà reconnaître la profondeur de mal. Agir encore et toujours serait préférable, car l’urgence se confond désormais avec l’essentiel : face à l’intolérance qui monte, aujourd’hui plus qu’hier, laïcité, liberté et démocratie ne font qu’un seul mot. Et une même exigence.

·         * Ancien Premier ministre.

mardi 13 décembre 2022

Les pourfendeurs de la laïcité en France ...


Les socialistes censés être les défenseurs de la laïcité, ont permis aux Frères musulmans, ses pires ennemis, de l'attaquer. Et de reculade en reculade devant leurs coups de boutoir dans ses règles du vivre ensemble, ils ont fait le lit du wahhabisme que les islamistes de tous poils importent en France allégrement grâce au soutien des pétromonarques. Lionel Jospin lors de "la crise du voile dans l'école", répondait à l'inquiétude d’Elisabeth Schemla, qui l'interrogeait : " que voulez-vous que cela me fasse que la France s'islamise ? ".

La droite ne sera pas en reste, puisqu'elle aussi, électoralisme oblige, va contribuer à l'expansion du wahhabisme au détriment de la laïcité.

R.B

Gilles Clavreul *

La laïcité, une idée pour demain

Les enquêtes nous confirment ce que nous pressentions depuis longtemps : la laïcité ne fait plus recette, surtout chez les jeunes. Ce consensus d’un siècle n’en finit plus de se lézarder : pourquoi ? Faut-il la remiser au musée ? La relooker pour la rendre compatible à l’ère du "venez comme vous êtes" identitaire ? La rendre accommodante comme certains le demandent à gauche, pour tenir compte des discriminations et tirer un trait sur nos névroses post-coloniales ? Ou au contraire en faire une valeur patrimoniale sans laquelle, aux côtés du plateau de fromages et des citations d’Audiard, il ne serait de conscience nationale possible ?

Faute d’avoir su penser dans la sérénité cette situation sociale inédite, qui voit l’émergence d’une nouvelle religion française, l’islam, dans un pays plus sécularisé que bien d’autres, notre pays se livre depuis trente ans à toutes sortes de bricolages, institutionnels et idéologiques, où l’emphase des slogans – "nouvelle laïcité", "laïcité apaisée", "iconstruction d’un islam de/en France", etc.- cache mal le désarroi d’une classe politique qui semble aussi médusée par l’islam et le monde arabo-musulman, qu’oublieuse de ce qui a fondé, historiquement, la laïcité.

La laïcité, ou la naissance de la France moderne

On prête à Churchill d’avoir dit "plus vous saurez regarder loin dans le passé, plus vous verrez l’avenir". Or la laïcité a une histoire. Puisqu’on en parle si peu, le lecteur me pardonnera que j’en parle un peu longuement ici ; car cette histoire ne débute pas en 1905, ni même en 1789, et pas davantage avec les Lumières. Cette "idée laïque", longtemps avant de devenir le principe politico-juridique que nous connaissons, a lentement mûri chez les légistes médiévaux. Elle se manifeste déjà, si on veut à tout prix la dater, dans la querelle qui oppose Philippe Le Bel au pape Boniface VIII.

Nous sommes au tournant des XIIIème et XIVème siècle , le Pape prétend imposer sa suréminence à toutes les créatures humaines et à leurs lois, précaires et révocables. Ainsi le pouvoir manie "deux glaives" : le spirituel, manié "par l’Eglise", et le temporel, manié "pour l’Eglise". Rien au dehors de l’Eglise, rien au-dessus d’elle. Philippe Le Bel ne l’entend pas ainsi : en 1302, il convoque pour la première fois les états généraux, et c’est aux représentants de cette nation qui n’existe pas encore, la France, qu’il demande leur soutien face aux prétentions papales. Soutien acquis, y compris celui des évêques. "Ausculta, fili !", l’exhorte le pape, qui le menace d’excommunication : Philippe Le Bel s’en moque. La lettre apostolique est brûlée en sa présence, le roi envoie Guillaume de Nogaret menacer à son tour le pape : celui-ci meurt quelques semaines après une brève séquestration.

Fin de la querelle, triomphe du roi téméraire, et surtout naissance d’une raison politique qui n’admet que Dieu au-dessus d’elle, mais non ses intercesseurs. Plus tard, il y aura la Pragmatique sanction de Bourges (1438), le Concordat de Bologne (1516), les édits de paix tentant de mettre un terme aux guerres de Religion, dont l’Edit de Nantes (1598). Avec des succès variables et toujours fragiles, le propre du politique se libère progressivement de l’ombre portée des sacrements divins. Ce processus n’établit pas seulement les droits de l’Etat face à la puissance de l’Eglise : il met en scène une puissance publique qui prend acte petit à petit, et malgré de violents revirements (la Révocation…), de l’irréductible diversité des convictions, et qui cherche un équilibre, par nature instable, entre l’unité, gage de stabilité, et la pluralité, manifestation de la liberté.

Longtemps après la Révolution, Michelet et surtout Quinet méditeront sur l’impasse dans laquelle les premiers républicains se sont trouvés sur la question religieuse. Que faire : la supprimer ? impossible. En changer ? impraticable. Laisser faire ? Dangereux. Ce n’est pas un hasard si Aristide Briand, dans son rapport de présentation du projet de loi de Séparation, donne sur une centaine de pages une magistrale leçon d’Histoire qui met littéralement les pas de la Nation France dans ceux de la laïcité. C’est à Jaurès qu’il revient d’ajouter une idée décisive, disons plus en rapport avec les exigences de l’époque, lorsqu’il affirme que laïcité et démocratie sont, pour ainsi dire, synonymes.

Il n’en fallait pas moins pour convaincre un pays traversé par tant de divisions que la Séparation était possible : beaucoup, à gauche, redoutaient la puissance d’une Eglise rendue à la liberté ; la droite craignait au contraire que la société ne s’éloigne d’une Eglise banalisée, privée de son statut officiel, ce qui montre assez que la suréminence symbolique avait, depuis longtemps, changé de mains.

Un compromis remis en cause ?

Il a fallu ce lent travail des siècles, parachevé par la sécularisation accélérée de la société française contemporaine, pour établir la paix laïque. Il ne faudra que deux collégiennes portant ce qu’on appelle encore, improprement, un "tchador", pour la faire vaciller. Cette "affaire de Creil" (1989), nous n’en sommes pas sortis, et c’est à peine si l’Etat de 2022 est moins sûr de son fait qu’il ne l’était, lorsque le ministre de l’Education, Lionel Jospin renvoya la balle au Conseil d’Etat.

A ne vouloir fâcher personne, l’Etat prend le risque de mécontenter tout le monde : il est toujours trop mou pour ceux qui, à mots de moins en moins couverts, ont pour obsession unique de mater l’islam et les musulmans. Mais il sera toujours trop dur, à l’inverse, pour ceux qui se prétendent les gardiens d’une "Seule et Vraie Laïcité", au demeurant imaginaire et fantasmée, qui aurait promis la liberté inconditionnelle des croyants sans lui mettre les solides garde-fous du titre V de la loi de 1905, au titre explicite : "Police des cultes". Un culte "placé sous la surveillance des autorités", c’est ce qui s’appelle une liberté encadrée ! Et ce n’est certes pas, tant s’en faut, le modèle de séparation tel que les anglo-saxons l’entendent, eux qui, en Amérique du nord, consacrent dans le droit la possibilité d’écarter la loi commune au profit de la loi religieuse - c’est cela, "les accommodements raisonnables".

En niant obstinément le réel - c’est-à-dire la progression continue d’un islam dur, rigoriste, intolérant envers les minorités sexuelles et méprisant envers les femmes - et en cherchant à "faire du judo" avec des prédicateurs réputés parmi les moins extrêmes des extrémistes, au nom d’un paternalisme typiquement colonial envers les descendants de l’immigration - tout une génération intellectuelle et militante a porté cette "laïcité d’apaisement" qui aura fait bon accueil à Tariq Ramadan et les gros yeux à Charlie. En édulcorant constamment le rouge-sang islamiste, en le faisant passer pour une bigoterie new-age et en prétendant qu’il n’y avait pas de problème avec la laïcité en France, cette école de pensée, forte de son audience et de son aura dans les milieux éducatifs en particulier, a causé des ravages, car elle a tout à la fois forgé la conviction, désormais répandue parmi les jeunes enseignants, qu’il faut assouplir toutes les règles de la laïcité, mais elle a aussi conforté les partisans d’une laïcité d’exclusion - c’est-à-dire d’une fausse laïcité – et permis à l’extrême-droite de crédibiliser, contre toute vraisemblance, sa conversion laïque.

Une boussole de liberté pour naviguer par gros temps

Ringarde, la laïcité ? Ce sont ses contempteurs, ou ses zélotes intéressés, qui sont ringards. La profonde modernité de l’idée laïque consiste à dire que la cité ne se reconnaît d’autres lois que celles qu’elle se donne à elle-même. Aucun principe extérieur ni supérieur ne lui est opposable ; aucune puissance sociale ne dispose de droits sur les individus : ils sont libres, et l’Etat démocratique est là pour garantir que cette liberté soit effective. Contrairement à une critique trop facilement mise en circulation, aujourd’hui, à gauche, mais qui se laisse repérer historiquement dans les attaques de la droite conservatrice contre la République - gauche et droite jouant décidément à fronts renversés -, ces droits n’ont rien d’abstrait : ils s’éprouvent dans une réalité sociale, celle du "milieu" dans lequel on naît et on grandit, dont les individus ont le droit absolu de s’émanciper. La laïcité protège le croyant qui veut croire et pratiquer, mais elle ne protège pas que cela : en séparant la conviction, qui est libre, des institutions sociales qui prétendent dire ce que la foi commande, elle donne à l’individu la possibilité de croire comme il l’entend, et non selon la norme que le groupe lui impose. C’est un point fondamental que les tenants du laisser-faire religieux semblent avoir oublié.

Nous connaissons, au plan mondial, un nouveau temps d’épreuve pour les libertés. Les aspirations à l’autorité, les manipulations du vrai par la marchandisation des images, la destruction des savoirs qui fondent une culture commune, sont des défis immenses dont nul ne peut dire que la démocratie sortira vainqueur. L’idée laïque est un atout que nous ne pouvons pas nous permettre de négliger : elle constitue une boussole de liberté pour naviguer par gros temps.

* Préfet et cofondateur du Printemps républicain.


lundi 28 novembre 2022

La francophonie à Jerba ...

Les pères fondateurs de la Francophonie, étaient de grands hommes de l'Histoire contemporaine.
Ils ont compris qu'il faille aux peuples décolonisés, ne pas confondre la France et ses valeurs universelles, avec ses gouvernants qui ont trahi les principes de la Révolution française. Ce faisant, ils voulaient décomplexer leur peuple vis à vis de la France en faisant le distinguo entre la culture française et les gouvernants de la France.
Ils considéraient la langue française, comme un butin de guerre comme disait Kateb Yacine, comme l'avait été avant lui, celui des Arabes venus envahir l'Ifriqiya d'alors, actuelle Tunisie, pour y implanter l'islam et leur langue arabe.
Ces hommes sont :
- Leopold Sedar Senghor (Sénégal),
- Habib Bourguiba (Tunisie),
- Hamani Diori (Niger), et
- le prince Nordom Sihanouk (Cambodge) !

Malheureusement en Algérie comme en Tunisie, les complexés de l'Histoire, que sont les pan arabistes et les pan islamistes, n'ont toujours pas fini de digérer leur histoire ni tirer des leçons de ces doctrines néfastes qui ont fait le malheur de leur pays; le FLN poussant le populisme, jusqu'à faire de la colonisation son fonds de commerce en imputant les échecs de ses dirigeants à la France ... 60 ans après le départ des Français !

R.B
Kamel Daoud

Le français sans rancune
L’Algérie vient de briller par son absence au 18e Sommet de la francophonie, à Jerba. Une posture antifrançaise dépassée qui traduit par ailleurs une vision très réductrice de la langue.
À Jerba s’est tenu le Sommet de la francophonie. L’Algérie, deuxième pays francophone après la France, n’y était pas présente, ne faisant pas partie de cette organisation. Encore plus radicale dans son déni, l’Algérie efface la langue française et la condamne au statut d’intrusion et de traîtrise. L’usage est de confondre cette langue qui enrichit le pays avec la blessure coloniale qui lui sert de prétexte et de fonds de commerce pour récuser son présent. Là où on devrait nourrir cette langue comme la sienne, lui ajouter d’autres idiomes du monde pour s’ouvrir, voilà que le procès du francophone s’élargit à la langue, à son usage, à ses usagers et même à sa graphie.
Dans ce pays, depuis peu, on se revendique même d’une adhésion nécessaire (et elle l’est) à l’anglophonie et à l’anglais des savoirs. Mais un anglais de rancune antifrançaise surtout, investi non du désir d’apprendre mais de contrer le français, non d’échanger mais de ne plus changer. On le fait comme on décida autrefois, dans les années 1970, de l’usage exclusif de l’arabe comme langue unique du pays : du jour au lendemain, dans la volonté sournoise de rejeter une partie des élites du pays, un lien au nord de la Méditerranée, une histoire commune, on prétendit vouloir parler arabe pour se prétendre Arabe. Et aujourd’hui, du jour au lendemain, on a décidé que les écoliers algériens n’apprendraient plus que l’anglais, mais en gardant à l’esprit la guerre imaginaire à la France, la haine de la France et du français, le culte d’une monstrueuse identité faite de dénis, de colères, de xénophobies.
C’est que cette rancune n’est pas seulement l’acte de ceux qui croient qu’enrichir un pays commence en l’appauvrissant, ni l’acte des islamistes qui ont réussi à faire se confondre Allah, la langue arabe et la guerre, mais il est aussi celui de francophones qui vont et viennent entre les deux rives, s’y nourrissent, y gagnent le pain et de la visibilité.
Pourquoi des francophones du « Sud », de l’Algérie entre autres, croient-ils devoir faire le procès de cette langue et éternellement se récuser et se justifier dans leurs pays ? Maîtriser la langue française, c’est en faire le procès pour apparaître plus patriote que ses prochains ? La raison encore une fois est ce culte perpétué, jusqu’au ridicule, de la guerre comme preuve de vie et de valeur : je fais la guerre au français pour (faire) croire que je fais la guerre à la France, et donc ma vie a ce sens puissant qu’il avait à l’époque pour mes libérateurs. Et, dans cet acte d’amputation et de mépris de soi, on s’appauvrit, on s’isole, on se meurt.
La langue française n’est pas la France, dans son passé, son déclin présumé ou son ego exacerbé. C’est une terre plus vaste que l’ensemble des pays qui la parlent, un usage du monde, une promesse de vivre mieux. Il faut guérir la langue française de la France (même si la formule abuse) mais aussi du souvenir entretenu chez les décolonisateurs imaginaires. Le français est une langue intime dans de nombreux pays, quoi qu’on dise. Elle raconte encore le monde et le peuple. Et si la France devient étroite par ses populismes, la francophonie y fera contrepoids. En Algérie, on s’appauvrit en croyant se libérer d’une langue, alors qu’il s’agit de la magnifier. Un écrivain algérien déclara aux premiers jours des indépendances que « le français est un butin de guerre ». Sentence désormais abusive : les guerres sont finies et ceux qui s’en recommandent sont inaptes à endosser le présent. Le français n’est plus un butin mais une parenté. Croire tuer cette langue, c’est surtout l’aveu d’un plus grand drame : on refuse de s’accepter, de s’assumer, de s’engager dans l’immédiat, de multiplier les outils de la compréhension et de la préhension.
On continuera à voir dans les sommets de la francophonie des parades ou des inefficacités, des dépenses ou des pensées pieuses, cela est vrai, cela est faux. Car la langue française n’a ni à incarner un pays, ni des rancunes. Et si l’Algérie est le plus grand pays francophone après la France, malgré ses nationalistes et ses islamistes, elle est aussi l’incarnation du mauvais usage d’une langue, et du monde, lorsqu’on les incrimine de ses propres défauts. K. D.»






samedi 26 novembre 2022

Avoir et être ...

Yves DUTEIL

Loin des vieux livres de grammaire,
Écoutez comment un beau soir,
Ma mère m'enseigna les mystères
Du verbe être et du verbe avoir.
Parmi mes meilleurs auxiliaires,
Il est deux verbes originaux.
Avoir et Être étaient deux frères
Que j'ai connus dès le berceau.
Bien qu'opposés de caractère,
On pouvait les croire jumeaux,
Tant leur histoire est singulière.
Mais ces deux frères étaient rivaux.
Ce qu'Avoir aurait voulu être
Être voulait toujours l'avoir.
À ne vouloir ni dieu ni maître,
Le verbe Être s'est fait avoir.
Son frère Avoir était en banque
Et faisait un grand numéro,
Alors qu'Être, toujours en manque.
Souffrait beaucoup dans son ego.
Pendant qu'Être apprenait à lire
Et faisait ses humanités,
De son côté sans rien lui dire
Avoir apprenait à compter.
Et il amassait des fortunes
En avoirs, en liquidités,
Pendant qu'Être, un peu dans la lune
S'était laissé déposséder.
Avoir était ostentatoire
Lorsqu'il se montrait généreux,
Être en revanche, et c'est notoire,
Est bien souvent présomptueux.
Avoir voyage en classe Affaires.
Il met tous ses titres à l'abri.
Alors qu'Être est plus débonnaire,
Il ne gardera rien pour lui.
Sa richesse est tout intérieure,
Ce sont les choses de l'esprit.
Le verbe Être est tout en pudeur,
Et sa noblesse est à ce prix.
Un jour à force de chimères
Pour parvenir à un accord,
Entre verbes ça peut se faire,
Ils conjuguèrent leurs efforts.
Et pour ne pas perdre la face
Au milieu des mots rassemblés,
Ils se sont répartis les tâches
Pour enfin se réconcilier.
Le verbe Avoir a besoin d'Être
Parce qu'être, c'est exister.
Le verbe Être a besoin d'avoirs
Pour enrichir ses bons côtés.
Et de palabres interminables
En arguties alambiquées,
Nos deux frères inséparables
Ont pu être et avoir été.

mardi 22 novembre 2022

En Iran, les filles payent pour la bêtise de leurs mères ...

Lors de la revolution islamiste, les Iraniennes ont joué avec le feu en s'affublant du tchador, ce voile islamiste; en soutien à Khomeiny contre le Shah ...
Une fois Khomeiny au pouvoir, celles qui ont voulu retirer le tchador; mal leur a pris : Khomeiny a décrété que toutes les iraniennes doivent se voiler. Il a instauré la police des mœurs comme les Ibn Saoud en Arabie pour veiller à ce que toutes les femmes se voilent !
Et depuis, les femmes iraniennes ne savent plus à quels saints se vouer pour se débarrasser du tchador !
Leurs filles et petites filles prennent le risque, au prix de leur vie, pour s'en débarrasser !

Récemment encore, Mahsa Amini est morte pour avoir retiré son tchador ... sous les coups que lui ont assénés les policiers des mœurs et de la vertu !
Un mouvement de révolte s'en est suivi où on voit des Iraniennes bruler sur la place publique leurs voiles ...

Une révolution en marche ? Pas si sûr, quand on connaît le régime totalitaire et dictatoriale des islamistes ... qui inspirent beaucoup Kais Saied en Tunisie, qui cherche le rapprochement avec les Ayatollah d'Iran !

Les Tunisiennes qui se sont voilées en soutien aux islamistes, vont-elles tomber dans leur piège et hypothéquer l'avenir de leurs filles et celui de leurs petites filles qui payeront de leur vie l'envie de se débarrasser de leurs voiles ?

Saida Douki Dedieu

L’opposition au voile a commencé du vivant du Prophète
C’est ce que j’ai découvert à la lecture du livre à paraître du professeur Iqbal Gharbi : Voile et niqab. Les origines psychologiques et anthropologiques.
En effet, des femmes, et non des moindres, s’élevèrent avec force contre cette prescription vestimentaire coranique, dès sa révélation.
Ce fut Umm Hani, la sœur de l’imam Ali et propre cousine du prophète, qui se plaisait à arborer ses boucles d’oreilles, en se promenant dans les rues, forte du soutien du prophète lui-même. En effet, quand le puritain Omar Ibn El Khattab menaça la jeune femme des foudres divines en lui disant : «Ton cousin Mohamed ne pourra rien pour toi si tu continues à te parer de la sorte », l’envoyé de Dieu lui opposa un cinglant démenti: « J’ai le pouvoir d’intercéder pour tous les membres de ma famille ».
Ce fut Aicha Bent Talha, nièce d’Aïcha, Mère des croyants et petite-fille d’Abu Bakr, compagnon et premier successeur du prophète, qui refusa de se voiler en prétextant malicieusement qu’elle se devait de montrer la beauté dont Dieu, dans Sa bonté, l’avait dotée ! Lorsque son époux Musab al Zubayr lui en fit le reproche et s’en plaignit au prophète, celui-ci n’obligea point Aïcha à se voiler.
Ce fut Sukeina, l’arrière-petite-fille du prophète, petite-fille d’Ali et fille de Hussein, qui ne se voila jamais. Pas plus qu’elle ne consentit au devoir d’obéissance au mari (« Ta'âa ») ni au droit de ce dernier à la polygamie. Elle prenait soin de stipuler cette contestation de l’autorité maritale dans tous ses contrats de mariage. La même Sukaina exhibait sa chevelure dans une coiffure spéciale qui portait son nom « al turra al sukeyniya » (les cheveux bouclés à la Sukeina) pour mieux mettre en valeur sa beauté. Cette coupe à la mèche rebelle fit d’ailleurs fureur aussi bien chez les femmes que chez les hommes, au point que le pieux calife Omar Ben Abdelaziz dut l’interdire à la gent masculine. Tout mâle coiffé à la Sukaina était exposé à être rasé et flagellé sur la place publique !
Plus généralement, les premières musulmanes s’opposèrent farouchement à l’uniformisation vestimentaire de rigueur sous le califat de l’intransigeant Omar Ibn Khattab. Elles lancèrent, notamment, la mode du « Kabati », du nom de ces longues robes moulantes qui ne dévoilaient aucune partie du corps mais en épousaient les formes comme une seconde peau. Le commentaire laissé par l’Imam Malek, à ce propos, est fort éloquent: «J’ai appris que Omar Ibn Khattab a proscrit cette mode féminine qui bien qu’elle ne laisse rien transparaître dévoile tout ». Les dames de l’époque n’en continuèrent pas moins à braver les interdits et rivalisèrent d’audace et de créativité pour se parer et s’habiller des étoffes les plus soyeuses, des couleurs les plus chatoyantes, et des ornements les plus précieux.
Iqbal Gharbi souligne, à juste titre, que pour ces femmes, la liberté vestimentaire était une façon de reconquérir socialement leur corps pour mieux réaffirmer leur liberté d’esprit. Elles revendiquaient « un esprit libre dans un corps réapproprié », écrit-elle joliment. Et de fait, Aïcha et Sukaina furent appelées « les perles de Quraych et du Hidjaz ». Car elles transformèrent La Mecque et Médine en lieux prestigieux de culture, où elles tenaient des salons littéraires courus par toute la bonne société. Elles furent les amies, les mécènes et les protectrices des poètes, des musiciens et chanteurs de toutes tendances et de toutes cultures ou religions et contribuèrent à propager la poésie d’amour, notamment, connue sous l’appellation du « ghazal ».
Nous savons ce qu’il est advenu de cette révolte originelle qui a été contenue dans les confins des harems, et reléguée à l’arrière-plan de l’extraordinaire épopée islamique.
Espérons que la rébellion des courageuses Iraniennes qui reprennent le flambeau, connaîtra une issue plus heureuse, avec la bénédiction de leurs glorieuses ancêtres.

mardi 15 novembre 2022

Quand le journalisme devient spectacle ...

Albert Camus dénonçait en son temps les prétendus journalistes : « L’assez affreuse société intellectuelle où nous vivons, où on se fait un point d’honneur de la déloyauté, où le reflexe a remplacé la réflexion, où l’on pense à coups de slogans et où la méchanceté essaie trop souvent de se faire passer pour l’intelligence. », disait-il. 

Malheureusement la course à l'audimat, fait que ces prétendus journalistes font florès dans tous les médias; et certains* même briguent la présidence de leur pays, persuadés de leur popularité et convaincus de leur ineptie ! 

Les peuples ont les dirigeants et les journalistes qu'ils méritent, quand ils tombent dans leur piège.

R.B

Hé, toi là ! Oui, toi là, le petit brun. Je te connais. Je me souviens de toi. Tu t’appelles Jérôme. Ou Cédric. Laurent peut-être. Ou Saïd je ne sais plus. Cyril ? Ok, si tu veux, Cyril. De toute façon, je te connais.
J’ai été à l’école avec toi. Je me souviens de toi. Ou d’un autre qui était tout pareil. Le petit mec à tête de fouine prêt à tout pour être populaire.
Pas très fin, pas brillant, mais suffisamment vif et malin pour « sentir » ce qui allait faire marrer les autres. Ton truc, c’était l’effet de meute. Tu as toujours su te trouver des alliés, de préférences les costauds, les riches, les impressionnants, les tricheurs.

Et pour t’attirer les bonnes grâces de la classe, tu n’as jamais hésité à t’en prendre à plus petit que toi. La fille intello-moche à lunettes, que tu faisais pleurer, le petit gros nul en sport que tu humiliais devant tout le monde. Tu étais exactement le genre de mec qui harcèle, qui s’acharne contre un plus faible, juste pour le plaisir de mettre les rieurs de ton coté. Tu as toujours aimé la facilité. Et puis, quand ta victime craquait, quand elle allait se plaindre aux profs ou bien lorsqu’elle se faisait vraiment taper dessus, tu te faisais d’un coup doucereux et innocent. Subitement tu n’avais plus rien à voir avec l’histoire. Ce n’était jamais toi qui avais frappé. Tu étais trop futé pour ça. Tu allais même jusqu’à prêcher l’apaisement, la main sur le cœur en assurant que tout ça n’était qu’un jeu et que jamais, tu n’avais souhaité de mal à quelqu’un.

Puis tu as grandi, tu as bossé ton image d’amuseur et perfectionné tes techniques. Tu es devenu un pro. De vannes en vannes, tu as peaufiné ton rôle de bouffon, entouré de souffre-douleur toujours consentants pourvu qu’ils prennent aussi un peu de ta lumière.

Aujourd’hui, tu as réussi, tu as du pouvoir, tu es entouré d’une cour télévisuelle qui glousse servilement à chacune de tes saillies ineptes. Barbe bien taillée, costumes sur mesures ou blousons de cuir, tu soignes désormais ton look autant que ton carnet d’adresse.

En revanche, comme au bon vieux temps, tu as gardé tes sales habitudes. Pour faire ton intéressant et pour t’attirer les bonnes grâces de ton public, tu restes prêt à tout. Sauf que, maintenant, tu peux te rouler dans la boue avec un autre, plus petit mais tout aussi odieux et lamentable que toi, tu n’es plus dans la cour de récré, aucun prof ne va te rappeler à l’ordre. De toute façon, désormais, tu es pote avec le proviseur. Tu es devenu l’ami des politiques. Fort avec les faibles, servile avec les forts. Et si tu n’es toujours pas le premier de la classe, en revanche, tu es le premier sur les bons coups. Un parfum de scandale, des rumeurs de viol, une petite fille découpée en morceau ? Autant de promesses de buzz sur lesquelles tu te rues comme un charognard sur un cadavre fumant. Et ensuite, la gueule encore pleine de sang, tu feras résonner ton rire de hyène à travers l’écran : Les audiences ont été bonnes. Champagne !

Je te connais. Jérôme, Éric, Saïd ou Cyril, je ne suis plus tout à fait sûre de ton prénom, mais années après années, je me souviens toujours de ton visage.

Comment l’oublier ? C’est aussi un peu le mien, le nôtre, celui de nos enfants : Tout ce qu’il y a d’indigne, de vulgaire, de minable chez l’être humain se retrouve dans l’étrange miroir que tu nous tends et que nous observons, incrédules mais fascinés.

Je te connais : Depuis toujours, tu es celui dont le seul talent est de faire ressortir le pire chez nous.

* Donald Trump, Kais Saied ... entre autres.